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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
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16 mars 2014

Point MILF : la visite médicale

Les lecteurs les plus attentifs (ou les psychopathes) auront remarqué que cette année, je n’ai pas évoqué l’anniversaire de Têtard. Franchement, j’avais rien à en dire. (D’ailleurs, vous aurez peut-être remarqué qu’en ce moment, j’ai pas grand chose à dire sur la vie en générale.) Jusqu’à la visite médicale des deux ans.

Ce que j’imaginais : malgré un rendez-vous pris un mois à l’avance, j’allais poireauter une heure dans la salle d’attente pleine d’enfants malades parce que c’est dans l’essence de la pédiatre d’être en retard. Puis, à ma grande joie, elle allait mesurer et peser le produit de mes entrailles. (Comme j’ai eu un bébé-rgo, je suis complètement obsédée par ses courbes de croissance.) Ensuite, elle allait me demander s’il parlait et après j’allais faire un chèque.

Ce qui s’est vraiment passé. J’ai poireauté une heure dans la salle d’attente pleine d’enfants malades. Mais là, faisons une pause. J’étais venue avec Têtard et sa mamie d’amour, la mère du Chef.

Comment vous décrire la Chef-Mère ?

Disons qu’au début, quand j’ai découvert que le Chef téléphonait à sa mère tous les jours,  un énorme panneau ALERTE a clignoté dans ma tête. Y’a des indices comme ça qu’on ne peut pas ignorer. Des trucs auxquels la femme de Marc Dutroux aurait dû prêter davantage attention. Je veux dire : tu ne peux pas à la fois être obsédé par la météo ET appeler ta mère quotidiennement. C’est trop pour un seul homme.

Et puis j’ai rencontré la Chef-Mère et j’ai compris. Maintenant, moi aussi je suis en contact permanent avec elle. Quand tu rencontres les parents de ton/ta partenaire, tu te dis que tu vas comprendre un truc important sur lui/elle. Tu vas voir à quel point il/elle a réglé son Oedipe, s’il t’a choisi(e) en opposition ou en miroir de sa mère/son père. Alors dans le cas du Chef, je me contenterais de vous dire que Chef-Mère boit, fume et fait des blagues de cul. Déduisons-en ce que vous voulez.

Je crois qu’en deux ans, je n’ai jamais vu cette femme rester assise plus de dix minutes d’affilée. Quand elle vient chez nous (elle arrive de cette lointaine contrée que s’appelorio l’Auvergne), elle pose sa valise, son sac à dos et dit “ouh… mes chéris, c’était fatigant le train, où est mon verre de vin blanc ? Comment ça il est pas encore servir ?” et la minute suivante, elle commence à débarrasser la table, nettoyer l’évier de la cuisine, lancer une machine, passer un coup de balai, ramasser les jouets qui traînent. Tout ça en nous parlant comme si elle était attablée avec nous pour prendre l’apéro. (Alors que nous, on est affalé comme des merdes en train de la regarder.) En général, elle ne s’arrête pas pendant 24 heures, sauf pour demander “où est mon verre de vin ? Où sont mes clopes ? Qu’est-ce que tu fais là ma Titiou ? Retourne tout de suite travailler!” Quand elle a fini de briquer la maison, elle s’approche d’une chaise mais au dernier moment elle la contourne pour aller chercher le fer à repasser et la table à repasser (qu’elle nous a achetés enfin… qu’elle s’est acheté pour chez nous) puis elle se plante devant l’armoire de son fils et elle en sort une cinquantaine de chemises. Après, elle passe le reste de son séjour à repasser. (C’est la partie où elle te dit qu’elle se “repose”.) (Notons également que Chef-Mère est une véritable féministe. Mais de ces féministes qui repassent les caleçons de leurs fils.) (Je crois que l’amour maternel, c’est ça.)

De manière général, elle est plutôt… stressée. Quand Têtard a eu 10 mois, elle a décidé qu’il était grand temps qu’il se mette à marcher. Parce que son fils, tu comprends, il a marché à quatre mois, il a parlé à cinq mois, il a appris à lire à un an. C’était un génie. Tout Vichy était en admiration devant ce prodige. Elle essuie les verres en même temps et elle demande où est-ce qu’on range les plats, avant de reprendre “mais bon, après il a plus rien foutu pendant toute sa scolarité à part jouer au baby-foot, s’il y avait eu l’option baby-foot au bac, il aurait eu la mention très bien ce grand dadais”. A l’inverse de son fils cadet qui franchement n’était pas un bébé précoce mais plus tard, est devenu un homme tellement intelligent, fin, spirituel, merveilleux, travailleur, qui s’en est sorti seul dans la vie, quelle fierté, elle marque une petite pause avant de soupirer “dommage qu’il soit de droite…”.

Bref. Comme Têtard s’était mis debout à l’âge de 4 mois, il était essentiel qu’il continue de développer ses incroyables facultés. Alors elle s’est livrée à tous les subterfuges possibles. Tu veux ton doudou ? Lève-toi et marche. Tu veux un bisous de ta mamie chérie ? LEVE TOI ET MARCHE. Dans le même ordre d’idées, pour ses deux ans, elle lui a offert un alphabet… Il faut savoir que de mon côté familial, ma mère était plutôt en mode “mais laissez-le tranquille cet enfant, il marchera quand il aura envie”. (Perso, je suis restée collée comme un mollusque à ma mère h24 jusqu’à l’âge de 3 ans et demi, en développant un langage qu’aucun linguiste n’a jamais réussi à percer à jour mais qui m’a valu cinq ans d’orthophoniste.)

Tout ça pour dire que Chef-Mère est hyper angoissée. Et en toute logique, au lieu de faire un boulot qui aurait calmé ses angoisses, du genre fleuriste, elle a plutôt préféré devenir journaliste spécialisée dans les faits divers scabreux. De ce passé professionnel, elle a tiré deux choses : un goût immodéré pour te raconter pendant le dîner des histoires de réseau de prostitution de bébés qui finissaient ensuite débités en tranche et jetés aux chiens, et une connaissance encyclopédique de tous les accidents domestiques entrainant LA MORT des enfants. (Mort physique ou juste cérébrale, elle maitrise aussi bien les deux sujets.) Pendant un an, on a pas eu le droit d’ouvrir les fenêtres chez nous quand elle était là parce qu’elle pensait que Têtard – grand génie précoce – allait grimper et se jeter dans le vide. (Une inquiétude qui s’est également étendu à Brice Nane Teinturier, le chat.) Elle nous a aussi fait jeter une veilleuse parce qu’elle risquait de prendre feu et de nous faire tous périr. (Par contre, chez elle, tous les produits ménagers avec la tête de mort sur l’étiquette sont rangés pile à hauteur de bébé. Mais ça fait partie du charme de ses contradictions.)

 Nous voici donc avec l’équation : stress grand-maternel + visite médicale des deux ans.

On a poireauté dans la salle d’attente. Une fois que la pédiatre a été certaine que Têtard, Chef-Mère et moi-même avions chopé l’intégralité des virus qui se promenaient dans ces 10 mètres-carrés, elle nous a reçus.

Et là, elle a sorti une mallette.

Chef-Mère, pour rigoler, a dit “c’est la mallette des deux ans”.

La pédiatre a répondu pas du tout pour rigoler “oui”.

Léger silence.

Jusque là, toi jeune parent, t’as toujours entendu des trucs rassurants, égalitaires à base de “chaque bébé se développe à son rythme”. Mais arrivé au cap fatidique des 24 mois, paf, on t’apprend que c’est fini tout ça. Que bientôt on va pouvoir déterminer s’il est intelligent ou con comme un manche à cul. (Le manche à cul n’existant pas, j’en déduis qu’il s’agirait d’un objet particulièrement absurde.)

L’autre problème de la mallette des deux ans, c’est que, comme vous allez le constater, elle a dû être mise au point en 1975.

D’abord, la pédiatre en sort des images. Quatre. Et elle demande à Têtard de nommer les objets dessus.

Je présuppose qu’il a senti que le niveau de stress de Chef-Mère et moi avait grimpé en flèche. On a tout de suite compris qu’il allait passer le premier examen de sa vie et qu’on ne lui avait rien fait réviser. C’est un peu con comme idée parce que la pédiatre, elle va pas te dire “ah bah non, il n’est pas accepté pour avoir deux ans”. Mais bref.

Elle montre à Têtard le dessin d’un chapeau de paille directement sorti d’un film érotique italien.

Il ne dit rien.

Putain… Il sait différencier une casquette d’un bonnet mais j’avais pas prévu le coup du chapeau de paille d’actrice de boules poilue de la chatte.

Ensuite, un canard et une vache. Soit les deux seuls animaux au monde pour lesquels il ne dit pas leur nom mais il imite – mal – leur cri. (Mal puisqu’il n’en a jamais vu en vrai, et qu’il reproduit juste le bruit des livres sonores.) Donc il a dit “coin” et “meu”.

Là j’ai craqué, j’ai dit à la pédiatre “non mais je vous jure qu’il sait très bien parler”.

La Chef-Mère a commencé à s’énerver “mais tu sais ce que c’est. DIS-LE. DIS QUE C’est UNE Vvvvv… vvvvvaaaaaaa…”

Y’a que le ballon qu’il a nommé. Et encore, on lui foutait tellement la pression que ça s’est transformé en un timide “baon ?”. Ensuite, y’a eu à peu près la même chose sauf que la pédiatre nommait l’objet et lui demandait de désigner le dessin correspondant. Semi-échec. Il faut dire qu’on lui montrait des crinolines et des calèches. Alors que, bordel, y’aurait eu un camion-poubelle, un téléphone portable et un ordinateur, il nous les citait dans l’ordre et limite il les épelait. C’est quoi aussi ces vieux tests pourraves.

Après, elle a posé devant lui des micros cubes en bois pour qu’il les empile. Il devait en empiler 3 minimum pour réussir son examen.

Il en prend un. Le met soigneusement sur un autre. Super… On retient notre souffle. Il nous regarde et là, au milieu du silence religieux qui accompagnait chacun de ses gestes, il s’exclame “badabouuummmm” en les jetant d’un revers de main. Je lui en tends un autre pour qu’il recommence. Chef-Mère me crie “ne l’aide pas! Tu triches!” puis s’adresse à sa descendance “mais empile-les!!!”.

Peine perdue.

La pédiatre a dit “ça me suffira” sur le même ton las que mon prof de math de seconde pour valider mon passage en L.

Par contre, il a très bien réussi deux trucs : taper dans un ballon, et la pesée. Parce que pour s’empiffrer de bouteilles de yop et de nesquick, y’a du monde.

Et pour finir, la prise de la tension. La pédiatre écoute ce coeur parfait que j’ai moi-même créé et prend une mine étonnée. Elle nous dit “il a une tension élevée”. Et là, Chef-Mère fait un truc génial. Elle s’est lancée dans une explication généalogique de la tension (même pas dans sa famille, dans la famille de son ex). “Ah ça… C’est de famille… Son arrière-grand-père est mort d’un infarctus à 39 ans vous savez.

- Ah bon ?

- Oui. Il a fait sa première crise cardiaque à 19 ans quand il a échappé de justesse à la rafle du vél d’hiv où tout le reste de sa famille a été arrêtée puis déportée. Il était pas chez lui pendant la rafle, il est arrivé juste après, et il a découvert qu’ils avaient embarqué tout le monde et il a fait un malaise… (Là, j’ai eu une pensée compatissante pour les parents qui poireautaient depuis 1h30 dans la salle d’attente avec leurs mômes subclaquants.) Son grand-père aussi a un problème de tension. Comme mon fils. Mais ce grand dadais refuse de voir un médecin. Peut-être qu’il ira consulter le jour où on installera des baby-foots chez les toubibs. En tout cas, dans cette famille, les hommes sont fragiles du coeur. Et ils en meurent.

Ce qu’il fallait évidemment comprendre c’est que la tension élevée de Têtard était le symbole de son appartenance à une famille juive déportée. Le stigmate que porteraient à jamais les descendants des déportés.

Alors qu’en vrai, Têtard avait sans doute une tension élevée parce que 1°) il est perpétuellement suractif, 2°) il avait senti qu’il venait de ruiner tous les espoirs de sa grand-mère et de sa mère et que  j’étais en train de consulter les sites de maternelles spécialisées en sport-études.

La pédiatre a dit :

- C’est toujours intéressant de savoir quand il y a ce genre d’antécédents familiaux.

Chef-Mère m’a dit :

- Tu vois que je suis utile. J’ai bien fait de venir.

La pédiatre a tempéré son enthousiasme en rajoutant :

- Mais bon, son arrière-grand-père, c’est assez loin quand même.

Au final, on est sorties de là en se disant qu’il allait mourir d’un infarctus avant la quarantaine et qu’il ne pourrait même pas prendre de médicaments pour augmenter son espérance de vie vu qu’il n’aurait jamais réussi à apprendre à lire correctement.

Mais heureusement, la preuve du génie absolu de Têtard a été apportée peu de temps après. Je racontais précédemment comment, étrangement, mon fils s’était mis à dire « putain… » à la moindre contrariété. Mais il a vite compris qu’il n’avait pas le droit. Alors il a fait quoi ? Il a inventé son propre juron. C’est « roudin ». « Roudin, c’est chaud », « pas changer la couche, roudin! », « pas dodo, roudin! ». Et là, qu’est-ce que vous voulez qu’on lui dise ? A part BRAVO.

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(Photo prise chez Chef-Mère, la porte de placard entrebaillée à l’arrière-fond c’est celle des produits ménagers mortels.)

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2 mars 2014

La complexité du corps, Jésus est une femme et Spirou

 

Depuis que j’ai découvert son existence, je me pose moultes questions sur notre humanité. Valeria Lukyanova.

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Nonobstant une part non négligeable de photoshop, la meuf est quand même impressionnante. Elle a dû se faire retirer plus de côtes qu’une actrice hollywoodienne des années 50. (Vous pouvez aller vous délecter de ses photos sur son Facebook vu que c’est quand même l’essentiel de son activité.) (Vous pouvez également savourer son tuto maquillage dont l’ambiance sonore et visuelle n’est pas sans rappeler la 1ère année de licence d’Agent des pompes funèbres.)

Mais jusqu’à présent, je pensais connement qu’elle souffrait d’une pathologie psychiatrique et que par amour des freaks, on la laissait en liberté.

En fait, non.

En vrai, elle est aussi con qu’un balai à chiottes avec des seins.

Evidemment, il y avait eu des indices que j’avais négligés. Comme le fait qu’elle ait été envoyée sur Terre (en vrai, elle vient de Vénus hein) (je le précise au cas où ça vous ait échappé) pour nous faire passer “du stade d’humain consommateur à celui d’humain demi-dieu”. Son obsession de la transformation physique ? Oh, c’est juste un moyen de promouvoir ses idées spirituelles et, comme elle l’affirme, “it works perfectly well”. (L’interview est à voir ICI.)

Et oui… En même temps, ça se trouve, cette meuf c’est vraiment une réincarnation de Jésus et nous, on est là à se foutre de sa gueule… enfin… de son visage cybernétique.

Mais on va moins rigoler dans quelque temps parce qu’elle s’apprête à accomplir un miracle. L’exact opposé de la multiplication des petits pains. Elle va se nourrir d’air et de lumière.

J’invente pas.

C’est elle qui le dit. Elle va suivre les préceptes du Breatharianism « In recent weeks I have not been hungry at all; I’m hoping it’s the final stage before I can subsist on air and light alone… » Les dernières semaines, je n’ai pas eu faim du tout; j’espère que c’est la dernière étape avant que je puisse vivre uniquement d’air et de lumière. On a donc trouvé la seule meuf au monde qui ferait passer Tom Cruise pour un mec sain d’esprit et plutôt rationnel.

L’avantage, c’est qu’on va vite être débarrassé d’elle.

- ça n’a rien à voir QUOIQUE… sur Twitter je suis tombée là-dessus :

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My fucking god… J’ai pas encore testé mais si c’est vrai, c’est une révolution et Apple et Google peuvent aller crever. Ils ne m’impressionneront plus jamais avec rien.

- Vous saviez que chez Spirou Magazine, ils ont une webcam branchée en permanence ?
- Facebook a lancé des options pour renseigner son “genre”. Des options = pas loin d’une quarantaine de nuances possibles. C’est bien. (Surtout quand on voit le climat en France sur le sujet, ça rassure un peu.) Evidemment, il ne faut pas oublier que Facebook n’a jamais été une entreprise humanitaire. S’ils le font, c’est aussi parce que c’est bon pour eux. D’abord, en terme d’image. (Wahou, on est tellement mooooderne et à l’écoute de nos inscrits.) Ensuite, en terme de thune. Plus vous donnez de données précises, plus le modèle économique de Facebook est renforcé, rapport au ciblage publicitaire.

Ceci étant, c’est quand même un évènement qui révèle un changement important : la prise de parole aux Etats-Unis des associations “trans” (transgenre et transexe). Une part de la population que l’on n’entend pas du tout en France (la France, le pays où t’as l’impression qu’il n’existe pas de trans). Vu notre retard chronique sur ce genre de sujets, je pense qu’on leur prêtera attention et qu’on reconnaitra leurs droits d’ici une vingtaine d’années.

Ca parait très loin de la plupart d’entre nous. Et pourtant, j’ai compris l’importance de ces questions il y a quelques mois, en lisant un livre. Comme quoi, les livres, ça sert à quelque chose. Ce bouquin c’est Corps en tous genres d’Anne Fausto-Sterling. Et comme ça a représenté une véritable révolution conceptuelle dans mon petit cerveau, je me suis dit qu’il était temps de le partager avec vous.

Attention, je vous préviens d’entrée de jeu : c’est un bouquin scientifique. D’ailleurs, Fausto-Sterling est neurobiologiste. Mais avec mon bac L, j’ai quand même réussi à le finir.

Si on reprend les “débats” (j’ai du mal à appeler ça débat mais bref) de ces derniers temps sur le genre, il y avait une phrase qui revenait sans cesse dans les deux camps : évidemment, il y a des femmes et des hommes, et ils sont différents. (Pour des raisons essentialistes ou déterministes, selon votre bord.) Qu’est-ce qui permet de différencier biologiquement un homme et une femme ? Jusqu’à présent, ça paraissait clair. On a tous à portée de main un ensemble de notions mal digérées mêlant organes sexuels, organes reproducteurs, gonades, oestrogènes, testostérone, chromosomes XY ou XX etc.

Et si cette affirmation était fausse ? Et si ce n’était pas aussi évident qu’on le pense tous ? C’est la base de recherche de Fausto-Sterling. Autant dire qu’elle est loin des questionnements sur le genre. Ce qui est dingue c’est qu’elle parle de biologie, alors que c’est justement la biologie qu’invoquent toujours les anti-mariages pour tous/anti-genre, regardez, un homme et une femme c’est biologiquement différent hein… enfin bon, ça saute aux yeux quand même. Elle, elle vous dit “en tant que scientifique, ça ne me saute pas aux yeux”.

Ok, ça parait bizarre.

Alors expliquons.

Elle part d’un sujet d’actu : les JO. Aux JO, les sportifs concourent comme homme ou femme.

En 1998, Maria Patino, championne du saut d’obstacles, arrive aux JO en ayant oublié son “certificat de féminité”. Mais bon, ça saute aux yeux qu’elle est une femme. Elle va faire la visite de contrôle, une analyse génétique. Et là, choc absolu, on lui annonce qu’elle n’est pas une femme. Elle a un chromosome Y, son vagin dissimule des testicules. Elle est exclue de l’équipe. Mais elle sait qu’elle est une femme. En réalité, elle a une insensibilité aux androgènes, ces cellules ne détectent pas les hormones masculinisantes, mais sont sensibles à l’oestrogène. Elle a donc des seins, une taille fine. Elle est physiquement extérieurement une femme.

Alors, Maria Patino, homme ou femme ? D’un coup, l’évidence ne l’est plus tant que ça et c’est tout notre système de pensée dualiste qui se prend une grande beigne dans la gueule.

Vous vous dites peut-être XY + testicules = homme. Mais quand elle a contesté le verdict du CIO, elle a été réintégrée en tant que femme parce que la structure de son bassin et de ses épaules était suffisamment féminine. Donc le CIO a fait un choix en fonction de la discipline sportive. Mais alors, si un homme a un tout petit bassin, pourquoi ne pourrait-il pas d’emblée participer aux épreuves féminines ?

Comment déterminer l’appartenance à la catégorie homme ou femme ? Avant 68, les concurrentes aux JO devaient défiler nues devant un jury. Seins + vagin = femme. Mais comme c’était perçu comme une pratique humiliante, le CIO a changé ses méthodes. Après 68, c’est le dépistage chromosomique qui prévaut. Or ces différentes méthodes peuvent attribuer un sexe différent à un même individu. On s’éloigne de plus en plus de la fameuse Evidence. Nos corps sont parfois plus complexes que nos schémas de pensée.

Et il existe encore d’autres critères. Fausto-Sterling explique que les médecins, qui hésitent sur le sexe d’un bébé, choisissent le critère reproductif. Si un bébé nait avec des trompes de Fallope, un utérus, des ovaires, même si extérieurement il a un pénis, ils décident que ce sera une fille parce qu’elle peut biologiquement enfanter. Ce n’est qu’un critère, choisi plus ou moins arbitrairement, en fonction duquel, les médecins préconiseront une ablation du pénis et la prise d’hormones pour faire du bébé une “vraie” femme complète. Fausto-Sterling traite longuement des cas d’intersexes. Elle y montre, en remontant dans l’histoire, comment ces cas sont typiques de notre manière d’appréhender le sexe biologique, et donc comment nos catégories de pensée ne sont que des normes. Femme ou homme, il faut être l’un des deux. Complètement. Entièrement. Tout individu présentant biologiquement un mixte des deux est considéré comme anormal, malade, devant être guéri. Même si en réalité, il/elle est en très bonne santé. (Evidemment, on ne parle pas de cas où il existe un risque pour la santé.)

Ce que je veux dire c’est… Et si homme et femme n’étaient que les deux bornes opposées d’un schéma caricatural mais qu’en réalité, la majorité d’entre nous se trouvait sur la palette de nuances entre les deux. L’Homme et la Femme en étant que référent ne seraient que des stéréotypes poussés à l’extrème qui n’incluent jamais la complexité de notre identité réelle, y compris notre identité corporelle, chromosomique, génétique, hormonale. Cette part de nous-mêmes qu’on croit pourtant évidente, transparente. L’humanité ne serait plus divisée à la hache entre hommes et femmes (et ceux qui ne correspondent pas exactement à cette partition ne seraient plus perçus comme des anomalies) mais tout serait une question de degrés. Les « anomalies » seraient dès lors comprises dans cette fourchette et non plus rejetées à l’extérieur. Vous allez me dire que le cas de Maria Patino est rarissime. Mais qu’en sait-on ? Je connais au moins deux hommes (barbe + pénis + testicules) qui ont des petits seins, et ont même eu des montées de lait à l’adolescence. C’est hormonal. Mais ils le vivent comme un truc honteux dont ils ne parlent jamais et, à l’un d’entre eux, un médecin a suggéré de prendre un traitement. Pas besoin médical, mais par besoin normatif.

Le bouquin (que je conseille à ceux qui sont intéressés par le sujet) est aussi une recherche historique sur la manière dont au fil du temps notre vision de la nature biologique des hommes et des femmes a évolué. (Par exemple, dans l’antiquité gréco-romaine, les hermaphrodites étaient vus comme des êtres complets, supérieurs, alors que les hommes et les femmes étaient imparfaits.)

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homme-enceinte

 

Thomas Beatie, considéré comme le premier homme enceint. Pour une explication le wikipédia fr, pour plus d’explications le wikipédia us.

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15 février 2014

Le café, les épreuves et Nora Hamzawi

D’abord, est-ce qu’on peut parler de Nora Hamzawi ? Parce que Coach et moi, on est un peu tombés amoureux d’elle. (Et pas seulement parce qu’elle est jolie avec des cheveux qui brillent.) Ca a commencé à un déjeuner pendant lequel on s’est rendus compte qu’on avait chacun de notre côté passé la semaine à écouter ses chroniques. (C’est rassurant, ça veut dire que parfois nos discussions portent sur autre chose que l’énumération de mes problèmes.) Le soir-même, je stalke un peu Nora et je découvre qu’elle me suit sur Twitter. Là, clairement dans le but infâme de me la péter, j’envoie un mail à Coach pour lui dire. Il me répond “marrant, elle me suis aussi, d’ailleurs je lui ai envoyé un message pour lui dire que j’irai voir son spectacle, et elle insiste pour me filer deux invits, tu veux venir?” C’est ça un Coach, ça a toujours une longueur d’avance sur vous.

Donc on y est allés. Et on a ri. Son spectacle est super (juste trop court). L’extrait qui tourne le plus sur l’Internet, c’est celui sur la sodomie. Mais en vrai, elle parle d’autre chose que de cul (elle aborde entre autre un sujet qui m’est cher : les bouteilles d’eau). Y’a un truc qui me fascine dans son écriture et son débit (et les crescendos énumératifs qu’elle arrive à faire, l’énumération étant une forme de liste, c’est forcément quelque chose qui me plait) mais j’arrive pas à définir exactement quoi. Je crois que c’est la manière dont elle arrive à jongler entre le crescendo hystérique et la rupture de rythme brusque. Bref, elle a son truc à elle, qui ne ressemble à aucun des autres « jeunes humoristes » qu’on voit en ce moment. Tenez, d’ailleurs, regardez une de ses chroniques sur France Inter :


Nora Hamzawi : « Les Maths » par franceinter

Et sinon, où en est mon Titiou’s Challenge book ? (Comme le demandait hier soir un membre du Diable Vauvert…) On va poser tout de suite un truc : quand je n’écris pas sur le blog, ça veut dire que le roman avance.

Ouais.

Bin voilà quoi.

En ce moment, j’ai vraiment beaucoup de mal à faire face à tout ce que je dois faire. Une incapacité qui me file des palpitations. Et en plus, quand je crois avoir fini un truc, le futur finit toujours par désavouer ma prédiction. Par exemple, l’autre livre que je dois finir (l’autre = pas le roman).

Un jour, dans l’histoire de la littérature, un éditeur a dit “nous appellerons ça, la torture”. Un autre a répondu “LES tortureS, c’est plus classe au pluriel”. Le dernier a rajouté “je trouve ça un peu violent, ça risque de les effrayer. Que diriez-vous d’appeler ça les épreuves ?” Et ils tombèrent d’accord.

Fut alors créée la corvée des épreuves.

Pour les néophytes, les épreuves, dans le patois de l’édition, c’est ton texte sur lequel tu as bossé comme une acharnée, réécrit et corrigé dans tous les sens, ce texte que tu ne supportes plus et dont tu n’es pas loin de penser qu’il est la pire chose que la terre ait jamais porté en son sein, ce texte donc que ton éditeur te renvoie comme une claque en pleine gueule, en version papier et mis en page, prêt à partir à l’impression. Enfin… Prêt, une fois que tu l’auras relu une dernière fois pour le corriger.

LES EPREUVES

C’est un problème de riche vous allez me dire. Un caprice d’enfant gâté. Mais non.

Permettez-moi de vous conter une anecdote pas du tout à mon avantage. Pour les Morues, j’avais évidemment dû passer par la case Epreuves. On pourrait se dire que premier roman = joie et enthousiasme. Et bah pas du tout. Ca a même été les pires épreuves à relire. Je gerbais littéralement ce texte. je ne pouvais plus le voir. Du coup, je me suis forcée à relire mais en le regardant de côté, un peu de biais, ce qui, nous allons le voir, n’est pas la meilleure technique de correction.

Je valide donc les épreuves. (Moi et une autre personne dont je tairai le nom mais dont le prénom est Charles.) Elles sont envoyées pour impression des exemplaires sans couvs destinés à la presse.

Et quelque temps plus tard, je reçois un coup de téléphone de Mama Mazauric littéralement folle de rage. Je m’en souviens parfaitement, il faisait beau, j’étais sur ma terrasse et c’était la première et seule fois que j’ai entendu Mama Mazauric me hurler dessus. Elle me crie que je n’ai pas relu mes épreuves. Beuh… si. Il se trouve qu’il m’avait échappé que quelque part dans le processus de mise en page, toute une partie d’un chapitre avait sauté. Mais genre pas un passage anodin non. Une partie qui était pile la résolution de l’intrigue policière. Heureusement, des journalistes consciencieux avaient prévenu Marion.

La honte et la mortification s’abattirent sur moi.

L’avantage, c’est que ça m’a servi de leçon et j’ai compris pourquoi il fallait bien relire les épreuves.

Mais là, quand on m’a renvoyé ça  :

epreuves

ce truc dont j’avais été tellement exaltée de me débarrasser quelques semaines auparavant, j’ai senti le goût métallique du sang et les cendres de la mort dans ma bouche. En fait, je le sens toujours. Je crois que j’ai plus envie d’assister à la mise à mort d’un panda et que de me confronter à cette corvée. Et pourtant, je vais le faire. (Je rajoute ça uniquement à destination d’Alexandrine, mon éditrice, qui va m’envoyer un texto inquiet après avoir lu mon post.)

Sinon j’ai pu observer un moment de délire new-age de mon éditrice. Ca s’est produit à la page 174, au dos, elle a écrit ça :

epreuves-1

Et franchement, je n’ai aucune idée du sens que ça pouvait avoir dans son esprit même si je trouve ça assez beau. (Si elle disparait dans un mystérieux accident ce week-end, je saurai que ça a sans aucun doute un rapport avec ce code secret.) J’ai passé un long moment à regarder cette annotation en me demandant quelle clé de cryptage elle avait utilisée. Peut-être qu’elle m’organise une chasse au trésor ? Peut-être qu’elle essaye de me dire un truc existentiel ?

Mais j’ai pas trouvé.

Ceci étant, avant cette pause dans le roman (dûe à un problème d’intrigue secondaire), je bossais studieusement tous les aprèms au café, et franchement ça marchait bien. (Bien = j’abattais des pages comme un bucheron.) (Mais ce n’est pas un Bien qualitatif puisque les bucherons ne sont pas connus pour la subtilité de leur style.) Ces séances au café étaient l’occasion de redécouvrir l’humanité. (Et que l’étalage de sa vie privée dans une sphère semi-publique ne date pas de Facebook.)

cafe 1
« Ça fait 10 ans que cette conne va se regarder le nombril chez le psy et elle est toujours aussi calamiteuse. » Meuf de 50 ans au café

 

cafe 2

Étudiants au café « T’as jusqu’à vendredi pour passer une bonne semaine »

 

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« Tu sais mon père il est alcoolique et bah depuis qu’il est à la retraite il a arrêté de boire. – Bah qu’est-ce qu’il fait de ses journées alors? – Il est avec ma mère, il joue du piano, ils regardent des films, ils font des trucs ensemble. Le truc c’est qu’il va replonger à un moment, c’est sûr. Mais on sait pas quand. » La même, quelques minutes plus tard. « Ma belle sœur est anorexique.

- C’est dingue, la mienne aussi ! Je la déteste. Elle est belle la tienne ? Parce que la mienne elle est affreuse. Vas-y raconte ! »

 

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Couple silencieux pendant longtemps. Puis elle dit: « Tu sais quoi ? Je vais rentrer chez moi et me tirer une balle.

Lui : – Je t’ai dit que j’étais pas comme toi.

Elle est partie et il est resté finir son assiette de frites en passant des coups de téléphone professionnels au sujet d’un gala qu’il devait annuler. Quand la serveuse lui a demandé « ça a été ? » il a juste commandé un café.

 

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Café entre deux femmes au foyer qui portent des lunettes de soleil. 22 minutes sur une camionnette mal garée en bas de chez elle. Puis astuces contre l’insomnie.

- Moi quand je suis fatiguée, j’écoute mon corps et je m’endors.

- Moi je préfère prendre le Elle et lire.

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29 janvier 2014

Guide des chiottes n°18 et journalisme et titre

- En une semaine, j’ai assisté à 3 pots de départ. (6 si on compte que l’un d’entre eux était commun à 4 personnes.) Parfois, mes semaines ressemblent à des rubriques du Guinness des records. Je crois que ça veut dire qu’on grandit. Parce que pour faire un pot de départ encore faut-il avoir été embauché pour de vrai. (Enfin… les autres gens hein. Certainement pas moi. D’ailleurs, après que j’ai bossé deux mois au service Emprunt et crédit immobilier DOM-TOM de la BRED en CDD, on ne m’a pas fait de pot de départ.) Autre point notable : c’était majoritairement des pots de départ de meufs. Cécile D. est partie de Slate. Ca fait tout drôle. C’est le premier vrai départ de la rédac. Ondine est partie des Inrocks.

lesinrocks

Là, ça fait encore plus bizarre parce que ça nous ramenait à nos débuts aux Inrocks. Diane, Ondine et moi, on s’est rencontrées pendant notre stage là-bas. C’était y’a 7 ans… Putain…

bureau-ondine

(Oui, ça, c’était le bureau d’Ondine.) (J’ai bien dit y’a 7 ans, pas quand on avait 7 ans hein…)

Et puis, le dernier pot de départ était une saignée de Grazia. 4 personnes qui partent d’un coup. C’est aussi la fin d’un truc.

perchoir

Je me suis dit que mon refus d’être embauchée me privait quand même du plaisir de faire un pot. (Vous noterez qu’on ne fait jamais de pot d’embauche, ce qui est la preuve que dans le fond, les gens savent qu’il faut fêter le départ d’un travail, pas l’arrivée.)

Le pot de départ de Grazia avait lieu au Perchoir. C’est un café fait de deux installations de type « chantier », comme vous pouvez le constater sur la photo ci-dessus, posées sur un toit d’immeuble. C’est assez dingue comme endroit. MAIS MAIS MAIS, surtout, c’est l’occasion d’un Guide des chiottes n° 18 (je crois mais je suis pas sûre du numéro).

Déjà, des toilettes installées sur un toit, tout de suite, ça a de la gueule. Ca me séduit. Mais en prime, ce sont des chiottes avec fenêtres permettant de regarder les étoiles pendant qu’on fait caca sans que personne ne vous voit puisqu’elles sont sans tain. Démonstration de l’extérieur avec Coach comme modèle :

fenetre-toilettes

(Evidemment, le risque du coup, c’est d’être en train de faire caca pendant que deux crétins se prennent en photo dans le reflet de la fenêtre.)

Ca s’arrêterait là, je dirais juste chapeau. Mais ATTENTION, voilà pourquoi ce sont les meilleures chiottes de France :

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C’est la première fois que je peux tester in situ des toilettes duos. Parce que franchement, vous êtes en pleine discussion en soirée, votre interlocuteur est en train de vous confier ses secrets les plus honteux, vous passez un excellent moment sauf que vous avez une petite envie de pisser et que vous ne savez pas comment vous éclipser. Voilà, la solution : poursuivre la discussion aux chiottes.

toilettes-duo-2

- Tout ça est l’occasion de dire une chose : le journalisme est un milieu hyper sexiste. (Non, vous n’avez pas sauté un paragraphe, ça n’a effectivement rien à voir avec les chiottes mais j’avais la flemme de chercher une articulation logique.) Je vous passe toutes les réflexions misogynes qu’on entend quand on débute dans le métier, la remise en cause de vos compétences parce que vous êtes une femme. Et quand vous cumulez le malheur d’être une femme ET jeune, vous êtes polyhandicapée. Y’avait qu’à voir la dernière conférence de presse du Président : un parterre d’hommes et de cheveux gris. On aurait dit une pub pour Petrol Hahn. Mais on peut aussi se référer aux chiffres objectifs : d’après la dernière étude de la scam, parmi les plus hauts revenus du journalisme, les femmes ne représentent que 16%. (Si on retire les postes de la presse féminine, qui est par définition un cas à part, j’imagine qu’on tombe à moins de 10%.) De toute façon, les propriétaires de groupe de presse sont des hommes. Les dirigeants sont des hommes. Et il existe un post quasi réservé aux hommes : directeur de la publication. Pourtant, il y a désormais plus de femmes que d’hommes journalistes.

Est-ce qu’on devrait attendre de ce milieu professionnel qu’il soit plus exemplaire que les autres ? Bah oui. Et ça nous prouve au passage que le problème de la parité n’est pas seulement un problème de catégorie sociale. C’est un problème de reproduction endogame des élites, un principe général de cooptation où l’on choisit le même plutôt que l’Autre.

Au début, je pensais que c’était grandement lié à un problème générationnel. (« ah bah c’est bien un truc de vieux ça! ») En fait, je le pense toujours un peu mais j’ai infléchi ma position. Parce que la bande de So foot, So film etc privilégie les mecs. Snatch, c’est un garçon. Et les filles alors ? Bah les filles elles montent leurs propres magazines de… filles. Causette, plus récemment cheek-magazine, se définissent comme des féminins (différents des féminins traditionnels mais féminins malgré tout).

Je ne parle pas ici de la qualité de ces titres mais juste que des générations plus jeunes fonctionnent encore sur un principe de partition fille/garçon. La vie serait-elle une longue boum de 1991 ?

Je me souviens qu’à Brain, ça ne nous traversait pas l’esprit. On voulait des gens qui écrivent bien – et gratuitement parce qu’on était fauché – fille ou garçon, on s’en branlait. On était complètement ringards en fait.

Du coup, quand j’ai été embauchée à Slate et que le Chef m’a dit “on t’embauche parce qu’on a besoin de quelqu’un pour traiter de sujets féminins” ça m’a fait tout drôle. (J’avais été honnête et dit non aux sujets féminins, j’ai pris soin de ne faire QUE des papiers neutres au début et il n’y a pas eu de problème mais quand même. A l’époque, je n’aurais jamais fait un article sur Brad Pitt parce que je voulais d’abord prouver que je savais faire autre chose.) (C’était aussi l’époque où on me disait “ah, t’as un blog ? Un blog de fille donc”.)

 - Rien à voir. Vous avez remarqué ça ?
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Ca m’agace tellement… Je sais même pas pourquoi. Toi aussi, joue à faire ton titre de roman avec une caractérisation de personnage et un pronom relatif :

le pigeon

le foetus                                  voulait                       devenir quelqu’un d’autre

l’oreiller              qui                aimait                       manger une étoile

la couille                              n’aimait pas                faire caca et se tartiner de merde après

la mésange                         ne voulait pas

Je sais pas ce qui leur prend. Au début, j’ai pensé qu’ils avaient tous relu Sepulveda en même temps.

sepulveda

Mais en fait, j’ai une autre hypothèse. Le contre-coup de l’effet Stieg Larsson :

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millenium2GF

Ca me rappelle y’a des années, la mode des titres copiés sur Extension du domaine de la lutte. (J’ai plus les exemples en tête, mais y’en avait plein, y compris des titres de films.) C’est marrant que les titres de livres soient à ce point soumis à des tendances sociétales. Mais ceux-là, que disent-ils de notre société ? Perso, je parierais sur le besoin de conte moderne. Parce que tous ces titres ramènent au genre du conte sur le modèle enfantin de “c’est l’histoire d’un/d’une … qui… jusqu’au jour où…”.

- Tant qu’on en est à parler histoire, allez regarder le coup de gueule d’Abdel Raouf Dafri, scénariste d’Un prophète et Braquo.

- Et pour finir, la Vérité : 

la-verite

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21 janvier 2014

Titiou’s Challenge book – suite

OULALALALALA…

C’est LA MERDE LES AMIS.

Je suis de nouveau hyper à la bourre dans le travail. Mais putain… Pourquoi je me fous toujours dans des situations moisies en m’y prenant à la dernière minute ? C’est maladif. C’est à croire que je n’apprends rien par l’expérience. J’ai l’impression d’être en terminale et d’avoir seulement rédigé l’intro de ma dissert de philo qui est à rendre à 8h30 du mat, alors qu’il est 7h15. En gros.

Vous allez me dire : « tu n’apprends pas parce que finalement, tu t’en sors toujours ». FAUX. Un jour en terminale, je n’ai pas rendu ma dissert. J’avais gratté tous les délais imaginables mais rien à faire, « le sujet ne m’inspirait pas, je le trouvais boiteux ». C’est ce que j’ai dû avouer au prof qui, pour récompenser l’élan d’honnêteté qui m’avait poussée à lui expliquer que le problème n’était pas ma paresse mais l’inintérêt des devoirs qu’il nous donnait, m’avait attribué un 0. Comme un bâtard. Alors que ma voisine de classe, qui avait eu le même problème d’inspiration que moi mais était dotée de compétences diplomatiques légèrement supérieures aux miennes, s’en était sortie avec un autre sujet de dissert à rendre. L’Education Nationale, l’école de l’injustice.

Là, tu as compris ami lecteur, je ne vais rien dire d’intéressant dans ce post hein, mais de toute façon, désormais et pendant les deux prochains mois, le blog me sert de béquille psychologique. Ca coûte vachement moins cher qu’un psy.

Pourtant, pour tenir mon Titiou’s Challenge Book, j’avais bien tout organisé autour de moi.

Etape n°1 : la grève

J’ai annoncé une mise en grève du personnel rangeant de la maison.

Parce qu’il semble que je souffre d’un mal peu ordinaire autour de moi : quand je vois un truc par terre, je le ramasse et je le range.

C’est complètement con, hein ? Pourquoi le ramasser alors que tu peux le laisser par terre et poursuivre ton chemin et comme ça être sûr que quand t’en auras besoin, tu ne sauras plus où il est (parce que le chat aura joué avec et l’aura déplacé ailleurs) ou alors s’il s’agit du bras d’un bonhomme playmobil, que la prochaine fois tu vas te l’enfoncer bien profond dans la plante du pied et perdre 20 minutes de travail parce que tu te seras recroquevillée dans le couloir en chouinant ? (Oui, là, y’a un point d’interrogation, ce n’est pas une erreur de ma part, c’est parce que le début de la phrase était sous forme interrogative et que la logique syntaxique française veut que tu ne puisses pas changer la nature de ta phrase en cours de route.)

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Surtout, le problème en deux parties qui en fait sont les mêmes : tu ramasses, tu ranges, ça refinit toujours par terre. Je pensais pas que la force de gravité était puissante à ce point-là. Donc tu recommences sans cesse la tâche. Le rangement, quand tu ne vis pas seul, c’est comme une émission de Michel Drucker, ça ne finit jamais. (Vous avez pas remarqué ça ? Le dimanche, quand vous trainez comme une merde chez vous, que vous zappez par désoeuvrement, peu importe l’heure, vous tombez sur Drucker et vous avez l’impression que ça ne finira jamais son émission de merde.)

Bref. Ramasser, ranger. Ca me prenait un temps fou. Aussi parce que pour procrastiner de chez soi, c’est une très bonne excuse. J’ai donc décidé de me priver de cette excuse quotidienne qui me fait perdre deux heure de taff par jour (en cumulé, j’estime mon temps de rangement à 2 heures par jour, c’est énorme, c’est démentiel, ça doit cesser).

 

Etape n°2 : se barrer

Après avoir survécu aux fêtes de fin d’année – ce qui n’était pas gagné vu que le 24 décembre j’étais chez le kiné et j’en suis sortie avec ça :

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tendinite

et le 31, mes courses pour le repas c’était ça

constipation

constipation mon amie.

La semaine du 31, on était partis à Clermont-Ferrand (je n’ai aucun lien génétique avec celle ville mais il m’apparait désormais assez clair que je mourrais à Clermont-Ferrand) chez la mère du chef. Avec tout plein d’enfants qui criaient dans tous les sens.

Le lundi, j’ai donc pris une grande décision : rentrer à la maison 3 jours avant la date prévue pour travailler.

Ca faisait un retour le 2 janvier, soit donc la date du début de mon Titiou’s challenge book 2014.

Parce qu’en fait, un couple, un enfant, une famille, c’est du temps. Pas juste que ça « prend » du temps. Ca compte le temps. Ca découpe ta journée en petites tranches. Aller chercher Têtard à 18h. Retour du Chef vers 20h. Coucher du Têtard à 20h30. Dîner vers 21h. Putain, mais la vie ça se débite pas en tranches comme de la barbaque. La vie N’est PAS un paquet de jambon Madrange.

Alors que là, seule, j’ai joui d’une plage de temps quasi infinie qui s’étendait doucement sous mes yeux pour travailler tout mon saoul. J’avais peur que Têtard me manque atrocement. Bah pas du tout. C’était juste trois jours hein. Mais la vérité c’est que j’étais heureuse, épanouie, soulagée, libérée. Maitresse de ma vie. La liberté, pour moi, n’est pas géographique. (De toute façon, je ne vois aucun intérêt à sortir de chez moi). La liberté est une donnée temporelle.

Enfermée seule à la maison sans aucune contrainte temporelle, j’ai pu affronter Word et cliquer sur le dossier “Roman 2” puis faire des tours dans mon bureau en le regardant de loin, me mettre à quatre pattes pour m’approcher discrètement de l’écran en miaulant un peu, finir, au bout de trois heures, par me hisser sur ma chaise, passer encore quatre heures à mater internet avant d’oser enfin relire les documents du dossier. Un apprivoisement qui s’est donc fait sur la durée.

A noter aussi que Brice Nane Teinturier n’avait jamais été aussi heureuse.

 

Etape n°3 : s’éloigner d’internet

Je l’ai déjà dit : passé 14h, j’arrive plus à bosser. Le matin, ça va. Après c’est déjeuner et sieste. Mais ensuite, me REmettre au taff, ça ne marche pas. Donc j’ai décidé de m’auto-feinter en allant bosser au café l’après-midi. Café = possibilité d’entrevoir d’autres êtres humains et d’écouter leurs discussions. J’aime bien les gens qui racontent très fort leur vie intime en public parce que je fais pareil. L’autre jour, j’ai entendu textuellement cet échange entre deux meufs de 50 ans.

« mon mec il est complètement immature, c’est une espèce de jeune fille en fleurs. Il veut qu’on se marie. C’est complètement patrimonial comme truc.

- pour les impôts c’est bien.

- j’y ai pensé pour les impôts mais déjà que j’arrive plus à le supporter alors si c’est mon mari… Lui avec son coté bonnefemme… Qu’est-ce que t’as fait pour que je veuille de toi espèce d’imbécile à tout le temps me casser les pieds ?” Pauvre bonhomme, il doit pas rigoler tous les jours ce monsieur.

Café = impression d’avoir fait un truc de ma journée. Café = possibilité de justifier l’achat de ma carte orange mensuelle alors que je bosse de chez moi. Café = pas d’internet.

Ca marchait plutôt bien. J’en profite pour signaler que j’ai décidé d’essayer d’alimenter mon compte instagram, notamment grâce à ces séances au café.

Et puis, la panne. D’abord, parce que je veux bien écrire ce roman mais comme je ne sais pas ce qui va se passer (j’en suis au chapitre 3 de la deuxième partie) ça devient compliqué. (« Ce soir-là, il rentre chez lui et là… Et là, il se bouffe un morceau de fromage en regardant Ruquier à la télé ? Il découvre un cadavre dans sa salle de bain ? Il joue avec  le vampire qu’il a caché dans sa cuisine ? Il mate un film porno ? » Putain… j’en sais rien.) Et puis aussi parce que je me suis rappelée un truc assez fondamental : en vrai, je préfère ne rien foutre. Ou alors aller regarder les photos de l’appart de Charlotte Gainsbourg que je ne pourrai jamais me payer puisque je ne travaille pas assez :

appart1

appart2

Mais j’ai quand même fini un manuscrit :

bureau

Oui parce que j’avais pas un livre à rendre cette année mais deux. Mais celui-là, il est quasi fini. (En même temps, il sort en mars/avril, donc y’avait intérêt.) (Bref, on en reparlera très bientôt.)

J’en profite pour vous signaler que j’ai participé à un ouvrage collectif publié par le Livre de Poche qui sort en février, ils m’ont même envoyé une image pour la promo :

facebook-titiou-lecoq

 

Sauf qu’en vrai, j’ai écrit un petit texte. Mais dedans, on trouve plein d’autres gens très bien (comme Maïa Mazaurette, Le Gorafi, le Crew des Haterz, le pédé de C’est la gêne, ou mon pote Julien Blanc-Gras). 

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