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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

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tartine

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13 mars 2015

Salut à toi Têtarus Oedipus

Aujourd’hui, mes amis, nous allons parler promo et psychanalyse mais avant de commencer, prenons des forces en regardant ça :

Mais qui est ce mignon petit garçon de 12 ans ? Mais dites donc, ça ne serait pas Ryan Gosling par hasard ? Mouarf…

Comme la tessiture de mes talents est très vaste, j’ai enchaîné deux articles. Un féministo-rigolo de décryptage d’une pub SFR, l’autre sur la barbarie et la manière dont l’approche des historiens sur le nazisme a évolué. Hop là, grand écart, salto arrière.

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Ensuite, l’autre jour j’ai pris cette incroyable photo :

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J’étais en caisse avec Frédéric Mitterrand et son bob. Il m’a même offert un bouquet de jonquilles. (Fred, pas le bob.) C’était une occasion inespérée pour lui narrer mon histoire avec son tonton. (Ouais, j’ai une histoire avec François Mitterrand. Elle est à sens unique mais je m’en fous.) Quand j’étais petite, j’ai caressé l’espoir que j’étais la fille de François Mitterrand. J’avais trois preuves irréfutables de cette filiation : comme lui j’aimais bien les livres, comme lui j’avais des canines de vampire, et ma mère me semblait être dans un état d’admiration suspect dès qu’il apparaissait à la télé. (Alors que mon père nourissait clairement une certaine animosité à son égard.) Donc vous pensez bien que quand il a été question de sa fille cachée, j’ai attendu patiemment que les médias viennent me chercher à la sortie du collège en m’interpellant : “Titiou Mitterrand ?”. Mais très vite on a évoqué une certaine Mazarine. Grosse grosse déception pour moi.

Du coup, sentant ma blessure encore à vif, Frédéric Mitterrand m’a fait l’aumône de m’appeler “cousine” pendant notre trajet en voiture. Je ne sais pas si c’était très bon pour mon équilibre mental mais ça m’a fait plaisir. Cette rencontre avec mon cousin mérite peut-être une explication. Il m’a raccompagnée après l’enregistrement de l’émission de Michel Field, Au Field de la nuit. Parce que le roman va BIENTOT sortir de son terrier. Officiellement, ce jour de la marmotte littéraire aura lieu le 26 mars mais en vrai, on pourra le trouver en librairie dès le 19 mars. (Y’a aussi une opé pour avoir la version numérique à 3,99.)

Ce qui nous amène tranquillement  au sujet du salon du livre (de Paris, désolée amis du reste de la France). J’y serai donc avec ma Théorie de la Tartine et des feutres pour faire des dédicaces le samedi et le dimanche de 13h à 15h. Et le lundi à 17h30 parce que juste avant, à 16h30, je participe à une table ronde avec Serge Joncour et François Bégaudeau sur le thème “Liberté d’expression des écrivains, les romanciers peuvent-ils tout écrire ou affrontent-ils une forme d’autocensure ?” (Spoiler : ma réponse est oui.)

Et aussi, tant qu’on est en plein planning, sachez que je vais parler pendant un temps assez long à l’université de Paris 8 sur le thème des écritures numériques, c’est le 7 avril à 14h.

Vous êtes plusieurs à aimablement vous inquiéter de savoir s’il faut venir me voir avec un pot de Nutella. Sachez que vous n’êtes pas obligé. Pour les Morues j’étais enceinte donc prête à engloutir des kilos tonnes de pâte à tartiner, là, je peux m’en passer. (Enfin… un pot est toujours le bienvenu.) Par contre, je vous prendrai peut-être en photo pour alimenter mon nouvel album Panini de la Tartine. (Allez-y, cliquez, y’a déjà des photos de toute beauté.) Parce que oui, je réinvente totalement le concept de promotion grâce à cette merveilleuse plate-forme de publication nommée Tumblr. (J’ai décidé qu’un tumblr, c’était un album panini amélioré.) Si vous souhaitez m’envoyer des photos de vous nu avec le livre, foncez.

Maintenant qu’on a synchronisé nos montres, passons à un vrai post. Vous m’excuserez mais je suis dans la nécessité psychologique de faire un mum-post.

Que se passe-t-il ? C’est simple, Têtard fait son Oedipe. Entre ici Têtarus Oedipus.

Alors bon, moi, au début, je me suis dit “ça va être rigolo l’Oedipe, il va me noyer d’amour et de compliments”. D’ailleurs, c’est ce que te disent les gens quand tu annonces “c’est un garçon”. Sauf que pas vraiment.

Voire même carrément pas du tout.

Au début, effectivement, t’as droit à des “ma maman adorée chérie”. Après, quand il t’attrape le visage à deux mains pour te rouler une pelle, tu commences à te sentir vaguement mal à l’aise. Mais tu es une adulte, tu as bien prévu ton coup, tu te lances dans un speech préparé depuis ta première échographie (si vous suivez vraiment, vous savez que j’ai appris dès la première écho que c’était un garçon) : “ça, ce sont des bisous d’amoureux. Mais tu n’es pas mon amoureux. Mon amoureux, c’est papa. Toi, tu es mon fils. On s’aime aussi mais c’est pas pareil.”

Tu te dis que tu as été formidable, que ton message était doux et ferme et que tu as évité à ton fils de trimballer de lourds traumas pour le reste de sa vie et accessoirement à quelques femmes de finir découpées à la hâche dans sa cave.

Ensuite, arrive ce truc étrange qu’on nomme couramment “nid à emmerdes” ou “réalité”. Alors reprenons la définition de l’Oedipe sur Wikipédia

complexe-oedipe

AH AH AH… Inconscient vous avez dit ? Mais vous foutez pas un peu de ma gueule ? Têtard m’a quand même dit “arrête de bouger! Je vais te toucher les seins”. Salut la culture du viol à domicile.

Autre échange :

Moi – Je veux que tu sois gentil avec Diane parce que Diane c’est ma copine.

Lui – Non, c’est pas ta copine. Ta copine, c’est papa.

Moi – Non, papa c’est mon amoureux.

Lui – Non, ton amoureux c’est moi.

Le tout dit sur un ton qui ne souffrait pas de discussion.

Là, tu commences à flipper. Et t’as bien raison. Parce qu’en vrai, ce qui se passe avec ton gamin de 3 ans, c’est exactement la même chose qu’avec les mecs qui avaient un surmoi en papier mâché et à qui tu as foutu un vent.

A l’instar du connard de 20 ans, l’enfant de 3 ans apprécie modérément de se prendre un rateau. Or que fait le connard ?

1°) il comprend et passe à autre chose, vous développez une relation apaisée et cordiale.

2°) il te pourrit la gueule et commence à te tailler dès qu’il te voit sur un mode passif-agressif qui transforme très vite ta vie en enfer.

J’imagine qu’il existe quelques personnes pour qui ça se passe comme dans le cas n°1, des personnes que nous appellerons Carla Bruni. Ces personnes qui voient des arcs-en-ciel le dimanche soir alors que toi tu vois une farandole d’antipresseurs qui te tendent les mains. Ces personnes pour qui tout est “fabuleux”, “merveilleux”, chaque moment magique. (Ce qui me rappelle une anecdote du livre de Justine Levy où Raphaël, après l’avoir quittée comme une crotte pour Carlita, lui demande “mais pourquoi on ne pourrait pas devenir ami ? Carla est amie avec tous ses ex”. A quoi Justine Levy lui rétorque “en même temps, si c’était pas le cas, elle n’aurait plus personne à qui parler à Paris”. o/) (J’ai lu son dernier livre et j’ai trouvé ça vraiment bien. J’aime bien cette fille. J’aime bien ce qu’elle dit. Et la fin est terrible-terrible.)

Donc revenons à Oedipe qui se prend le premier rateau de sa vie.

Il suffit que je rentre dans la pièce pour que Têtard redevienne The Nefarious Tadpole. (Souvenez-vous.) Il hurle à la mort (si possible dans le métro hein), il me tape (plutôt à la maison, il a déjà bien intégré le principe de la violence domestique). Il me nargue (partout, tout le temps). Il me vanne (à la hauteur de ses capacités lexicales bien sûr, “maman ?” “Oui mon têtard ?” “T’es un caca boudin qui sent pas bon”). Il essaie de me rendre jalouse (le grand classique, par exemple il veut aller vivre chez Billy, sa référente à la crèche).

En petit bonus, si je veux lui essuyer ses fesses pleines de merde, il se débat comme s’il était aux prises avec Guy Georges. (Malgré mes nombreuses explications, il pense toujours que je suis porteuse d’une maladie qui a fait tomber mon zizi.)

Alors, forcément revient ce refrain lancinant (allitérations-bonheur) “mais pourquoi ça se passe pas comme ça chez les autres ?” J’ai passé mon adolescence à me poser cette question et maintenant que je suis une adulte et pire, une mère, je me retrouve encore à regarder les autres parents dans la rue et à me demander “mais comment ils font ? Pourquoi j’ai foiré l’Oedipe de mon fils ? Pourquoi je n’ai jamais réussi à faire une omelette ? Pourquoi mon cerveau s’éteint dès qu’un médecin me parle ?”

Du coup, le soir, quand je borde Têtard, j’ai envie de lui dire “c’est pas grave mon têtard, je t’aiderai à débiter en jambon toutes ces vilaines femmes”.

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24 février 2015

On a tous une histoire d’agression

Je suis fatiguée. Vous me direz, rien de bien neuf, je suis née fatiguée. La fatigue est mon état normal. Au lycée, je me souviens d’arriver devant la classe le matin, de me laisser glisser par terre, le cul sur mon sac, et d’entendre Perrine, la meuf qui pétait le feu peu importe l’heure de la journée, nous dire “Alors ? Mais qu’est-ce que vous avez ? Vous êtes toujours fatigués!” On la regardait éberlué. D’où sortait-elle cette énergie ?

Ensuite, clairement, j’ai menée une vie qui m’a bouffé pas mal de points d’espérance de vie et je suis convaincue que je continue à payer ces excès.

Mais cette fois, je ne suis pas la seule fatiguée. On est fatigués. Le Chef et moi, on se regarde le soir et on est fatigué, rincé, crevé, cuit, en bout de course. Plusieurs raisons à ça. Curly a 7 mois, presque 8. C’est le moment où tu passes à la caisse et tu payes sacrément cher. Ca avait été pareil pour Têtard. J’ai retrouvé une photo que j’avais prise à l’époque où Têtard avait le même âge que Curly :

pilules

C’était les médocs que je devais prendre quotidiennement pour épuisement + migraines à répétition. (Visiblement j’avais aussi un léger problème de circulation sanguine.)

Et là, ils sont deux.

Et puis, comme me l’a fait remarqué Aglantine, il y a sans doute une autre raison : on paye aussi le contrecoup de Charlie. L’onde de choc qui continue. Les insomnies, la tension nerveuse permanente, la nécessité de, quand même, malgré tout, continuer à bosser. Tous les ans, en février, les gens se plaignent d’être fatigués et déprimés. Mais là, c’est le février d’après Charlie.

Voilà. Ceci dit, on peut passer à autre chose.

 

Il y a huit ans, j’ai été victime d’un “vol aggravé avec violences sous la menace d’une arme”. C’est la qualification officielle retenue par les flics. Ca se la pète un peu, je vous l’accorde. Mais bon, ça m’avait soulagée que ce moment absurde soit transformé en une réalité verbale, de pouvoir la nommer selon une nomenclature neutre, qu’on me dise “c’est ça qui s’est passé, un vol aggravé avec violence sous la menace d’une arme”.

J’habitais déjà Montreuil à l’époque, mais pas franchement dans un palais. (Voir les photos des cartons au tout début du blog.) J’étais supra-fauchée. Un lundi à 14h, je sors de chez moi. Je traverse la place dite de la Fraternité. Je suis au téléphone quand je sens un truc sur ma gorge mais je pense d’abord que c’est un pote du quartier qui m’a sauté au cou pour me faire une blague. En même temps, une main tente de m’arracher mon portable que je tiens contre mon oreille. Je m’aggripe au téléphone, j’essaie de me dégager, je sens toujours un trucs bizarre sur ma gorge mais j’ai une énorme écharpe qui me protège, et puis mon téléphone me glisse entre les doigts. Je me retourne et là, je vois un mec qui n’est pas du tout un de mes potes, mon téléphone dans une main, un cutter géant dans l’autre. En voyant la taille de l’arme, je me dis que heureusement que j’avais froid au cou et que j’avais pris une grosse écharpe parce que sinon, j’étais bonne pour ramasser ma tête par terre. Et puis, il traverse la rue et s’en va, tranquillou, avec mon téléphone.

J’étais assez hargneuse à l’époque, et j’étais pauvre et qu’on me vole à moi mon portable alors que je galérais pour m’acheter de la sauce tomate, ça m’a révoltée, et puis le mec il est parti vraiment à la cool, avec une telle assurance, même pas en courant, c’était encore plus humiliant. Et puis, faut être honnête, c’était mon portable et j’ai jamais été très partageuse de mes objets. Donc je me dis y’a pas moyen que ce connard me tire mon portable et que je le regarde s’éloigner avec. Je traverse aussi et je lui saute dessus en criant pour récupérer mon téléphone parce que putain c’est le mien et que j’en ai besoin. On se bat, je perds, il me balance par terre, coups de pieds et se barre. Mais cette fois en courant. (Clairement, je lui avais fait peur.) Je me relève, je crie.

Il y avait du monde sur la place de la Fraternité, personne n’a bougé. Le grand classique.

Je course encore une fois le mec. (J’ai une âme de caniche. Vous savez la petite boule de poils qui jappe en montrant les dents et qui ne lâche jamais.) Mais bon, je ne suis plus en très bon état physique. Une petite voiture fait un dérapage sur la place, et trois mecs hyper costauds s’en extirpent pour m’aider, je me dis “quand même, y’a des gens sympas dans le quartier”, le voleur s’engouffre dans un immeuble, ils le suivent pendant qu’un 4ème monsieur muscle me récupère et me fait m’asseoir dans sa caisse. Je comprends que ce ne sont pas des passants mais la BAC. Spoiler : ils n’ont pas réussi à rattraper le gars.

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Direction le commissariat, déposition, plainte, vol aggravé etc.

Quelques semaines plus tard, je suis convoquée pour une séance d’identification. Mais ça me fout une énorme pression. Et si je me plante ? Si j’identifie pas le bon gars ? Je ne peux pas prendre cette responsabilité. Le flic me dit que ce n’est pas grave, que de toute façon ils ont déjà largement assez pour le faire plonger et qu’il va partir en taule.

Après ça, j’avais franchement les boules. Je ne m’étais pas laissée faire, je m’étais défendue, j’avais tout fait pour récupérer mon téléphone mais le résultat était le même : j’avais perdu, il avait gagné. Simplement parce que physiquement, il était plus fort que moi. Et ça, c’était une injustice intolérable pour moi. Mes potes garçons y sont tous allés de leur histoire de racket au collège. “Moi aussi, tu sais, je me suis fait racketté quand j’étais en 5ème blablabla”. Sauf que c’était précisément le problème : je n’étais pas en 5ème, j’étais une adulte et c’était bien ça qui m’humiliait.

C’est après cet épisode que je me suis acheté une bombe d’autodéfense.

Hier, je sors de chez moi, je marche tranquillement vers le métro, je vais aller chercher mes enfants à la crèche, il est 17h, et là, je le croise, sur le même trottoir que moi, qui passe en sens inverse, des sacs de course à la main. Le connard. Je le reconnais immédiatement, je l’ai vu l’espace de quelques minutes huit ans plus tôt, j’ai pas été foutue de l’identifier formellement au commissariat mais je sais que c’est lui.

J’ai rien fait. Je ne suis pas allée le voir. J’ai continué à marcher vers le métro. En même temps, je vois pas trop ce que j’aurais pu lui dire “putain mec, dis-moi immédiatement où t’as foutu mon samsung à clapet coulissant ?!”

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C’était ce truc-là. Je l’aimais tellement…

Tomber sur lui comme ça, par hasard, ce n’est finalement pas très étonnant. On est tous les deux revenus vivre dans le quartier, lui après la taule, moi après mon accouchement. Et nous revoilà voisins.

Morale de cette histoire ? Bah y’en a pas, comme d’habitude. Je veux pas paraitre pessimiste hein mais je me demande juste si la prison lui a offert de merveilleuses opportunités de réinsertion ou si dans quelques semaines, je vais le voir planter un cutter sous la gorge d’une petite meuf. Et dans ce cas, je vous jure, je le marave.

 

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26 janvier 2015

L’année de 5ème

A l’approche de mon anniversaire, j’avais décidé de bien me foutre les boules.

N.B : Si vous aviez un peu de respect pour moi, vous allez le perdre.

Donc, je me suis mis en tête de trier mes cassettes. Mes K7 audios. Ouais. Pour bien me rappeler que je suis vieille et ridée. Alors bon, j’ai enfin balourdé mes dizaines de compils enregistrées à la radio sans le début de la chanson mais avec le jingle de l’émission à la fin et qui avaient survécu à chacun de mes nombreux déménagements. Ca m’a permis de me rappeler certaines chansons injustement tombées dans les oubliettes de nos mémoires numériques :

J’ai aussi retrouvé une interview que j’avais faite de John-David et Cyril à leur sortie de Secret Story, entretien ponctué de « mais ça, tu le mets pas dans ton article hein ». Et je vous vends des cassettes de répétitions inédites du groupe Stuck in the Sound.

Mais surtout, je me suis infligée la torture de réécouter plus d’une heure de discussion entre ma meilleure amie et moi au collège. On est en 5ème. On se fait chier.

gueule

On décide de s’enregistrer en train de dire de la merde. Rétrospectivement, c’était une bonne idée. Ca m’a permis de découvrir quelle infâme petite connasse j’étais.

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J’ai envie de me donner des coups de doc martens dans la gueule. Pourquoi les ados ont-ils des inflexions de voix insupportables ? Mais j’ai quand même été assez étonnée par plusieurs trucs. D’abord, j’ai toujours dit que la 5ème était le pire moment de la Vie. Une théorie que j’aime particulièrement exposer aux enfants finissant leur classe de sixième. « La cinquième ? Oh bah tu sais… C’est un peu comme si une main griffue t’attrapait, de transportait au-delà de la vie pour te déposer dans un des cercles de l’enfer. » Pourtant, en nous écoutant, on n’avait pas l’air trop malheureuses. Ensuite, notre vocabulaire. On se traite de pute, de salope, de trainée. Il ne manque que les “sa race” pour qu’on soit au goût du jour. On passe évidemment 60% de notre temps à se vanner. Mais sinon, à quoi rêvent les filles de 12 ans ? Au sexe. On est extraordinairement obsédées par le cul.

hormones

 

Vous me direz, à cet âge-là, c’est logique. Sauf que je ne me rappelais pas que c’était aussi assumé et décomplexé. On n’avait clairement rien à envier aux mecs. On a des échanges poétiques du type : “Je vais chier dans mon froc, je vais aux chiottes. – Ca a du mal à sortir ? C’est trop gros ? T’as besoin d’aide ?” Comme tous les gamins de 12/13 ans, on rencontre aussi quelques soucis de structures syntaxiques. En résumé, on parle lourd, comme dans la phrase : “Si on s’est habillées en pute c’est pour montrer tout le contraire de toi.” (Alors qu’il aurait fallu dire « si on s’est habillées en pute c’est parce qu’on trouve ça trop cool. ») Quand je pense que quelques années auparavant, on s’habillait en princesse.

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(Ouais, j’ai eu la chance de fêter mon anniversaire pile au moment où j’avais plus de dent devant.)

Mais donc, en 5ème, on était connes mais on se marrait bien.


 

“tapés à la machine à écrire”.

BAM PRENDS 50 ANS DANS TA FACE

A un moment, je dis “j’ai eu les félicitations et comme ça n’arrivera plus dans ce siècle, je préfère le dire pour pas oublier parce que je perds la mémoire parce que j’ai un cancer”. Salut, j’ai 12 ans et je parle de cancer. Ok meuf… Et en même temps, j’ai eu une petite nostalgie pour ces aprèms passer à raconter de la merde à l’infini, à rigoler comme on ne le fait plus. Même à cet âge de mini-poufiasserie, on avait gardé ce truc de l’enfance de n’avoir aucun filtre entre nous, d’oser se ridiculiser, d’enchaîner des mots les uns après les autres sans que la discussion n’ait de sens, ni de direction. (En même temps, quand on a joué ensemble aux petits poneys, on n’a plus vraiment de pudeur à avoir.) On ne parlait que sous forme de vanne, de références au cul et de répliques de films ou de sketches. En définitive, on n’avait rien à dire mais on s’en foutait. On sortait fraichement de l’enfance et pour nous, parler revenait à jouer.

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Les 40% du temps restant (après les vannes et le cul) était consacré à quelque chose qui n’existe plus. Attention :

CHERCHER L’AIR D’UNE CHANSON. Et oui. Qui fait encore ça de nos jours ? A l’époque, on n’avait pas internet. Si tu retrouvais pas l’air, t’étais NIQUEE. D’où l’interêt d’avoir des amis qui pouvaient faire office de jukebox ambulants. C’est aussi pour ça qu’on chantait tout le temps, parce que sinon, y’avait pas de musique. On pouvait pas mettre un morceau très fort sur son téléphone portable pour en faire profiter tout le monde. (Et le baladeur n’était pas dans nos moyens.) (Les CD non plus.)

On remarquera un problème annexe : la maitrise des langues étrangères. Ce qui est largement confirmé par cet autre extrait

 – Y’a ta mother à côté. In front of you.

– Devant moi. Ca veut dire ça in front of ?

– Bon bah alors next door.

– C’est la porte prochaine. La prochaine porte.

– Non, next door ça veut dire à côté.

– Quoi ? C’est next to!

Voilà. Rétrospectivement, je me demande ce qu’on a branlé pendant toutes nos heures de cours d’anglais. (Enfin, je me souviens qu’à notre décharge notre prof en 6ème était dotée du postérieur le plus large du monde. Elle devait se mettre de biais pour franchir la porte. Donc je crois qu’on passait l’heure dans la contemplation fascinée de son cul.) Précisons que nous étions de bonnes élèves dans de très bonnes classes dans un lycée parisien pas trop mal. La connasse hystérique qui se fout de sa copine c’est moi, la meuf qui traduit “next door” par “la porte prochaine”… Mon dieu… L’adolescence… C’est vraiment dommage que TF1 n’ait pas diffusé Beverly Hills en VO, je suis convaincue que j’aurais fini bilingue.

Ce qui est assez marrant c’est que je n’avais plus de nouvelle d’Albane depuis plusieurs années et justement, le jour de mon anniversaire, elle m’a recontactée. On va aller se boire un pot toutes les deux. Mais bon, je pense qu’on passera plus de temps à parler marques de couches qu’à faire des covers honteuses de Patricia Kaas.

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Les deux mini-meufs qui zyeutent avec envie le gâteau de l’autre…

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13 janvier 2015

L’actualité expliquée à ton enfant relou

Ces derniers jours, au milieu de l’horreur, certains d’entre nous se sont trouvés confrontés à un autre problème annexe : les enfants. Entre les sirènes dans tous les sens, les flics partout et les parents englués devant les infos, il a bien fallu qu’on leur parle.

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Heureusement, les médias étaient là pour nous relayer leurs bon conseils en la matière et savoir quoi dire à nos chers têtes d’anges. Mais j’ai l’impression qu’ils sont un peu passés à côté de l’essentiel. Il faut parler avec les enfants, entamer un vrai dialogue, les rassurer et leur apprendre à donner du sens au monde, aux évènements. Voici ma modeste contribution, vous y piocherez quelques idées pour aborder ces sujets difficiles avec vos enfants, peu importe leur âge. (Guillaume Erner, Louise Tourret, vous me pardonnerez parce que je vous aime d’amour.)

 

Maman, papa, qu’est-ce qui se passe ?

Tu sais chéri(e), il y avait de très gentils monsieurs qui faisaient des dessins pour rigoler.

Oui ?

Et des putains de fils de pute de merde sont venus les massacrer à coups de kalashnikov. Les kalashnikov c’est des grosses armes qui font vachement de bruit.

Et maintenant ?

Ils sont morts.

Qui ? Les méchants ou les gentils ?

Tous. Ils ont tous clamsés.

Et les méchants, alors, ils ne vont pas revenir ?

Ah ah ah… Mais qu’est-ce tu crois ? Y’en a un millier comme eux. Ils sont partout parmi nous, ça peut péter à n’importe quel moment. Même dans ton école.

Et les policiers ? Ils nous défendent non ?

Ouais… Enfin, tu sais, les méchants que tout le monde prend pour des attardés, ils ont quand même réussi à descendre trois flics.

C’est quoi l’épicerie où ils étaient les gens ?

C’est un endroit chelou où t’achètes des gâteaux qui ont pas de goût.

Et pourquoi ils ont tué les gens qui faisaient leurs courses ?

C’était pas juste des gens qui faisaient leurs courses. C’est aussi des gens qui… et bien qui à partir du vendredi soir n’ont plus le droit de toucher des interrupteurs.

Hein ? Mais tu dis n’importe quoi !

Pas du tout! Je te jure. C’est un truc spirituel, ça s’appelle shabbat.

Mais les méchants, leur dieu il est aussi méchant ?

Ecoute, dieu, si tant est qu’il existe, c’est le nom qu’on donne à un principe organisateur de la nature. Alors bon… ça m’étonnerait qu’il soit bon ou mauvais. Il a surtout organisé des trucs comme la photosynthèse des géraniums. Le reste, c’est pas trop son domaine tu comprends.

Mais pourquoi les méchants ils nous ont attaqués ?

Pfff… J’en sais rien. Ils aiment pas qu’on se moque d’eux. Les méchants, c’est toujours hyper susceptible. Regarde dans Blanche-Neige. La meuf, y’a un jour dans sa vie où on lui dit qu’elle a mauvaise mine et paf! Elle va empoisonner une gamine plus fraiche qu’elle.

Oui mais dans Blanche-Neige, la reine elle veut tuer la princesse parce qu’elle est plus belle qu’elle. Là, je comprends pas pourquoi les méchants ils nous détestent autant.

Ecoute, puisque t’insistes peut-être que, vaguement on aurait bombardé leur pays, ils sont français, mais ils disent que c’est leur vrai pays. Alors maintenant, ils sont super véners.

Mais… c’est nous les méchants alors ?

Ah non! On a bombardé parce qu’on nous a demandé de l’aide! Ca partait pas d’une mauvaise intention. Nous, on croyait bien faire.

Et eux, ils croient pas bien faire ?

Bah si… Mais tu vois, c’est pas pareil parce que eux, ils sont méchants.

C’est quoi Al-Quaïda ?

C’est des putains de connards dégénérés.

C’est quoi le terrorisme ?

C’est ça. C’est quand on va tuer des gens.

Bah c’est comme la guerre alors.

Non, pas du tout. La guerre… La guerre déjà y’a des règles comme heu… la convention de Genève. Et puis, à la guerre on se bat entre deux armées.

Mais moi, ils me détestent aussi les méchants ?

T’imagines même pas. Ils détestent tes vêtements, tes jeux, tes dessins animés. A la limite, y’a que tes baskets qu’ils aiment bien.

Et pourquoi on est allés marcher dans la rue ?

Pour défendre la liberté d’expression. Tu connais ? C’est le droit de dire tout ce qu’on veut. C’est hyper important.

Ah bon ? Pourquoi j’ai pas le droit de dire des gros mots alors ?

Rhaaa… Putain, tu m’énerves! Allez, c’est l’heure d’aller dormir! Au lit!

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12 janvier 2015

Et la santé surtout

Dimanche 4 janvier 2015, 16h, je suis au café Prosper avec Coach. On fait notre traditionnel point de début d’année. Je le félicite pour son nouveau boulot, je lui dis qu’il a de la chance, ça va être excitant. Il me demande comment ça va.

Bah, bof. Je lui explique “je la sens pas cette année 2015. Je sais pas pourquoi mais je te jure que je la sens vraiment pas.” Pourtant, autour de moi, les gens sont plutôt excités (ils pensent naïvement que leur vie va s’améliorer). Je tire comme une tarée sur ma cigarette électronique. “Mais c’est pas grave hein coach. Allez-y, amusez-vous bien, moi en fait, je vais rester à la maison, pas de problème, je passe mon tour, on n’a qu’à se retrouver directement en 2016 et vous me raconterez comment c’était, la vie en 2015”. Le soir, je dîne avec Nora Hamzawi parce qu’on est devenues copines. On est seules dans le restau. Genre vraiment seules, pas un seul client n’en franchira le seuil de toute la soirée. On boit. Rebelote “je t’assure, j’y crois pas à 2015, ça va être de la merde”. On se quitte en se disant qu’on ira faire les soldes ensemble.

En rentrant chez moi, je me dis que c’est vraiment dommage ce pressentiment vu que ça tombe l’année de la parution de mon deuxième roman. (Il sort fin mars.) Je me couche. Je me sens un peu paumée. Et passablement découragée. Le boulot surtout. Mais quand ça va mal à un endroit de ma vie, j’aime bien extrapoler à l’ensemble. Je me dis qu’avant, avec le Chef, c’était compliqué parce qu’on bossait ensemble. Maintenant c’est compliqué parce qu’on ne bosse plus ensemble. (Salut, mon deuxième prénom est “insatisfactionéternelle”.)

Lundi, j’essaie de me bouger le fion. Ok, cette année va être merdique mais je dois quand même tenter de faire des trucs. J’envoie plein de mails pour du travail. Echec total. (Comprendre réponses négatives et/ou pas de réponse.) J’envoie un mail à Coach pour lui raconter “Je t’avais bien dit que ça serait une année de merde”.

Mardi. Rien. Je passe la journée recroquevillée sur mon canapé. Je me sens mal.

Mercredi matin, je suis dans une boutique à Montorgueil pour faire des photos d’identité de Curly. (Me demande pas pourquoi je vais à Montorgueil pour faire ça sachant que j’habite à Montreuil, je n’en ai aucune idée à part que j’aime aller dans des endroits déjà connus et balisés.) Demander à un bébé de 6 mois de rester inexpressif se révèle être un exercice compliqué. Le Chef m’appelle “il y a eu un attentat à Charlie Hebdo”. Je répète à la photographe d’une voix blanche “il y a eu un attentat à Charlie Hebdo”. Elle a dû me regarder bizarrement mais franchement, je m’en souviens pas. Je crois qu’elle a fait “ah…”

Je rentre en catastrophe, le Curly sous le bras.

J’allume I-Télé, BFM, la radio, Twitter, Facebook. A ce moment-là, je ne sais pas que je viens d’emménager symboliquement avec les journalistes d’I-télé et BFM et que je ne vais pas les quitter pendant des jours.

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J’envoie un message à Coach “je t’avais bien dit que je la sentais pas cette année”. Il est midi, tout est encore flou. Il y a des morts mais ils n’ont pas de nom, ils n’existent pas vraiment.

Et puis c’est l’avalanche de noms. On écrit tous des “putain… Pas lui… C’est pas possible”.

Si j’étais Buffy, je serais partie en chasse. A la place, j’écris un article parce que c’est le seul truc que je sais à peu près faire. Des gens me répondent pour me dire que ça leur fait un peu de bien de lire au propre la mélasse qu’ils ont dans la tête. Moi, ça me fait un peu de bien qu’ils me disent ça. Mais je continue de chialer à chaque fois, nombreuses, où ma télé me balance la gueule de Cabu ou Charb.

Le lendemain, coïncidence complètement miraculeuse, ma plus vieille amie, qui vit à Harvard, atterrit en France. On se retrouve à Répu, elle penche la tête, pas le temps de me dire bonjour, je recommence à chialer. On fait le tour de la place. Une feuille mal scotchée sur la statue “je préfère mourir debout que vivre à genoux”. Re-pleurs. On part pour Charlie Hebdo. Il n’y a rien à voir. Pas d’immeuble déchiqueté. Rien qu’une rue parisienne banale devant laquelle on est passées des centaines de fois. J’ai acheté des crayons à déposer là-bas. Je me sens toute conne avec mes crayons dans mon sac. J’ose pas les sortir. A la base, je m’étais dit que j’avais besoin de venir sur place. Parce que j’avais besoin de larguer BFM, de sortir de chez moi, de faire un truc. Mais il fallait bien que j’ai un but. Le but, c’était les crayons. Là, on fait la queue pour se recueillir devant l’espèce de mausolée improvisé par les passants. Une fois qu’on est devant, on entend les clicsclicsclics des photographes penchés sur nous. Je pose mes crayons et on s’en va fumer un paquet des clopes à une terrasse.

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Vendredi est cannibalisé par les évènements. Plus de place pour le deuil. Tout devient dingue. On est tous scotchés sur l’actu. Les télés ne diffusent plus les photos de Charb. Je ne pleure plus. Il se trouve que l’après-midi, j’ai un rendez-vous à la con calé depuis longtemps.

Attention, le genre de rendez-vous que ça aurait pu être marrant d’y aller à n’importe quel autre moment de ma vie mais que là, c’est vraiment profondément ridicule.

J’ai rendez-vous pour ma première séance de réflexologie plantaire.

J’arrive en panique parce que je trouvais pas l’adresse, puis je trouvais pas le bouton de la porte, puis je comprenais pas comment on ouvrait la porte. La dame des pieds me dit de m’allonger sur le fauteuil. Je fais l’effort de laisser mon téléphone hors de portée. Elle baisse les lumières et me demande “vous voulez de la musique ?” J’hésite. Je n’ai pas écouté de musique depuis mardi. La musique me parait relever d’un univers qui a disparu. Mais je dis “oui”. Elle me répond “c’est un morceau de harpe celtique”.

Paf. Ca lâche.

Je hurle de rire.

Je ne peux plus m’arrêter. Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Maris et tous les autres sont morts, des journalistes se sont fait tuer en plein Paris, il y a une double prise d’otages à quelques kilomètres, j’ai pas dormi depuis deux nuits, pas mangé depuis deux jours, et là je vais écouter de la harpe celtique en me faisant masser les pieds.

Remarquez, rien que pour ça, ça m’a fait du bien.

Samedi, le deuil reprend. Je suis seule à la maison avec Têtard et Curly et clairement pas en état de m’en occuper. Je crois que depuis trois jours, ils survivent en buvant leur urine. Nadia et Ondine viennent à la maison. On boit du thé en discutant. Nadia est l’ombre d’elle-même. Ondine ne sait plus où elle habite. Elle garde Curly sur les genoux parce que ça la calme. On décide de passer à la vodka. Pendant quelques heures, ça va vachement mieux. (Nonobstant le fait qu’Ondine finit par me dire “mon jean est mouillé” et que je me rappelle que je n’ai pas changé Curly depuis… pfiou… )

Le soir, un ami dont je tairai le nom m’envoie un texto “j’ai une question de tournure de phrase.” (C’est un ami qui a une confiance absolue en ma maitrise de la langue française.) “Ca se dit ‘je n’ai jamais eu autant l’envie de crever que ces derniers jours’ ?”

Pourquoi j’écris tout ça ? Franchement, j’en ai foutrement aucune idée. Surtout que l’état d’esprit général, depuis la marche d’hier, n’est plus à la dépression ni au deuil. Mais j’ai toujours aimé me différencier. Et puis, faut voir que je partais déjà d’assez bas niveau moral. Alors ? Parce qu’ici c’est un peu, vaguement, mon journal de bord. Parce qu’il faut bien qu’il reste une trace. Mais surtout parce qu’une nouvelle semaine commence mais que je n’arrive pas à faire autre chose. Je ne sais juste pas comment faire. Vous me direz, je ne le savais déjà pas le 4 janvier.

Bref. Vous ne m’enlèverez pas de la tête que c’est une année de merde.

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