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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

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1 août 2018

Déambulatrice

Ah, coucou, non, ne faites pas attention, je ne suis pas vraiment là. En fait, je voulais juste raconter un truc pas intéressant sur Twitter mais c’était trop long alors je suis passée par ici mais c’est quasi accidentel. De toute façon je suis trop fatiguée pour quoique que ce soit.

Comme d’habitude vous allez me dire. Ouais, je sais. Mais franchement, cette année passée à organiser des chasses à l’homme qu’on poursuit avec des coupes menstruelles lestées de pierres…

Ce qu’il y a de nouveau c’est que j’ai compris qu’être fatiguée ce n’était pas grave. Avant je fonctionnais comme Têtard avec la nourriture. L’autre jour, on a fait une sortie, et comme il avait anéantisé 12 hot-dogs au déjeuner à l’aide du trou noir qui lui sert d’estomac, j’ai pensé que c’était pas très grave s’il sautait le goûter.

Il n’a PAS DU TOUT partagé ce point de vue. Quand je lui ai annoncé que c’était l’heure de dîner, il a levé un visage défait :

– Mais… on n’a pas goûté…

– Oui, c’est pas grave, là c’est l’heure de dîner.

Il a brusquement explosé dans un mélange de frustration et d’exaspération.

– Et bah super ! Merci bien ! Maintenant je vais avoir mal au ventre toute la nuit et ce sera ta faute !

– Pourquoi t’aurais mal au ventre ?

Il s’est calmé pour m’expliquer avec une pointe de fatalisme ce qui lui semblait être l’évidence.

– On n’a pas goûté, résultat va falloir que je mange deux fois plus au diner et donc je vais avoir mal au ventre.

Evidemment, toute tentative de lui expliquer que ça ne fonctionnait pas comme ça s’est révélée inutile.

Et puis, j’ai le même genre de raisonnement-ressenti foireux sur le sommeil.

Revenons-en à nos affaires. (Comme vous pouvez le constater, cette non-histoire ne tenait déjà pas dans un tweet.) J’ai donc décidé de prendre des vacances.

Le problème, c’est que je ne peux pas partir en vacances. Alors, j’ai inventé un autre truc. J’ai remplacé les vacances géographiques par des vacances temporelles.

Pendant que certains partent à Mimizan ou en Croatie, bah moi, je suis partie au 19ème siècle.

 

So 2018 le 19ème siècle.

 

C’est mon tropisme du moment. Normalement, mes périodes obsessionnelles sont plutôt délimitées par un thème ou un individu. Là, c’est une période. Bref. Tout ceci pour expliquer que je suis d’abord aller au musée Delacroix. C’est à côté de Saint-Germain-des-prés.

D’ailleurs, vous devriez aller voir l’église Saint-Germain, elle est en cours de rénovation et c’est tout bonnement sublime.

Revenons à Delacroix. Ca coûte 7 euros l’entrée pour un intérêt que je qualifierais pudiquement de faible. Peut-être que c’est à cause de l’exposition actuelle qui porte uniquement sur les travaux préparatoires à la peinture de la lutte de Jacob avec l’ange.

Cette peinture-là, qui se trouve à l’église Saint-Sulpice.

Le musée est découpé physiquement en deux parties. Dans l’appartement lui-même, il n’y avait vraiment pas grand chose à voir, à part des oeuvres d’autres peintres qui l’avaient inspiré. (Je suis triste de dire ça alors que les gens qui y travaillent ont l’air hyper sympa.) L’atelier est plus chouette, mais encore une fois très peu d’informations sur son travail et sa vie. En fait, le truc le plus beau c’est ça :

La photo ne lui rend pas hommage. Une toile de Gustave Moreau (aka Moreaud’amour) sur le même thème.

Au final, j’étais déçue. Mais pas découragée. Quitte à avoir traversé Paris et deux siècles, autant aller voir pour de vrai les Delacroix. Je suis donc partie à Saint Sulpice. Je pensais que ça serait comme dans toutes les églises parisiennes, un lieu de tourisme. Bah en fait, c’est encore une église fréquentée par des croyants. Il y avait une messe avec plein de monde qui tendait les bras en répétant amen. J’ai aussi vu une espèce de grande boite en verre totalement transparente. A l’intérieur, un prêtre assis à son bureau, en face de lui, une femme sur un prie-dieu, les mains jointes, lui parlait. On était vendredi après-midi et cette femme était en pleine confession. Ce qui est étrange c’est qu’avant, les confessionnaux cachaient les confessions, on pouvait juste entendre un murmure. Maintenant, on n’entend plus rien mais on voit tout #transparence.

L’occasion de me rappeler que clairement le catholicisme this is not my philosophie. Y’avait des inscriptions géantes comme « LA RELIGION ENCOURAGE LE CHRETIEN A SOUFFRIR EN CETTE VIE POUR EVITER LE PURGATOIRE ». Comment cette religion a pu prospérer avec un programme aussi pourri ?

Et puis il y a des citations de la bible sur chaque pilier. Par exemple :

L’occasion de constater qu’il y a citation et citation :

Je ne maitrise pas hyper bien le nouveau testament mais bon, j’imagine que dans sa vie, Jésus a dit d’autres trucs plus forts que ça.

Et puis, il y a un truc trop mignon. Le Gnomon. En vrai, c’est pas mignon, c’est un instrument scientifique moche. Mais franchement, gros plaisir de pouvoir dire « aujourd’hui, j’ai vu le gnomon ».

J’ai décidé de poursuivre mes vacances temporelles avec le musée de la vie romantique qui a rouvert récemment. On ne va pas se mentir : son gros point fort, c’est le salon de thé dans le jardin totalement instagram compatible.

Comparatif avec Delacroix : ce musée-là est gratuit et il y a des choses à voir dans la maison, dont des Delacroix. Mais c’est le musée à l’ancienne. On est dans la maison/musée/reliquaire typique, le fétichisme littéraire absolu, ce qui ne me déplait pas. Pendant que les gens prennent en photos leurs scones, on peut mater les cheveux de George Sand (coupés à sa mort) :

comparer la main droite de Sand avec la main gauche de Chopin

(beaucoup d’amour pour cette main) (offrez-la moi pour que je me caresse avec.)

(Evidemment, si vous devez ouvrir un musée/reliquaire pour ma gloire posthume, j’exige un moulage de ma vulve, mais est-ce vraiment utile de vous le préciser) (moulage fait post-mortem of course).

Et puis, il y a ce salon

pour ne jamais oublier ceci

Pour l’instant, dans la battle des maisons-musées, c’est donc la vie romantique qui l’emporterait. Mais il ne faut pas oublier la maison de Hugo qui a mes faveurs. J’y suis déjà allée cette année donc je ne vais pas y retourner. D’ailleurs, point anecdote : c’était un mardi à l’heure du déjeuner. (On a les pauses déjeuner qu’on mérite.) J’avais même pris l’audioguide. Quelqu’un d’autre a pris l’audioguide en même temps que moi, du coup, je me suis retrouvée à côté de lui en silence pendant toute la visite. Lui aussi était seul. C’était François-Xavier Demaison, ce qui a nourri certaines inquiétudes en moi quant à un possible téléfilm sur Hugo avec Demaison dans le rôle-titre.

 Contrairement au musée de la vie romantique, au musée Hugo on apprend des choses mais il n’y a pas de scones.

La battle va donc se poursuivre entre… la maison de Victor Hugo et celle de Gustave Moreau. Moreau part avec un avantage évident : quand on visite son musée, on en sort en ayant vu ses oeuvres, quand on sort de celui de Hugo, on n’en sort pas en ayant lu les Misérables.

Autre avantage : c’est Gustave Moreau lui-même, peu de temps avant sa mort, qui a décidé de transformer sa maison atelier, dont il était propriétaire, en futur musée. Il ne s’était pas marié, il n’avait pas d’enfant, il a décidé de gérer seul sa postérité. Il a fait faire des travaux importants dans l’architecture intérieure pour que ses oeuvres puissent y être exposées. Il les a classées, il en a retravaillé certaines pour qu’elles soient aux dimensions du lieu. Le musée fait partie de son oeuvre, il donne la cohérence à tout son travail. Il a légué sa maison et son contenu à l’Etat.

Et il a bien fait parce que sans ce musée si particulier, je ne suis pas certaine qu’on se souviendrait de son travail. Pourtant, il y a des oeuvres magnifiques mais clairement l’endroit crée une ambiance propice à comprendre ces tableaux, ou en tout cas à les regarder avec le parfait degré d’ouverture des chakras.

En bref, je kiffe. Mais tout le monde ne partage pas mon enthousiasme. J’ai lu des commentaires en ligne qui se plaignaient que le directeur du musée ne faisait pas son job (en même temps, il n’a pas le droit de toucher à quoique ce soit), que l’éclairage était désastreux et surtout, surtout qu’il y a trop d’oeuvres, partout, en haut, en bas, dans les escaliers, les unes collées aux autres. Bien sûr, la scénographie de Moreau ne correspond pas exactement à nos critères modernes d’exposition. Mais précisément, c’est aussi une sorte de musée de musée.

Et puis franchement, quoi trop de tableaux ?

Je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire.

Je ne vous mets pas toutes les photos de l’atelier pour vous garder la surprise esthétique quand on entre. Au premier étage, il y a l’appartement de Moreau dont il avait fait une partie intégrante du musée.

Avec deux détails délicieux : la tasse de café et le coquillage. Je me suis demandée si c’était vraiment lui qui les avait installés là. Ce coquillage quand même… J’ai le même chez moi. J’imagine que ça pourrait être un touriste qui l’a discrètement posé et depuis plus personne n’ose y toucher… (J’ai très envie de faire pareil.) (Si un jour vous y allez et que vous voyez deux coquillages, vous saurez…)

 

Après Moreau, j’ai pensé : Proust. Pendant longtemps, on a pu visiter sa chambre. Enfin… il fallait être motivé. C’est au 102 boulevard Haussmann, et le lieu appartient à une banque. Il fallait venir le jeudi après-midi et passer par la banque pour demander l’autorisation d’avoir accès à la chambre où il écrivit La Recherche. Mais il y a plusieurs années, le CIC en a eu marre et a décidé de stopper ces visites. Heureusement, le musée Carnavalet a reconstitué la chambre proustienne (ainsi que celle d’Anna de Noailles). Direction le Carnavalet donc. Ca tombe parfaitement bien puisque Mme de Sévigné y vivait. Sauf que… Et bah Carnavalet est fermé jusqu’au début de l’an 2020. Fucking god… Mais le musée a lancé une appli gratuite qui est bien faite, si vous aimez Paris et l’histoire. (Du coup, occupée à jongler entre mon appli pour flasher des space invaders et celle du Carnavalet, si je ne finis pas sous les roues d’une voiture, j’aurais vraiment une chance de couillarde.)

Ado, j’avais également adoré la maison de Boris Vian, derrière le Moulin rouge. Sauf qu’elle n’est pas ouverte en permanence. J’ai envoyé un mail, et je suis inscrite sur une liste d’attente pour la prochaine visite on ne sait pas quand.

Mais mon vrai nom étant Tenacité Lecoq, j’ai fini par trouver une autre maison des illustres à visiter. Pas Balzac non, celle-là j’en reparlerai une autre fois. La maison de… Clemenceau.

Mon degré de connaissance de Clemenceau avant la visite = 0. Autant dire que j’étais circonspecte face à ma propre idée. J’y suis allée en trainant un peu les pieds (ce qui est vraiment merveilleux quand on pense que je n’avais absolument aucune obligation d’y aller sinon le simple fait que quand une idée traverse mon cerveau je supporte mal de ne pas la voir se concrétiser). J’étais donc un peu fâchée contre moi-même de me forcer à me trainer à Passy. L’appart de Clemenceau, c’est vraiment un appart. On arrive devant un immeuble, il faut sonner.

La porte s’ouvre, on traverse la cour, et là il faut sonner à un autre interphone. Il y a des gens qui habitent au-dessus du musée.

On nous conseille de commencer par visiter la « galerie documentaire » située un étage au-dessus (du coup, on croise les autres visiteurs dans l’escalier de l’immeuble) (oui il y avait d’autres visiteurs, c’est même le musée où j’en ai croisés le plus). J’avais vraiment pas envie de voir la galerie mais bon. J’entre dans l’espace et là, paf

Le mec est partout. Je m’enfuis un siècle plus tôt et il est encore là. Bon, on pourrait développer l’intérêt pour lui de s’associer à la figure de Clemenceau mais on a dit qu’on était en vacances. Revenons à la galerie, très bien foutue. Clemenceau vendéen, médecin, maire de Montmartre, journaliste et directeur de journal, dreyfusard (il écrit 665 articles pour défendre Dreyfus) (je mets cette information pour consoler les amis journalistes qui ont l’impression de devoir réécrire sans cesse les mêmes articles), pote de Monnet, mariée à une Américaine, saviez-vous qu’il avait fait chuter Jules Ferry ministre en s’opposant à lui au sujet de la colonisation ?, puis Clemenceau ministre de l’Intérieur qui se déclare « premier flic de France », la création des brigades du tigre (le tigre, c’est lui), quelques grèves réprimées avec violence mais on ne s’attarde pas dessus, et puis le Père la victoire de 1918. (On n’insiste pas du tout sur les grévistes tués par la police. On est clairement dans le registre du panégyrique.)

Mon moment d’émotion, parce qu’il y en a eu un oui, ça a été de me pencher sur une vitrine pour regarder ça :

ce croquis et cette lettre sont de Louise Michel. Elle correspondait avec Clemenceau (avec le « citoyen Clemenceau » comme elle l’écrit) pendant sa déportation en Nouvelle-Calédonie. (Il avait milité pour l’amnistie des communards.)

Etonnement en découvrant que suite au scandale de Panama, Déroulède avait accusé Clemenceau de corruption et que ça s’est fini en duel au pistolet devant 300 personnes à Saint-Ouen. Sérieusement les mecs ? (On ignore si Dieudonné faisait payer les spectateurs.) (Si vous ne comprenez pas cette remarque : aller lire ceci.) Bref, j’ai appris plein de trucs. Mon niveau de connaissance en Clemenceau atteint désormais 1,75.

Ensuite, il y a la visite de l’appartement proprement dit, avec audioguide s’il vous plait (compris dans le prix du billet, 6 euros). Prenez-le. Clemenceau était locataire, il habitait un modeste quatre pièces + jardin. Et c’est très chouette. Tout est en l’état.

Y compris la salle de bain.

La chambre (où il est mort). Quand on dit que tout est resté en l’état depuis sa mort, sur son bureau, il y a le journal qu’il n’a pas eu le temps de lire.

Et, attention les mirettes, crevaison d’envie : son bureau.

Il l’a fait faire sur mesure, en s’inspirant du bureau d’un mec de Sainte-Geneviève. Merveille! Enchantement! Bien sûr, vous vous posez la même question que moi et bien oui, rassurez-vous, le siège est tournant pour pouvoir pleinement profiter de ce bureau.

A ce stade, j’imagine l’énorme soupire de soulagement du Chef (mais il n’est plus mon Chef, il faut que je trouve un autre nom. Je ne vais pas non plus l’appeler Chaussette, c’est pourri. Si je mélange les deux, ça donne le Chauf, mais ça ressemble à Chauve, il va mal le prendre. Le Chuf ? Je ne sais pas. Si vous avez des suggestions.) Bon, disons du mec qui vit avec moi. Son énorme soulagement donc, parce que publier tout ça sur le blog lui aura épargné que je lui montre mes photos une par une avec force commentaires. Lui m’épargne ses photos de bouffe quand il va dans des super restaus. (Il photographie de la nourriture, je photographie des bureaux de gens morts. On est hyper attachants.)

Faisons le point, il nous reste le Carnavalet à voir en 2020, l’appartement d’Auguste Comte (les horaires sont impraticables), et la maison de Victor Hugo à Guernesey qui rouvre en avril 2019. (Un jour, j’irai aussi à Nohant.) Il y a l’appart du Corbusier aussi qui vient de rouvrir aux visites je crois. Poulala…

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4 janvier 2018

Comment j’ai essayé le sport, partie 4

Les plus anciens se souviennent que le sport that’s not for me. Ou plutôt comment les cours d’EPS dès l’école primaire m’ont fait découvrir un forme de ségrégation sociale, (paf, auto-link en toute décontraction) où le bel égalitarisme enfantin s’est arrêté pour diviser à jamais l’humanité en deux : les gens qui savent faire la roue et les nazes. 

Malgré ça, j’ai pratiqué pendant des années des activités sportives. Et là, les plus subtils auront bien saisi que si je dis “activités sportives” et pas “sport” ce n’est pas pour rien. Une activité sportive, quand j’étais adolescente, ça a beaucoup consisté à faire de la gym devant la télé. Je regardais une série et en même temps je faisais des abdos.

Ne nous voilons pas la face : c’était uniquement à but esthétique. La fermeté avant tout.

Et puis j’ai fait du jogging, de l’aquagym, de l’aquabike (souvenez-vous), et j’ai enfin trouvé le sport qu’il me fallait : un sport pas en équipe, avec de la musique de merde, un prof qui ne me jetait pas un regard, personne pour corriger mes gestes, un sport con, bête, idiot, efficace, qui me défoulait et qui rendait mes fesses fermes comme du béton.

La gym suédoise!

Sauf que, le dieu de l’activité sportive s’acharnant contre moi, il se trouve que dans mon nouvel appart de y’a deux ans, des cours y’en a moins et des horaires ils sont à chier. Genre 20h en semaine. Exactement l’heure où, à la douce lumière d’une lampe de chevet, je lis d’une voix marlènejoberesque à mes enfants émerveillés des livres comme Petit Ours Brun mange son vomi.

Ou alors 11h le samedi matin. L’heure où moi-même je mange mon vomi.

That’s not possible man.

Evacuons d’emblée un sujet hautement polémique. Je sais que certaines d’entre vous vont me dire « mais pourquoi tu fais pas du yoga ? Je t’assure, c’est vraiment super. » Oui mais non. Je veux dire politiquement je n’ai pas de problème avec le yoga. Mais 1°) je déteste les trucs à base de méditation. Le simple fait de me concentrer sur ma respiration est dans le top 3 des trucs les plus angoissants dans ma vie. Grosso modo, ça arrive juste après « faire une tétanie du sommeil ». Tu me dis « concentre-toi sur ta respiration » je pense « et si d’un coup mon corps arrêtait de respirer ? » et là, c’est la crise d’angoisse morbide assurée. 2°) j’ai besoin de me défouler, que ça bouge sinon je m’ennuie.

Et puis, il y a quelques semaines, je regardais Etienne Carbonnier dans Quotidien, chacun ses petits plaisirs. J’étais avachie sur le canapé en train de m’enfiler un fromage de chèvre en croquant directement dans la bûche que je tenais d’une main ferme et élégante, quand Etienne commence à se foutre de la gueule d’un truc de gym à la télé. Gym direct que ça s’appelle. Avec des profs faussement enthousiastes, dont clairement certains ont loupé leur véritable vocation de surveillant pénitentiaire. Donc je rigole avec les gens de la télé. (Comprendre je ris en même temps qu’eux, ce qui me donne l’illusion de rire avec eux.)

Et puis, alors que j’essaie de déloger du bout de la langue un morceau de chèvre coïncé entre mes molaires, je réalise que finalement, ça ressemble vachement à de la gym suédoise.

De la gym suédoise que je pourrais faire chez moi… En pyjama. A l’heure que je veux.

Wait…

Mais c’est génial!

Et en plus, ça me permettrait de me défouler. (J’ai besoin de me défouler, de faire de grands gestes et de transpirer. C’est comme si mon corps exsudait toutes mes rages et mes aigreurs sous forme liquide. Je pense qu’à partir de ma sueur on pourrait recréer Hitler, Staline et Caligula.)

Et c’est comme ça que je suis devenue la plus grosse consommatrice nationale de la chaine youtube Gym direct. (C’était ça ou conquérir un territoire pour installer ma dictature donc rigolez pas trop. On est passé pas loin de la catastrophe.) Comme dans un cours IRL, j’ai des profs préférés. Des séances favorites. (J’ai bouffé celle-là pendant deux semaines, quatre jours par semaine. Sachant que la fin se déroule avec en fond sonore Hakouna matata vous visualisez mon degré de motivation.) Ca dure 25 minutes. J’ai vaguement le souvenir d’avoir entendu un jour un médecin dire que le plus important pour la santé c’est que la pratique sportive soit régulière. Genre il vaut mieux faire 20 minutes tous les jours, que 2 heures une fois par semaine.

Ah oui, parce que ma motivation est désormais moins l’esthétique que le fait d’essayer de repousser un peu la date de mon décès. A chaque âge ses priorités. 

D’ailleurs, je suis en train de lire l’excellent On a retrouvé l’histoire de France (de Jean-Paul Demoule – mais bon, je m’appelle Lecoq, je ne vais pas commenter ce patronyme.) Et dedans, je lis ça :

Putain… Ca voudrait dire que mon corps n’a pas été programmé pour vivre allongé avec un ordi posé sur le bide et une bûche de fromage de chèvre dans la main ?

Remarquez bien qu’à l’échelle de l’histoire des hominidés, (source)

avoir le cul posé sur une chaise toute la journée c’est assez neuf. Et que possiblement, nos organismes n’ont pas encore suivi cette révolution du cul plat avec de l’huile de palme en intraveineuse.

(Rien à voir quoique, ça a avoir avec l’énergie dépensée qu’on ne dépense plus. Je suis tombée sur un texte de Jean-Marc Jancovici, un ingénieur écologiste spécialiste des énergies qui avait bossé sur le principe du bilan carbone. Il s’est livré à un calcul dingue. En gros, il a converti toute l’énergie que notre vie quotidienne, à chacun, individuellement, nécessitait actuellement. Et puis il a estimé combien d’énergie un esclave pouvait produire. Et il en a tiré que nos vies actuelle, chauffage, transport, alimentation etc, nécessiterait 500 esclaves pour chacun d’entre nous.) (Vous pouvez aller lire le détail si vous êtes un peu toqués et que vous aimez les calculs.) (Coucou Romain.)

Tout ça pour dire que j’aime toujours pas le sport mais j’aime encore moins l’idée de mourir. (Et vous voyez comme je suis cohérente puisque la raison qui m’empêche de faire du yoga est précisément celle qui me motive à faire du sport.)

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5 décembre 2017

Content, pas content

Je sais pas si vous savez, mais j’étais en promo pour mon livre qu’il est beau. Tu ne t’intéresses pas aux tâches ménagères ? C’est pas grave, ça te fera quand même rigoler comme une otarie. Et ça ne parle pas que de ménage, mais aussi de la préhistoire, de Paulette Bernège, du travail, de comment négocier au boulot, de pourquoi on est devenu maboules avec nos gamins, et de ce que ça veut dire être forcément un garçon ou une fille ou une loutre. 

En un mois de promo, on m’a très souvent demandé « t’as jamais entendu parler des anti-cernes ? » « comment faire pour mieux éduquer les garçons ? »

Ah.

Vous voulez vraiment qu’on en parle ?

Ok.

C’est parti pour un post sur les enfants (ceux que ça emmerde, excusez-moi mais j’ai trouvé la solution à l’inégalité femmes/hommes, il est un peu de mon devoir de ne pas en priver le monde et Jean-Michel Blanquer).

D’abord, sachez que pendant un certain temps j’ai cru que mes efforts pour intégrer une éducation non genrée chez mes enfants s’étaient soldés par un échec retentissant. Têtard, qui est en grande section de maternelle, a déjà intégré tous les comportements d’un rugbyman dans les vestiaires. Parler fort, faire l’hélicoptère avec son zguègue, bousculer les autres, les attraper, mimer des confrontations physiques qui sont clairement d’ordre sexuel.

Mais avec le temps, je nuance ce constat. Déjà, on trouve toujours pire ailleurs. L’autre jour un petit-garçon voulant sans doute se faire bien voir de moi m’a dit très sérieusement « c’est pas grave d’être une fille ». OH MY GOD. Age ? 6 ans…

Têtard ne tient pas de propos sexiste. Au centre de loisirs, un animateur m’appelait “Maman Machin” (enfin, machin = le nom de famille des gamins) et là, Têtard l’a repris sèchement “c’est pas maman manchin, c’est Titiou Lecoq”. Mon fils, mon amour. Régulièrement, il #balancesonpère. “T’as vu, papa, il a pas fait ci, pas fait ça”. C’est bien mais 1°) ça ne veut pas dire que lui en fait plus (même si ça s’améliore avec l’âge) 2°) c’est sans doute teinté d’une nuance oedipienne non négligeable. Autre point intéressant, ni Têtard ni Curly n’ont pour l’instant intégré la règle du « masculin neutre ». Ils disent tous les deux « mes copains et mes copines ». 

On a aussi parlé du fait qu’un des messieurs qui a fait Cars et Toy Story a embrassé de force des femmes avec qui il travaillait et que c’est très mal et qu’il va perdre son travail.

Mais Têtard est un produit de la fabrique de petits-garçons. Pourtant, c’est pas faute de lui avoir offert une poupée. Rappelez-vous ce texte déchirant que j’avais écrit à l’époque. Alors, certes, il a un peu joué avec visiblement :

Mais il m’a quand même saoûlée pendant trois ans avec ses « pitites voitures rouge ».  

Après mûre réflexion, j’en suis arrivée à la conclusion que cette histoire de jouets, c’est pas non plus l’alpha et l’omega. C’est important, mais si on s’arrête à ce genre de mesures symboliques, on n’avancera pas beaucoup. Comme elles l’ont très bien expliqué ici, prôner l’égalité femme/homme sous forme d’un discours et d’une petite mallette, c’est pas la panacée. Entendons-nous bien : j’aime beaucoup les mallettes. J’aime aussi les valisettes. Mais quand Jean-Michel Blanquer annonce que sa lutte contre les inégalités va passer en priorité par une « mallette des parents » contenant des « fiches-actions », j’ai comme qui dirait l’impression qu’il se fout de notre gueule et qu’il s’est servi de mon livre pour tapisser le fond de la litière de son furet de compagnie. (Evidemment qu’il a un furet de compagnie, vous lui imaginez quoi d’autre comme animal ? Un chaton angora ? Il a un furet putoisé qu’il nourrit avec des bébés Ewok fraîchement dépecés.) Quitte à parler de mallette, j’eus préféré qu’il instaura la boîte à jouer dans toutes les cours de récréation. (Allez voir ce truc, c’est super. Et ça limite le problème de mal répartition de l’espace entre filles et garçons-qui-prennent-toute-la-place-avec-leur-ballon-de-merde.) (Excusez-moi, mais leur putain de ballon, j’ai le souvenir quand j’étais petite de me le prendre en plein dans le dos alors que j’essayais de longer le mur pour atteindre les toilettes et ça faisait super mal.) (Ce qui me fait d’ailleurs réaliser que dans l’école des enfants, il n’y a pas de ballon. Il y a des espèces de pneus.) (J’aime cette école.) 

Bref. Depuis que je lis des trucs sur les apprentissages, je me rends compte que je m’en fous un peu que mes enfants jouent ou pas à la poupée. Ce qui compte c’est qu’ils soient autonomes et qu’ils participent à la vie domestique de la maison. Qu’ils jouent avec une dinette quelle importance, du moment qu’ils débarrassent leur vraie vaisselle ? Je ne leur demande pas de trouver ça amusant. Moi, j’ai joué à la dinette pendant 6 ans et on ne peut pas franchement dire que ça m’ait donné le goût de la cuisine. Donc ils peuvent jouer avec leurs voitures, je m’en contrecarre du moment qu’ils mettent leurs vêtements sales dans le panier adéquat (et ça inclut de dérouler les chaussettes et de remettre à l’endroit les jambes du pantalon). Et puis, franchement, je trouve que, malheureusement/évidemment, les jouets labellisés garçons sont souvent plus intéressants que les jouets filles. (A l’exception des “loisirs créatifs” bien sûr.) (Ouais, les loisirs créatifs. Ca désigne plein de trucs un peu ringards mais quand même cools.) (D’ailleurs, je viens d’offrir un canevas à Têtard et il kiffe pas mal.) (Le canevas ça sert à faire de la broderie.) (On n’arrivera jamais au bout de ce post. Je propose qu’on s’arrête là et qu’on aille boire un coup.)  

Mais hors de l’ordre ménager pur, reste… bah tout le reste. Or la conclusion de mon livre (Fayard, 260 pages, 17 euros dont 1,70 qui va sur mon compte en banque) c’est quand même de constater que la construction du genre féminin passe par l’idée de l’attention aux autres poussée jusqu’au dévouement, voire carrément le sacrifice. Le sacrifice de soi, de son temps, de son énergie, de ses envies, de ses ambitions pour assurer le bien-être des autres. (Il suffit de regarder les secteurs professionnels dans lesquels les femmes se concentrent : tout le volet du “care”.)

Et le pendant, c’est que la construction du masculin passe par l’affirmation de son individualité. Vous noterez qu’en réalité, les deux sont de bonnes choses, affirmer son individualité et faire attention aux autres. Le problème c’est de les avoir répartis en fonction du genre. (L’espèce humaine, n°1 en mal-gestion.) 

Alors comment on sort de ça ? Avant de vivre avec de petites personnes, j’avais beaucoup d’idées les concernant mais il y a une chose à laquelle je n’avais jamais songé et qui pourtant me semble un noeud central : les EMOTIONS

Le sujet est assez à la mode dans les cercles pédagogiques – il y a des profs qui font des trucs géniaux en maternelle sur le sujet. (Elle par exemple.) Et puis rappelez-vous : 

En général, on l’aborde sous l’angle du « mieux se connaître pour mieux se contrôler ». Toute personne qui s’est retrouvée face à un enfant de moins de 5 ans a pu constater que l’irrationalité de ses réactions ne pouvait s’expliquer que par un truc : les connexions de son cerveau ne sont pas finies. (Les enfants, un produit SFR.) Rappelez-vous le tumblr devenu un livre Reasons why my son is crying.

Conclusion : un enfant, c’est une marmite d’émotions mal gérées. D’où le fait qu’il vous ressemble tellement quand vous êtes bourré.e en soirée. (Vous savez, ce moment où vous passez du rire aux larmes, où vous faites un câlin à un.e ami.e avant de l’insulter avant d’essayer de coucher avec lui/elle ? Bah voilà.) Et donc, vivre avec un gamin bourré et bah parfois c’est marrant, et à d’autres moments, ça se rapproche sensiblement d’une visite à l’hôpital Sainte-Anne. Surtout que le petit qui part en couillasse est très vite dépassé par la puissance de sa crise et qu’à un moment il ne crie plus parce que vous lui avez donné le yaourt qu’il voulait mais parce qu’il panique de ne pas savoir comment s’arrêter de crier.

Or l’avantage incontestable de l’enfant sur l’adulte rébou ou psychotique, c’est qu’on peut l’éduquer et lui apprendre à gérer ses émotions. Pour les aider, il faut donc leur apprendre à identifier et nommer les émotions. Si on comprend ce qui nous arrive, on peut s’apaiser plus facilement.  

Mais concernant les garçons, ce travail sur les émotions a un autre intérêt. On sait qu’on pose un regard déjà genré sur les bébés. Et en fait, les petits-garçons, très vite on les réduit à deux états émotionnels.

Même à un chat on prête une palette émotionnelle plus variée. Et sachez que pas content = en colère. Or cette binarité est néfaste pour les petits-garçons. Il faut leur expliquer que 1°) les émotions sont importantes et 2°) beaucoup plus riches que “content/fâché”. (Ou chez les adultes “ça va/ça va pas trop”, réponse systématique de mon entourage masculin et qui souvent semble pour eux clôre la discussion.) Parce que ce qu’on dit est performatif. Les émotions sont aussi culturelles. On sait qu’elles prennent des formes différentes selon les cultures, et même les époques. (Il y a cette géniale conférence sur des émotions et des sentiments du Moyen-Age en France qui n’existent plus.) (Le premier intervenant, Damien Boquet a d’ailleurs participé à Histoire des émotions, ouvrage collectif dont le volume 3 vient de paraître.) (Et justement, ça parle de la colère. A l’Antiquité, l’expression de la colère féminine est associée à la folie alors que la colère d’un homme est valorisée. A l’inverse, la peur est associée aux faibles, donc aux femmes, aux enfants et aux vieillards.)

La réduction des émotions collées aux garçons les appauvrit et ils finissent par s’exprimer sur un mode binaire.   

Mais il y a plus. Mon postulat, en lien avec le ménage et la culture du consentement, c’est qu’après avoir appris à identifier ses propres émotions, on est plus à même de faire attention à celles des autres. On aiguise sa capacité d’empathie, on peut se mettre à la place d’autrui et comprendre ce qu’il ressent. On comprend aussi qu’on a, individuellement, une influence sur les émotions des autres et qu’on en a une part de responsabilité. Et là, on change un truc plus fondamental que le catalogue de La Grande Récré. Pour respecter les autres, il faut faire attention à eux, reconnaître en eux la même part d’humanité qu’en nous-mêmes.   

Et ainsi, identifier ses émotions = faire attention à celles des autres = respect = ranger ses affaires. (Quoi ? Quel raccourci ? Vous avez vu un raccourci vous ?)  

Evidemment, j’avais lu des livres sur les émotions aux enfants. Mais à l’époque, comme ils piquaient des crises de colère, j’avais pensé qu’il fallait lire des livres sur la colère. (Alors que non, il fallait justement ouvrir leur palette d’émotions à autre chose que les cris.) Du coup, à Têtard j’avais lu Grosse colère. Attention, je vais dire un truc extrêmement choquant dans le milieu de la « petite-enfance », il faut savoir que Grosse colère, c’est le classique absolu, c’est limite si la puéricultrice ne le glisse pas dans ta valisette en sortant de la maternité (ou disons que c’est ce qu’elle ferait si elle en avait quelque chose à foutre de ta gueule) et pourtant, ce livre a été un échec cuisant chez moi. Il a fait totalement flipper Têtard qui a fini en larmes parce qu’il ne voulait pas qu’un monstre sorte de sa bouche et casse ses jouets.

Pour Curly, j’avais misé sur Une colère de loup, mais là aussi, semi-échec puisque la métaphore était trop complexe. (C’est fou le nombre de livres pour enfants qui en réalité font plaisir aux adultes et pas aux gamins.)

Finalement, après avoir changé mon angle d’attaque, j’ai acheté La couleur des émotions. (L’histoire d’un monstre qui se réveille barbouillé d’émotions et qu’il doit ranger par couleur.) Gros succès pour Curly. (A mon avis, inutile d’aller claquer de la thune dans la version pop-up qui va seulement déconcentrer les enfants. Celle à 11 euros est bien suffisant.) Et ensuite, on a fait un mur des émotions. Têtard a tenu à le faire avec nous. (Alors oui, je fais des trucs comme ça avec mes enfants, des “ateliers”, pas parce que je suis une mère parfaite, simplement parce que je kiffe. Ca me fait plaisir.)

Ils ont peint les couleurs associées aux émotions. (Là, en bonne bobo bien-pensante, je me suis interrogée sur ce code couleur imposé. Par exemple, associer le noir à la peur, est-ce bien ? En fait oui. Pour mes enfants, le noir c’est la couleur de la nuit. Il n’y a pas de gens noirs. Les humains sont des dégradés entre marron et beige.) Ensuite, je leur ai demandé de mimer des émotions, j’ai pris des photos qu’on a imprimées et collées sur chaque couleur. Ils ont adoré. Curly a de lui-même mélangé des couleurs parce qu’on peut avoir plusieurs émotions en même temps. Et depuis, il réutilise régulièrement ce code couleurs pour parler.

Je vous mets ma main à couper que les parents de Harvey Weinstein n’ont jamais passé un dimanche à faire un mur des émotions avec lui.

On m’a aussi parlé de la météo des émotions qui a l’air cool. Et des cahiers d’activité Filliozat Mes émotions que j’ai feuilletés et qui ont l’air super (mais pour les plus grands, plutôt vers 5 ans). 

Pour Têtard, vu qu’il est vieux, il a 5 ans, on a lu le Mes petites questions consacré au sujet. (Chouette collection d’ailleurs.) (Bon, il y a encore des stéréotypes qui trainent mais ils sont sur la bonne voie.) (Ce qui me fait me demander si y’aurait pas un job qu’on pourrait me filer, genre « relectrice spécialisée en stéréotypes » ?) (Au bout de presque dix ans de blog il faut bien admettre que je n’ai toujours pas tranché mon problème d’orientation professionnelle.) 

Mais même sans faire un mur des émotions, prêter attention à ce sujet se joue en permanence. Chaque histoire lue est l’occasion de se demander ce que ressent le personnage, pourquoi etc.

Bref, on aiguise son empathie. Un autre moyen pour ça, mais plutôt à l’école, c’est de travailler en collaboration. Dans les classes qui mélangent plusieurs niveaux, les profs le font souvent, ils associent un grand et un plus petit. Mais on peut aussi le faire dans une classe homogène. A priori, on pourrait se dire que le plus grand et/ou le plus avancé n’apprend rien. Mais déjà, expliquer soi-même quelque chose qu’on a compris renforce son acquisition. Et en plus, on apprend l’écoute de l’autre. Si ça vous intéresse, vous pouvez jeter un oeil à cet article. C’est la même logique que la boîte à jouer qui valorise la coopération entre les enfants. (L’honnêteté me force à dire qu’en tant qu’élève j’ai détesté tous les travaux en équipe. Peut-être parce que ça me rappelait le sport. Sans doute parce que je n’y étais pas habituée. Quand on travaille seule toute l’année et qu’au mois de mars, on vous colle un autre élève pour faire un exposé, c’est le meilleur moyen de vous dégoûter du travail en équipe.)  

P. S. : ça n’a rien à voir mais on est plein dans les J’aime Lire. Et il faut voir la vérité en face. J’ai commencé une collection de vieux exemplaires. Du coup, si vous en avez qui traînent et dont vous voulez vous débarrasser, sachez que je suis preneuse.

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27 novembre 2017

Guide des chiottes n°19

Et oui. Parfois, les vieilles rubriques renaissent de leurs cendres.

Rubrique de blog qui renait. 

Mais enfin, ne nous emballons pas hein. Cette renaissance est tout à fait exceptionnelle et ponctuelle. Parce que samedi dernier, j’étais là.

Pour ceux qui l’avaient loupé, j’étais invitée en tant que :

Mais, après avoir fait la queue dans une ambiance qui n’était pas sans rappeler l’entrée d’un théâtre pour une pièce de Jean-Michel Ribes, ils m’ont quand même laissée passer. J’étais invitée pour assister à ça

dont je n’ai pas grand chose à dire pour l’instant. En terme de symbole, c’était bien d’organiser cette conférence. Pour les mesures concrètes, j’attends de voir.

Et en terme d’anecdote : Brigitte Macron n’a évidemment pas pris la parole. Mais à la fin, c’est autour d’elle qu’il y avait une émeute de fans. Et de ce que je l’ai entendue dire à ce moment-là, c’était plus pertinent que la plupart des autres intervenants. (Rapport au fait qu’elle n’a parlé ni de porno ni de l’islam, mais du sexisme général de la société.) Sinon, Delphine Ernotte est la seule intervenante qui s’est contentée d’un « chers tous » alors qu’il n’y avait presque que des femmes. Même Jean-Michel Blanquer a dit « chers tous et toutes ». Ca m’a fait la même impression que s’il m’avait offert une clope de réconciliation. Mais tempérons notre enthousiasme : il est ministre de l’Éducation, il avait trois minutes pour parler de l’égalité femmes/hommes et il a réussi à axer son discours sur le porno. Je ne sais pas ce qu’ils ont avec le porno mais perso, ça ne me parait pas être la priorité absolue. Menfin, j’aurai sans doute l’occasion de faire un article sur le sujet. (D’ailleurs, le prochain post de blog parlera éducation et garçons.) (Je vous préviens, comme ça ceux que ça saoûle pourront sécher.)

Bref, croyez-vous que je suis allée me promener dans les jardins présidentiels ?

Si seulement… Mais que nenni. J’ai préféré enfiler ma combi de journaliste d’investigation et m’aventurer dans d’autres théâtres d’opération.

Que cachent les ors de la République ? Aujourd’hui, au terme d’une enquête de plusieurs minutes, les équipes de Girls and Geeks vous emmènent dans les coulisses du pouvoir, là où aucune caméra n’a jamais été autorisée à pénétrer.

Très classe : les armoiries de la République sur la pancarte des chiottes.

Ensuite, on s’engage dans un couloir nettement moins chic.

Jusqu’à ce que…

LES TOILETTES DE LA REPUBLIQUE. Des années à mener ma carrière de journaliste sanitaires et voilà, j’y suis. L’acmé de cette rubrique vient d’être atteint.

Mais alors, est-ce qu’à l’Elysée on pisse différemment ? Pas vraiment. Mais figurez-vous que ces chiottes ont malgré tout une particularité :

Deux dévideurs à papier cul. Je vous avoue que je n’avais jamais vu ça. Et ce n’est pas anodin, ils ont l’air d’être vraiment flippés à l’idée de manquer de PQ puisqu’il y a aussi ça à portée de main :

C’est évidemment un signe politique pour rassurer les citoyens. Un moyen simple et élégant de dire que le pouvoir s’occupe de tout, qu’il tient compte des besoins de chacun, qu’il n’en néglige aucun. Mais c’est en même temps une politique qui vise à responsabiliser puisque, si un dévideur est vide, chacun, à son niveau, a la possibilité de remplacer le rouleau par un nouveau. L’État est là pour assurer une égalité d’accès aux rouleaux de PQ, ensuite charge aux citoyens de gérer leur consommation. Ce qui est mis en oeuvre dans ces toilettes c’est la flexi-sécurité du papier toilettes.

Parce que rien n’est possible sans une relation à la fois de confiance (il y aura suffisamment de PQ pour tout le monde) et de responsabilité (à chacun de changer le rouleau). C’est le respect qui est à la base de la société que nous allons construire tous ensemble. Respect pour le plus petit pipi mais respect aussi pour ceux que des désordres intestinaux condamnent à passer de trop lourdes heures dans cet espace de l’intime et de l’organique.

Nous avons tous déjà vécu cette situation de se retrouver aux toilettes et de se rendre compte, trop tard, qu’il n’y avait plus de papier. Parce que, comme l’écrivait déjà Rabelais “chier donc nous faut d’avant que le cul torcher”.  

Les Français ont dit, clairement, par leurs choix, qu’ils ne voulaient plus de cette situation.

 

Bref, j’ai fait pipi à l’Elysée.

Edit : on me pose une excellente question, à savoir y a-t-il une poubelle pour les protections hygiéniques. Et bien, de mémoire, je n’en ai pas vu.

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12 septembre 2017

Et voilà les vacances de 2017

Chers amis, nous en étions resté au récit palpitant de mes vacances d’été 2016. Ensuite, il y a eu l’année que je peux assez vite vous résumer sachant que ma vie s’est articulée entre deux pôles qui finalement représentent bien l’extraordinaire diversité des possibles de l’existence humaine : la fromagerie et la pharmacie. Il se trouve qu’un fromager a ouvert à côté de chez moi et que j’ai découvert qu’il n’y a pas de petit chagrin qu’un bout de comté ne peut consoler.

Quant à la pharmacie… Bah… Tu sais que t’es vieille et chiante quand tu dépenses l’essentiel de ta thune à la pharmacie. Avant, je claquais mes pauvres sous chez H&M. Et je me disais que quand je serai grande (parce que je croyais que la fortune venait automatiquement avec l’âge) je le claquerais dans des boutiques de luxe.

Jamais, au grand jamais, je n’avais imaginé que je préférerais dépenser mon argent à la pharmacie. Je n’allais dans les pharmacies que pour acheter des drogues parce que comme tout bon migraineux j’étais la reine de l’automédication.

Or, à la pharmacie je peux acheter des drogues et des crèmes.

Autant dire que mon bonheur est complet.

Et pour finir de résumer cette année tellement riche, j’ai également tenu mon pari d’essayer un truc nouveau. Vous savez, comme Zuckerberg qui se lance un défi chaque année, je tente chaque année un truc que je n’ai jamais fait de ma vie. Mais comme je suis une Zuckerberg de merde, cette année, je ne suis pas encore allée voir le lever du soleil sur la baie d’Along, j’ai testé… le Bon Coin.

J’ai vendu des trucs sur le Bon Coin, pour pouvoir ajouter une coquillette par assiette. Vendre des trucs sur le Bon Coin = avoir l’impression de faire un concours de popularité en classe de 5ème. J’ai très mal vécu cette expérience qui était un peu trop extrême pour moi. (Les gens te demandent de leur parler au téléphone. AU TELEPHONE. Mais putain…) Je crois que ce site est trop socialisant pour moi.

Tout cela nous amène gaiement aux vacances d’août 2017. (On va finir par racrocher les trains du wagon, t’inquéquette donc pas j’ai la bite rude comme disait ma meilleure amie de CM1.) Pour vous décrire mon propre état vacancier, sachez qu’une nuit j’ai rêvé que mon livre sortait (en vrai, il paraît le 9 octobre) et qu’il faisait 0 vente. Zéro. Même ma mère refusait de l’acheter.

 

Donc d’abord on est parti dans le Périgord avec un nazi. Enfin… Excusez mon raccourci. Un historien spécialiste du nazisme. C’était génial. Mais il a raconté une histoire qui m’a traumatisée, une histoire que j’ai trouvé à la limite du supportable. Le soir, dans le jardin, au clair de lune, je cuvais doucement mon alcool pendant qu’il nous racontait d’une voix douce que pendant les premiers massacres en Europe de l’Est, quand les nazis prenaient un village en entier et emmenaient tous les habitants pour les fusiller, bah souvent, ils avaient pas fini en un jour. Alors les survivants dormaient sur le lieu du massacre entourés par les soldats, ils avaient assisté à tout pendant la journée, et ils passaient la nuit là, et il y avait trois grands types de réactions, ceux qui essayaient de s’enfuir, les femmes qui tentaient de faire du charme à un soldat et les parents. Les parents, ils savaient qu’ils ne pourraient pas s’enfuir en courant avec les enfants qui étaient trop petits, alors il ne leur restait qu’une chose à faire : ils racontaient des histoires à leurs enfants. Ils essayaient de leur rendre les choses plus douces, moins terrifiantes, en attendant de mourir tous ensemble.

Long silence.

 

Bon.

 

Sinon, le Périgord hyper cool hein. (Désolée d’avoir cassé l’ambiance mais j’avais besoin de partager ça.)

On avait loué une maison totalement dingue.

Un bâtiment du 16ème siècle qui originellement était un temple protestant par la suite transformé en gendarmerie royale. Y’avait même un cachot à côté de la cuisine.

Clairement, l’esthétique mondiale de AirB&B ne passera pas par ici

Par contre, la cuisine était pas prévue pour 12. Pas de lave-vaisselle et un frigo :

Mais quand je faisais la vaisselle, la vue que j’avais en face de moi c’était ça

Cette maison était dotée d’une bibliothèque dont je ne vous dirai qu’une chose, je prends un livre un peu au hasard (enfin, je prends Noces de Camus parce que <3), je l’ouvre et là

Ok ?

Voilà.

Ensuite, nous sommes partis au Portugal. Nous avons vu précédemment que je ne serai pas sponsorisée par l’office du tourisme de Stockholm. Et bien je ne me fâcherai pas avec le Portugal.

Déjà, le Portugal a produit un phénomène dépassant l’entendement. Le Chef était de bonne humeur. Le-Chef-était-de-bonne-humeur. Ce qui a eu pour conséquence miraculeuse que j’ai pu faire la gueule. Alléluja. Parce qu’être de mauvaise humeur, gueuler, s’énerver, c’est un plaisir qui n’a pas de prix. Or, quand vous êtes deux parents présents en même temps avec les mioches, bah vous ne pouvez pas être deux à gueuler. Y’a de la place que pour un bad cop. Or, comme il démarre plus vite que moi, je me retrouve souvent à être celle qui temporise. Mary Poppins version alcoolisée, un sourire mort sur les lèvres, et au-dessus un regard dans lequel ne perce que la lueur de la dépression. Et dans ma tête un énorme “vous me faites tous chier”. 

Revenons un peu sur le Chef. Parfois, il a un regard tu sais pas si c’est un père de famille qui emmène ses enfants à l’aquarium de Lisbonne ou un agent de DGSE en pleine traque terroriste. J’ai également remarqué qu’il n’aime que les gros animaux qui font la gueule.

Oh regarde, il est trop mignon lui!

Plus c’est gros, moche et patibulaire, plus il fond. (Ca me questionne un peu sur moi-même.) (Et sur les chances de survie de Curly au sein de la famille sachant que c’est le plus délicieux et adorable des petits mammifères à frange.)

Puisqu’on parle enfants, évidemment, ils ont pris une place disproportionnée si on la rapporte à leur taille réelle. (A partir de quel âge, ils prennent moins de place ? Est-ce que en grandissant, d’une certaine manière ils rétrécissent ?) En tout cas, les notres avaient décidé de nous abreuver d’histoires.

Echange typique avec un enfant de trois ans.

– Maman, je vais te raconter une histoire.

– Oui ?

– C’est l’histoire d’un petit-garçon qui aimait pas les ouais.

– Hein ? Les quoi ?

– NON! C’est pas pia qui parle, c’est mia qui parle!

– Ok.

– Il aimait pas les wé.

– Ah! Les jouets! Et ?

– C’est tout.

– Bah… C’est original comme histoire.

NAN. C’est même pas rai. C’est nul.

Et il se barre, furieux.

(Parfois ses histoires étaient plus longues mais je le soupçonnais de les raconter en yaourt parce que c’était une suite de sons qui évoquait bien la langue française mais sans aucun mot reconnaissable.)

Quant aux histoires de Têtard, elles étaient construites un peu comme un roman de John Irving, à savoir que toutes, aussi différentes soient-elles, reprenaient les mêmes motifs. Sauf que chez Irving c’est de la lutte gréco-romaine, un ours et un accident de voiture, alors que chez Têtard ça tourne autour d’un petit-garçon qui tue ses parents (insérer ici moults détails sordides sur la manière de se débarrasser de ses géniteurs), coupe des mains à des policiers et finit par trouver ce qu’il cherchait depuis sa naissance : la liberté.

Le Portugal, ça a également été l’occasion de découvrir que je ne profitais pas assez d’un super-pouvoir, le pouvoir de la mama. J’ai compris ça dans un restau où on allait tous les jours. La patronne était très cool. Bref. Un midi, elle prend la commande. Le Chef commande un seul plat pour les deux nains. Je dis non, je fais signe “2”. Il dit “non, 1”. Et là, elle dit “Ok, 2, c’est la mama”. Putain… J’avais déjà envisagé que le fait de m’être faite déchirer les entrailles par deux nourrissons devrait me donner quelques avantages alors qu’en réalité non seulement ça te ruine ton périnée mais en prime ça te pénalise professionnellement, mais bref, c’était la première fois que quelqu’un m’accordait automatiquement le pouvoir.

Et c’est marrant parce que le Chef, ça lui a fait plaisir. Du coup, j’ai envisagé que peut-être, parfois, c’est fatiguant de vivre avec une ado attardée. Enfin… Disons que je ne perds pas mon énergie à discuter de détails qui ne m’intéressent pas. Or, il y a beaucoup de détails qui ne m’intéressent pas. Par exemple, à la question “tu veux manger quoi ?” ma réponse est invariablement “un truc bon”. Et donc, pour certains trucs, je peux présenter une forme d’apathie. C’est pas que je m’efface, c’est plutôt que ma tête est plus occupée à compter le nombre de carreaux identiques d’azulejos sur le mur en face de moi qu’à décider quelle bouteille de vin on prend (puisque de toute façon, à mon avis, il vaut mieux prendre une bonne bouteille).

Et si on cumule Périgord + Portugal, j’ai visiblement mangé un certain nombre de trucs bons parce qu’il y a une espèce de créature qui a poussé sur mon ventre :

Je vous présente Blurp. (J’avais pensé à faire un gif, mais déjà j’ai collé deux yeux sur mon bide, je me dis que j’en fais assez pour ce blog.) 

Après Lisbonne, ah non ! Attendez. Minute office du tourisme : Que faire à Lisbonne avec des enfants ? L’aquarium et le zoo sont incroyables, le musée Gulbenkian est pratiquable avec en bonus un super jardin, et parce que le Chef a des passions diverses et variées il a tenu à ce qu’on visite un centre commercial. Ou alors c’est la DGSE qui l’avait envoyé accomplir une mission là-bas. Je ne sais pas. En tout cas, il a lourdement insisté pour qu’on passe une journée entière au centre commercial Colombo. “C’est le plus grand du Portugal tu te rends compte ??” Si vous aimez les centres commerciaux, je vous conseille donc le Colombo (juste à côté de l’aéroport, donc parfait quand on a une demi-journée de battement.)  

Après Lisbonne donc, on est allé quelques jours à Nazaré, une station balnéaire parce que j’avais dit que je voulais me baigner avec les enfants dans l’océan. Du coup, avec un gamin de trois ans et un de cinq et donc zéro qui sache nager, comme à nous deux on n’est pas la moitié d’un con, on a loué à Nazaré où on trouve “les plus grosses vagues du monde”. Une idée du truc ici.

Mais comme le Portugal ne nous déçoit jamais, c’était super. Et tout à fait proustien puisque se superposaient le présent et mes souvenirs très sensoriels d’avoir passé le même genre de vacances avec ma mère. Même manger une glace en regardant le coucher du soleil au milieu de 10 000 personnes, c’était cool. Aller déjeuner en maillot de bain toute ensablée. Courir après le seau Mickey que les vagues emportent. Essayer de ne pas s’appesantir sur le fait que ledit seau qui assure des heures de bonheur à la marmaille a sans doute été fabriqué par un enfant asiatique. Etre devenue celle qui va remplir le seau d’eau. Mais être encore celle qui se plaint parce que les cailloux ça fait mal aux pieds.

(c’est pas la photo que je voulais mettre mais tant pis je vous recolle celle-là déjà vue) (Oui, j’étais une enfant très facile.) 

Comme j’étais en plein mouvement proustien, je redécouvert ma passion d’enfant quand tu ne peux pas te baigner parce que l’eau est à 2 degrés et que les vagues font 12 mètres : ramasser des cailloux. Une activité qui a enchanté les enfants. Evidemment, j’ai absolument tenu à rapporter les cailloux à la maison. Ce qui nous a valu un moment épique, quand à l’aéroport, à l’enregistrement des bagages, le mec d’Easy Jet pèse notre valise et nous annonce qu’on a un excédent de poids et qu’il nous faut nous acquitter de la modique somme de 150 euros.

Le Chef s’est tourné vers moi avec des mitrailleuses dans les yeux. J’ai entendu les bruissements d’ailes de sa bonne humeur qui avait définitivement migré loin de nous.

“On ne va pas payer 150 euros tes cailloux, n’est-ce pas ?”

Bah non. J’étais bien d’accord. Ces cailloux étaient beaux parce qu’ils venaient de la nature et pas d’un magasin. J’ai essayé d’argumenter que c’étaient pas forcément les cailloux qui pesaient lourd mais peut-être les maillots de bain qui étaient encore un peu humides. (J’ai étudié la rhétorique à la fac.)  

Et puis le Chef a poussé un long soupire. Et il est parti. Il est revenu hein quand même. Cinq minutes plus tard avec un nouveau sac à la main. On a transvasé et hop, c’était bon.

Mais revenons à Nazaré, où j’ai eu l’occasion de distinguer une grosse différence avec les plages françaises. Ou même pire : les plages corses. A Nazaré, personne ne se jugeait. Rapport au fait qu’on était tous gros et moches. Quand quelqu’un de jeune et mince passait, tout le monde détournait les yeux d’un air gêné, en se sentant désolé pour cette personne au corps déformé par le sport et la minceur.

Quand j’étais une adolescente à la fesse ferme et au cerveau liquide, je me demandais comment les moches pouvaient avoir envie de baiser entre eux. Les moches = toute personne qui ne semblait pas directement sortie d’un magazine ou d’un épisode de Beverly Hills (à l’exception de Donna bien sûr). Et quand je dis « sortie d’un magazine » il faut voir qu’à l’époque, dans les magazines on ne trouvait que Claudia Schiffer et consorts. 

Vous noterez l’absence honteuse de blurp.

J’ignore par quel biais la société avait réussi à me mettre dans le crâne que désir sexuel = perfection physique. J’en déduisais que tous les moches devaient avoir envie de baiser avec les beaux et les beaux ne devaient avoir envie de baiser qu’avec les beaux. (Vous me direz, l’avantage de ce raisonnement c’est qu’il réglait en quelques générations le problème de surpopulation mondiale.) J’avais donc une vision eugéniste de la pulsion sexuelle. Je vais vous faire un aveu terrible : il m’arrivait même d’observer des couples dans le métro et de me demander comment ils pouvaient avoir une vie sexuelle. Ceci étant, je n’étais pas la seule. En grandissant, j’ai découvert que plusieurs de mes copines ne pouvaient pas envisager qu’un mec puisse avoir envie d’elles si elles n’étaient pas parfaitement épilées ou si elles avaient un bouton au milieu du visage.

Alors que bon, en vrai, maintenant qu’on est des adultes, on sait que le sexe, ça n’a rien à voir avec ça. Et c’est pas Blurp qui va me contredire. 

NB : je ne vous parlerai pas de ma reprise de boulot qui a consisté à regarder Touche pas à mon poste pendant une semaine, le résumé de cette sombre affaire est là. 

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