Citations

Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

23 novembre 2011

Le bilan 2011 – part one /a le roman

Avant tout, à l’attention de mes copains profs et de ceux qui ont, un jour, été à l’école, sur Slate, on a co-signé une tribune avec une amie prof qui en chie. C’est ICI.

Tandis que le mois de novembre étend ses branches décharnées vers une fin d’année morose et sans neige (ouaip, j’ai décidé d’écrire chiant et mal), il est temps de se lancer dans un bilan thématique de mon année 2011.

Parce que 2011 c’était un peu MON année.

Putain mais ENFIN QUOI.

(Nota Bene à l’intention de Dieu : on peut savoir ce que t’as branlé pendant les 30 années précédentes ? T’avais perdu mon dossier ? Il avait été oublié dans une benne à ordures c’est ça ?)

Nous allons donc avoir le bonheur et l’émotion de passer en revue les moments forts de MON année. (Oui, je fais aussi dans le blog égotiste et je m’en fous parce que c’était MON année et que c’est aussi MON blog, et que je pense aux lecteurs qui suivent patiemment mes galères diverses et variées depuis 2008 et que ça serait pas très sympa de les exclure de mes satisfactions actuelles.)

Mais les satisfactions étant nombreuses (et accessoirement ma névrose des listes n’ayant toujours pas été réglée), on va faire ça par thème.

Part one donc : le roman. Partie elle-même divisée en deux. Donc voici le 1°) a/

MOUAHAHAHA… J’ai z’été publiée. Un peu comme Balzac ou Simone de Beauvoir. (Ou également Loana, Hervé Vilar et Christian Estrosi.)

Mais ce que vous brûlez de savoir c’est comment on atteint un tel succès ?

C’est très très simple.

D’abord, on prend un boulot à mi-temps, minable, sous-payé et avec un chef qui vous donne envie de vomir sur ses mains pleines de veines noueuses comme les arbres du mois de novembre qui s’étendent vers etc.

Ensuite, on se dit qu’on en a pour deux ans d’écriture et qu’en attendant, tiens, on va aussi ouvrir un blog.

Après, on essaie de pas trop écouter les gens qui, au bout d’un an où ils n’ont pas lu une ligne mais te voient transporter en permanence un petit cahier, te disent « je suis très inquiet pour ton avenir professionnel. Tu veux pas prendre un vrai travail ? »

Au départ, t’as une idée très précise de ce que tu veux faire. Ca va se passer dans un temps indéterminé, dans une ville imaginaire, pendant les championnat du monde d’un sport. Soit une durée de deux mois. T’inventes de A à Z un sport d’équipe. (Oui, j’ai fait ça.) Deux ans plus tard, le roman se passe en fait de nos jours, à Paris, pendant un laps de temps d’un an sans aucune compétition sportive.

Ensuite, tu fais lire à des gens triés sur le volet.

1°) tu fais lire la première version à la fille la plus sympa de Paris, aka Raphaëlle Leyris à l’état civil. Là, Raphaëlle te dit : « ton système énonciatif ne fonctionne pas. Il rompt le pacte de lecture. Faut que tu changes tout. » D’abord, tu trouves que finalement Raphaëlle est pas si sympa que ça. Ensuite, tu commences à lui expliquer qu’elle se trompe complètement, qu’elle n’a sans doute pas perçu que tu cherchais précisément à révolutionner l’énonciation romanesque.

Elle te répond « fais comme tu veux ».

Tu changes tout le système énonciatif.

Du coup, t’es obligé de réécrire tout le roman parce qu’au niveau du style, ça ne va plus.

2°) tu fais lire à ton coach la deuxième version. Dont tu sais qu’elle est parfaitement géniale et qu’il va s’évanouir d’admiration. Là, Coach te dit : « elle est bien ton intrigue politico-policère. C’est dommage qu’on n’y comprenne rien. » Cette fois, tu gagnes du temps. Tu abandonnes l’idée d’expliquer à Coach qu’il n’a pas bien saisi l’ampleur de ton génie et tu passes un mois à te demander pourquoi tes amis ne sont pas plus lucides quant à ton génie. Puis un mois à te dire que t’es une merde. Puis quatre mois à chercher comment refaire ton intrigue principale. Ensuite, tu réécris tout le roman.

3°) le roman est fini. Tu décides de mettre au point des stratégies pour le publier. En parlant à ton nouveau Chef, parce qu’entre-temps, t’es vaguement devenu journaliste, il te dit « tu veux pas que je le relise avant que tu le donnes aux éditeurs ? » Tu sens à plein nez l’arnaque venant du Chef qui retoque tous tes papiers. Mais comme t’as plus aucun égo, tu lui donnes quand même. Trois semaines plus tard, il débarque au café avec une version entièrement corrigée en rouge et t’explique : « ça fait beaucoup de pages ton livre. Faut enlever des adverbes. »

Après avoir donc tout réécrit trois fois, il ne te reste plus qu’à attendre la gloire, le cul sur le canapé. Accessoirement, tu attends aussi les réponses des éditeurs qu’on peut trier en 3 catégories :

1°) ceux qui te répondent que Cher monsieur, après une lecture attentive de votre manuscrit, nous avons le regret de vous annoncer que nous n’en avons pas de place dans nos collections pour votre ouvrage pourtant plein de qualités. (Là, où ça fait mal c’est quand la lettre commence par Cher monsieur, alors qu’en page 1 du manuscrit t’as foutu ton cv avec une photo de toi pour suggérer que tu étais prête à poser nue pour une éventuelle promo si besoin était.)

2°) ceux qui te répondent qu’ils ont absolument détesté, haï, honni ce manuscrit qui ne ressemble à rien, qu’on n’écrit pas trois livres en un et qu’on ne conjugue pas « foutre » à l’imparfait du subjonctif, et que même pas ils torcheront le bâtard de leur labrador avec. Sincères salutations.

3°) ceux qui te répondent que c’est pas mal, moui, pourquoi pas. On veut bien vous signer un contrat. Et vous expliquent qu’ils sentent que ça peut faire un excellent livre de plage pour les filles.

4°) tu rencontres Mama Mazauric et Charles et vous tombez amoureux. Tous les trois.

Charles 4EVER <3

Là, enfin, tu peux retourner à ton canapé en attendant le coup de téléphone de ta banquière qui viendra s’aplatir d’excuses pour n’avoir pas cru en toi avant. (Alors oui hein, quand t’es publié, tout de suite, tu penses à tous les gens qui un jour t’ont fait chier, par exemple cette pute de Mathilde Bréchet en 4ème, et tu te dis que ça va leur faire une belle jambe. C’est seulement après que tu réalises que 1°) ils ne sauront sans doute jamais que t’as sorti un livre. 2°) ils n’ont aucun souvenir de t’avoir humilié il y a dix ans. 3°) Du coup, ils seraient même capables d’être contents pour toi de ce qui t’arrive.)

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7 novembre 2011

Mon immeuble et l’encyclopédie de la webculture

Vous n’êtes pas sans savoir (vu que j’étale ma vie privée ici même) que mon immeuble est peuplé de créatures étranges.

Au-dessus de ma tête, il y a Ouin-Ouin et ses lamas.

En-dessous, j’ai de nouveaux voisins dont l’une des passions est de jouer – mal – du clavecin – tard le soir.

En face, j’ai le centre culturel kurde. NB : résister très fort à l’envie de faire une blague facile sur la culture kurde… Je me donne à moi-même un conseil : quand t’aimes faire la sieste le samedi et le dimanche après-midi, n’emménage jamais en face d’un centre culturel kurde. Mes kurdes à moi, ils branlent rien de la semaine à part touiller leurs cafés sur le trottoir, mais par contre le week-end, ils ont un événement culturel incontournable : ils manifestent.

Ils ont pas exactement compris le principe d’une manif. Par exemple, manifester dans une rue minuscule sans se déplacer, où ça gêne que les voisins, ça sert à rien. En plus, manifester avec des slogans et des bannières rédigées en autre chose que du français, ça limite considérablement l’impact du message.

Et plus bas dans l’immeuble, il y a la voisine qui se prend pour la concierge officielle – y’en a toujours une dans les immeubles, une qui se sent investie d’une mission divine d’espionnage. Notamment de la vie privée des autres habitants. Moi, elle surveille les hommes qui viennent me rendre visite et parfois, elle me gratifie d’un petit commentaire.

Bref.

L’autre jour, elle était tapie dans l’escalier tel un ragondin sauvage en pleine mission. Sa technique est aussi simple qu’efficace. Elle se poste avec des sacs au niveau du premier étage et elle bouge pas. Genre elle fait une pause avant de continuer à monter ses courses. Mais en vrai, je pense que son caddie est rempli de coton et qu’elle passe ses journées dans la cage d’escaliers.

Donc, l’autre jour je descendais et elle m’arrête pour m’expliquer qu’il y a des rôdeurs dans l’immeuble. Mouais… Mon pied s’arrête en suspension entre deux marches. Pour une fois que je ne suis pas en retard, je décide de lui consacrer cinq minutes. J’apprends qu’en fait, ce qu’elle appelle des rôdeurs ce sont 4 mecs qu’elle ne connaît pas qui sont rentrés dans l’immeuble avec des valises.

TERREUR

Quatre arabes avec des valises.

GROSSE TERREUR

Et quand elle leur a demandé où ils allaient comme ça, ils lui ont pas répondu. (A leur place j’aurais fait pareil.) (Mais eux, à mon avis, c’est surtout qu’ils ne parlent pas français.)

Et bien vous savez ce qu’elle a fait la voisine ? Elle a appelé les flics. Tout simplement. Résultat, pendant qu’elle me raconte ça, la patrouille de police débarque. « Police nationale bonjour » pour rechercher « des individus suspects qui rôdent dans les parties communes ». Je dis au flic que non, je n’ai pas vu les individus en question. Et la voisine enchaîne « mais moi je les ai vus ! Ils avaient des valises alors qu’ils n’habitent pas l’immeuble ».

TINTINTIN… Si ça, c’est pas la preuve qu’ils veulent mettre l’immeuble à feu et à sang.

Le flic comprend assez vite qu’on l’a dérangé pendant sa partie de tarot pour des mecs qui montaient une valise.

Du coup, il fait un vague tour, et puis il nous dit qu’il s’en va.

Ce qu’il ne savait pas c’est que ma voisine tient également du ragondin une certaine forme d’obstination butée. Elle lui explique qu’il ne mesure pas l’ampleur du danger. Qu’il doit mener une enquête, rester en planque (comprendre comme elle, le petit ragondin qui fait ça toute la journée) et elle rajoute « en fait, pour appeler la police faut que j’attende qu’ils m’aient violée c’est ça ? »

Le flic la regarde.

Visualisons ma voisine de 65 ans que de multiples grossesses n’ont pas épargnée.

Voilà.

Là, elle comprend que son argument n’a pas portée alors, prête à tout, elle rectifie : « enfin… peut-être pas moi. Mais regardez-la, elle, (elle me montre du doigt), ils vont la violer et vous faites rien ».

Malaise.

GROS MALAISE.

SILENCE.

Et puis, j’ai dit « bon, je vais y aller. »

Et je suis partie. Bref. Tout cela n’avait qu’un intérêt assez limité et sans aucun lien avec l’événement de la semaine.

Sur ce blog, j’ai narré nombre de vendredis soirs passés chez Diane à regarder la télé en faisant de l’internet ou des trucs pas intéressants comme :

– lire des magazines de potins

– fouiller dans des cartons en regardant Ruquier

Jouer avec le mac (honte éternelle sur nous)

– parler en masquant nos mentons

Et bien toutes ces heures cloîtrées chez elle n’auront pas été vaines puisqu’elles nous auront permises de produire un ouvrage papier. Aka l’encyclopédie de la webculture :

Pour ceux qui aiment les photos d’animaux, vous pouvez aller voir sur la page Facebook que Bob Laffont a eu le malheur de nous laisser gérer.

Last but not least, pour ceux qui ont l’amour du clic et qui veulent voir en s’amusant à quoi ressemble ce livre, vous allez sur CE SITE et ensuite vous sautillez de lien en lien… (pour certains liens faut un peu chercher mais ça va vite quand même) Ouais, c’est notre tentative de promo virale.

Sinon, ça s’achète sur Amazon, mais avant vous pouvez feuilleter quelques pages juste parce que ça fait un bruit rigolo.

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18 octobre 2011

Le salon du livre de Saint-Etienne – part two

J’ai déjà eu l’occasion de raconter comment, pendant les conf de rédac de Slate, le chef se prend parfois de passion pour une lubie un sujet qui t’en touche une sans faire bouger l’autre complètement visionnaire et décapant. Dans les anthologies, il y avait eu Les balcons parisiens vont-il s’effondrer tous en même temps – ça c’était pour la pauvre Annabelle. Mais je me souviens aussi d’avoir vu collègue arc-en-ciel plonger dans une profonde dépression en travaillant sur la liste de toutes les opérations militaires en cours dans le monde (ou un truc dans le genre).

Or depuis un mois, le chef me répétait « faudrait vraiment faire un papier sur les centristes ». A quoi je me contentais de répondre « ah ouais… » en prenant un air profondément pas intéressé. Ca marchait assez bien, ce qui peut paraître surprenant, mais c’est surtout que le chef avait comme un genre de dette envers moi donc il n’insistait pas. Et puis, à la dernière conf de rédac, j’ai eu le malheur de dire que j’aimerais bien faire un papier politique mais que j’avais pas d’idée. Un papier sur Sarkozy ? Sur Hollande ? Sur Aubry ? Sur Montebourg ? Et là, le chef m’adresse un large sourire. J’aurais dû flairer l’arnaque parce que normalement, le chef, en conf, il ne sourit que quand on parle de sport, de sexe et qu’on fait des blagues misogynes – si possible tout en même temps. Il me dit : « Et Hervé Morin, ça serait vachement intéressant non ? »

Hervé Morin… Le mec qui n’intéresse personne en France. Tant qu’on y est, pourquoi pas un article sur René Pleven ?

J’allais me réfugier derrière un « ah ouais… » aussi vague que possible quand le Grand Chef Suprême, aka JMC, a enchaîné « Oui. Tout à fait. C’est un bon sujet. Je me demande ce que vous allez pouvoir en dire mais c’est intéressant. »

Vous entendez le bruit du piège à loup qui se referme sur la pauvre pigiste ?

Donc voilà. Mon papier est en ligne. Comme prévu, il n’intéresse personne à part peut-être François Bayrou et les cousins de Hervé Morin. Donc j’en suis réduite à aller faire la quête : « Mesdames, messieurs, excusez-moi de vous déranger pendant votre journée. Journaliste pigiste, je suis actuellement en recherche de bons sujets, pour m’aider dans cette recherche, est-ce que vous auriez l’obligeance de me donner un ou deux clics ? Je sais que vous êtes très sollicités mais c’est pour m’aider à rester propre et digne. N’oubliez pas qu’un clic c’est gratuit pour vous, mais ça veut dire beaucoup pour moi. » CLIQUEZ ICI. Merci.

Revenons donc à mes folles aventures stéphanoises. Oui, les habitants de Saint-Etienne sont des Stéphanois, comme le rappelle l’enseigne Casino en inventant au passage le concept über-fumeux du « shopping alimentaire ».

On s’est quittés, mes petits amis, nous étions vendredi 1h du mat et je remontais mes chaussures vernies dans ma chambre d’hôtel. (Bastien : elles sont bien vernies.) Là, je vous la fais courte mais quand je me décida enfin à laisser mon visage de Bette Davis, je m’a rendue compte que j’avais oublié mon démaquillant. Toi individu qui ne te maquille pas, tu ne mesures pas la galère que ça implique de se démaquiller à l’eau avec du PQ qui peluche. Les autres savent le cauchemar.

Le lendemain, après un nuit épouvantable, je m’en vas sur le salon accomplir ma mission d’évangélisation du peuple.

10h Sur le stand, je découvre qu’on m’a mise dans un coin où quasi personne ne passe :

Sauf parfois des gens qui s’arrêtent pour me demander pourquoi on m’a mise là. Sous-entendu : c’est parce que votre livre, il est moins bien ? En fait, c’est juste parce que je partage le stand avec : François de Closets, Jean-François Kahn, Nelson Monfort et Janine Boissard. (J’ai l’impression d’avoir été déportée dans la bibliothèque de la maison de retraite de ma grand-mère.)

Une question agitera les auteurs du salon pendant 48h : Nelson Monfort moumoute ou pas moumoute ? Je dis moumoute.

Sur le stand, j’ai donc le temps d’explorer très en profondeur cette chose qu’on nomme l’ennui. C’est-à-dire l’émotion ressentie quand t’as ni ami, ni ordi, ni télé. Rien. Et face à toi, ça (= le néant) pendant 10 heures :

11h Je décide de faire pipi histoire de noyer mon ennui dans l’urine, à défaut de vodka. Pas de chiottes prévues pour le salon. Même pas les habituelles roulottes à caca. Non. Il faut traverser la place, rentrer dans la mairie, traverser un couloir pour trouver UNE chiotte qui fonctionne SAUF que la lumière est pétée parce que quand même faudrait pas trop en demander.

Photo prise au flash évidemment

Comme je pense que 80% des auteurs abandonnent le périple en route, l’avantage c’est qu’il reste du PQ.

14h Je m’ennuie tellement que même sortir fumer des clopes me semble dépourvu de sens. C’est le moment où tu commences à te dire qu’il va falloir passer à l’étape suivante, c’est-à-dire t’enfoncer directement la pipe à crack dans le cul.

16h30 L’heure du débat. Les débats, c’est chouette. D’abord parce que j’aime bien donner mon avis dans un micro. Et puis ça occupe un peu. Et surtout ça fait qu’après, les gens viennent me voir et achètent le livre. Mais pas à Saint-Etienne. D’abord, mon débat sur « la jeune garde du roman français » est pile au moment où la mairie offre un goûter. Ensuite, on est 4 intervenants pour 30 minutes. Et surtout, une des membres de la « jeune garde du roman français » a eu le malheur d’agacer l’animateur qui l’a mal pris et a tout arrêté au bout de 20 minutes.

A ce stade-là, on va arrêter de comptabiliser le nombre de fails de ce week-end.

17h30 J’essaye de comprendre qui sont les gens qui viennent au salon. Comme la tente est installée sur la grande place, j’ai l’impression que les gens passent comme ça, parce qu’ils s’emmerdent. Il y a évidemment des gens sympas (et je les remercie de m’avoir apporté un peu d’oxygène – notamment les copains de chez Gibert). Mais il y a aussi tous les cas sociaux de la ville qui viennent vous voir pour que vous leur teniez compagnie. Le cas social se reconnaît parce que 1°) il est seul. 2°) il regarde chaque auteur un par un avant de choisir sa victime. 3°) il s’arrête devant sa proie – vous – et attend que vous le regardiez. 4°) il commence par « alors, ça parle de quoi votre livre ? » 5°) il attend la première digression pour donner son avis sur le 11 septembre, Sarkozy, Elvis Presley, les gens qui ne parlent plus à leurs voisins à cause d’internet, 6°) il reste très longtemps à vous parler, 7°) il n’achète jamais votre livre. Quand il a fini de vous vider de toute votre énergie vitale, il se contente d’aller chercher une autre victime.

17h45 Une folle me tient la jambe depuis 15 minutes. A un moment elle en vient à m’expliquer que Kurt Cobain était pédophile. VA POURRIR EN ENFER SALOPE.

Je commence à craquer nerveusement. Je suis entre Les Nerfs à vif et L’Exorciste.

Mais en vrai, je lui ai dit : « Bon. Je crois qu’on va arrêter de se parler. » Vous savez ce qu’elle m’a répondu ? « Ah non. Là c’est devient intéressant. Moi, j’aime beaucoup le débat. » Mais va débattre avec Mélenchon connasse.

Elle reste debout face à moi et poursuit son infect logorrhée. Des flots de merde sortent de sa bouche. Je me demande pourquoi l’évolution ne nous a pas pourvus de petits clapets qui permettraient de fermer nos oreilles aux bruits intempestifs.

« Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. »

Je regarde autour de moi, à la recherche d’une échappatoire. Mais tous mes voisins sont eux-mêmes aux prises de cas sociaux divers et variés et c’est là que le système démoniaque de la rangée de tables d’auteurs révèle tout son pouvoir de nuisance. Vous êtes coincés, vous, petit écrivaillon, derrière votre table en plastique, sur votre chaise trop basse qui vous met tout de suite en position d’infériorité. Et la folle, elle, elle se dresse face à vous comme un énorme insecte, une mante religieuse qui agite ses pattes dégueulasses devant votre nez.

« Kurt Cobain était pédophile – Kurt Cobain était pédophile – vous aimez les pédophiles c’est ça ? – ils sont partout. »

Elle ressemble à un croisement entre la Métamorphose de Kafka et La Mouche.

En fait, au bout d’un moment – plus précisément passé le 10ème cas social – dans un salon, tous les visiteurs finissent par se transformer en gros insectes carnassiers venus vous tuer. D’abord, ils plantent leurs mandibules dans votre chair pour aspirer votre énergie vitale et après, ils vous mangent par petits bouts. Les auteurs sur leurs chaises sont comme des petits papillons épinglés vivants, à portée de tous.

(Après les nerfs, c’est le psychisme tout entier qui s’effondre. COLLAPSE.)

Les insectes arpentent le salon avant de décider quel sera leur repas :

Et parfois, ils se déplacent par nuées :

AH AH AH… Je suis en plein dans V. Si jamais je me lève en hurlant qu’ils sont tous des insectes, que le salon n’est qu’un prétexte pour leur servir de nourriture et qu’il faut qu’on parte tous en courant, si j’attrape Nelson par la moumoute pour qu’on se tire « parce que putain Nelson, écoute-moi, c’est un PIEGE, faut qu’on se barre-là!!! » Je sens que personne va me croire et que je risque de jeter un froid dans l’assemblée.

18h20 Je m’ennuie tellement que j’ai envie de me planter un stylo bic dans la main pour voir s’il peut s’enfoncer de part en part. J’essaie de me souvenir pourquoi à un moment dans ma vie ça a été tellement important de publier un roman (moment qui a approximativement duré 15 ans quand même).

PS : il n’y a pas de chute à ce post. Par contre, y’en a une vraiment super dans mon papier sur Hervé Morin…

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16 octobre 2011

Le salon du livre de Saint-Etienne – part one

J’avais décidé de vivre ce salon du livre comme un film hollywoodien qui se serait intitulé « 2 nights in Saint-Etienne ».

Mais en réalité, avouons-le tout net : mon périple à Saint-Etienne a mal commencé, c’est poursuivi de façon pas terrible et a fini moins mal (sans doute rapport au fait que je rentrais dans ma maison).

D’abord, le vendredi je devais courir en taxi d’Issy-les-Moules (où j’étais pour une interview sur France 24) à Gare de Lyon pour choper mon train.

En fait, dès France 24 j’ai été chafouinée parce que je préfère le maquillage TF1 au make-up France Télé. Le maquillage France Télé, sur moi, il tient une seconde. A la première expression de visage, il commence à se craqueler. Des failles apparaissent sur le fond de teint et vont en s’élargissant de plus en plus comme la croûte terrestre dans un film catastrophe. Je commence à sourire. Zoom sur la fissure qui s’élargit à toute vitesse, court en même temps que les coins de ma bouche remontent. Résultat : on dirait que je porte un masque de poupée fendillée, craquelée. De vieille petite-fille. A l’écran, ça se voit pas mais sous la lumière blâfarde des chiottes c’est la cata. J’ai l’impression d’être Bette Davis dans Qu’est-il arrivé à baby Jane ? film génial qui m’a complètement trauma :

Ca donc :

A voir :

 

Bref.

Je sors du plateau, prête à sauter dans mon taxi quand on m’apprend que quelqu’un me l’a volé. What ? Une personne est montée dans le taxi G7 qui m’attendait, le chauffeur lui a demandé « vous êtes bien Titiou Lecoq ? » et l’individu a répondu oui alors que de toute évidence c’était faux puisque c’est moi et que les homonymes y’en a pas trop dans le genre.

Résultat, on m’appelle un autre taxi. Je vais l’attendre dehors pour gagner 10 secondes.

Au bout de 20 minutes, je re-rentre pour dire qu’il fait froid. J’apprends que le taxi m’attend depuis 15 minutes à une autre entrée.

Je cours.

Je monte à bord.

En route, je lui demande si c’est bon pour être à 17h20 à Gare de Lyon. Il m’assure sans l’ombre d’un doute qu’on y est dans 45 minutes facile. Easy la vie. Comme c’est son métier, j’ai tendance à le croire.

1h30 plus tard, alors qu’on est à l’arrêt à un feu vert, coïncé dans un bouchon interminable et qu’il est approximativement 17h25, le chauffeur se tourne vers moi pour me dire « désolé ».

Je réponds pas.

Je râte le train de 17h24.

Je râte le train de 17h54.

J’arrive pour celui de 18h20. Je cours à la borne. Je suis dans un état de nerfs proche de celui du type qui était de garde à Tchernobyl le jour J. Je mets mon billet dans la fente pour l’échanger. La machine l’avale puis s’éteint.

Je sais pas si vous voyez bien le bordel ambiant gare de Lyon le vendredi à 18h30. Au milieu de toute cette agitation, je lâche mes sacs et roule des yeux. Je me dis que je vais craquer, que la vie est une grosse connasse.

Malheureusement, la vie m’entend, le prend hyper mal et décide de me le faire payer par un truc qui ne m’était jamais JAMAIS arrivé de ma vie : mon soutif craque.

Je me retrouve avec le soutif qui me remonte d’un coup sous la gorge et toujours le visage de Bette Davis à 82 ans quand elle se déguisait en fillette.

Dans un ultime sursaut, je décide d’acheter quand même un autre billet. J’ai évidemment raté le train de 18h24. (Donc 3 trains de loupés à mon actif en une aprèm.) Je prends une place pour celui de 19h. 130 euros ta mère la pute. (A ce prix-là, je pourrais me payer 25 cunnis chez les putes chinoises de mon quartier.) (Ouais, à cet instant, je suis très triste et fatiguée et je me dis que le seul truc au monde qui pourrait me consoler c’est un cunni. Chacun son truc.)

Là, parce qu’il flaire la meuf désespérée, que je suis maquillée comme une actrice de porno POST tournage et accessoirement que j’ai les nichons à l’air, un mec essaye de me brancher.

Le puits de l’enfer est-il vraiment sans fond ?

Je refuse de lui répondre. Je suis trop fatiguée pour le dégager. Je décide donc de l’ignorer. (Pas facile vu qu’il est debout devant moi.) Du coup, je baisse la tête pour regarder mes chaussures. (Evidemment, vu de l’extérieur, cette réaction n’a aucun sens.) J’ai des chaussures vernies. Parfois, leur vue suffit à me redonner de l’énergie vitale. Sauf que là, à côté de mes chaussures, je vois un pigeon. Un putain de pigeon vivant qui bouge la tête pour tourner son œil aussi rond que vide dans ma direction.

Le pigeon me regarde sans parler.

On se regarde.

Il se passe aussi peu de choses dans son cerveau que dans le mien.

Peut-être qu’il attend aussi que le mec relou se casse ?

Brusquement, je relève la tête. J’ai un éclair de génie. Je sais ce qu’il me faut. Du toblerone.

J’abandonne mec et pigeon et pars m’acheter du toblerone. Inventé en 1908 par Theodor Tobler, le toblerone est la première barre chocolatée de l’histoire. (J’essaye de faire du Houellebecq pour changer un peu de style.)

Ensuite, j’ai tweeté mes chagrins. Et après, j’ai pris le train.

J’ai fini la journée à 1h du mat en fumant une clope toute seule sur le parking d’un hôtel dans la banlieue de Saint-Etienne en pensant qu’on n’était que vendredi soir et que le salon n’avait même pas commencé.

J’étais pas loin de regretter la Suisse.

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9 octobre 2011

Un peu de rien en désordre

L’autre nuit, j’ai fait un cauchemar très moche avec le juge Burgaud qui me voulait du mal parce qu’il était pas content d’un papier de Ioudgine et qu’Arnaud Aubron l’avait énervé – … – Bonjour, vous êtes bien la boîte vocale de l’inconscient de Titiou, laissez un message – Salut, c’est ta conscience. Ca va ? Je voulais juste te dire que j’avais pas trop bien compris ton dernier message… Tu essaies de me dire que les Inrocks ont trempé dans l’affaire d’Outreau c’est ça ? Rappelle-moi s’il te plait.

Mais j’ai aussi fait un rêve super. Je vivais dans une réserve naturelle (mais qui était un peu aussi un espace Leclerc) avec plein d’animaux. Il faisait beau. Et la vie était un jeu de pistes super marrant. Mais surtout, dans ce rêve, il se passait un phénomène magique : j’étais hyper drôle. Dès que je faisais une blague, tout le monde se roulait par terre de rire. C’était top.

Si je rêve de réserve naturelle qui ressemble à un espace Leclerc c’est sans doute parce que j’avais passé le week-end précédent sur un parking d’hypermarché (#écrivain dédicace toussa).

Tout ce temps passé dans cette librairie Leclerc m’a permis de découvrir un ouvrage qui avait échappé à mon corpus littéraire :

Peut-être faut-il s’en prendre au traducteur ?

Ou alors au rédacteur ?

Oui. Au rédacteur en fait…

Bref.

(J’écris « Bref » depuis des années. Mais depuis que la – très bonne – série existe, je me sens un peu dépossédée de mon tic de langage.)

Bref bis.

Le lien absolument con qui m’a fait rire cette semaine. Malheureusement, il est réservé aux utilisateurs de mac. Mac, le truc qui marche super bien SAUF le mien qui merde en permanence. Comme mon vieux PC vous me direz sauf que le PC je savais le bidouiller alors qu’avec le mac je suis juste une putain d’assistée. DONC LE LIEN QUI RESUME MA VIE. (tellement que les premières secondes j’ai pas compris que c’était ça le site.)

Oui, je sais que Steve est mort. Il n’empêche. D’ailleurs, c’est l’occasion de ressortir la meilleure image de Steve Jobs/Bill Gates (que j’avais déjà postée y’a longtemps) :

Attention trompettes et tambour pour une chose qu’on ne voit pas assez souvent : une bite d’écureuil.

 

Une top vidéo d’Elixie dans ses excellentes trouvailles d’internet :

Pour ce qui est du Titiouthon, le cumul des pots de Nutella offerts en dédicace s’élève à… 2. Merci infini à mes généreux donateurs. Dont le premier pot dédicacé :

En parlant promo, à la fête de l’huma, j’ai participé à une table ronde sur le thème du premier roman. J’étais assez fière de moi parce que je me suis bien tenue, j’ai réussi à m’intégrer socialement (sachant que d’habitude y’a un certain nombre de convenances sociales que j’ai beaucoup de difficulté à mimer, c’était un net progrès). J’ai attendu que ce soit mon tour de parler, en attendant j’ai écouté Emmanuel Rabu qui a sorti un super premier roman (je l’ai pas lu mais je fais confiance aux gens qui l’ont lu et approuvé). Après le débat, j’ai pas trop compris que Mama Mazauric, mon éditrice, me dise « tu devrais te forcer à sourire un peu en interview ». Qui ? Moi ? Moi qui avait affiché ce superbe sourire qui fait éclore les fleurs sur mon passage ?

Or le lundi suivant, je découvre sur Facebook cette photo :

Je crois qu’on peut dire que niveau convenances sociales, je suis pas encore au top… (Pourtant ma mère m’a envoyée à la maison verte de Dolto quand j’étais petite pour être certaine que toute ma vie j’aurais d’immenses facilités à socialiser avec mes semblables.)

Pour finir (non, ça n’a aucun rapport mais c’est ça l’internet, la blogosphère, la modernité) :

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