6 avril 2011

Comment j’ai essayé le sport, part 2

Donc, j’ai décidé de me REmettre au sport. (Je vous jure, on va finir par y arriver mes amis…)

On a tous un passif avec le sport. Le mien se résume par : j’aime pas ça. Pour une raison simple : je suis nulle en sport. Je tiens à être honnête, si j’avais été forte en gym, je n’aurais pas nourri la même détestation. Et tout ça, c’est la faute de l’Education Nationale. (Si un jour j’ai une maladie qui aurait pu être évitée avec une pratique régulière du sport, je compte bien intenter un procès à l’Etat.) (En ce moment, je regarde The Good Wife, et je me sens capable de plaider à peu près n’importe quelle cause. C’est bien comme série. C’est produit par Tony et Ridley Scott. C’est avec Julianna Margulies d’Urgences, et y’a un personnage, Kalinda, qui rappelle un peu Lisbeth Salander de Millenium.) (Oui, je sais, faut que j’arrête de vous noyer sous toutes ces références culturelles.)

Pour revenir au sport, j’ai en détestation absolue les sports collectifs. Parce qu’à l’école j’étais le boulet dont personne ne voulait dans l’équipe.

J’ai horreur de tous les sports avec ce qu’on nomme dans les fiches pédagogiques de l’Education nationale un « référent bondissant » – ce que la plèbe appelle vulgairement un ballon.

Et puis, il y a eu le drame de la gym, un drame dans lequel une certaine Claire de C. a joué un rôle primordial. Du CP à la 3ème, Claire de C. a été dans ma classe. Cette fille cumulait les raisons pour qu’on la déteste : elle était pétée de thune, pimbêche, jolie, populaire, pimbêche, très bonne élève, pimbêche, ses cahiers étaient toujours impeccables alors que les miens malgré tous mes efforts ressemblaient à l’expression artistique d’une enfant autiste. Bref, Claire de C. était une mini-pute que j’aurais voulu voir brûler en enfer pour lui voler sa vie.

Le jour du drame, nous sommes dans les années 80’, dans un gymnase qui pue, avec tapis de sol à mycoses et cheval d’arçon. On est tous sagement debout devant les tapis de sol. Jusque là, les cours de sport ne ressemblaient à rien sinon à un vaste foutoir dans lequel on s’ébrouait en toute innocence comme de jeunes daims. Mais à compter de ce jour, une chose horrible s’est produite : l’égalité a disparu. Ce jour-là, on a découvert qu’il existait un classement, une hiérarchie, voire carrément un fossé entre les forts et les gros nullards.

Ce jour-là, le prof nous a demandé de faire la roue.

On allait passer un par un, devant le reste de la classe. (Là, y’a clairement matière à gagner mon procès contre l’Education Nationale pour préjudice moral grave.) Il demande d’abord à Claire de C. de commencer parce que cette petite pute, non contente de nous écraser à tous les niveaux, était en prime championne de GRS. Pour vous, ça ne veut peut-être rien dire, mais pour les gamines qui comme moi avaient pour référence existentielle absolue ça :

autant dire que la GRS c’était la vie. Nous sommes aussi à une époque où M6 diffusait à peu près toutes les semaines un téléfilm retraçant la vie de Nadia Comaneci.

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Claire s’est approchée du tapis de sol, droite comme un i, a posé ses mains par terre et s’est lancée avec grâce dans ce qu’il faut bien qualifier de plus belle roue jamais exécutée par un être humain. Y’a eu un moment de stupeur dans l’assemblée. Ensuite, le prof lui a demandé de la refaire mais au ralenti (pfff… trop facile quoi) pour que nous observions bien la perfection de ses mouvements. Elle a refait sa roue, absolument impeccable, les jambes tendues vers les astres, le buste droit, dans un alignement parfait de tout le corps. Cette roue-là, c’était presque la preuve de l’existence de dieu.

Moi, j’étais un petit oisillon maladroit et innocent. Je n’avais même pas encore découvert que j’avais un sérieux problème de coordination de mes mouvements. Et surtout, je pensais naïvement que si un prof me demandait de faire quelque chose, le prof étant un adulte qui avait toute la sagesse du monde, c’est qu’il savait que j’y arriverais. Parce que soyons clairs : quel intérêt de demander à un gosse de faire un truc qu’il ne sait pas faire ? A part si on veut l’humilier profond.

Donc quand ça a été mon tour, j’étais plutôt confiante.

Sauf que déjà, je partais avec un handicap, à savoir que je portais un jogging rouge de la coupe dite « on sait pas si j’ai fait caca dedans ou si je porte encore des couches ». (Claire, elle, portait d’élégants caleçons moulants. Dans les années 80’, le caleçon était considéré comme un objet élégant, oui, surtout s’il était avec des motifs bariolés.) Je préfère passer pudiquement sur cette scène où mes bras se sont révélés incapables de se tendre, où mes jambes sont restées repliées et où, à un quart de roue, elles sont retombées comme deux enclumes sur le tapis de sol – de toute façon j’avais pas réussi à les lever au-delà de 60 centimètres, donc autant dire que les faire passer au-dessus de ma tête c’était pas envisageable. Tout cela pour exécuter ce qu’il faut bien qualifier de plus réussie imitation de crapaud constipé. Cette roue-là, c’était la preuve de l’existence du dieu du caca (poo’s god) et petite chanceuse que j’étais, il m’avait choisie pour être sa représentante sur terre.

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La classe a éclaté de rire et je suis restée stupéfaite.

Pourquoi j’y arrivais pas alors que ça avait l’air tellement facile pour les autres ?

Ayant une force de caractère proche de zéro, j’en ai conclu une chose : j’étais nulle en sport. C’était inné. Il ne servait à rien de lutter.

Comme j’avais vraiment pas le cul bordé de nouilles, du CP à la 3ème, je me suis tapée tous les cours de gym avec Claire de C. Et je suis devenue le cauchemar des profs de sport.

Le reste de ma scolarité, quand je pensais à la vie des adultes, je me disais systématiquement que c’était une vie sans cours de sport. Donc une belle vie.

Partant de là, c’était pas gagné pour que je refoute spontanément les pieds dans un endroit dédié à la pratique d’un sport.

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76 commentaires pour “Comment j’ai essayé le sport, part 2”

  • Tout ça ne peux que me rappeler la triste époque ou les peties filles adulaient les gymnastes, étaient coiffées avec des franges étranges remontées avec de la laque, et ces fameux collants camel toe fluos. Sur ce coup, c’était vraiment pas mieux avant.

    le 6 avril, 2011 à 14 h 14 min
     
  • La vache, je me sens un peu moins seule quand je lis ça. J’ai vécu exactement la même chose dans les années 80. Tout pareil. La connasse qui fait la roue parfaitement bien, le jogging infâme, le crapaud…

    Faire du sport c’est relou. Sauf si t’es une grosse bête effectivement. Peut être que tu peux essayer le yoga, c’est pas trop violent (sorti des clichés du sport pratiqué par les pépettes parisiennes, c’est plutôt cool. En fait c’est le seul sport où je suis pas trop nulle, jeparledemaviecestpasintéressantdésolée).

    En tout cas bravo bravo bravo pour tes deux derniers posts. Ils font partis de mes préférés. Voilà.

    le 6 avril, 2011 à 14 h 14 min
     
  • Mon dieu je suis pliée de rire tu es hilarante ! :D
    Ça me rappelle tellement de souvenir (enfin ayant quitter le lycée il y a un an ce n’est pas si loin)…
    Pareil ayant été le souffre douleur des profs d’eps pendant 4 ans (collège ) je compatis solennellement. Par exemple, mes traumatismes :
    – les cours de gym où le prof m’a demandé de faire la démonstration de TOUT les agrès sachant Que je n’arrivais pas à MONTER sur la poutre, mes bras étaient en mousse (la roue impossible) et que j’ai eu 0/4 à la roulade avant! Et bien inlassablement j’ai du tester pendant 1h tous les exos et étant incapable de les faire le prof me forçait quand Meme (personne sans âme probablement…)
    En fait y’a tellement d’exemples que je vais juste refouler tout ça dans mes pieds et y penser le moins possible ! Par contre c’est vrai que le sport en dehors c’est bien finalement . ;)
    Conclusion : prof de eps je vous haimes…

    le 6 avril, 2011 à 14 h 22 min
     
  • LOL trop drole

    Moi, j’aime pas le sport, un peu pour les mêmes raisons : L’Éducation Nationale : L’Athlétisme notamment, je me souviens du prof de sport bedonnant au centre de la piste qui nous faisaient courir comme des dératés sur la piste de 400 mètres à grand coups de sifflets rageurs.
    Je voyais pas l’intérêt de courir après son ombre; comme courir derrière un ballon de cuir.

    Le sport est une maladie, la preuve y a des médecins du sport !!

    vivement la partie 3

    le 6 avril, 2011 à 14 h 22 min
     
  • ah ben pas mieux. Peut-être même pire, vu que j’ai réussi le tour de force de me péter le bras en tentant de terminer un soleil aux barres asymétriques. Asymétriques, franchement. J’ai pas fait le soleil, j’ai bien vu les étoiles par contre, quand je me suis ramassée sur le béton.
    Après, les agrès sont devenus synonymes d’agression. Et tout comme Titiou, j’ai rêvé d’une vie sans cours de sport.
    Pareil qu’Elo, je recommande le yoga. Si on fait abstraction du vocabulaire un peu chelou, des chakras et des nidra, c’est top.

    le 6 avril, 2011 à 14 h 28 min
     
  • Olalala le souvenir de mon jogging Fila option j’ai fait caca dedans, dans lequel je trouvais que j’avais trop la classe. J’ose même plus le mettre en pyjama pour dormir tellement il n’a jamais eu de forme ce truc.
    Et demander aux mecs de faire des roues pendant la gym, c’est même plus une humiliation, c’est le renoncement à toute espoir de clémence sur la planète.

    le 6 avril, 2011 à 14 h 29 min
     
  • Vu sa souplesse j’aurais bien aimé assister à une partie fine de Claire ! :D

    (Je ne te reparle pas de Churchill, si ?)

    le 6 avril, 2011 à 14 h 29 min
     
  • Mon dieu mais j’ai vécu exactement la même chose quand j’étais gamine/ado. Je n’aimais pas le sport car le sport ne m’aimait pas, en sport co j’étais toujours dans les dernières choisies, je pensais mourir en cours d’endurance (jusqu’à ce qu’à 13 ans je devienne la rebelle du cours d’EPS en dédidant de marcher plutôt que de trottiner en agonisant autour d’un lac – en plus j’allais plus vite comme ça), et enfin, le cours de gym, l’horreur absolue.

    Ces gens qui font des roues et des saltos parfaits, qui virevoltent sur les barres parallèles ou se déplacent avec grâce sur une poutre, alors que toi t’arrives pas à décoller ton cul et déplier tes jambes pour une roue (je la fais pareil que toi), tu arrives à peine à te gainer (= être en appui sur les bras) sur une barre, et que tu n’oses pas te lever sur la poutre tellement t’as le vertige.

    Forcément, dès que le système éducatif m’a foutu la paix avec le sport, je n’en ai plus refait, et manque donc de mourir d’asphyxie dès qu’il faut grimper un escalier ou monter une pente raide. Merci l’école.

    le 6 avril, 2011 à 14 h 30 min
     
  • Ben en fait moi aussi j’aurais cru que je ne ferais jamais de sport, en bonne traumatisee des sports d’equipe et de l’athletisme.

    Mais en fait, j’ai decouvert plus tard (bon, a 25 ans) qu’il y avait plein de sports bien qu’on ne faisait jamais a l’ecole. Du coup, la, je fais de l’escalade, de la muscu, je jongle et je fais de la rando. Pas d’equipe a la con ni de notes ou d’objectifs debiles fixes auparavant, c’est le pied ;)

    le 6 avril, 2011 à 14 h 40 min
     
  • En sport, de la 6e à la 3e, j’avais un ancien légionnaire en prof de sport… Pendant que toutes les autres classes faisaient hand, foot, basket, badminton… Nous le prof nous disait :
    « 1er trimestre, endurance, au 2e trimestre, en fonction du niveau, on fera endurance (ou rien…) et au 3e trimestre, selon la disponibilité de la salle et du temps, on fera endurance (ou rien… again) et comme j’ai pas réservé la salle…

    Voilà pourquoi je déteste l’endurance

    le 6 avril, 2011 à 14 h 41 min
     
  • Que de rires à la lecture de cet article. Mais également de larmes, en souvenirs douloureux des cours de sport.
    Finalement, devant la difficulté de la chose, je n’étais pas mécontent de mon 5/20 en sport au bac.

    ps : je crois que prof d’EPS est une bonne planque, je ne me rappelle pas un avoir vu un(e) pratiquer une activité physique…

    le 6 avril, 2011 à 14 h 56 min
     
  • Je suis juste plié de rire :D
    Note pour plus tard : ne jamais lire gilsangeeks au boulot, je passe pour un malade mental maintenant.

    La photo du chat a fini de m’achever

    le 6 avril, 2011 à 14 h 56 min
     
  • Qui n’a pas été traumatisé par les cours de gym? Encore plus quand on est un garçon, et souple comme une barre asymétrique… Halala les cours de gym… le prof qui se bat avec une collégienne dans les vestiaires, des chorégraphies en chanson pour énerver le prof, tout ça pour essayer de rester cacher derrière et faire le mort en espérant ne pas être désigné!
    Faut juste se dire que Claire a maintenant un boulot pourri, a grossi après avoir eu ses 5 gosses et que sa vie est merdique! Oui on se venge comme on peut!

    le 6 avril, 2011 à 14 h 59 min
     
  • « qu’il savait que j’y arriverais ». RAI.
    Bon et sinon, ça c’était y’a une quinzaine d’années (hihi), mais on sait ce qu’elle est devenue Claire de C. ? Elle a sombré dans la drogue et le pr0n ? Elle est banquière et a une vie de merde? C’est ta meilleure amie ?

    le 6 avril, 2011 à 15 h 05 min
     
  • Non mais je pense que le problème c’est surtout la gym, parce que je détestais pas complètement le sport mais la seule fois ou ils ont tenté de me faire faire de la gym, bah ça a pas loupé je suis parti avec ma poche de glace au bout de 5min.
    Après comme dit lola76, le sport ça peut devenir très fun genre rando (à pied ou à vélo) avec des potes et le pire c’est qu’on risque même d’y prendre goût et d’en redemander.

    (Après l’environnement dans lequel on vit à peut être son rôle… ca doit être plus dur d’organiser une rando ou une sortie kayak quand on est Paris que quand on est à 500 mètres de la lisière de la forêt)

    le 6 avril, 2011 à 15 h 35 min
     
  • Je suis dans le même cas haha (sauf que nous, c’était les mecs qui y arrivaient mieux, encore plus tragique XD) « Souple comme une planche de bois » disaient mes profs de sport ! Le seul truc dans lequel j’arrivais à faire quelque chose, c’était le basket (1m78 depuis la 4ème, ça aide ;) ) Même la pirouette, ça me fichait la trouille … Je parle même pas de la perche (ou ATR dans les cours de sport haha), le poirier, bref, une loque humaine en matière de sport XD AL poutre, moi qui est grande, c’était de la torture, moi qui aie le vertige debout sur une chaise XD le saut de cheval, jamais réussi à sauter … (j’arrivais à me rattraper sur les autres matières à l’époque … pour le bac, ça a été plus compliqué XD)
    Quant aux fringues, la mode était aux joggings, et moi j’avais mes éternels caleçons que ma maman m’achetait (en sport comme en dehors du sport, j’adorais ça T_T). Et sinon, maintenant, mon sport, c’est le tir à l’arc : moins dangereux (à condition de respecter les règles de sécurité, car les flèches partent quand même à plus de 150km/h) mais moins fatiguant (quoique, mes épaules diront le contraire) Bref, j’ai jamais su faire la roue ou la perche, mais je ne m’en sors pas trop mal maintenant ^^

    le 6 avril, 2011 à 16 h 17 min
     
  • ouais ben pariel pour moi. La roue s’est toujours inevitablement fini en truc minable. plof.
    Jamais compris pourquoi on faisait faire de la gym…

    le 6 avril, 2011 à 16 h 18 min
     
  • Eh bien, il semble qu’on soit un paquet de traumatisés du sport dispensé par l’Education Nationale… Ca me rassure, je me sens moins seul. Je n’ai découvert que bien plus tard (pareil que lola76, vers 25 ans) qu’on pouvait S’AMUSER et PRENDRE DU PLAISIR en faisant du sport, sans avoir un bourricot sur le dos qui te met la pression avec ses notes, ni le regard des autres qui pèse sur toi. Du coup, maintenant je fais plein de sports (danse, escrime, muscu…), j’aime ça et j’assume. Je suis même pas mauvais dans certains :P

    Pour en revenir à l’article, j’ai été mort de rire du début à la fin… Mention spéciale au chat qui prépare sa roue les yeux fermés XD

    Vivement la partie 3 :)

    le 6 avril, 2011 à 16 h 27 min
     
  • Ha ha ha, énorme ce post !

    Je rejoins Makash, demander de faire de la gym au mecs, généralement en pleine période de trouble vocaux compulsif ( la mue très classe qui te fait passer du baryton au castra sans prévenir ) c est pas super super question estime de soi !

    Pour les sports co, impossible de jouer sa vie pour courir derrière une baballe ! La parade : marquer 2 buts contre son camp et magie on est dispense de match !

    Enfin tu n a pas parlé de la fusion gym et sport co : la magnifique acro-gym ! Pas mal d’ instant inoubliables après formation d’ une équipe d