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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

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17 novembre 2015

C’était pas moi

On a tous le même échange. Le pudique “Et toi ? Ca va ?” Auquel on répond oui. Oui, ça va parce que je suis en vie, pas blessée et que je n’ai perdu personne. Alors oui, ça va. Je ne vais pas me plaindre.

Mais la vérité, c’est que ça ne va pas du tout.

Et l’autre vérité, c’est qu’on s’en fout. On s’en branle que je reste parfois le regard dans le vide et que je chiale alors que je ne pense à rien. (Même si d’un point de vue biologique, je ne pensais pas que c’était possible.)  

Si j’écris, c’est que je me dis qu’on est sans doute plusieurs dans cet état. Et plusieurs à ne pas le supporter. Je n’ai pas été touchée directement, et pourtant je erre comme un zombie, assommée par le choc.

robabée

La dessinatrice Robabée.

 

 

C’était ni toi ni moi. Mais c’était quand même nous. Mais c’était quand même pas moi. (Oui, en ce moment, j’ai des capacités logiques et linguistiques limitées.) Et je m’en veux. Je culpabilise de mon état. Les survivants vont culpabiliser vis-à-vis des morts. Et moi, je culpabilise par rapport aux survivants et aux endeuillés, d’être dans cet état de choc alors que j’ai eu tellement de chance. Je n’ai perdu aucun proche. Je n’étais ni en terrasse, ni au Bataclan. J’étais à un concert, certes, mais à la Cigale. Géographiquement, c’est pas à côté. Et pourtant, j’ai basculé dans la sidération.

Pire. Je suis devenue une grosse abrutie. Dans tous les sens du terme (pour abrutie hein). Parce que “ça ne va pas”, ce n’est pas juste être triste. C’est être en mode zombie catatonique, puis pleurer un peu, puis se sentir totalement blindée, insensibilisée, puis envahie par la rage. C’est être traversée par tout un tas de pensées et de sentiments contradictoires. Avoir des réactions totalement irrationnelles. S’énerver pour rien. Trouver les gens insupportables. Et l’instant d’après tellement émouvants. Je me suis réjouie du bombardement du camp d’entrainement de Raqqa. Moi. C’est horrible. Ca, ça prouve bien que ça ne va pas. J’ai dit “il faut les fumer ces batards”. Moi. La même personne qui tenait de grands discours devant la réaction militaire des Américains après le 11 septembre. Evidemment, je sais que c’est cet ancien moi qui a raison. Pas le truc sclérosé, recroquevillé, rageux qui prétend me servir de cerveau en ce moment.

Ces réactions, je les aurais acceptées d’un survivant ou de quelqu’un qui a perdu un proche.

Là, je me trouve profondément conne de me sentir mal et de penser mal. Je n’ai aucune justification pour être dans un état pareil.

Bien sûr, ce sont nos endroits, nos habitudes de vie qui ont été visés. Bien sûr, quand je regarde les photos des victimes, j’ai l’impression que je les connais tous. Et je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est un putain de miracle de n’avoir aucun ami dans la liste des morts. Un miracle qui frôle l’aberration. Au point que je consulte frénétiquement la liste des victimes, avec toujours la même stupéfaction de n’y voir aucun de mes proches.

Bien sûr, toute l’année, on a attendu l’attaque suivante. Après Charlie, plusieurs personnes se sont étonnées, sans méchanceté hein par pure curiosité, de ma réaction et m’ont demandé pourquoi j’étais à ce point affectée par ces attentats. L’une des raisons c’est que j’ai vécu janvier dernier comme un moment de bascule. Un message très explicite qu’on nous adressait. Ce n’était pas la fin de quelque chose, seulement le début. A partir du 7 janvier, on vivait dans un autre monde, une autre période. Et c’est une raison supplémentaire pour que ma sidération actuelle m’exaspère.

Ca va passer bien sûr. Je vais récupérer mon cerveau. En attendant, je compte sur les autres pour décrypter le virage sécuritaire du gouvernement, la révision constitutionnelle, le renforcement de la surveillance d’Internet, toussa quoi.

Méfions-nous. On n’est pas dans notre état normal, on perd nos facultés de juger. On se laisse séduire par des discours que nous condamnions avant. Méfiance. Ne devenons pas notre propre ennemi.

Je me méfie aussi de ce que j’écris. J’en ai gratté des pages depuis samedi. Mais je ne les publierai jamais parce que poster sur Internet, blog ou tweet ou statut, c’est prendre une parole publique, c’est être responsable. Or en ce moment, je ne suis pas vraiment responsable, je dois faire très attention.

Pour finir, je vais arrêter de ressentir confusément que je n’ai pas le droit d’être dans ces états émotionnels. Parce que le premier pas pour se remettre d’un trauma, c’est de l’accepter. On n’est pas des imposteurs qui volent la vraie douleur ailleurs. Malheureusement, la douleur est un bien illimité.

 

On a le droit. D’être enragé, en larmes, vidé. On a le droit d’être traumatisé sans avoir eu de contact direct avec les attaques. Tous. Y compris ceux qui n’étaient pas là, pas là aux terrasses ou au Bataclan, pas là à Paris, pas là en France. Ceux qui vivent en province, ceux qui étaient/sont à l’étranger. C’est quelque chose de plus fort. Un noyau chaud qui vous fait sentir que vous aussi vous avez été ciblés. On n’est pas traumatisés pour rien mais parce qu’on a été attaqués. Et pas symboliquement. C’est extrèmement concret ce qu’on vit. (Il suffit de prêter attention aux sirènes qui retentissent désormais en permanence.) Ceux qui sont traumatisés, le sont parce qu’ils savent, ils sentent intimement qu’ils étaient visés. Et c’est une raison suffisante pour être en état de choc.

 

 

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14 novembre 2015

Le 13 novembre

Samedi 14 novembre. La gueule de bois. Pas vraiment la même.

Je ne vais pas écrire sur le courage du peuple de Paris. Parce que le peuple de Paris que je connais, c’est celui qui sort le vendredi soir pour se démonter la tête. Evidemment, hier, à peu près tout mon entourage était dehors. Qui dans un bar, qui à un concert, un autre au stade de France. C’est normal, c’était vendredi soir. Le soir où on boit, trop. On se couche tard, trop. On couche, tout court et parfois avec n’importe qui. On écoute de la musique trop fort. On traine dans Paris à la recherche d’un taxi. On crie dans la rue. On se fait engueuler parce qu’on est dehors avec un verre d’alcool. Parce qu’on fume en riant trop fort et que ça dérange les “riverains”. C’est notre soir. Celui où on décompresse. Celui où on s’autorise un peu de n’importe quoi.

Coming-out : un de mes premiers souvenirs au Bataclan c’est d’y avoir vu un spectacle de Michaël Youn. C’est con hein ? Et c’est con de penser à ça là. Mais ça dit aussi à quel point ces lieux nous sont familiers. Ce n’est pas seulement notre paysage urbain quotidien, c’est notre paysage mental. Ces lieux sont devenus synonymes d’évènements historiques qu’on trouvera dans les manuels. Du sang, des corps. Des images des mecs qu’on croise tous les jours qui tirent des cadavres. (Cette vidéo surtout.) Et quoi alors ? Aller déposer des fleurs devant le Bataclan ? Appeler Chryde, la dernière personne avec qui j’ai bouffé à la Belle Equipe, pour qu’on aille y mettre des chrysanthèmes ?

A la place, j’écris. C’est con aussi. C’est trop tôt. Mais c’est tout ce que je sais faire. A défaut de boire.

A Paris, hier soir, la vie tenait aux places dispos en terrasse et à vos goûts musicaux. Que vous préfériez le métal ou le rock. Les attentats de janvier ciblaient des gens qui représentaient quelque chose : dessinateurs / policiers / juifs. Hier, c’était juste nous. Des gens qui aiment bien sortir pour faire la fête. On est pas méchants. En général, le vendredi soir, on est surtout un peu cons. On a jamais eu l’impression de représenter quoique ce soit. Surtout pas le week-end. Le vendredi soir, on dépose les costumes sociaux habituels. Le vendredi soir, on est n’importe qui.

Hier, le concert des Districts était vachement bien. Même si on aurait dit que le mec des lumières avait appuyé sur le bouton “aléatoire” avant de partir s’acheter un paquet de granola. C’est ce que j’ai dit pendant que tout le monde prenait sa bière au bar. Quelque minutes plus tard, je suis sortie de la Cigale avec mon amie Diane et le vendredi soir était en train de basculer. Pas juste ce vendredi soir-là. Le concept même de Vendredi Soir. J’ai traversé l’Est de Paris. J’ai pleuré. Tout de suite. Pas d’état de choc parce que ça fait des mois qu’on s’y attend. Qu’on en parle. On est combien à avoir partagé l’interview de Trévidic en septembre ? Diane a pris les choses en main, elle a trouvé un taxi. Elle m’a donné de l’argent. (Oui, le taxi m’a fait payer la course.) En arrivant chez moi, j’ai découvert l’état d’urgence. Le Président qui fait fermer les frontières. Des mots qui nous sont étrangers. Presque exotiques. Des mots qui, jusqu’à aujourd’hui, n’avaient aucun rapport avec le fait de sortir picoler le week-end.

J’espère qu’on continuera à aimer faire la fête dehors mais je ne jugerai pas ceux qui préfèrent rester en sécurité.

Oui, bien sûr, on était prévenus.

Mais on n’est pas un courageux peuple de Paris. On n’a pas fait de la résistance. On est juste des fêtards un peu cons. Franchement, les mecs, on ne méritait pas tant d’attention.

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29 septembre 2015

Vacances en immersion – Part 2

Attention ami lecteur, ceci est la suite d’un texte qui commence donc précédemment.

Quand tu as moins de 55 ans et que tu te retrouves à patienter devant le Monop à l’ouverture, tu deviens ipso facto un objet d’exotisme pour toutes les personnes âgées qui sont présentes. Elles te regardent en souriant comme si le fait d’être calée sur leur rythme biologique impliquait que tu avais rejoint leur univers. En même temps, l’expérience m’a plu pour une raison que ne comprendront que les gens qui, d’après moi, devraient sérieusement aller consulter un psychiatre : ça me donnait l’impression d’être grande. Je jouais à l’adulte. (Mon rapport au réel est essentiellement basé sur des jeux de rôle.) Et là, je pouvais difficilement faire plus “adulte” que de jouer à la meuf qui trimballe ses gamins en pyjama pour faire l’ouverture du supermarché.

Par contre, aux alentours de 10h30, j’en avais ras-le-bol de jouer à l’adulte responsable. Mon moi intérieur, qui est donc âgé de 5 ans, avait besoin de pioncer. C’est le moment où tu penses aux autres parents et tu te demandes pourquoi ça a l’air facile, ou au moins naturel pour eux, de gérer le quotidien alors que toi, t’as l’impression de vivre une expérience extrême.

Maman, les mouettes elles font le même bruit que les sirènes des pompiers.

Pendant ces quelques jours, j’ai aussi pas mal pensé à ma mère. De même que je n’ai aucun souvenir de l’avoir vue coudre des étiquettes à mon nom sur mes fringues (après vérification, elle m’affirme qu’elle l’a fait), je n’ai pas le souvenir de l’avoir vu galérer comme ça. Jamais. Ceci étant, elle a fait deux enfants avec 15 ans d’intervalle, ce qui lui a permis de gérer simultanément le bac de l’une et les couches de l’autre.

Je n’ai qu’une photo où elle a l’air d’en chier à cause de moi. (Justement en vacances, comme quoi…)

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(c’était ma période sans culotte)

Et une où clairement elle gère par la décontraction une crise de ma soeur.

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Après des matinées aussi folles, retour bien mérité à la maison. (Vers 10h30 donc.) La maison, le lieu de vacances où tu te reposes, tu souffles un peu. Mais pas dans mon cas. Parce que qui dit maison de vacances, dit maison non sécurisée, dit danger de mort à chaque coin de meubles. Et ce qui fonctionnait très bien à deux adultes, se révèle nettement moins pratique à un. Par exemple, la cour où les enfants pouvaient jouer était joliment agrémentée d’une arme de mort.

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Et l’intérieur de la maison (pour aller du salon/cuisine aux toilettes par exemple) :

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On dit que les parents ont des yeux derrière la tête. Bah ils ont bien de la chance parce que pas moi.

Et du coup, je me suis retrouvée face à des choix cornéliens. Par exemple : chier ou surveiller ma progéniture. Il faut savoir que j’ai le caca présidentiel. Pour mon organisme, le caca, c’est maintenant. Pas dans dix minutes. Si caca il y a, je dois courir aux chiottes, ce qui implique de laisser les enfants seuls. Donc à chaque fois que je suis allée aux toilettes, j’étais perclue de culpabilité. Je m’imaginais Têtard ou Curly mourir dans un escalier, la police ou leur père me demander “vous étiez où ?” et comment oserai-je répondre “aux cabinets” ?

Dès le deuxième jour, j’ai pris conscience que j’allais être confrontée à un autre sérieux problème : l’alimentation.

La mienne. Les premières 24h, je me suis nourrie d’une fin de sucette saupoudrée de grains de sable que Têtard avait laissée trainer par terre et j’ai raclé des fonds de petits filous. Figurez-vous que mes enfants font quatre repas par jour. Chacun. Et qu’ils ne mangent pas la même chose. 8 repas par jour. En 48h, j’en avais déjà servis 16, j’avais l’impression de rebosser à la trattoria des Champs-Elysées. Le problème étant que ce boulot de serveuse, je l’avais lâché au bout de 12 heures parce que je trouvais ça ultra chiant. Il avait fallu me rendre à l’évidence : je préférais niquer les serveurs qu’être serveuse. Autant dire que me préparer un déjeuner, c’est un truc qui m’a tout de suite semblé injouable.  

Mais je pouvais peut-être miser sur le fait de bouffer le soir. Sauf qu’après la plage, la douche de l’un des deux (je tirais au sort lequel j’aurais le courage de laver), la bouffe de l’un, la couche à changer, la bouffe de l’autre, l’engueulade entre les deux pour la tablette (oui, déjà), l’histoire et le câlin de l’un, l’histoire et le câlin de l’autre, il était 21h et le dernier truc dont j’avais envie, c’était de me faire à manger. Evidemment, j’aurais pu aller me chercher de quoi grailler dehors. Sauf que nos normes sociétales actuelles interdisent de laisser des enfants dormir seuls dans une maison même dix minutes. Du coup, j’ai repensé à Hemingway. 

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L’époque bénie où tu laissais ton bébé seul plusieurs heures dans son lit à barreaux pendant que t’allais glander au café…

Bref. J’ai finalement trouvé la solution définitive à mon problème d’alimentation :

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Dieu n’a pas créé que l’univers, il a également inventé le pâté. Un truc salé, comme ça, t’as quand même l’impression de faire un vrai repas, qui ne nécessite pas de cuire quoique ce soit, tient au corps et demande un minimum de temps et d’énergie. (Parce que ces « vacances » auront été le moment pour approfondir ma théorie selon laquelle le temps, c’est de l’énergie.)

Ensuite, il fallait aller à la plage. J’adore la plage. D’abord, j’aime me baigner dans la mer. Pas dans une piscine. Si vous voulez mon avis, les gens qui disent « moi, je préfère la piscine » sont sans doute les mêmes peine-à-jouir qui utilisent des ronds de serviette. Mais là, seule avec deux petits, la mer est restée un truc à la fois très proche (de quatre mètres) et complètement inaccessible.

Et ce que je préfère c’est quand tu reviens de ta baignade. Tu t’allonges sur ta serviette et tu fermes les yeux. Au début tu as un peu froid et puis le soleil commence à te piquer. Si tu entrouvres les yeux, en te concentrant bien, tu peux même réussir à voir le sel collé entre tes cils. Tu refermes les yeux et tous les bruits te parviennent différemment, à la fois plus précis et éloignés.

Là, au lieu de me détendre, j’ai dû rester dans un état de vigilance maximale.

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Bon, gros coup de bol, Curly a horreur du sable donc il ne quittait pas l’espace délimité par la serviette. Par contre, surveiller Têtard s’est révélé au-dessus de mes capacités. Un échec cuisant. Dès le premier jour, on allait rentrer à la maison quand j’ai perdu simultanément ma sandale et mon fils. C’est-à-dire que je cherchais désespérément ma sandale dans le sable, sandale qui avait sans doute été enfouie par l’enfant en question, quand j’entends 45 secondes de silence. Effrayée, je lève la tête. Plus de Têtard. Je ne peux pas courir pour le chercher vu que j’ai la poussette avec le Curly. Je remonte donc péniblement la poussette jusqu’aux planches, je lance un dernier regard à la plage où se trouve ma sandale, et puis je pars en roulant à la recherche de l’enfant. Que j’ai retrouvé très loin devant. Il avait entendu que je disais “on va rentrer” et il s’était barré, tranquille. J’ai donc fait le chemin de retour avec une seule chaussure, la bave aux lèvres, vociférant sur Têtard que je secouais d’une main tandis que je manoeuvrais la poussette de l’autre, et en prime mes lunettes de soleil cassées dans la panique. J’avais l’impression de faire le chemin de croix d’une Cersei version Lidl.

Lors de ces trajets à pieds, je me suis beaucoup interrogée. A chaque fois que je croisais d’autres parents, je cherchais des indices pour me rassurer. Peut-être que simplement les autres parents dont j’ai l’impression qu’ils gèrent si facilement, galèrent aussi mais que ça ne se voit pas au premier coup d’œil. (Une perspective rassérénante puisqu’elle sous-entend son inverse à savoir que possiblement, je n’ai peut-être pas l’air de galérer non plus vue de l’extérieur. Même si les regards compatissants de 90% des gens que je croise me laissent un doute quant à cette hypothèse.) Sauf que non. Je vois bien que les autres parents ne rentrent pas de la plage pieds nus, qu’ils n’ont pas perdu une chaussure en route qu’ils n’ont pas pu chercher parce que leur gamin avait fugué. Je vois bien que leurs lunettes de soleil ne sont pas pétées et portées de traviole. Je vois bien que leurs gamins n’ont pas des traces de morve séchée qui remontent sous leurs yeux. Je vois bien que leurs fringues et leurs cheveux sont propres. J’en ai même vu, le père, la mère, le gosse de 3 ans qui portaient tous les trois des shorts beige. BEIGE. 

Evidemment, ils avaient sans doute une machine à laver, alors que notre maison de vacances en était dépourvue, possibilité que je n’avais pas vraiment envisagée quand j’avais préparé les valises. Mais en fait, vu notre degré de crasse, il aurait suffi qu’un t-shirt propre entre en contact avec la peau de mes enfants pour se retrouver souillé de tâches de gras. Heureusement, ce n’était pas près d’arriver. J’avais pris un seul pyjama pour Têtard qu’il renfilait tous les soirs pour s’endormir dans l’odeur du nesquick qu’il renversait dessus chaque matin.

Et dans le genre dialogue de la la honte : INT/JOUR 21h. Salle de bain.

Têtard « Maman, on n’a pas lavé mes dents aujourd’hui. »

Moi « Ah oui… » Gros plan sur le visage exténué de la mère. « On fera ça demain hein, c’est pas grave. »

Têtard « Mais hier non plus. »

Moi « Ah oui… C’est vrai… »  

Silence lourd de sens que Têtard n’a malheureusement pas la finesse de saisir. Il a fallu qu’il se mette à hurler « je veux me LAVER LES DENTS!! » réveillant du coup Curly, double source de cris enfantins, pour que je cède. Cette fois-là.

Parce que dans cette configuration avec mes enfants d’amour, il a fallu faire des choix. Et j’ai unilatéralement décidé que l’hygiène, on pouvait s’en passer.

Et en même temps, il y a eu un phénomène assez remarquable. J’en chiais mais le fait d’être en permanence avec eux me donnait envie d’être encore plus avec eux. (Alors que là, concrètement, c’était pas possible de faire plus, à moins de me rétrécir à une échelle microscopique pour pouvoir entrer dans leur organisme.) Ils agissent comme une drogue. (Et à l’instar de la drogue, ils sont en train de niquer ma santé.) En fait, j’ai développé un syndrôme de Stockholm avec mes propres gamins. Autre effet secondaire : la raison qui vacille. En état de privation de sommeil et coupé de tout contact avec d’autres adultes, tu as des moments de folie. Les verrous qui sautent. Ces moments sont très faciles à identifier. C’est par exemple quand tu te mets à quatre pattes dans le salon et que tu imites le cochon qui vomit. (J’ai aussi fait une imitation d’orang-otan qui déclame du Corneille mais ils ont moins aimé. Ils n’ont aucun goût.) Bref, ça, c’est hyper cool. Tu t’autorises n’importe quoi devant d’autres êtres humains qui, de toute façon, quoique tu fasses, ont chevillé au corps la conviction que tu es la chose la plus merveilleuse de l’univers. Je ferais caca sur la table, ils applaudiraient à tout rompre. (Ca ne va pas durer, je sais. Mais c’est quand même la première fois de ma vie que ça m’arrive.) (Non, ma mère aurait modérément apprécié que je chie sur la table en bois du salon.)  

Un autre jour, Têtard a voulu jouer dans le square derrière la plage. J’ai trouvé un endroit stratégique qui me permettait à la fois de laisser la poussette à l’ombre et de surveiller Têtard. Il se trouve que cet endroit se situait à côté de la poubelle. Et bin, je me suis rarement sentie autant en adéquation avec mon environnement. Et puis, au moins, on ne faisait pas tâche. Et c’est comme ça que j’ai fait connaissance avec les dames au fond. (Et j’ai eu droit à mon énième : “Oh mais vous savez, là c’est difficile, mais dans quatre ans, ça roulera tout seul.”)

plage

Mes copines de vacances.

Heureusement, ces vacances ont été sauvées par l’intervention de deux hommes. C’est-à-dire qu’à un moment, tu as besoin de respirer et de retrouver le monde normal, un monde où tu ne t’écries pas « ohhh… un chien! » à chaque fois que tu croises un clebs. Seul(e) avec tes enfants, tu es en immersion dans un univers particulier, un monde parallèle régi par des lois absurdes, où tu acquiers des réflexes à la con comme imiter le cri de chaque animal après avoir dit son nom (« oh, un chien! Waouf waouf! », « oh un chat, miaou »).  

D’abord, Guy Birenbaum m’a récupérée dans un bistrot. Il m’a regardée, il m’a écoutée et il m’a dit “t’inquiète, j’appelle mes filles, elles vont un peu s’occuper des enfants”. Ensuite, j’ai vu trois nymphettes débarquer. A la plage, je les ai écoutées se battre pour savoir laquelle ferait à manger à leur père le soir pendant qu’il me parlait des livres qu’il avait lus. J’étais émerveillée.

Ensuite, il y a eu le voisin. Un après-midi, pendant que Têtard faisait la sieste (vu qu’ils n’étaient pas calés sur les mêmes horaires), je faisais la vaisselle. Curly en a profité pour traverser la cour, tourner à gauche, entrer dans la cour de la maison voisine, la traverser et monter l’escalier. Tout ça, à quatre pattes en marchant comme un varan. Il n’avance pas les bras vers l’avant, il fait un mouvement de rotation de l’épaule pour que son bras effectue un demi-cercle. Et il peut aller hyper vite. Grosso modo, lancé à pleine puissance, ça donne ça :

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Du coup, j’ai fait connaissance avec le voisin, un mec très sympa qui avait deux fils, mais des grands, et me regardait avec la compassion que je lisais dans le regard des gens depuis le début de mon épopée monoparentale. Il a pris Curly dans ses bras, plus tard il a installé Têtard à une table, est allé nous chercher des croissants, m’a fait du café et m’a raconté qu’il était scénariste.

Là, j’aimerais que vous vous mettiez à ma place. Je suis dans la maison d’un inconnu qui berce mon bébé varan, je n’ai pas dormi depuis 48h, la veille au soir j’ai mangé du pâté étalé sur un BN fraise parce que j’avais plus de pain et que j’aurais bouffé n’importe quoi, j’ai passé la matinée à mimer une truie en train de gerber, j’en suis là, c’est-à-dire dans un autre espace-temps – ou un épisode de Doctor Who – quand cet homme me raconte que pendant 10 ans, il a été scénariste de… Smallville. (Au bout de dix ans, le pool de scénaristes a été remplacé par un logiciel.)

Pour les néophytes, Smallville, ça racontait l’adolescence de Superman.

Moment le plus WTF de mes vacances. Là, j’ai cru que je m’étais auto-définitivement-perdue pour moi-même.

Bref, à la fin de cette expérience, j’étais plutôt fière de moi. Une fierté pas partagée par le Chef qui m’a dit « je n’ai jamais vu des enfants aussi sales. Mais qu’est-ce que vous avez fait ?! » Je l’ai regardé les yeux exorbités, j’ai attrapé son bras pour le secouer en hurlant « MAIS ILS SONT EN VIE, EN VIE!! »

Et puis, je me suis rendue compte d’un truc : ni Têtard ni Curly ne garderont de souvenir de ces vacances. Aucun. Rien. Nada. On a vécu des trucs hyper forts ensemble et pschiit, ça a déjà été effacé de leurs mémoires pour faire de la place pour la visualisation de A et E, ou encore pour mémoriser le mot ouaho (qui signifie oiseau, n’est-ce pas). Quel gâchis…

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28 septembre 2015

Vacances en immersion – Part 1

Coucou mes petits amis, et revoilà la fameuse rentrée.

Depuis le temps que vous lisez des blogs, vous savez que le post de rentrée est généralement celui où l’individu bloguant vous conte ses vacances.

 

Ouais, alors bon, ça c’est ce que j’avais écrit genre le 2 septembre mais comme je ne l’ai pas publié, je me rends compte que ça sonne un peu bizarre le 28 septembre. (C’est dingue le degré de péremption d’un post de blog.) Alors, il faut lire ce post en essayant de vous imaginer que vous êtes à peine rentrés, encore bronzés, presque reposés et plein d’entrain. (Alors que 20 jours plus tard, ne nous leurrons pas, on est déjà tous crevés, lessivés, déprimés et on n’arrive pas à se rappeler la dernière fois qu’on est parti en vacances même si c’était y’a trois semaines.)

Bref. Pendant ces vacances, l’individu bloguant en ces lieux a vécu une expérience inédite.  

interdite

Une expérience de mort imminente ? Presque. J’avais prévu de partir quelques jours avec les deux êtres humains qui sont sortis de mon sexe. J’ai d’abord pensé hôtel. T’y es logé, nourri, blanchi, c’est un peu comme retrouver l’espace utérin de ta reum. Et puis j’ai une amie qui m’a dit “je pars seule avec ma fille, viens on loue une mini maison ensemble, je ferai la bouffe”. C’était super. Sur place, elle m’a dit “merdum, j’ai un problème, je dois rentrer”. Elle a fait une pause. Elle m’a regardée intensément. “Ca va aller ?” J’ai opiné du chef. Elle a insisté “Je veux dire… seule avec tes enfants ?” J’ai levé les yeux au ciel dans une tentative de mimer un truc comme “Bah oui, mais de quoi tu parles ? Evidemment, je suis une adulte, je vais m’en sortir.” Et j’ai même eu un petit frisson d’excitation parce que je dois avouer que c’était un peu un fantasme de me retrouver seule avec eux – sans doute par un atavisme me poussant à reproduire mon enfance, et donc mes propres vacances seule avec ma mère. 

Je les ai regardées, elle et sa fille, s’éloigner dans l’allée, je me suis retournée vers la maison, j’ai vu mes enfants et j’ai été parcouru d’un second frisson mais qui, cette fois, ressemblait davantage à de la peur. Pourtant, ils étaient pas en train de grimper aux murs en rongeant les rideaux.

Mais brusquement, j’ai réalisé que l’adulte, c’était moi. Depuis le temps, vous me direz, je devrais avoir intégré cette donnée simple mais en vrai, bah pas trop. La preuve en est que, quelques semaines plus tôt, j’avais déjà vécu exactement la même chose.

J’avais fait la visite de l’école maternelle avec Têtard.

J’étais à peu près 25 fois plus surexcitée que lui à cette idée. J’ai aimé l’école, j’ai adoré l’école, j’ai tout fait pour ne pas en partir, quitte à prolonger mes études jusqu’à l’extrème limite que mes revenus me permettaient, cette limite étant la thèse. Quitte à y revenir quelques années en tant que pionne. Bref. C’est peu dire que l’idée d’y retourner avec Têtard m’emballait. Je sautillais sur le trajet pour découvrir cette maternelle. On a été reçu par la directrice. On s’est assis dans son bureau. Elle a un peu parlé à Têtard. Et ensuite, elle s’est tournée vers moi. Et là, vous ne devinerez jamais ce qui s’est passé. Je ne sais même pas comment vous le raconter. Elle m’a parlé comme si ce n’était pas moi qui retournais à l’école. Elle m’a parlé comme si… comme si j’étais un parent d’élève.

UN PARENT D’ELEVE

UN          PARENT          D’ELEVE

Ce concept flou d’individu flou qui reste sur le pas de la porte de l’école et glisse une fois par an un bulletin PEEP ou FCPE dans une enveloppe.

Le putain de choc pour moi.

J’aurais pu m’y préparer mais clairement, y’a un truc vrillé dans mon cerveau. Ca déconne sec.

Pendant ce temps, la directrice continuait à me parler de trucs qui me dépassaient complètement. J’ai vaguement entendu “coudre des étiquettes sur les vêtements”. “Téléphoner avant 9h en cas d’absence”. Autant de trucs que je n’ai jamais, mais alors jamais de ma vie associés au concept d’école. (Sans doute parce que c’est ma mère qui s’en chargeait.) Moi, tout ce que je voulais, c’était aller voir la cour, le préau et les salles de classe. Et elle, elle continuait “contacter le service de la mairie pour l’inscription au centre de loisirs blablabla”. MAIS PUTAIN C’EST QUAND QU’ON VA REGARDER LES DIFFERENTES COULEURS DE PATE A MODELER ??   

Bah c’était jamais. (Veuillez insérer ici un smiley hyper triste.)

On est sorti de là, le Chef m’a appelée “c’était bien ?” et… j’ai pleuré. (Rapport donc au fait que j’ai 5 ans.) (Mais remarquez, ça fait de moi une enfant extrèmement précoce.)

Donc cette histoire d’école, selon ce que j’ai raconté à 99% de mon entourage pendant les trois semaines qui ont suivi, m’a servi d’électrochoc. J’ai compris où était ma place de parent. (Dans le même genre, j’ai arrêté de croire que les gens qui me croisent avec mes gamins me prennent pour la baby-sitter. De toute évidence, ce n’est pas le cas.) (Ce qui est une faillite de la cosmétique, je vous le dis tout de go.) (Ca fait 20 ans que je me tartine de crème et on me prend pour la mère de mes enfants. C’est un scandale.) (Bref.)

Donc l’électrochoc.

Mais visiblement, il a été de courte durée vu que la minute où je me suis rendue compte que j’allais avoir seule, pendant plusieurs jours, la responsabilité de la vie de deux êtres humains – même de petite taille, ça reste des humains – j’ai flippé.

Précision : dans l’année, je m’occupe quand même vachement d’eux. On n’est pas dans un téléfilm où une working girl qui voit à peine ses enfants se retrouve, après un malheureux accident, plâtrée pendant un mois au cours duquel elle va, forcée et contrainte, découvrir ses enfants. Mais là, il allait falloir que j’assure leur survie, voire même en étant un peu ambitieuse leur bien-être, seule pendant plusieurs jours. Vous me direz, y’a plein de parents seuls. Je sais. J’ignore comment ils font. Et me répondre ça, c’est comme dire à quelqu’un qui vient de se faire larguer “mais y’a des gens qui meurent en Syrie tu sais”. Et puis, les parents seuls avec deux enfants de ces âges-là, c’est déjà plus rare. Rappelons pour mémoire : Curly = 13 mois, Têtard = 3 ans. 

cerne

Un cocard ? Non, des cernes de vacances. Un nouveau concept. (Des cheveux sales aussi, mais on parlera hygiène par la suite.)

Le sommeil

Partir en vacances avec ses gamins, ça signifie souvent dormir avec eux. Mise au point : le lecteur prendra le verbe « dormir » dans son acception de « somnoler légèrement parce que ton cerveau, reptilien ou pas, guette le moindre bruit produit par tes petits ».

Dans ma chambre, j’avais un lit bébé et un lit double que je partageais avec Têtard. (Salut Freud ! Ca gaze ? Je t’ai pas dit ? J’ai décidé que j’allais oublier tout ce que j’ai lu de toi pour être bien sûre de trauma mes gamins, à bientôt!) Dès la première nuit, j’ai eu la confirmation que mes enfants ont un sommeil de merde. Toutes les 20 minutes, le silence était déchiré par le hurlement inattendu de l’un des deux. J’avais l’impression d’être dans le dortoir d’un asile d’aliénés. De 22h à minuit, c’était Curly, à partir de 00h30 le relai était pris par Têtard. A noter également un fait scientifiquement édifiant : Curly ne sait pas parler et pourtant il parle dans son sommeil. Perso, je trouve ça dingue. Il fait des petites phrases, avec aucun mot identifiable dans une langue connue de l’humanité. (Mes nuits ressemblaient donc à un croisement entre Birdy et l’Exorciste.) Et au moins une fois par nuit, Têtard tombait du lit. Puis à 6h30 réveil de Curly.

La première nuit, alors que j’allais enfin m’endormir, vers les 3h du mat, il y a eu un éclair. Comme un flash lumineux. Je me dis orage, et j’essaie de trouver le sommeil. Mais ça recommence et ça fait un truc bizarre. A travers mes paupières closes, apparaissent des flashs de lumière hyper forts et tellement précis que j’entrevois un fil d’ampoule. Chelou, non ? Au cinquième flash, j’ouvre les yeux. Je guette. Et je comprends que c’est l’ampoule du plafonnier situé pile au-dessus du lit qui s’allume par intermittence. (Une méthode couramment utilisée à Guantanamo.) Il y a un court-circuit. Mais bon, il est 4h du mat, il me reste approximativement 2h30 de sommeil, je suis épuisée. Je me retourne et enfouis ma tête dans l’oreiller pour ne plus voir les flashs. Sauf que là, à votre avis, que se passe-t-il ? Mon cerveau tout niqué se met en marche. Je commence à me dire que l’ampoule risque d’exploser. Et plein de petits bouts de verre ultra coupants vont tomber dans les lits. Et si l’un se plante dans la carotide de Curly ? Non, c’est débile. Personne ne meurt d’une explosion d’ampoule de 60 watts.

Mais si un bout de verre tombe dans l’oeil de Têtard ? Si l’un des enfants reste à jamais défiguré ? Je m’imagine me levant tous les matins de ma vie et trouvant face à moi au petit-déjeuner mon fils portant les stigmates défigurants de ma négligence. Et je dirais quoi ? “Je ne sais pas ce qui s’est passé.” Parce qu’évidemment, je devrais mentir. Impossible de dire la vérité aux gens, même au Chef “en fait, j’avais bien vu qu’il y avait un court-circuit dans la lampe, mais j’étais trop fatiguée pour me lever et m’en occuper”. Et jusqu’à ma mort, je porterai mon lourd secret. J’ai passé une bonne demi-heure à m’imaginer pour moi et mes enfants une vie de merde rongée par le secret et la culpabilité avant de me décider à me lever pour enlever l’ampoule. Je me recouche, je suis en train de rêver que je parle des rapports de la télé-réalité et de l’homosexualité avec Laurent Ruquier. Ensuite, je vois Ségolène Royal. Elle a arrêté de fumer et discute avec Nicolas Rey, ils découvrent qu’ils sont voisins. C’est à ce moment-là, soit après une heure de sommeil, que Curly se met debout dans son lit et appelle : “mamamamaman ? Tetaaa ?” Il est 6h30 du mat.

Je prépare les biberons. (Deux laits différents, deux type de chocolat différents.) Maman, toi t’es le voleur et moi je suis le magicien. Je suis pas bien réveillée là Têtard. Alors toi t’es le magicien et moi je suis le voleur. (Mais putain, pourquoi il croit que ça change quelque chose d’inverser les rôles ?)

Ah oui, parce qu’il ne faut pas minimiser la sollicitation permanente d’un enfant de trois ans. Une sollicitation qui vire assez vite au parasitage et maman t’as vu le chien ? qu’il est inutile d’ignorer dans t’as vu le chien ? la mesure où l’enfant t’as vu le gros chien ? continuera calmement t’as vu le gros chien ? et imperturbablement t’as vu le gros chien à vous poser la question jusqu’à t’as vu le gros chien ? obtenir une réponse, oui chéri, j’ai vu le chien. Non, tu l’as même pas vu, c’est moi qui l’ai vu.

7h Curly devient rouge pendant trois longues minutes avant de m’annoncer fièrement “cacacacacaca”.

Ok.

Non, pas ok.

Parce que j’étais certaine d’avoir une couche de réserve mais qu’en fait non.

Sauf qu’à 7h y’a rien d’ouvert. On attend. A 8h, je les habille, 2 t-shirts, 2 shorts, 4 chaussettes, 2 chaussures. Je mets Curly dans la poussette, j’entends un long sproutch quand je le cale au fond pour l’attacher et j’imagine très bien la merde qui est en train de déborder de la couche et de remonter dans son dos. On part. Maman, toi tu dis mon spectacle et moi je suis la sorcière.

Je trouve une pharmacie. Maman, toi tu chantes et moi aussi.

Elle est fermée. Maman ? Maman ? Maaaamaaaaannnnn ? Oui ? Toi t’es la maitresse et moi je suis le chat.

On va s’installer à une terrasse de café pour attendre l’ouverture de la pharmacie. Je suis un zombie. Je fume une clope, je bois mon café. Têtard parle. Curly se balance d’une fesse sur l’autre pour bien étaler son caca. Autour de nous, il n’y a que les gens du cru, tous en doudounes avec des écharpes parce que figurez-vous qu’il caille sa race à cette heure-là. On a l’air de zonards. Mais ce qu’il y a de bien avec des individus âgés de moins de 5 ans, c’est qu’ils vous font une confiance telle que jamais ils ne penseront à vous dire « maman, ton plan, il est hyper pourri. Qu’est-ce qu’on fout là à se cailler la raie du cul ? » 

Au bout de quelques jours, j’avais pris le pli d’être réveillée et prête à sortir à 7h15. Un matin, on a même fait l’ouverture du Monoprix. (Une sorte de climax dans mes vacances.)

monop

Oui, sur cette photo, Curly n’a qu’une chaussette et Têtard est en pyjama. Pour ma part, j’avais emporté dans ma valise deux pantalons, dont l’un était aussi mon pyjama mais je n’ai jamais vraiment décidé lequel des deux était dévolu à cette fonction.

En regardant cette photo, je m’aperçois aussi que tu sais que tu as perdu toute estime de toi quand tu n’as plus de sac à main mais juste un sac Monop.

La suite demain.

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7 septembre 2015

Mais pourquoi pas ?

Voilà un post qui va valoir à mon blog d’être interdit d’accès sur certains lieux de travail.

Parce que oui, exceptionnellement, voici un petit friday sex.

(On est lundi, je sais bien.)

Histoire de s’aérer un peu la tête et de parler d’autre chose que d’enfants morts, même si, bien sûr, je n’ai rien contre les enfants morts mais disons seulement que parfois ça fait du bien de penser à autre chose.

Par exemple, à des oeufs d’alien.

Franchement, voilà un sujet auquel on ne réfléchit pas assez. C’est encore une fois grâce à Vice que j’ai découvert ce… hum… cette pratique (?). Notamment, l’ovosipator.  

OviII

“Pfff” soufflera le lecteur blasé “encore un gode, quel intérêt ?” En réalité, ce n’est pas un gode, c’est un objet qui ressemble à un gode et qu’on introduit dans l’orifice de son choix pour y déposer des simili-oeufs d’alien que notre corps finira par expulser. On appelle également cet appareil un Splortch.

ovipositorsneak

Ah ah… Dépose à mes pieds divins ta blasitude et prosterne-toi devant cette découverte. Il y a même des vidéos de démonstrations en apparence totalement SFW, mais en vrai, c’est assez troublant/beurk.

On peut juger le succès d’un produit à la manière dont ses utilisateurs se l’approprient et le détournent. Voici donc la meuf qui a pensé à faire des oeufs à l’alcool pour les enfourner dans la bouche de sa pote.

oeuf-alcool

Alors évidemment, vous allez me demander : mais pourquoi donc s’introduire un oeuf en gélatine dans le cul ? Et c’est là que j’ai envie de vous dire “et pourquoi pas ?” Même si c’est pas mon truc, je peux voir ce que certains y trouvent de sexy. A condition de réussir à faire taire des questions subsidiaires comme “et si le truc ne ressort pas ? S’il reste bloqué ? Ou si on fait une allergie à la gélatine et que la radiographie de notre rectum finit sur le blog d’un étudiant en médecine dans un post intitulé Le top 10 des gens les plus cons qui ont fini aux urgences ?” Mais de manière totalement théorique, je peux comprendre. Et au final, quel est le plus étonnant : que des individus s’autofécondent avec des oeufs d’alien dans le cul ou alors que moi, je ne sois pas plus étonnée que ça par leur envie sexuelle de se foutre ces oeufs dans leurs cavités ?

Ca m’a fait la même chose cet été. J’étais en train de lire cette super enquête (mais en anglais) (mais vraiment géniale) sur la zoophilie. Têtard était assis à côté en train de mater Tchoupi sur la tablette, quand j’ai levé la tête et que je me suis surprise en train de penser “ouais… mais pourquoi pas la zoophilie finalement ? Je peux comprendre.” Et là, j’ai croisé le regard de Têtard et j’ai remercié Dieu, Ganesh et l’évolution biologique que mon enfant ne puisse pas lire dans mes pensées. T’imagines, t’as 3 ans et demi et t’entends ta mère penser “ça se trouve, j’aurais grandi dans une ferme, mon premier mec aurait été un berger-allemand ou un labrador.”

J’ai ébouriffé les cheveux de ma progéniture en souriant l’air de rien (et là, pensez à toutes les fois où, sans raison apparente, votre mère vous a caressé les cheveux et dites-vous qu’elle était sans doute en train de s’imaginer se faire gang-banger par des chevaux). (Ne me remerciez pas.) Mais bref, je me dis que mon statut de meuf maquée, avec des enfants, vivant en proche banlieue aurait pu me « normaliser » mais en définitive, pas vraiment. Du temps où je frottais mes fesses à tous chibres qui passaient, tu m’aurais dit “zoophilie” j’aurais fait “beurk”. Mais maintenant… Je veux dire, tant que l’on reste dans la classe des mamifères, pourquoi pas ? Le mammifère, c’est ma limite de l’acceptable. Par contre, au-delà, je vois pas. Je vois pas pourquoi on aurait envie de fourrer un poisson par exemple. Ou un pigeon.

Mais ma très large compréhension des attractions sexuelles déviantes m’interroge. Serais-je la mère Teresa des sexualités hors-norme et des gros dégueulasses ? Faut-il y voir un signe de désespoir face à la banalité de mon quotidien ?

Bref. Après le Splortch, je me disais que plus rien n’interpellerait jamais ma curiosité sexuelle. Je veux dire, une fois que tu as vu ça, tu fais quoi dans la vie ? Rien. Et pourtant, le même jour, j’ai fait la découverte d’un autre gadget, une pépite d’absurdité telle que seul l’esprit humain peut en concevoir. Un truc que j’appellerais un harnais à pieds pour godemichet.

harnais-pied

La meuf passe la vidéo à tenter de nous faire croire que c’est un jouet sexuel alors que de toute évidence c’est : un truc pour faire du sport et accessoirement se pénétrer avec. Mais qui a envie de se pénétrer avec sa jambe ?! Le dernier truc que t’as envie de faire quand tu te branles c’est quand même un effort physique. C’est complètement con comme idée.

Et puis après, je me suis dit “remarque… pourquoi pas…”

Après avoir vu cette vidéo, j’ai découvert que le meilleur était en-dessous. Ce sont les commentaires. D’abord, tous les gens qui, comme moi, se demandent comment ils ont atterri de ce côté-là de YouTube. Parce que sachez que cette vidéo en est à plus de 13 millions de vues… Des millions de personnes qui ne cherchaient sans doute pas à voir une démonstration de harnais podologico-gynécologique et qui sont tellement interloqués qu’ils prennent le temps d’écrire un commentaire (ce qui renforce évidemment le classement de la vidéo).

comment1

COMMENT JE SUIS ARRIVEE LA JE REGARDAIS JUSTE LA SERIE GIRLFRIENDS!!!?!?!?!

comment2

Je regardais des tutos et je me retrouve là. Qu’est-ce que je fais de ma vie ?

comment3

J’étais en train de regarder une vidéo d’une morgue ukrainienne… et j’ai atterri ici…

comment4

J’étais en train de regarder des clips et j’ai fini ici. Putain… c’est comme une gueule de bois de YouTube.

constat1

Je suis encore du mauvais côté de YouTube…

comment6Hey je t’ai suivi… Où sommes-nous ?

constat2

Comment je me débrouille pour toujours me retrouver du côté bizarre de YouTube alors que juste avant j’étais sur le point de regarder un film ?

reponse1

Hey salut, bienvenue dans l’hôtel du comment je me suis retrouvé là… Nous espérons que vous apprécierez votre séjour de ce côté-ci de YouTube.

 

reponse2

C’est ce qui arrive quand vous regardez des vidéos de dauphins qui se masturbent avec un poisson mort.

kid

Si mes parents entrent dans ma chambre, je mettrai du porno, ce sera plus facile à expliquer que cette merde.

bizarre

Message pour moi dans le futur, efface ton historique de navigation.

Pour finir, je me permets de vous conseiller la lecture de ce post d’une instit sur les classes de CP. Que vous ayez ou non des enfants, ça vous fera marrer. Elle raconte l’oscillation entre l’impression d’être Dieu en leur apprenant à lire et la triste réalité « Car cet être étrange et fascinant qu’est l’enfant de CP demeure, au moins jusqu’aux vacances de la Toussaint, une sorte de débile profond à qui on aurait lobotomisé un hémisphère cérébral durant les deux mois d’été. Le CP de septembre ne sait rien faire. »

Si vous avez besoin d’une pause de quelques minutes, il y a cette vidéo de Tu mourras moins bête.  Ou le programme court Ploup qui explique le hashtag. 

Cette BD en anglais qui explique les malheurs de ma génération. 

Et, spéciale dédicace à Boulet, des images de l’espace complètement dingues. 

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