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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

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19 mai 2015

Philosophie du ras-la-moule

Annonce le bon coin de la promo : je serai en dédicace à la Fnac de Lyon Bellecour vendredi de 17h45 à 19h30.

 

Comme je suis éternellement bloquée dans le rythme scolaire, pour moi, là, ça fleure bon la fin d’année. Je me sens comme une élève de seconde dans une établissement scolaire qui fait centre d’examen et pour qui le troisième trimestre est une vague litanie rabâchée par les adultes et dont on ne voit concrètement aucune réalité. “C’est pas les vacances là, c’est le troisième trimestre!” Ah bon ? Vous êtes sûrs ? Parce que mon corps et mon esprit me disent le contraire – et pour une fois qu’ils sont d’accord sur quelque chose, je me dis qu’ils ne peuvent pas se planter.

Donc je suis off, je suis fatiguée mais à la différence de d’habitude, je ne paye pas l’année passée. Je suis fatiguée en mode ras-la-moule. La seule chose que j’ai envie de faire, c’est de m’affaler en t-shirt, avec un caleçon d’homme devant MTV, comme quand on était gamin. Nan, je plaisante. Pas devant MTV. (Maintenant, quand tu parles de MTV à un jeune, il te regarde comme si t’avais 75 ans. C’est terrible parce que y’a pas si longtemps, MTV représentait la modernité absolue.) Donc on dira plutôt m’affaler le mercredi soir devant Grey’s Anatomy. Ne me jugez pas. Rappelez-vous que ça a été une bonne série, même si elle a sauté le requin depuis un moment, sans doute à partir du troisième attentat. Aucun cimetière indien ne peut justifier la somme de malheurs qui s’abat quotidiennement sur cet hôpital. J’aurais un accident là-bas, les deux bras coupés, je hurlerais pour qu’on m’opère sur le bitume plutôt que d’être transférée dans cet hosto.

Et donc pourquoi devant Grey’s Anatomy ? Parce qu’il se passe un truc assez singulier entre cette série et moi. Malgré toutes ses incongruités, elle est toujours raccord avec ma vie. C’est-à-dire que les préoccupations des persos rejoignent les miennes. Avant, ce qui intéressait Meredith et Yang c’était de réussir leur internat (comprendre : publier un roman) et niquer et boire (comprendre : bah niquer et boire).

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Mais dix ans plus tard, elles sont dans d’autres problématiques qui se résument par faire ou ne pas faire de compromis entre leur vie familiale et leur carrière.

Moi, non. Moi j’ai dit : je ne ferai pas de compromis.

Il y a 8 ans, j’ai signé un deal avec la Vie. La Vie m’a dit “ok, tu veux pas faire de compromis ? On peut s’arranger, je vais te faire un crédit.”. Chic alors! Mais récemment, la Vie m’a rappelée “Allô ? Ici la Vie. Ton crédit est venu à terme, maintenant il faut payer. A l’époque, on n’avait pas trop parlé des intérêts, mais là, je te préviens, ça en fait un bon petit paquet.” Alors je passe à la caisse et je paye. Notamment parce que le mode de vie qui fonctionnait déjà pas très bien quand j’étais seule, bah il marche vraiment pas mieux avec deux enfants.

Avant, il m’arrivait de finir ma journée en m’effondrant en larmes d’épuisement parce que j’avais bossé non-stop depuis quinze jours sans déconnecter une journée, parce que j’avais accepté trop de choses et que pour respecter les délais je me faisais violence.

Bah là, pareil mais avec en prime deux enfants en bas âge. Je vis un cas classique de sur-sollicitations. L’impression qu’on me passe dans une machine à laver, qu’on m’essore, qu’on me tire dans tous les sens “Hey maman, pourquoi il fait noir dans le tunnel ?”, “Bonjour, pouvez-vous nous donner une date ?” “Maman, j’ai fait caca une fusée” “Bonjour, vous pouvez penser à apporter un chèque ?”, “Gaaaaa”, “Bonjour, tu peux me rappeler pour qu’on fasse une réunion ?”, “Bonjour, tu ne m’as pas répondu finalement”, “Maman, Curly il a dit Gaaa”, “Chérie, je trouve pas ma déclaration d’impôts”.

Et là, malheureusement, c’est souvent le dernier qui prend pour tout le monde. Va te faire cuire le cul avec ta déclaration, TOUS tes papiers sont dans la même boîte MERDE.

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Mais si je me retrouve dans cette situation, c’est aussi parce que j’ai décidé de consacrer pas mal de temps aux enfants. C’est un choix que j’ai fait. (Si on peut appeler “choix” un truc qui relève davantage du besoin viscéral de les renifler à longueur de temps.) Le mercredi, je garde Curly avec moi parce qu’il est tout petit et que je veux le renifler en profiter, les quatre jours restants de boulot, je vais les chercher pas trop tard. Ca me fait arrêter de bosser à 17h. Evidemment, j’essaie de rattraper comme je l’ai toujours fait, retourner bosser dans mon bureau à 20h30 quand je les ai couchés, gratter du temps le samedi et le dimanche. Mais dès que vous ajoutez dans l’équation un mois de mai avec des jours fériés, tout se casse la gueule. BADABOUM.

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Et puis, parfois, t’as pas envie. T’as pas envie de penser à rapporter des fringues propres à la crèche. T’as pas envie de contacter la CAF. T’as pas envie de t’occuper des vaccins. T’as pas envie d’étendre le linge. T’as pas envie de nettoyer les chiottes. T’as pas envie de ranger les courses. Et surtout, surtout, t’as pas envie de lui filer sa putain de vitamine D. (Dans ce genre de situation, tu vas te focaliser sur un truc à la con, un truc qui va symboliser ton ras-la-moule, et dans mon cas c’est d’administrer tous les jours que dieu fait ou ne fait pas une dose de vitamine D à Curly.)

Les week-ends, qui étaient déjà pour toi free-lance un concept vraiment très conceptuel, deviennent plus fatigants que le reste de la semaine et t’attends avec impatience le lundi matin parce que le lundi matin, il va se passer un truc dingue : tu vas pouvoir boire ton café tranquille, sans l’oublier sur le bord de la table dix fois dans la journée et le refaire chauffer douze fois parce que tu es interrompue, parce que Curly est tombé, parce que Têtard a eu envie de faire caca et qu’il faut lui essuyer les fesses, parce que le chat demande ses croquettes, parce que sur le trajet jusqu’à la salle de bain, t’as croisé un emballage de coton vide qu’il faut aller mettre dans la poubelle de tri et qu’ensuite, tu as buté sur le panier de linge propre qu’il faudrait trier et ranger. Parce que la sieste de l’un ne colle jamais avec la sieste de l’autre. (Bref, toutes ces choses qu’elle racontait très justement.)

Et à côté de ça, il y a ton travail. Ton travail parce qu’il faut gagner des sous et puis ton travail parce que t’aimes ça, parce qu’on te propose des trucs intéressants, que tu as envie de les faire et que tu as toujours dit que dans la vie, tu ne serais pas comme ces gens qui renoncent à des choses cools. Alors tu dis oui, mais il y a une mécanique derrière. Plus tu fais de choses, plus on t’en propose. Alors plus tu en acceptes. Et c’est génial. Jusqu’au jour où tu passes à la caisse. Où tu te rends compte que ce n’est plus possible.

Et puis, au milieu de tout ça, tu te dis aussi que tu n’as pas envie de n’être qu’une maman free-lance en jogging avec des cernes qui se creusent un peu plus chaque jour et des cheveux applatis par des élastiques bon marché. Il faudrait te remuer un peu, allez bordel, fais un effort, va chez le coiffeur, chez la manucure, épile-toi, fais-toi un masque etc – parce que les femmes sont les meilleures tyrans d’elles-mêmes. Alors tu fais un effort, encore un.

(Dis comme ça, on dirait une mère célibataire alors que pas du tout. Le Chef est là, il s’occupe aussi des enfants.)

Bref, arrivé à ce stade, normalement, une seule conclusion s’impose : on ne peut pas tout avoir. On a bercé ma génération de l’illusion qu’une femme pouvait tout avoir, illusion qui finit écrabouillée par le principe de réalité.

Mais c’est faux. La vie, c’est plus compliqué que ça. D’abord, il y a des périodes. Il y a des périodes où je consacre plus de temps au boulot, d’autres plus à mes enfants, des semaines où je vis en jogging et puis un jour, magie, je m’habille en dame. Rien n’est fixé. Et puis, il y a des moments. Il y a des moments où on y arrive, où on gère tout. Et d’autres non, d’autres où on se dit qu’on est nulle et qu’on ne mérite même pas le compost dans lequel on finira. Mais si vous partez avec l’idée que vous ne pourrez pas tout avoir, alors c’est foutu d’avance.

Oui, vous pouvez tout avoir. Vous ne devez pas hein. Faites vos choix, faites ce qui vous plait vraiment. Vous n’avez pas à être Wonder Woman, sauf si vous voulez être Wonder Woman. Et si vous voulez tout, alors prenez-le. Mais mon conseil, mes jeunes ami(e)s, ça serait de le faire maintenant. Si vous avez des projets professionnels ou pas professionnels, si vous voulez tenter des choses, devenir champion de macramé ou partir à l’autre bout du monde, faites le maintenant. Faites-en le plus possible dès maintenant. N’attendez pas je ne sais quel signe du ciel, parce qu’il ne viendra pas et qu’il sera trop tard. En règle générale, il est toujours trop tard, surtout pour attendre. Donnez-vous les moyens dès aujourd’hui. Parce qu’ensuite, si vous décidez d’avoir des enfants, pendant au moins quelques années, vous ne pourrez plus tout avoir, tout faire, vous serez prises dans un quotidien de gestion qui parait sans fin. Mais vous capitaliserez aussi sur ce que vous avez fait avant.

Moi, j’ai continué comme avant. Et c’était bien. Ce qui est bien aussi, c’est d’accepter qu’à un moment, ce n’est plus possible et qu’il faut modifier un peu son mode de fonctionnement, au moins pour quelque temps. Qu’il faut commencer à dire non à certaines propositions. Qu’il faut réussir à se dire que tiens, le week-end prochain, je ne bosserai pas. Peut-être même envisager de prendre de vraies vacances. Aménager un peu sa vie pour ne pas qu’elle vous déborde. Je sais aussi que l’année prochaine, Curly sera plus grand, je le laisserai plus longtemps à la crèche. Je suis contente de passer à la caisse maintenant, et d’avoir vécu pas mal à crédit avant, parce que c’est dangereux et néfaste de s’interdire des choses en amont.

Je crois que c’est Sheryl Sandberg dans une conférence TED qui racontait comment elle avait fait passer un entretien pour une promotion à une jeune femme qui lui avait dit qu’elle n’était pas certaine de pouvoir accepter parce que d’ici quelques années elle comptait avoir un enfant. Il ne faut jamais faire ça. Il ne faut jamais s’interdire quoique ce soit à l’avance. Partez du principe que la Vie, et accessoirement notre système économique tout pourri + une société française ultra-hiérarchisée, vont déjà passer un certain temps à vous mettre des batons dans les roues, alors ça ne sert à rien d’être votre propre obstacle. Si vous êtes un(e) schizophrène sain(e), vous devez être votre meilleur allié(e). Ne commencez pas à vous saborder.

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Bonus

Quand j’ai commencé mon ras-la-moule, j’ai tout de suite pensé à la polémique d’il y a trois ans aux Etats-Unis. Elle avait porté sur le “have it all”. Tout était parti d’Anne-Marie Slaughter. Elle avait un poste de directrice au département d’Etat des Affaires Etrangères. En 2011, elle abandonne son job et retourne à Princetown pour s’occuper de ses enfants, l’aîné étant en pleine crise d’adolescence. Et elle écrit alors un article pour expliquer qu’on ne peut pas tout avoir, et qu’il faut oser le dire pour que la société adapte ses normes et aide les femmes.

Vous pouvez lire l’article de Madmoizelle sur le sujet, qui est très bien, comme à leur habitude.

Mais ce que j’évoque ici est un peu différent. D’abord parce que dans cette polémique (qui l’avait justement opposée à Sheryl Sandberg), elles parlaient avant tout de travail. Et là, il faut faire attention parce que très vite, le mythe de “tout avoir” ou de la Wonder Woman peut servir essentiellement à nous transformer en bons petits soldats d’un régime économique et social qui nous demande d’être toujours plus productif. Ce que j’évoque, c’est plus large, c’est réfléchir à ce que vous avez vraiment envie de faire, ce dont vous avez besoin, ce qui vous passionne. Dans mon cas, les trois se mêlent dans mon travail. Mais ça peut s’appliquer à plein de choses. Le rêve de “tout avoir” ce n’est pas forcément d’être PDG ou politique. Ca peut être de voyager, de faire du macramé, du rodéo, n’importe quelle passion, n’importe quelle opportunité. Ca n’est absolument pas d’essayer de copier la connasse qu’on voit dans les pubs jongler savamment entre ses réunions de travail et l’organisation de la kermesse de l’école. Ne vous trompez pas, cette connasse ne veut pas seulement vous faire cracher votre fric, elle veut votre mort. Elle est là pour vous écraser.

Un dernier bémol : c’est difficile d’écrire sur ce sujet. Outre que ça ressemble très vite à des platitudes bien connes sur la vie, c’est difficile de donner une vision juste de la situation. Sheryl Sandberg a trop tendance à laisser penser que c’est facile de tout avoir. Ca ne l’est pas. En tant que maman de deux jeunes enfants, j’en chie. Mais parfois, on a aussi tendance à présenter les choses comme trop difficiles, décourageantes, comme si avoir des enfants c’était forcément renoncer à toute vie. C’est également faux. Ou les deux sont vrais. Ca dépend des moments donc.

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4 mai 2015

Les gens qui parlent, Sandro, Amy Schumer, Laurence Pernoud

Ces derniers jours, je trainais chez moi, me languissant dans mon jogging, et soupirant “ohalala… j’ai telleeeemeeeent envie d’écrire, ça me maaannnnnque”. Mais j’avais pas trop le temps, et puis pas des masses de sujets sous la main. Alors je me suis dit “bah, et si je faisais comme tout le monde partout en ce moment ? Et si je donnais mon avis hyper tranché sur la République, l’Islam, la Laïcité, le Voile, le Blasphème, Charlie Hebdo ? J’ai qu’à écrire que j’en ai ras le cul d’entendre tout le monde donner son avis péremptoire et définitif.” (Je sais pas si vous avez remarqué, mais les gens qui parlent sur le sujet, on a l’impression qu’ils sont l’incarnation de l’oméga du langage, qu’après eux, plus personne n’aura rien à ajouter, que toute parole s’abolira d’elle-même devant la pertinence de leurs propos. Le problème, c’est que derrière y’en a toujours une dizaine pour répondre et ça n’en finit pas.) Bref, j’allais donc adopter ce même ton péremptoire pour dire “en fait, vous commencez tous un peu à me faire chier”. Et puis, comme parfois il m’arrive d’avoir une fulgurances entre mes deux oreilles, je me suis rendue compte que c’était un tantinet contradictoire.

Alors, je précise le “ça me fait chier”. J’adore les discussions théoriques où on se branle mutuellement les neurones, la preuve, j’ai fait des études à la Sorbonne, mais en ce moment, le problème c’est que je n’y comprends plus rien. C’est comme un diner entre amis qui dégénère, tout le monde s’engueule tellement fort que t’entends plus personne. Le deuxième aspect pète-burnes, c’est tous ces spécialistes qui non seulement savent ce que les gens pensent mais également pourquoi ils le pensent et ce qu’ils devraient penser. Et enfin le fait qu’il faille choisir son camp. En soi, j’aime assez prendre parti et traiter les autres d’abrutis. (6 années en Sorbonne les gars, ça vous forge un cerveau.) Par exemple, vraiment tiré au hasard : le mariage pour tous VS la manif pour tous. Mais en ce moment… Comment dire… Je vois pas très bien pourquoi on devrait choisir, d’ailleurs, je vois même pas entre quoi on doit choisir.

Bref, du coup, j’ai quand même commencé un texte sur le sujet mais – vous vous en doutez bien – il a suivi le débat actuel et il est parti dans tous les sens.

gens-fous

Heureusement, sur Internet, il se passe d’autres choses. Ainsi, mon ami Sandro a ouvert un blog. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien mais situons le contexte. Sandro est mon ami qui me disait “T’as un ordinateur ? T’es sur Internet ? T’as ouvert un blog ? C’est marrant, au début, je pensais que t’étais un peu brillante comme meuf”. Donc le voir débarquer en ligne est doublement réjouissant. Outre une revanche personnelle aussi douce qu’une nuit étoilée aux senteurs nutella, il se trouve que Sandro m’a toujours fait rire. Donc allez voir son blog, je vous préviens il y parle de BD (oui ICI), de drogue (ICI donc), de cinéma (LA) et pas mal d’animaux (parce que Sandro aime les animaux, mais pas exactement de la même manière que vous et moi, autrement dit, son amour du monde animalier ne s’exprime pas par le fait d’envoyer un gif de chat avec un chapeau pour l’anniversaire de ses potes). (Mais c’est sans doute parce qu’il ignore l’existence même des gifs.)

Ensuite, je trouve que nous n’avons pas assez parlé d’Amy Schumer. Vous en pensez quoi ? “Je trouve qu’elle a tendance à victimiser son statut de femme blanche dominante dans la société”, “Ah mais TA GUEULE Emmanuel Todd”. (Désolée, cette blague est gratuite.) (En plus, j’ai rien contre lui en particulier, c’est juste que j’ai un sérieux doute sur la validité de la sociologie démographique territoriale.) (Oh mais TA GUEULE Titiou.)

Je ne vais pas vous présenter Amy Schumer parce qu’ici, on n’est pas chez Google. Mettons juste sa dernière vidéo – sans doute la remarque la plus pertinente sur l’obsession des fesses rebondies qui s’agitent dans les clips:

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Oui, grâce à un rappel simple : ça te fait bander, mais moi, ça me sert avant tout à faire caca.
Mais j’aime bien aussi cette parodie sur le football américain et le viol. “Le football, ce n’est pas le viol, c’est juste dominer et écraser tout ce qui se trouve entre vous et votre objectif”. (Et pourtant, je kiffe le foot américain. Même si j’ai jamais réussi à regarder un match en entier.)

Inside Amy Schumer
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Et puis, bien sûr, il y a cette vidéo sur le dernier jour où une actrice est considérée comme crédiblement baisable, avec cette vieille histoire que j’adore sur Sally Field qui, incroyable mais vrai, a eu une carrière avant de jouer la mère bipolaire dans Urgences.

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Donc en 1988, dans Le Mot de la fin, elle joue la meuf de Tom Hanks. Il se retrouvent en 1994 pour Forrest Gump, sauf que Sally a passé sa date de péremption et qu’elle interprète la mère de Tom Hanks.

Inside Amy Schumer
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Pour finir, faisons un point (o)(o) MILF. Têtard m’a gratifiée de son plus beau mot d’enfant. Un gamin me balance un ballon dans la gueule et Têtard se retourne en lui disant “tu m’as fait mal à ma maman!”. (Quoi le cordon faut le couper ? Mais TA GUEULE Laurence Pernoud.)

Sinon, mes réflexions pédagogiques se heurtent à un problème : comment faire pour qu’il n’apprenne jamais à lire l’heure ? Parce que là, c’est le bonheur de l’embrouiller “mais oui, il est 8h, c’est l’heure d’aller dormir. Mais si. Je t’assure. Tu vois bien.” Il lance un regard perplexe à l’horloge. Comme il est un peu méfiant, il insiste “Il est huit heures ?”. “Tout à fait.”

J’espère qu’ils n’apprennent pas en première année de maternelle.

Et pour finir, ce récent week-end de trois jours a été l’occasion de valider ma théorie selon laquelle la maternité, ça ne te change pas tant que ça. Rappelez-vous, il y a moultes années, j’avais fait un post pour expliquer que j’avais horreur de parler le matin, voire plus généralement d’entretenir n’importe quel contact avec une chose vivante qui ne serait pas mon chat. Et bien, ça n’a pas changer d’un iota. Sauf qu’avant, je pouvais prévenir le mec “ok, je viens passer la nuit chez toi, mais sache que demain matin, je vais m’enfuir sans t’adresser la parole, no offense”. Ce week-end, je me suis donc aperçue que :

1°) mon fils ne fait absolument pas exception, le son de sa voix le matin me gonfle.

2°) il est dans une phase d’apprentissage du langage où il commence à maitriser suffisamment de mots et de structures syntaxiques pour se transformer en mec vraiment très lourd qui t’agresse dès le réveil. Ivre de pouvoir entretenir une discussion, d’avoir le pouvoir magique d’enchainer des mots à la suite les uns des autres sans jamais s’arrêter, il a décidé de parler non-stop.

3°) ma stratégie d’évitement habituelle ne fonctionne pas. D’abord, parce qu’on vit ensemble. Ensuite, parce qu’il ne me comprend pas. “Têtard, doucement, je me réveille.” “Oui maman. Tu te réveilles maman ? Maman ? Tu vas boire un thé ? Un café ? Maman, on va manger un gâteau ? Regarde maman, je me suis assis à ta place hihihi.” LOURD. Gentil hein. Mais lourd. (Et oui, 75% de ses phrases commencent par “maman”.)(Du coup, l’autre soir, alors qu’il me demandait “maman ?” je lui ai dit “ouiiii têtard, je suis ta maman” un peu excédée, il s’est tu.) (Spoiler, c’était trop beau pour être vrai. Il a reparlé cinq secondes plus tard pour m’appeler “hey cheval, je peux avoir un yaourt ?) (Lourd mais drôle, tout n’est pas perdu.) Et en même temps, le jour où il s’en foutra de ma gueule, je me pends. Dans sa chambre. Avec ses caleçons. Et j’aurai préalablement ingéré ses préservatifs usagés. Je vous le dis tout de go. D’ailleurs, je lui dirai aussi. (TA GUEULE PERNOUD.) L’autre jour, j’ai vu Mommy. (Salut, j’ai des enfants, j’ai pas croisé une salle de cinéma depuis 2012.) Et donc, à un moment, elle dit à son fils “Tu sais, ce qui va se passer, c’est que je vais t’aimer de plus en plus, et toi, tu vas m’aimer de moins en moins, et c’est normal”.

J’ai fait une crise de tachycardie. Je n’ai aucune envie qu’ils m’aiment moins. Je n’ai aucune envie de ne plus être le centre de leur vie.

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18 avril 2015

Une liste qui va de Kuku à Jennifer Lopez en passant par des mouches

Comme je suis fatiguée et vaguement déprimée, on va faire simple. Or la forme d’écriture la plus épurée reste la liste.

1°) Dans la catégorie auto-promo, amis parisiens, mardi soir je fais une séance de dédicaces. Enfin, je crois que d’abord je dois parler et après dédicacer, et entre les deux boire. Ca se passe au Silencio. Oui, je sais. Ca fait peur. Mais ne vous inquiétiez pas, on m’a assuré que vous pourriez venir “comme vous êtes” (en pyjama et baskets donc). C’est à partir de 19h jusqu’à genre 20h30. Le seul inconvénient : si ça vous intéresse, il faut me prévenir parce qu’il y a une liste. Je peux mettre 50 personnes. Donc dites-moi en commentaire si je vous inscris (et laissez une adresse mail valide s’il faut que je donne des infos supplémentaires).

2°) Dans la catégorie le jeu qui te nique les yeux et te donne envie de bouffer les touches de ton clavier, je nomme Kuku Kube. C’est très simple, il faut trouver et cliquer sur le carré qui n’est pas de la même couleur que les autres. Allez, bon courage!

3°) Dans la catégorie je te jure que cette robe je la vois blanche avec des rayures bleu, la nouvelle polémique c’est de savoir si le chat monte ou descend l’escalier.

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4°) Dans la catégorie la vidéo qui te prouve que le système démocratique qui accorde le droit de vote à tout le monde c’est peut-être pas la meilleure idée du monde vu ce que certaines personnes ont dans la tête, voici celle de questions posées pendant une conférence scientifique. (“Est-ce qu’il a été mis au point un robot qui détecte une mouche qui a été sur un cadavre en campagne et qui rentre dans les maisons et se pose sur du pain ou du beurre ?”) Priceless.

 
Questions étranges lors d’une conférence par Spi0n

5°) Dans la catégorie oh bah dis donc je savais pas c’est marrant ça, cette semaine on a appris que Google Images a été créée à cause de Jennifer Lopez. A la 42ème cérémonie des Grammy Award, elle avait en effet oublié de mettre une robe.

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Du coup, tout le monde cherchait sur Google “Jennifer Lopez robe”, Eric Schmidt explique A l’époque, c’était la requête de recherche la plus populaire que nous ayons jamais vue.” Et assez vite, les mecs de Google comprennent que les gens n’ont pas envie d’aller lire un article, ils veulent juste voir la robe (ou plutôt son absence). D’où l’idée d’une recherche par images.

6°) dans la catégorie titre qui ressemble à un oxymore, la Théorie de la Tartine a été chroniquée dans un journal nommé “Essor Bigourdan”.

7°) dans la catégorie et la promo alors, comment ça se passe ? être en promo c’est tester un spectre médiatique assez vaste. Prenons deux expériences télévisuelles.

D’un côté, j’étais invitée à C à vous. Vous savez l’émission où les gens mangent élégamment des mets raffinés pendant que vous finissez la cuisson de vos bolos (dans les bons jours parce que dans les mauvais jours vous vous contentez de racler le fond du blédichef de votre gamin). Comme c’était l’émission du vendredi, c’était enregistré le jeudi aprèm. Grosso modo, vous êtes à table en train de bâfrer (et dans mon cas de picoler parce que les convives ont assez vite compris que mon alimentation était essentiellement liquide, genre Pierre Lescure m’a filé son verre de vin et JoeyStarr un ti-punch). Donc je picole, pendant que Anne-Elisabeth Lemoine dit du bien de mon livre, après j’essaie de parler un peu mais malheureusement, je dis le mot « placenta » (un jour il faudra que j’arrête de parler de mon placenta) donc je dis ce mot sans imaginer une seconde que ça va déclencher une réaction enflammée de JoeyStarr. Parce que Didier, figurez-vous qu’il a des trucs à dire sur le placenta. C’est cool (à part que tu sais que tu as 7 minutes pour faire la promo de ton bouquin et que là, ça en fait déjà 4 de perdues mais bon). Et cela m’a valu d’avoir un bout de mes cheveux en photo dans Closer.

closer

Après, je vais dans les loges récupérer mon blouson et je découvre un sac à mon nom avec à l’intérieur… UNE CREME. Juste le truc le mieux du monde avec le sexe, mes enfants et internet. En prime, la prod me rattrape parce que j’allais oublier de partir avec une paire de converses offertes. Et je finis au café avec elle.

De l’autre côté du spectre télévisuel, tu as l’expérience de crucifixion publique. J’ai donc testé fais-toi-défoncer-la-gueule, également nommée Ca balance à Paris, et pas qu’à Paris. Ambiance légèrement différente. On te fait entrer dans le studio par une porte dérobée pour pas que les chroniqueurs qui vont te pendre t’aperçoivent trop tôt. Ensuite, t’es cachée derrière un rideau rouge pendant qu’ils disent tout le mal qu’ils pensent de ton livre. (Et autant vous dire qu’il y avait matière.) Et quand ils ont enfoncé le dernier clou, Eric Naulleau annonce avec enthousiasme “et maintenant, Titiou Lecoq va nous rejoindre pour vous répondre”. Suivi des applaudissements du public. Là, j’arrive. Je souris. Et je… bah en fait, j’ai aucun souvenir de ce que j’ai raconté. Mais on m’a dit que j’étais pleine de dignité.

8°) dans la catégorie ce qu’elle a dit ça fait rêver mais c’est pas très sympa pour Sean Penn, Robin Wright a déclaré au sujet de son nouveau mec “je n’ai jamais autant ri, autant lu ou autant joui qu’avec Ben”.

9°) dans la catégorie conseil culturel, je suis allée voir le spectacle d’Océane Rose Marie et j’ai énormément ri. (Et pourtant, j’y suis allée, j’étais à peu près dans le même état de bonne humeur que Hitler le 22 avril 1945.) Mais je préfère vous prévenir parce que ça pourrait en déstabiliser certains : la première partie, c’est un spectacle comique classique à hurler de rire sur la vie de couple, les chats et Marseille, la seconde est complètement politique, sur le thème des privilèges des classes dominantes blanches.

10°) Bon week-end les amis. Bisous.

 

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13 mars 2015

Salut à toi Têtarus Oedipus

Aujourd’hui, mes amis, nous allons parler promo et psychanalyse mais avant de commencer, prenons des forces en regardant ça :

Mais qui est ce mignon petit garçon de 12 ans ? Mais dites donc, ça ne serait pas Ryan Gosling par hasard ? Mouarf…

Comme la tessiture de mes talents est très vaste, j’ai enchaîné deux articles. Un féministo-rigolo de décryptage d’une pub SFR, l’autre sur la barbarie et la manière dont l’approche des historiens sur le nazisme a évolué. Hop là, grand écart, salto arrière.

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Ensuite, l’autre jour j’ai pris cette incroyable photo :

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J’étais en caisse avec Frédéric Mitterrand et son bob. Il m’a même offert un bouquet de jonquilles. (Fred, pas le bob.) C’était une occasion inespérée pour lui narrer mon histoire avec son tonton. (Ouais, j’ai une histoire avec François Mitterrand. Elle est à sens unique mais je m’en fous.) Quand j’étais petite, j’ai caressé l’espoir que j’étais la fille de François Mitterrand. J’avais trois preuves irréfutables de cette filiation : comme lui j’aimais bien les livres, comme lui j’avais des canines de vampire, et ma mère me semblait être dans un état d’admiration suspect dès qu’il apparaissait à la télé. (Alors que mon père nourissait clairement une certaine animosité à son égard.) Donc vous pensez bien que quand il a été question de sa fille cachée, j’ai attendu patiemment que les médias viennent me chercher à la sortie du collège en m’interpellant : “Titiou Mitterrand ?”. Mais très vite on a évoqué une certaine Mazarine. Grosse grosse déception pour moi.

Du coup, sentant ma blessure encore à vif, Frédéric Mitterrand m’a fait l’aumône de m’appeler “cousine” pendant notre trajet en voiture. Je ne sais pas si c’était très bon pour mon équilibre mental mais ça m’a fait plaisir. Cette rencontre avec mon cousin mérite peut-être une explication. Il m’a raccompagnée après l’enregistrement de l’émission de Michel Field, Au Field de la nuit. Parce que le roman va BIENTOT sortir de son terrier. Officiellement, ce jour de la marmotte littéraire aura lieu le 26 mars mais en vrai, on pourra le trouver en librairie dès le 19 mars. (Y’a aussi une opé pour avoir la version numérique à 3,99.)

Ce qui nous amène tranquillement  au sujet du salon du livre (de Paris, désolée amis du reste de la France). J’y serai donc avec ma Théorie de la Tartine et des feutres pour faire des dédicaces le samedi et le dimanche de 13h à 15h. Et le lundi à 17h30 parce que juste avant, à 16h30, je participe à une table ronde avec Serge Joncour et François Bégaudeau sur le thème “Liberté d’expression des écrivains, les romanciers peuvent-ils tout écrire ou affrontent-ils une forme d’autocensure ?” (Spoiler : ma réponse est oui.)

Et aussi, tant qu’on est en plein planning, sachez que je vais parler pendant un temps assez long à l’université de Paris 8 sur le thème des écritures numériques, c’est le 7 avril à 14h.

Vous êtes plusieurs à aimablement vous inquiéter de savoir s’il faut venir me voir avec un pot de Nutella. Sachez que vous n’êtes pas obligé. Pour les Morues j’étais enceinte donc prête à engloutir des kilos tonnes de pâte à tartiner, là, je peux m’en passer. (Enfin… un pot est toujours le bienvenu.) Par contre, je vous prendrai peut-être en photo pour alimenter mon nouvel album Panini de la Tartine. (Allez-y, cliquez, y’a déjà des photos de toute beauté.) Parce que oui, je réinvente totalement le concept de promotion grâce à cette merveilleuse plate-forme de publication nommée Tumblr. (J’ai décidé qu’un tumblr, c’était un album panini amélioré.) Si vous souhaitez m’envoyer des photos de vous nu avec le livre, foncez.

Maintenant qu’on a synchronisé nos montres, passons à un vrai post. Vous m’excuserez mais je suis dans la nécessité psychologique de faire un mum-post.

Que se passe-t-il ? C’est simple, Têtard fait son Oedipe. Entre ici Têtarus Oedipus.

Alors bon, moi, au début, je me suis dit “ça va être rigolo l’Oedipe, il va me noyer d’amour et de compliments”. D’ailleurs, c’est ce que te disent les gens quand tu annonces “c’est un garçon”. Sauf que pas vraiment.

Voire même carrément pas du tout.

Au début, effectivement, t’as droit à des “ma maman adorée chérie”. Après, quand il t’attrape le visage à deux mains pour te rouler une pelle, tu commences à te sentir vaguement mal à l’aise. Mais tu es une adulte, tu as bien prévu ton coup, tu te lances dans un speech préparé depuis ta première échographie (si vous suivez vraiment, vous savez que j’ai appris dès la première écho que c’était un garçon) : “ça, ce sont des bisous d’amoureux. Mais tu n’es pas mon amoureux. Mon amoureux, c’est papa. Toi, tu es mon fils. On s’aime aussi mais c’est pas pareil.”

Tu te dis que tu as été formidable, que ton message était doux et ferme et que tu as évité à ton fils de trimballer de lourds traumas pour le reste de sa vie et accessoirement à quelques femmes de finir découpées à la hâche dans sa cave.

Ensuite, arrive ce truc étrange qu’on nomme couramment “nid à emmerdes” ou “réalité”. Alors reprenons la définition de l’Oedipe sur Wikipédia

complexe-oedipe

AH AH AH… Inconscient vous avez dit ? Mais vous foutez pas un peu de ma gueule ? Têtard m’a quand même dit “arrête de bouger! Je vais te toucher les seins”. Salut la culture du viol à domicile.

Autre échange :

Moi – Je veux que tu sois gentil avec Diane parce que Diane c’est ma copine.

Lui – Non, c’est pas ta copine. Ta copine, c’est papa.

Moi – Non, papa c’est mon amoureux.

Lui – Non, ton amoureux c’est moi.

Le tout dit sur un ton qui ne souffrait pas de discussion.

Là, tu commences à flipper. Et t’as bien raison. Parce qu’en vrai, ce qui se passe avec ton gamin de 3 ans, c’est exactement la même chose qu’avec les mecs qui avaient un surmoi en papier mâché et à qui tu as foutu un vent.

A l’instar du connard de 20 ans, l’enfant de 3 ans apprécie modérément de se prendre un rateau. Or que fait le connard ?

1°) il comprend et passe à autre chose, vous développez une relation apaisée et cordiale.

2°) il te pourrit la gueule et commence à te tailler dès qu’il te voit sur un mode passif-agressif qui transforme très vite ta vie en enfer.

J’imagine qu’il existe quelques personnes pour qui ça se passe comme dans le cas n°1, des personnes que nous appellerons Carla Bruni. Ces personnes qui voient des arcs-en-ciel le dimanche soir alors que toi tu vois une farandole d’antipresseurs qui te tendent les mains. Ces personnes pour qui tout est “fabuleux”, “merveilleux”, chaque moment magique. (Ce qui me rappelle une anecdote du livre de Justine Levy où Raphaël, après l’avoir quittée comme une crotte pour Carlita, lui demande “mais pourquoi on ne pourrait pas devenir ami ? Carla est amie avec tous ses ex”. A quoi Justine Levy lui rétorque “en même temps, si c’était pas le cas, elle n’aurait plus personne à qui parler à Paris”. o/) (J’ai lu son dernier livre et j’ai trouvé ça vraiment bien. J’aime bien cette fille. J’aime bien ce qu’elle dit. Et la fin est terrible-terrible.)

Donc revenons à Oedipe qui se prend le premier rateau de sa vie.

Il suffit que je rentre dans la pièce pour que Têtard redevienne The Nefarious Tadpole. (Souvenez-vous.) Il hurle à la mort (si possible dans le métro hein), il me tape (plutôt à la maison, il a déjà bien intégré le principe de la violence domestique). Il me nargue (partout, tout le temps). Il me vanne (à la hauteur de ses capacités lexicales bien sûr, “maman ?” “Oui mon têtard ?” “T’es un caca boudin qui sent pas bon”). Il essaie de me rendre jalouse (le grand classique, par exemple il veut aller vivre chez Billy, sa référente à la crèche).

En petit bonus, si je veux lui essuyer ses fesses pleines de merde, il se débat comme s’il était aux prises avec Guy Georges. (Malgré mes nombreuses explications, il pense toujours que je suis porteuse d’une maladie qui a fait tomber mon zizi.)

Alors, forcément revient ce refrain lancinant (allitérations-bonheur) “mais pourquoi ça se passe pas comme ça chez les autres ?” J’ai passé mon adolescence à me poser cette question et maintenant que je suis une adulte et pire, une mère, je me retrouve encore à regarder les autres parents dans la rue et à me demander “mais comment ils font ? Pourquoi j’ai foiré l’Oedipe de mon fils ? Pourquoi je n’ai jamais réussi à faire une omelette ? Pourquoi mon cerveau s’éteint dès qu’un médecin me parle ?”

Du coup, le soir, quand je borde Têtard, j’ai envie de lui dire “c’est pas grave mon têtard, je t’aiderai à débiter en jambon toutes ces vilaines femmes”.

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24 février 2015

On a tous une histoire d’agression

Je suis fatiguée. Vous me direz, rien de bien neuf, je suis née fatiguée. La fatigue est mon état normal. Au lycée, je me souviens d’arriver devant la classe le matin, de me laisser glisser par terre, le cul sur mon sac, et d’entendre Perrine, la meuf qui pétait le feu peu importe l’heure de la journée, nous dire “Alors ? Mais qu’est-ce que vous avez ? Vous êtes toujours fatigués!” On la regardait éberlué. D’où sortait-elle cette énergie ?

Ensuite, clairement, j’ai menée une vie qui m’a bouffé pas mal de points d’espérance de vie et je suis convaincue que je continue à payer ces excès.

Mais cette fois, je ne suis pas la seule fatiguée. On est fatigués. Le Chef et moi, on se regarde le soir et on est fatigué, rincé, crevé, cuit, en bout de course. Plusieurs raisons à ça. Curly a 7 mois, presque 8. C’est le moment où tu passes à la caisse et tu payes sacrément cher. Ca avait été pareil pour Têtard. J’ai retrouvé une photo que j’avais prise à l’époque où Têtard avait le même âge que Curly :

pilules

C’était les médocs que je devais prendre quotidiennement pour épuisement + migraines à répétition. (Visiblement j’avais aussi un léger problème de circulation sanguine.)

Et là, ils sont deux.

Et puis, comme me l’a fait remarqué Aglantine, il y a sans doute une autre raison : on paye aussi le contrecoup de Charlie. L’onde de choc qui continue. Les insomnies, la tension nerveuse permanente, la nécessité de, quand même, malgré tout, continuer à bosser. Tous les ans, en février, les gens se plaignent d’être fatigués et déprimés. Mais là, c’est le février d’après Charlie.

Voilà. Ceci dit, on peut passer à autre chose.

 

Il y a huit ans, j’ai été victime d’un “vol aggravé avec violences sous la menace d’une arme”. C’est la qualification officielle retenue par les flics. Ca se la pète un peu, je vous l’accorde. Mais bon, ça m’avait soulagée que ce moment absurde soit transformé en une réalité verbale, de pouvoir la nommer selon une nomenclature neutre, qu’on me dise “c’est ça qui s’est passé, un vol aggravé avec violence sous la menace d’une arme”.

J’habitais déjà Montreuil à l’époque, mais pas franchement dans un palais. (Voir les photos des cartons au tout début du blog.) J’étais supra-fauchée. Un lundi à 14h, je sors de chez moi. Je traverse la place dite de la Fraternité. Je suis au téléphone quand je sens un truc sur ma gorge mais je pense d’abord que c’est un pote du quartier qui m’a sauté au cou pour me faire une blague. En même temps, une main tente de m’arracher mon portable que je tiens contre mon oreille. Je m’aggripe au téléphone, j’essaie de me dégager, je sens toujours un trucs bizarre sur ma gorge mais j’ai une énorme écharpe qui me protège, et puis mon téléphone me glisse entre les doigts. Je me retourne et là, je vois un mec qui n’est pas du tout un de mes potes, mon téléphone dans une main, un cutter géant dans l’autre. En voyant la taille de l’arme, je me dis que heureusement que j’avais froid au cou et que j’avais pris une grosse écharpe parce que sinon, j’étais bonne pour ramasser ma tête par terre. Et puis, il traverse la rue et s’en va, tranquillou, avec mon téléphone.

J’étais assez hargneuse à l’époque, et j’étais pauvre et qu’on me vole à moi mon portable alors que je galérais pour m’acheter de la sauce tomate, ça m’a révoltée, et puis le mec il est parti vraiment à la cool, avec une telle assurance, même pas en courant, c’était encore plus humiliant. Et puis, faut être honnête, c’était mon portable et j’ai jamais été très partageuse de mes objets. Donc je me dis y’a pas moyen que ce connard me tire mon portable et que je le regarde s’éloigner avec. Je traverse aussi et je lui saute dessus en criant pour récupérer mon téléphone parce que putain c’est le mien et que j’en ai besoin. On se bat, je perds, il me balance par terre, coups de pieds et se barre. Mais cette fois en courant. (Clairement, je lui avais fait peur.) Je me relève, je crie.

Il y avait du monde sur la place de la Fraternité, personne n’a bougé. Le grand classique.

Je course encore une fois le mec. (J’ai une âme de caniche. Vous savez la petite boule de poils qui jappe en montrant les dents et qui ne lâche jamais.) Mais bon, je ne suis plus en très bon état physique. Une petite voiture fait un dérapage sur la place, et trois mecs hyper costauds s’en extirpent pour m’aider, je me dis “quand même, y’a des gens sympas dans le quartier”, le voleur s’engouffre dans un immeuble, ils le suivent pendant qu’un 4ème monsieur muscle me récupère et me fait m’asseoir dans sa caisse. Je comprends que ce ne sont pas des passants mais la BAC. Spoiler : ils n’ont pas réussi à rattraper le gars.

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Direction le commissariat, déposition, plainte, vol aggravé etc.

Quelques semaines plus tard, je suis convoquée pour une séance d’identification. Mais ça me fout une énorme pression. Et si je me plante ? Si j’identifie pas le bon gars ? Je ne peux pas prendre cette responsabilité. Le flic me dit que ce n’est pas grave, que de toute façon ils ont déjà largement assez pour le faire plonger et qu’il va partir en taule.

Après ça, j’avais franchement les boules. Je ne m’étais pas laissée faire, je m’étais défendue, j’avais tout fait pour récupérer mon téléphone mais le résultat était le même : j’avais perdu, il avait gagné. Simplement parce que physiquement, il était plus fort que moi. Et ça, c’était une injustice intolérable pour moi. Mes potes garçons y sont tous allés de leur histoire de racket au collège. “Moi aussi, tu sais, je me suis fait racketté quand j’étais en 5ème blablabla”. Sauf que c’était précisément le problème : je n’étais pas en 5ème, j’étais une adulte et c’était bien ça qui m’humiliait.

C’est après cet épisode que je me suis acheté une bombe d’autodéfense.

Hier, je sors de chez moi, je marche tranquillement vers le métro, je vais aller chercher mes enfants à la crèche, il est 17h, et là, je le croise, sur le même trottoir que moi, qui passe en sens inverse, des sacs de course à la main. Le connard. Je le reconnais immédiatement, je l’ai vu l’espace de quelques minutes huit ans plus tôt, j’ai pas été foutue de l’identifier formellement au commissariat mais je sais que c’est lui.

J’ai rien fait. Je ne suis pas allée le voir. J’ai continué à marcher vers le métro. En même temps, je vois pas trop ce que j’aurais pu lui dire “putain mec, dis-moi immédiatement où t’as foutu mon samsung à clapet coulissant ?!”

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C’était ce truc-là. Je l’aimais tellement…

Tomber sur lui comme ça, par hasard, ce n’est finalement pas très étonnant. On est tous les deux revenus vivre dans le quartier, lui après la taule, moi après mon accouchement. Et nous revoilà voisins.

Morale de cette histoire ? Bah y’en a pas, comme d’habitude. Je veux pas paraitre pessimiste hein mais je me demande juste si la prison lui a offert de merveilleuses opportunités de réinsertion ou si dans quelques semaines, je vais le voir planter un cutter sous la gorge d’une petite meuf. Et dans ce cas, je vous jure, je le marave.

 

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