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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

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8 février 2013

Beaucoup d’images, peu de texte mais de la joie

Il est 22h15, jeudi 7 février 2013 et je suis avec mon ordi sur les genoux dans le hall d’entrée de Slate.fr

Hypnotisant, non ?

En parlant de Slate, j’ai fait un papier sur internet, le numérique, le gouvernement, Aurélie Filipetti (mon para sur elle s’intitulait : Le boulet Filippetti mais il a été mystérieusement transformé en Filippetti ou la gauche réac) et Fleur Pellerin.  (J’aimerais bien rencontrer Fleur Pellerin mais maintenant, je suis pas certaine qu’elle serait chaude.)

Ma capacité de passer de « ça va bien » à « tiens, ça sentirait pas un peu le moisi dans ma vie là ? » est une perpétuelle source d’étonnement pour moi-même.

C’est aussi flippant, un peu comme une photo de Nicolas Cage sur tes chiottes.

Parce que franchement, mes petits amis, on se serait vus la semaine dernière, je vous aurais dit combien tout allait hyper bien (l’emploi de « hyper » marquant évidemment une phase maniaque).

(En même temps, on ne se voit pas. D’une certaine manière c’est comme si vous n’existiez pas mais qu’en même temps vous existiez.)

Bref. Après le moment où ça allait bien, ça allait moins bien. Déjà, avec le Chef on est dans cette phase très chiante que tous les couples traversent par moment, où il me parle en japonais et où je lui réponds en mandarin et où chacun étant convaincu de parler français il regarde l’autre avec l’air de se demander pourquoi la personne en face s’obstine à parler en japonais/mandarin. C’est d’un classicisme à faire se pendre Bossuet mais c’est quand même relou.

En prime, lundi je découvre que mon blog est parti se rouler dans une fange à sperme sidaïque. Donc il a fallu le nettoyer. Et après attendre que Google valide sa bonne santé.

Tout cela ne nous explique pas pourquoi je suis présentement à Slate. (Et autant dire que cette question intéresse fortement la gardienne de l’immeuble qui n’arrête pas de passer devant la porte vitrée du bureau en se posant un certain nombre de questions sur ma présence ici à cette heure indue.)

Bah aujourd’hui, je devais rendre des articles. (C’était ma deadline.) (Et j’ai déjà précédemment évoqué mon « j’ai un problème de motivation jusqu’à ce que j’ai un problème de temps ».) Et Xavier Niel a décidé de me chier sur la gueule en me privant d’internet et de télé. (Toi le Freenaute, tu connais bien l’enfer de l’erreur 10.) Mais j’ai décidé de garder mon calme et d’affronter sereinement cette épreuve.

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Donc j’ai dû d’abord aller récupérer le Têtard. Au passage, il avait recommencé à gerber pile aujourd’hui. Oui oui oui. Merci Dieu. Encore. Vas-y. Donne m’en encore des emmerdes. Tiens ma fille, voilà : en prime, il s’était encore fait tabasser par son co-détenu.

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Après j’ai dû attendre que le Chef qui-parle-japonais-au-lieu-de-mandarin-comme-tout-le-monde rentre du travail pour prendre le relai-bébé. Pour ensuite, pouvoir aller à Slate finir mes papiers et expliquer à mes employeurs que Xavier Niel avait mangé mes devoirs.

Alors du coup, maintenant, j’ai envie de me défouler, de faire un truc un peu dingue. Un truc comme ça par exemple :

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Désolée par la remarque homophobe ci-dessus présente. Pour me rattraper, tenez, amis gays et lesbiens, cadeau :

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Mais bon… Des trucs fous à faire, dans le hall de Slate, y’en a pas des masses. (OUI JE SAIS, j’ai DEJA pensé à me mettre nue/pisser partout/renverser la fontaine à eau de poussant des hululements de joie.)

Je vais plutôt rentrer chez moi et prendre une douche. (Dingue hein ?) (Mais si je la prends habillée, ça devient un peu plus déglingué non ?)

Avant de partir, un peu de Taylor Swift bashing ? Oh oui!

Et via 4chan :

 

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23 janvier 2013

Anniversaire, un post pour rien

Y’a un an, à cette heure-là, j’avais deux perfs dans le bras, mon téléphone à la main et je live-mailais mon accouchement aux potes. Le Chef était à côté en train de jouer au foot sur l’iPad. Mes copines m’envoyaient des messages et des dessins pour m’encourager et je bénissais l’hôpital public d’avoir de la 3G en salle de travail. C’était un peu comme si elles étaient toutes là, dans la pièce, avec moi.
Le matin, dans la salle d’attente des urgences, j’avais désespéremment essayé de finir un papier sur la fermeture de Megaupload.
Michèle, la mère du chef, m’envoyait des textos pour m’ordonner de lâcher l’ordi parce que merde, j’allais accoucher et que c’était plus le moment de finir un article. (Le chef lui avait envoyé cette photo de moi en train de bosser.)


J’avais passé la journée à me présenter, allongée, jambes écartées, la chatte à l’air, au personnel qui prenait son tour de garde. “Enchantée, je suis votre nouvelle-nouvelle sage-femme, tout se passe bien ? Vous n’avez besoin de rien ?” “UN VERRE D’EAU PUTAIN”. (Rappelons-nous que péridurale = interdiction de s’hydrater.)
Y’a un an, je n’avais aucune idée de ce qu’était un RGO, des dosages d’inexium et de mopral, en fait je ne savais même pas combien de temps un nourrisson reste un nourrisson. Mon niveau d’incompétence en la matière était tel que je pensais que le tout petit bébé qu’on tient dans ses bras, ça durait jusqu’à l’âge de deux ans. Et qu’à deux ans, brusquement, en un mois, ça apprenait à marcher et parler.
En fait, il y a un an, je ne m’étais même jamais posée ces questions. (J’avais préféré me garder la surprise.) (J’avais eu la même politique concernant les cours de préparation à l’accouchement.)

Aujourd’hui, à partir de 11h du mat, j’ai été prise de putains de crampes d’estomac, à me plier en deux de douleur. J’ai passé la journée à gober des spasfons en me disant que j’étais quand même sacrément tordue du cerveau.
J’ai essayé de faire face en me répétant que c’était son premier anniversaire et que c’était important. Sauf que têtard en avait rien à foutre, il était surtout préoccupé par 1°) faire du charme à une copine, 2°) faire du charme à sa grand-mère, 3°) une sensation désagréable qui s’est trouvée être de la fièvre suite à ses vaccins.
Je suis allée lui acheter un cadeau. J’avais pas d’idée. Depuis l’échec de l’éléphantfun, j’ai perdu la foi en les jouets pour “tout-petits”.
Finalement, je lui ai acheté une poupée.
Parce qu’il a déjà des voitures et que j’ai envie qu’il ait le choix. Je ne lui offre pas une poupée, je lui offre un choix. Je me suis dit que c’était mieux. Je me suis aussi dit que la Grande Récré c’était une boutique de connards.

Je suis fatiguée – normalement, après les crampes d’estomac, demain j’enchaîne sur un simili-baby blues.
Ce post n’a pas grand sens.

Je pense à ces actrices qu’on voit à la télé et qui explique avec un regard profond que la maternité les a changées. Ah bon ? Je ne les comprends pas. Elles se présentent comme des incarnations de LA mère. Je n’ai pas l’impression d’être une MERE. J’ai l’impression d’être la maman de têtard et c’est très différent. Je ne connais pas les autres enfants, je n’ai pas une brusque science infuse sur eux, je connais juste têtard et j’essaie de faire en sorte qu’il soit heureux. Je ne vois pas en quoi ça devrait modifier ma personnalité – à moins d’avoir été un sacré monstre d’égoïsme avant.

 

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18 janvier 2013

Plein d’adolescents (Smith ou Swartz)

Est-ce qu’on peut parler des enfants de Will Smith ? Non mais parce que là, franchement, il est temps que leurs parents interviennent. Ca va pas du tout :

Rappelons qu’ils ont respectivement 14 et 12 ans.

Mais de toute façon, la jeunesse, c’est plus ce que c’était :

Par contre, il existe des parents complètement cinglos mais très sympathiques comme ceux-là :

Leur enfant étant diabétique, il doit se trimballer avec son petit boitier qui contrôle la glycémie et il aime pas parce qu’il se sent différent des autres. Du coup, EN TOUTE LOGIQUE, ses parents se sont fait tatouer des copies du boitier sur le bide.

(Non Têtard, je ne me ferai pas tatouer une tâche de vomi sur les seins. Oublie tout de suite.)

Puisqu’on évoquait l’adolescence, parlons d’Aaron Swartz. Je ne vais pas répéter ce que tout le monde a déjà dit. (A part que je suis mitigée sur le principe du #pdftribute, plutôt que de mettre quelques uns de vos articles en accès libre en hommage à Swartz, vous pourriez envisager de systématiquement tout publier sur internet… Mais bon, je dis ça, je dis rien.) Bref, je préfère dire deux mots de Carmen Ortiz (la procureure chargée des poursuites contre lui). Les soupçons d’acharnement sont de plus en plus lourds. De toute façon, une nana qui, au sujet de quelqu’un qui met des articles universitaire hyper pointus en ligne gratuitement, déclare : « voler c’est voler, que vous utilisiez un ordinateur ou un pied de biche » est une sacrée conne. (Je m’interroge aussi sur le fait qu’elle soit mariée à un haut-dirigeant d’IBM…) (Sur Swartz, le MIT, le contexte général de tout ça, ou juste parce que vous avez envie de lire un truc chouette, je vous conseille ce TRES BON PAPIER.)

Du coup, une nouvelle pétition adressée à la Maison-Blanche est en ligne (c’est un peu la mode en ce moment, mais celle-là a peut-être plus de chances d’aboutir que celle pour la construction de l’étoile de la mort). On y demande la mise à pied de Mme Ortiz. 

Et puis, pour finir sur le sujet, Aaron avait écrit un post de blog quand il avait 16 ans qui s’intitulait : « Si je me fais renverser par un camion ». (Oui il était déjà un peu dépressif comme garçon.) Il y donnait son testament numérique. « Je demande que le contenu de mes disques durs soient rendus publics » etc. Et il finissait par :

« Si quelque chose m’arrive, merci de mettre à jour le pied de page de cette note avec un lien. Envoyez également un e-mail aux listes concernées et mettez en place une réponse automatique pour mon adresse e-mail afin d’informer les personnes qui m’écrivent. N’hésitez pas à publier les choses que les gens disent à mon propos sur le site. Tout ceci est probablement évident, et je suis certain que vous vous en sortirez.

Oh, et au fait, vous me manquerez tous. »

(La trad en français lisible ici)

Pour continuer sur des choses vraiment très joyeuses, est-ce que cette dépêche AFP est véridique ? En Inde, la brigade anti-harcèlement de la police indienne fout désormais des amendes aux femmes seules et aux couples non mariés qui se trouvent dans la rue à une heure trop tardive. Pour les dissuader de sortir – ce qui constitue évidemment le meilleur moyen de protéger les femmes, n’est-ce pas, en toute logique, non il n’y a rien d’absurde là-dedans, faisons payer les femmes pour avoir risquer de se faire agresser, bravo, vous êtes vraiment sur la bonne voie.

PS : Lui a fait la meilleure page Erreur 404 ever.

PS 2 : perso, il n’est pas question de rendre public quoique ce soit venant de mon ordi en cas de décès. Merci d’avance. (Non, Têtard, tu ne vendras pas le moindre de mes documents pour aller t’acheter du crack. No way. Deal with it.)

 

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8 janvier 2013

Lettre à M.Playskool

M. Playskool,

croyez bien que je suis navrée du courrier que je me vois dans l’obligation de vous faire parvenir. Je respecte profondément votre travail, votre oeuvre oserais-je dire. Sachez cependant que j’ai une réclamation à vous faire concernant l’aeroballes elefun, également connu sous la désignation d’éléphant bleu qui lance des balles et les rattrape avec ses oreilles. Dans votre réclame télévisée, cet éléphant provoque une joie extatique sur les enfants qui l’essayent. Ils hululent de bonheur et se jettent contre leur maman pour les remercier de ce merveilleux cadeau.

 

Permettez-moi de vous faire de ma propre expérience quant à l’éléphant bleu.
Déjà, il n’est pas vendu avec les piles, et vous n’êtes pas sans savoir qu’aller acheter des piles fait partie du top 30 des trucs les plus chiants à faire dans la vie quotidienne. Mais bref, passons sur cette petite pingrerie de votre part.
Le véritable problème, c’est que mon enfant ne s’est pas du tout jeté dans mes bras pour m’inonder d’amour et de bisous reconnaissants. Dès que j’ai actionné l’éléphant bleu, il s’est jeté à terre un peu comme si une explosion nucléaire était en train de ravager Paris. Quand j’ai réussi à lui décoller la figure du sol, il était méconnaissable. J’ai constaté que l’angle de sa bouche s’était inversé. Ses yeux étaient à la fois rétrécis et remplis de larmes. Sa bouche était déformée pour laisser s’échapper une série de hurlements qui n’étaient pas sans rappeler ceux d’une pompom girl éviscérée dans un film d’horreur.
Je me suis interrogée sur les raisons de cette réaction cataclysmique. Je pense que le système de propulsion d’air intégré à l’éléphant et dont le bruit n’est pas sans rappeler celui d’un boeing en phase de décollage n’y est pas pour rien. En outre, la solution de vos ingénieurs qui a consisté à tenter de couvrir le bruit du boeing avec une musique de cirque Pinder transformé en tecknival n’a pas franchement arrangé les choses.

Vous conviendrez qu’il s’agit d’un échec flagrant. Votre jouet a terrifié un têtard qui, jusqu’à présent, n’avait jamais montré aucun signe de peur. Alors, certes, en un sens, on peut dire que cet éléphant est éducatif puisqu’il a permis à mon fils d’expérimenter une nouvelle émotion : la panique. Mais était-ce vraiment ce que je souhaitais développer chez lui à l’occasion de son premier Noël ? Je vous le dis tout de go : la réponse est non.
De deux choses l’une. Soit mon fils est une grosse lavette. Soit votre éléphant est la réincarnation de Chucky.
Evidemment, j’ai été légèrement déroutée par sa réaction. Mais je ne suis pas femme à m’avouer vaincue aussi facilement. J’ai donc cherché le têtard dans tout l’appartement, l’ai sorti de force de dessous le canapé et je l’ai recollé devant l’elefun malgré ses tentatives pour fuir dès qu’il a reconnu l’engin. J’ai relancé l’aeroballes en lui hurlant par-dessus le bruit de l’aéroport et du cirque de cocaïnés “MAIS C’EST DROLE NON ? TU TROUVES PAS CA RIGOLO ?”

Bref, qu’un bébé de 11 mois soit traumatisé et développe à l’âge adulte une phobie des éléphants n’est pas très grave dans la mesure où il n’habite pas au sud de l’Inde. Ce que je ne peux vous pardonner M. Playskool c’est MA propre déception. Une déception ultime. J’étais toute prête à m’identifier aux mamans de vos réclames, celles avec les cheveux soyeux, les barrettes et les pantalons beiges.
Je suis triste M. Playskool.

PS : j’ai noté au passage que Brice Nane Teinturier, le chat de la maisonnée, avait eu à peu près la même réaction que l’Enfant.

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31 décembre 2012

Nouvel an et come-back sur l’Inde

Le problème quand on a un blog depuis quelques années c’est qu’inévitablement on se répète. Pas par manque d’inventivité mais alors vraiment pas du tout pour ça hein mais parce que la vie elle-même se répète. (« C’est pas ma faute, c’est la faute de la vie », allez, c’est cadeau, une excuse qui fonctionne pour à peu près tout.) Par ex, tous les ans, il y a le nouvel an. Mais est-ce que, pour autant, tous les ans je vais répéter que je hais le nouvel an, que je chiale à chaque fois ? Non. En même temps, je vais pas non plus prétendre que j’aime brusquement cette putain de soirée de merde juste histoire de ne pas radoter.

« Whaou… Une année de moins à vivre !!! GENIAL! »

Du coup, j’ai pris une décision : j’ai éliminé le nouvel an de ma vie. Cette année, c’est la troisième fois où je ne fais rien. (A part regarder des images qui bougent.) Ca marchait bien jusqu’à ce que mon esprit pervers trouve la faille. Désormais, c’est la veille du réveillon qu’il me force à faire des bilans déprimants. Mais cette année, il s’est passé un truc assez paradoxal.

Si on résume mon année, le seul truc incroyable que j’ai fait, c’est accoucher. (A mon échelle, je continue à envisager ça comme un exploit personnel et je m’en branle de savoir que des millions de femmes l’ont déjà fait avant moi, et qu’elles l’ont fait sans péridurale.) Mais à part ça, franchement… On va dire que j’ai fait 3 ou 4 papiers pas mal. 2 ou 3 posts bien. C’est tout. Autant dire la lose. Surtout en comparaison de l’année 2011 qui, forcément, dans mon esprit, est désormais parée de tous les charmes puisque j’avais publié deux livres, écrit 400 papiers dont rétrospectivement je me dis que 380 étaient tout simplement géniaux. (Mon autodévalorisation passe par une certaine tendance à magnifier mes actions passées. C’est une autodévalorisation temporalisée.)

C’est la révélation qui m’a frappée le 30 décembre. Je suis en pleine lose. Plus exactement, je suis DE NOUVEAU en pleine lose. Je dois de nouveau écrire un roman, je galère de nouveau, j’ai de nouveau l’impression que j’arriverai jamais à rien. Je n’arrive de nouveau pas à m’organiser. Je suis de nouveau paniquée par l’avenir.

En un mot, je suis de nouveau moi-même.

Ce constat m’a rassérénée.

Cette fidélité à moi-même m’apparait comme un élément positif. Si on excepte la période faste 2010/2011 (qui apparait clairement dans mon parcours comme une scorie, une grosse vérue de réussite), avant on ne peut pas dire que j’avais été d’une productivité dingue. J’avais quand même passé les dix années précédentes à procrastiner sévère. La dernière fois que j’ai été frappée par une telle révélation, je me suis finalement bougé le cul. Donc là, c’est un peu comme si je remontais dans le temps. Donc comme si je rajeunissais. Voire qu’on me rajoutait deux années d’espérance de vie. Il ne me reste donc plus qu’à faire comme il y a quelques années : me mettre au boulot. (Un autre truc qui n’a pas changé : je n’aime pas travailler.)

Ayant donc pris deux décisions contradictoires 1°) faire comme si le nouvel an n’existait pas, 2°) prendre des résolution de nouvel an, mon esprit est désormais préoccupé par l’affaire dite de « l’étudiante indienne ». (Oui, ça n’a rien à voir. Je passe de mes préoccupations égotistes au viol d’une étudiante indienne mais ce genre de changement de sujets, en histoire de la littérature, ça s’appelle le flux de conscience, stream of consciousness et ça a fait la gloire de Virginia Woolf et James Joyce.)

D’abord, parce que voir les Indiens se révolter enfin contre la manière dont sont traitées les femmes dans ce pays, c’est un soulagement. (Oui oui, je vais VRAIMENT parler de ça pendant 5000 signes, c’était pas une blague.) Quand je suis partie en Inde, il a fallu plusieurs jours pour que, excédée, je dise à mon compagnon « putain, ça fait chier, ils sont tellement nombreux dans les rues qu’on est tout le temps bousculés ». Et c’est vrai que la foule immense qui vous entoure continuellement dans certains quartiers rend chaque déplacement à pieds pénible. Sauf que mon compagnon m’avait répondu « De quoi tu parles ? Justement, je trouve qu’ils font très attention à ne pas nous toucher. » En fait, ce que je prenais pour des mouvements dûs à la foule étaient simplement des centaines de mains que je me prenais chaque jour dans le dos, au cul, sur les épaules etc. Il y a aussi eu l’épisode où je me suis endormie dans un train (je précise qu’on voyageait dans les catégories moyennes-pas chères).

C’était pas dans ce train-là mais tant pis.

En pleine nuit, je me réveille et là, je vois 5 hommes debout devant moi en train de me mater depuis je ne sais pas combien de temps. Dont un, un militaire, qui me prenait en photo avec son téléphone. Je suis restée litéralement tétanisée. Et que je me sois réveillée ne les a pas troublé une seconde. Vous allez me dire que j’avais qu’à pas me saper comme une pute occidentale. Mais en vrai, je crois que ma tenue la plus sexy de ce voyage c’était ça (je dis « je crois » mais la vérité c’est que je ne me suis pas changée de tout le séjour, donc cette nuit-là, je portais forcément ça, on voit pas sur la photo mais ma serpillère verte est assortie d’un jean large) :

Mais que ces chiottes sont propres ne manquerez-vous pas de vous exclamer. Certes, mais ce sont les toilettes du Taj Mahal.

Bref. J’avais du coup commencé à me renseigner sur la condition des femmes en Inde et le constat était effrayant. Le système des castes jouant un rôle qui renforce les discriminations et les violences en les justifiant. En effet, « comme la pureté de la caste se transmet par le sang, la fidélité de la femme est la condition sine qua non du maintien de ce système. Et c’est là le coeur du problème. Parce qu’elle est la garantie du maintien de la caste, la femme hindoue représente donc une menace potentielle pour l’homme et pour l’univers tout entier. Elle doit donc être soumise et protégée de ses instincts afin que jamais le Dharma ne puisse être menacé par la faible nature qu’on attribue à la femme. »

Jusqu’alors, mon approche de la femme indienne c’était tout connement les héroïnes de Bollywood. Or les personnages féminins dans les films indiens sont largement plus modernes que Julie Lescaut. Ce sont toujours des femmes présentées comme belles, pétillantes, vives, drôles et en général nettement plus intelligentes que les persos masculins. Elles affirment leur liberté de choix, refusent toute contrainte.

Un des films à l’affiche lors de mon séjour

Ces films sont regardés autant par des hommes que par des femmes. (Quand j’ai été au cinéma, les hommes étaient plus nombreux que les femmes dans la salle pour regarder une comédie romantique.)

Bonus : le plus grand ciné d’Inde, situé à Jaïpur. Et le film que j’y ai vu.

A l’époque, j’avais proposé à Slate de faire un papier sur cette apparente contradiction d’une femme indienne adulée à l’écran, maltraitée dans la vie. (Ensuite, je m’étais rappelée que j’aime pas travailler.)

La nation indienne elle-même est considérée comme une figure divine féminine. (D’où Mother India, d’où aussi la force pour les Indiens du surnom donné à l’étudiante : India’s Daughter, la fille de l’Inde, c’est la fille de la divinité mère Inde.)

Dans mes notes pour ce papier, j’avais écrit (= sûrement recopié) « Madame Shabana Azmi, journaliste, mais ancienne actrice hindi vénérée, écrit dans l’Hindoustan Times, en mars 1988 : “ la glorification de la femme indienne peut constituer un piège éminemment dangereux qui se referme sur elle. En l’appelant “ Devi ” ou “ Savitri ”, en l’idolâtrant, on lui vole toute possibilité de se défendre, de se battre ou de faire respecter ses droits ”.

Parce que oui, il y a une glorification des femmes.

(Je sais pas si vous avez remarqué mais j’arrive à faire visiter les coulisses d’un article que je n’ai jamais écrit).

Quand on entend parler de l’affaire de l’étudiante, on pense pas vraiment « pays de la glorification de la meuf ». On se dit plutôt « ah ouais, putain, c’est horrible ». Mais quand on a les détails, on gerbe. Au début, j’ai lu des articles sur le sujet parce que primo, je m’étais donc déjà intéressée à la condition des Indiennes, deuxio (et c’est nettement plus pervers) je ne voyais pas trop comment on pouvait mourir des suites d’un viol collectif. C’est donc une étudiante en kiné de 23 ans, milieu très modeste. Ses parents, paysans, ont vendu leurs terres pour financer ses études. Son père travaille à l’aéroport de Delhi. Elle va finir ses études, devenir kiné, et se marier. Ce soir-là, elle va justement au ciné avec son mec, voir l’Odyssée de Pi. Ils rentrent en bus. 6 mecs bourrés sont dans le bus et les emmerdent. Son mec s’engueule avec eux. Les six mecs le tabassent et entrainent l’étudiante au fond du bus où ils la violent et la torturent. Pendant ce temps, le bus continue de rouler normalement à travers la ville (le chauffeur aurait quand même fait une pause pour venir participer au carnage). Pendant 45 minutes. Alors que les mecs sont, entre autre, en train de la violer avec une barre de fer rouillée (ce qui va lui provoquer de graves lésions à l’intestin). Ils finissent par la croire morte, et la jettent hors du bus.

Comme cette meuf n’en avait vraiment pas assez bavé, quand les autorités ont vu les manifs qui s’organisaient en protestation, elles ont décidé de la transférer à l’hôpital de Singapour histoire de l’éloigner et de calmer la rue. En s’en foutant royalement qu’elle ait subi trois opérations chirurgicales et fait un arrêt cardiaque. L’un des chefs de service de l’hosto Sir Ganga Ram de New Delhi (le premier qui fait une blague avec Gangnam Style, je lui fait avaler analement une barre de fer rouillée) a d’ailleurs déclaré « C’est une décision politique. » Et « Je ne comprends pas comment on peut transférer un patient dans un état critique qui souffre de septicémie avec une forte fièvre et qui est placé sous respiration artificielle ».

Elle est morte à Singapour.

La rue ne s’est pas calmée.

Human Rights Watch a dénoncé la manière dont sont traitées les rares Indiennes voulant porter plainte pour viol. Elles subissent le « test du doigt » qui consiste pour un médecin a testé avec son doigt le vagin d’une victime pour déterminer son état de relâchement…

Des viols accompagnés de torture, il y en a un bon paquet dans le monde chaque année. Choisir de s’émouvoir de l’un d’entre eux, c’est toujours délicat. Mais ce type de barbarie, je l’avais surtout lue dans des articles sur des pays en guerre ou des dictatures (notamment pendant la guerre d’Algérie, l’article où Simone de Beauvoir avait raconté le calvaire de Djamila Boupacha.) Ici, le viol n’est pas une arme de guerre. Delhi est une grande ville. La victime est une étudiante tout ce qu’il y a de plus banal. Ca se passe dans un bus. Si le détail du titre du film qu’elle venait de voir apparait dans tous les papiers français c’est justement que, consciemment ou pas, il situe l’horreur dans un quotidien qui nous parle.

Il y a donc une autre chose qui n’a pas changé, heureusement, c’est ma capacité à me révolter.

Je mets une photo dont je n’ai pas les droits, si ça pose un problème je l’enlèverai, mais j’avais envie de montrer que des hommes indiens sont également descendus dans la rue pour prostester.

Allez, bonne année les amis.

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