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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

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19 décembre 2014

Can I live ?!?!

Il fait un peu moche mais on s’en fout parce que ça va être Noël. JOIE. Et aussi parce que j’ai fait un article sur un sujet passionnant : tenter de regarder légalement un film. (J’ai échoué.)

Dirons-nous un jour la vérité ? Etre parent, c’est plein de choses, et parmi elles, en bonne place on trouve : niquer avec en boucle dans la tête le générique des Petits Einsteins. “Là-haut dans – le ciiiiiiiel! Petits Einsteiiiiiiiins!” Ca déconcentre mais l’avantage c’est que je suis à peu près certaine que l’activation de cette musique dans mon cerveau envoie à l’ovule l’ordre de s’auto-détruire sur le champ. Ce qui résout mon problème de contraception.

Et puisqu’on parle “parentalité”. J’ai envie de crier “Can I live ?!?!” à l’instar de Kim Kardashian. Kim K. est une femme fascinante. L’autre jour, elle se prend en photo avec Nord (sa fille, prénommée ainsi parce que Kany Ouest a vraiment un sens de l’humour impayable). Elle poste la photo sur Twitter. La voilà :

selfie-Kim-K


C’est un joli portrait mère/fille. Ok, il manque un truc. Sa fille. Oui, la meuf a cadré la photo de manière à ce qu’on ne voit qu’elle. C’est ce qu’on appelle la maternité décomplexée.

Evidemment, tout le monde s’est foutu de sa gueule parce qu’on vit dans un univers cruel où on ne peut pas rogner ses enfants tranquillou. Mais elle a raison, si les autres sont moches sur la photo, pourquoi ne pas les enlever ? Et comme elle a pas trop aimé qu’on se moque d’elle (Quoi ? Je monopolise 20% de la bande passante mondiale en inondant la terre d’images de moi et les gens s’autorisent à réagir ?), elle a répondu :

can-I-live

 

Et ça, c’est le signe des grands. Quand face à une moquerie, tu réponds un truc qui aggrave encore les choses. « Can I live?!?! » is the new “Consequences will never be the same”. Cette femme me redonne foi en l’Internet et en le mème.

Je sais pas si vous avez suivi les affaires d’agressions sexuelles qui émaillent les journaux US. Il y a évidemment Bill Cosby. Mais, et je l’avais raté, il y a aussi le pasteur-à-la-con de la série-super-à-la-con 7 à la maison.

Lui là:

Stephen-Collins

Il a avoué (suite à des enquêtes policières) avoir eu des “conduites sexuelles inappropriées avec des mineures” (périphrase quand tu nous tiens) mais il l’explique ainsi “je suis une personne imparfaite”. Bah oui, l’agression sexuelle est une forme d’imperfection humaine. Mais il faut préciser : les mineures en question avaient moins de 13 ans (10 ans pour la plus jeune).

EMILE-LOUIS

Bon. Sinon, parlons de choses importantes, parlons du monde. Mais où vas-tu, pauvre monde fou ?! Pourquoi refuses-tu de m’écouter quand je te dis d’arrêter ? Le Monde a fait un nouveau progrès technique (enfin… le monde… ou quelques scientifiques dingos). Le Monde a collé le cerveau d’un ver dans un robot. Ouais. Sachez que le ver a quand même 302 neurones, soit dix de moins que Marie Drucker. Des scientifiques ont soigneusement cartographié chacun de ces neurones et ont transplanté le système dans un lego géant. Il semblerait que le robot a les mêmes comportements que le ver. (Lesquels ? Quels sont les comportements du ver à part se faire écraser ? Vous allez le découvrir.)

En elle-même la vidéo n’est pas passionnante mais il faut comprendre que le Lego-robot n’a pas été programmé. C’est ça, la révolution.

C’est tellement flippant. Vous voyez peut-être un Lego qui se cogne bêtement contre un mur. Je vois la fin du monde.


D’ailleurs, en parlant des scientifiques, les hommes et les trois femmes de la NASA nous ont gratifié de leur petit lipdub.

Le but est de susciter notre intérêt pour Orion. Ca suscite plutôt mon intérêt pour le choix audacieux de la moquette de leurs bureaux.

Puisqu’on est dans l’espace, la meilleure vidéo du système reste celle-là :

 

Sur ce, si on ne se revoit pas d’ici là, joyeux Noël! Au pire, on se croisera pour le Nouvel An, où je ne vais rien faire comme d’hab et donc probablement trainer ici.

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4 décembre 2014

Un peu de sonde et de rien

J’ai été dans l’incapacité de bloguer ces derniers temps essentiellement parce que j’ai passé des heures et des jours sur un article. 32 000 signes. Des citations, des gifs, des extraits de dialogue, sur J’ai re(re)vu l’intégrale de Buffy contre les vampires – cherchez pas, il est pas encore en ligne. Et bein, même avec 32 000 signes (il en faisait plus de 40 000 au début), je suis frustrée. J’ai l’impression de ne pas avoir dit le 5ème de ce que je voulais. Je devrais écrire un livre sur le sujet.

spike-vie

En faisant des recherches sur Buffy, je me suis retrouvée sur le twitter d’Esprits criminels (parce que Nicholas Brendon évidemment), et j’ai vu cet extrait de scénar qui m’a fait rire :

esprits-criminels

Après j’ai aussi fait un article sur Bruno Le Maire qui m’a pris un paquet de temps (parce que lui, quand il écrit un livre, c’est pas 120 pages grosse police). Et comme il n’y a jamais assez de photos de Jacques Chirac :

GEORGES-BENDRIHEM- AFP

J’ai ri en lisant La politique pour tous (Josselin Bordat, Tristan Bertheloot)

pol-1

pol-2

pol-3

Sinon, pas grand chose dans ma vie ces derniers temps. (Euphémisme pour désert total.) Le summum de ce qui m’est arrivé d’un peu foufou récemment c’est ce commentaire reçu sur le post de blog sur la Grèce :

« tu est trop conne vulgaire pas propre a la place du chauffeur je t aurais fais netoyer ta merde ensuite je t aurais laisser derriere car la merde on la laisse derriere soit je suis marocain je vis a athene je vais souvent a paris voir ma famille je bouge pas mal j esper ne jamais rencontré une pouilleuse comme toi »

J’ai aussi découvert l’existence de pilules de caca.

Un soir de profond désoeuvrement, j’ai voulu savoir ce que Google pensait que les gens pensaient. Ca a donné ça :

judaisme

islam

Et j’ai appris qu’il y avait une autre raison que le pur esthétisme pour que les bodys de bébé aient des cols avec des genres d’encoche bizarre. C’est pour pouvoir l’enlever par en bas en cas de fuite excrémentaire. (Plutôt que de le passer par la tête du môme qui se retrouve avec sa merde collée au front.)

Pendant qu’on y est, reparlons une dernière fois de l’accouchement. (D’ailleurs, j’attends toujours des nouvelles de la DRH de la mater où sévit la connasse qui a laissé Curly seul, elle se renseigne sur des éléments et ne manquera pas de me tenir informée d’ici quelques années.) Après la sortie de la mater, il y avait donc eu le rendez-vous chez Denis, mon gynécologue d’amour. Il m’avait dit “cette fois, tu es obligée de faire la rééducation du périnée.” (La fois précédente, j’avais privilégié une approche plus ludique.) (J’avais acheté un coffret de boules de geisha.) Et il m’avait aussi dit “je ne veux pas que tu ailles chez un kiné pour faire une rééducation avec la sonde. Parce que la rééduc avec la sonde, ça ne fonctionne pas. C’est comme faire des abdos avec sport élec.”

Résultat : je suis allée chez une kiné pour faire une rééduc avec une sonde.

En gros, amis novices, je vous explique. Après que la grossesse et le passage de l’enfant également appelé délivrance, vous devez remuscler le périnée. Périnée = une paroi musculaire qui retient certains de vos organes. Et messieurs, apprenez que vous en avez également un. Avec l’âge, il se détend, et comme il retient notamment la vessie, c’est pour ça qu’il existe des pubs pour les couches Téna.

Pour le remuscler, deux choix s’offrent à vous :

– avec une sage-femme. Mais j’en avais un peu marre des sages-femmes (sans offense hein). Et puis, on m’avait raconté qu’elles disaient des trucs comme : “imaginez que votre vagin est un pont-levis que vous devez fermer.”

– avec une kiné spécialisée. J’ai donc opté pour ça. Vu l’importance que j’accorde à mon sexe (primordiale) et mon côté bonne élève, tout devait bien se passer. En plus, Denis s’était planté. Il pensait que la kiné allait me mettre la sonde, balancer le courant, partir et revenir trente minutes plus tard.

“balancer le courant” ? Oui. Exactement ça. Balancer un courant électrique dans l’intérieur de ton sexe. (Je n’aurai pas le mauvais goût de comparer ça à la gégène, vu que là c’est juste extrèmement désagréable.) Le courant contracte les muscles pour que l’organe retrouve sa tonicité d’antan. En fait, ma kiné, que nous appellerons Mlle Périnée, ne me faisait ça que 5 minutes à la fin de la séance.

Le reste du temps, pour être claire : je jouais aux jeux vidéos avec ma chatte. Comme si la sonde était un joystick. Face à toi, un écran qui affiche des figures que tu dois reproduire. Quand tu contractes, ton curseur monte etc.

Rigolo ?

Non. Ca aurait dû m’amuser mais dès le début, ça a été la galère. D’abord, parce que c’est hyper fatigant. Mais il y avait autre chose. A chaque fois que j’allais chez Mlle Périnée, je me sentais nerveuse, irritable, de mauvaise humeur. Bref, ça n’allait pas. J’ai mis quelques semaines à comprendre le problème : je ne supportais plus qu’on touche mon sexe dans un but non sexuel. Un immense ras-le-bol assez violent. Je me forçais parce qu’il le fallait, mais plus je me forçais, plus je me sentais mal. Pendant la grossesse, votre sexe ne vous appartient plus vraiment. Il est palpé, ausculté, trituré. C’est un objet d’étude médicale. (Je me souviens, pendant ma première grossesse, une sage-femme m’avait expliqué qu’elle faisait toujours attention à demander à la patiente son accord avant de lui faire une palpation du col de l’utérus. Evidemment, c’était purement rhétorique comme question. Mais elle avait remarqué que le fait que la patiente dise “oui”, prononce le mot, simplifiait nettement les choses. C’est la seule que j’ai rencontrée qui faisait ça alors que ça coûte rien.) Mais après l’accouchement, au moment où tu penses récupérer l’usage de ton corps, ça se poursuit. Or, c’est mon sexe. Et dans sexe, il y a… et bien il y a sexe. Comme dans sexuel. Comme dans “niquons comme des oufs”. Pas comme dans “médical”, “examen”, “touché vaginal”, “palpation du col”, “frottis”, “introduction d’une sonde”.

Le jour où j’ai compris ça, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai annoncé à Mlle Périnée que c’était fini. Elle ne me reverrait plus. Elle s’en foutait comme d’une guigne mais moi, j’en suis ressortie complètement euphorique.

Et puis j’ai découvert une astuce : le meilleur moyen de remuscler son périnée, c’est d’avoir des orgasmes.

Ce qui m’amène à une autre réflexion : l’impossibilité de nommer le sexe féminin. En fait, tous les noms sonnent faux, il n’y a pas d’entre-deux. Soit c’est médical : vagin, vulve. Soit c’est le retour du XVIIème siècle : berlingot, abricot. Soit c’est infantile : foufoune. (Et je ne mentionne même pas le minou, la minette, la zigounette.) Chatte, moule, fouf ou schneck sont marrants mais pas employables dans n’importe quel contexte. Et je ne parle pas des surnoms que tout un chacune peut employer, ça me met mal à l’aise, au même titre que les mecs qui donnent un surnom à leur bite. Je ne veux pas un surnom, ni un truc poétique, ou marrant, ou ultra vulgaire. Juste un mot. Comme si c’était pas déjà assez compliqué d’être une femme, mais en plus si on ne sait pas comment nommer son sexe, on s’en sortira jamais. (Sexe n’étant pas satisfaisant non plus, ne serait-ce que parce que ça désigne aussi la sexualité et le sexe masculin.)

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17 octobre 2014

L’homme 2014/2015 vu par H&M

Aujourd’hui, parlons de trucs sans aucun lien entre eux parce que la logique et la cohérence c’est so 1910.
Si comme moi, vous prenez le métro, vous avez sans doute vu la nouvelle campagne de pub de H&M. (Mais jamais tu prendras autant le métro que moi la semaine dernière où j’ai fait 6 fois le même trajet en une seule journée.)

On y voit un jeune homme – oh… salut toi… – assez charmant.

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Charmant mais pas hyper viril. Fini le combo grosse barbe + bonnet (RIP Olivier Tesquet et Loic Rechi donc). Cet homme-là n’a pas de poil. Cet homme-là est sensibilité. Ca se voit à son visage doux comme une fleur de lotus.

Ce jeune homme a d’autres caractéristiques. Il est solitaire. Et… OH MON DIEU… Il lit LE JOURNAL. Fucking what ?!

Non seulement il boit son café seul dans un endroit qui met à disposition des journaux, mais il en a même un posé devant lui. Et ne croyez pas que ce soit un détail puisque sur cette autre affiche, il tient son journal d’une poigne ferme.

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Mais ça ne s’arrête pas là. Il pose également devant… attendez un magasin dont la vitrine présente des cahiers. Une papeterie ?? Où on vend aussi des vieux livres visibles sur le comptoir.

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Partant de là, rien d’étonnant à ce qu’il écoute des vinyls. (Sauf que là, vous noterez qu’il est devant la section Rock PQR. Pour les non-initiés, la PQR en journalisme c’est l’acronyme de Presse Quotidienne Régionale. Cette campagne de pub est sponsorisée par le syndicat de la presse écrite.)

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L’homme H&M 2014/2015 dit non aux tablettes, aux smartphones, aux sites d’infos, aux liseuses, aux mp3. Il dit non à la technologie impersonnelle. Il est sensible et fragile. En fait, cet homme est une pâquerette.

Mais gare à toi, petite pâquerette des bois, parce que H&M te prépare une surprise. Pour eux, ta compagne, ton alter ego féminin, ce n’est pas exactement une héroïne romantique, c’est ça. (Dire d’une voix caverneuse de bande-annonce de film américain : « c’est CA ».) (Elle a problème de céphalie liée aux courbes de l’affichage dans le métro.)

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Elle, elle est pas prête d’ouvrir un livre. Je vous le dis tout de suite. Elle, ce qu’elle veut, c’est du CUL. D’ailleurs, elle est tellement obsédée par la bite qu’elle a oublié de manger autre chose depuis 20 jours. Il est clair que cette créature se nourrit exclusivement de foutre. Elle est droguée au liquide séminal. Je ne dis pas ça rapport à sa mini-jupe. (Surtout que j’ai la même, mais en noir parce que ça fait encore plus pute). Je dis ça à cause de :

a/ son regard vitreux. Je présume que dans l’esprit du pubard, « vitreux » est plus ou moins = à « sensuel ».

b/ sa posture. Jambes écartées, adossée au mur, elle attend sa proie. Qui pourrait bien être le jeune homme romantique qui lit des livres.

C’est un joli renversement des rôles. Du coup, d’une situation sexiste débile on passe, magie de la publicité, à une situation sexiste débile. Avec une décérébrée qui pense avec sa chatte et un pur-esprit éthéré.

Maintenant que je vous ai bien appâtés avec une mini-jupe en plastique et du foutre, parlons littérature.

Je ne sais plus comment, je suis tombée sur une interview assez rare de Céline sur le site de l’Express. Au début, j’ai pensé « wahou… C’est vraiment méga exclusif ». Après, j’ai compris qu’ils avaient juste mis en ligne un entretien de 1957. Mais ça vaut son pesant (d’or ou de merde, selon votre jugement personnel sur Louis-Ferdinand). D’abord, l’intro du papier :

« Céline. Pour les moins de trente ans, rien. Pour les plus de trente ans, un monument souillé de boue, l’auteur d’un chef-d’oeuvre que l’on fit l’erreur de prendre pour l’expression d’une révolte: « Voyage au bout de la nuit ». Ce n’était que l’explosion d’un dégoût de l’homme, ce gros cochon qui se vautre et qu’il faut dresser, dresser, L’armée allemande s’y entendait. Elle eut droit à toute sa considération.

L.-F. Céline a parlé devant nous « pour que Gallimard me donne une avance ».

Ses réponses – ou plutôt son monologue – éclairent crûment les mécanismes mentaux de ceux qui, à son image, ont choisi de mépriser l’homme. L’aveu de son formidable échec, la pitié que peut aujourd’hui inspirer cette face, presque impersonnelle à force d’avoir été dénudée par l’existence, ne doivent ni ne peuvent faire oublier que d’autres rêvent de cette victoire sur l’esprit que l’on nomme fascisme. »

Donc en 1957, les moins de 30 ans n’avaient jamais entendu parlé de Céline ?! (En même temps, Luchini est né en 1951.) (Au fait, que vous aimiez ou pas Céline, il faut aller voir Luchini lire le Voyage. Au moins une fois dans sa vie.)

Bref. Céline, pour ou contre, c’est quand même juste l’un des plus grands écrivains français. Du coup, c’est intéressant de voir comment le journaliste éprouve le besoin de prendre ses distances avec lui. J’imagine la conf de rédac : « Qui veut rencontrer Céline pour parler littérature avec lui ? Michel ?

– Oh non putain… Pas moi. Merci la corvée. »

Et pourtant, cet entretien est fascinant. Et beaucoup de choses sont d’actualité. Morceaux choisis :

« La grosse illusion du monde moderne, c’est de demander à l’homme d’être à chaque fois un Lavoisier ou un Pasteur, de tout faire basculer d’un coup. Il ne peut pas! Un type qui trouve un petit quelque chose de nouveau, c’est déjà beaucoup, il est déjà fatigué. Il en a pour la vie. On parle de « messages ». Je n’envoie pas des messages au monde. L’Encyclopédie est énorme, c’est rempli de messages. Il n’y a rien de plus vulgaire, il y en a des kilomètres et des tonnes. » 

« Quand vous n’avez pas atteint la mercière, vous n’avez pas atteint les grands tirages. La mercière va acheter M. Daninos, va acheter Mme Delly. Tout cela, ça existe, c’est l’histoire, la bonne histoire. En un mot, c’est la série noire, c’est le fait divers que vous avez chez vous très bien fait, un peu brodé. Ça, ça intéresse le public. Le public s’intéresse à la voiture, à l’alcool et aux vacances. Nous sommes champions du monde d’alcoolisme, nous buvons 1.200 milliards d’alcool par an. Il n’y a pas de consommation supérieure. De ce côté-là, nous tenons. Et puis il y a la voiture. Chaque Français aura bientôt sa voiture. Et le cinéma fait le reste. On apprend à vivre au cinéma. Et puis vos journaux instruisent sur la vie. Aujourd’hui on ne va pas lire Balzac pour apprendre ce que c’est qu’un médecin de campagne ou un avare. On trouve ça dans vos journaux, dans les hebdomadaires. Les jeunes filles apprennent la vie dans les hebdomadaires et au cinéma. Alors, qu’est ce que vient foutre un livre? Avant on y apprenait la vie, dans un livre. C’est pourquoi on empêchait les jeunes filles de lire les romans. Les maris surveillaient les lectures de leurs femmes. Mais maintenant les bonnes histoires, il y en a plein dans les journaux: sur l’infirmerie spéciale du dépôt, sur l’asile d’aliénés, n’importe quel canard bien fait en contient mille. Ça ne présente aucun intérêt pour la littérature, c’est le sujet. »

En fait, je pourrais recopier l’intégralité de l’interview. Allez donc la lire.

Et puis, tenez, cette interview dont je ne me lasse pas (la voix, le vocabulaire, le débit)

Et la revoyant, je lui trouve physiquement un air de ressemblance avec Houebellecq. Houebellecq version 2014 hein. Parce que je suis aussi tombée sur cette interview de Houellebecq chez Ardisson. Un Houellebecq jeune, frais, bronzé et disons-le : mignon. Méconnaissable. Merde, on peut pas l’intégrer. Bon, elle est ICI. 

houellebecq-jeune

Sinon, pour occuper votre week-end, vous pouvez aussi aller regarder et lire cet article sur les chevaliers où l’on apprend que l’idée que leurs armures les empêchaient de bouger est totalement fausse, ou Comment on se battait vraiment au Moyen-Age.  

Et si vous avez un chat, vous serez sans doute séduit par l’un de ces incroyables produits. 

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2 octobre 2014

J’aime mon pyjama

Aujourd’hui, nous sommes le 2 octobre, un jour sombre pour tous les free-lances. Le jour où le reste de la France peut enfin déclarer sa flamme à son entreprise. Et oui, aujourd’hui, c’est le jour de l’opération J’AIME MA BOITE. Ma copine Diane s’était livrée à une époustouflante analyse de ce phénomène (impossible de retrouver le lien sur le site des Inrocks alors je mets celui-là, on s’en fout).

Cette fête vise clairement à ostraciser tous ceux qui travaillent seuls de chez eux. C’est pourquoi, cette année, je propose de lancer l’opé :

pyjama

 

 

9h : choix de sa tenue. Certes, on bosse en pyjama mais on travaille pas les pieds nus. Tous les matins, le free-lance doit choisir une paire de chaussettes adéquates.

chaussettes

9h15 : arrivée à la machine à café. Discussion imaginaire avec Augustin Trapenard.

cafe

9h30 : conf de rédac

conf

(Et m’emmerdez pas parce que j’ai un mac hein.)

11h : brainstorming sur mes articles en cours

reflexion

13h : pause déjeuner

dej

15h : aparté avec ma patronne et son gros cul

patronne

16h : moment convivial d’échange avec mes collègues imaginaires, (ici, Stéphanie)

collegue

Cette photo permet d’ailleurs de répondre à une question que plusieurs d’entre vous m’ont posée après mon dernier post : « pourquoi t’habites là ? » Parce que le square est pourrave mais j’ai une terrasse de batard (et un bureau séparé du reste de l’appart).

En cette journée J’M mon pyjama, je souhaite douceur et tendresse à tous les free-lances de France. Et n’oubliez pas, who runs the world ? Who’s the boss ? Free-lance women.

boss

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24 septembre 2014

Paroles de riveraine

Vous vous souvenez (ou pas) de ma première virée au manège avec Têtard (si non, vous devriez aller la lire). Depuis l’arrivée de Curly, toute perclue de culpabilité (oui, avoir un deuxième enfant c’est un peu comme si je faisais cocu Têtard) (ne nous attardons pas sur les implications psychologiques que ce parallèle implique). (De toute façon, être parent = redécouvrir la notion de culpabilité.) Bref. Donc pour compenser, Têtard a eu droit au manège quasi tous les soirs après ma sortie de la mater. Au bout d’un moment, à poireauter devant le truc qui tournait avec un sourire hypocrite scotché sur le visage et la main qui s’agite mécaniquement en disant “coucou têtard” toutes les 4 secondes (ce manège a une circonférence ridiculement petite), j’ai fini par remarquer le panneau qui m’indiquait que plutôt que de me faire enculer de 2 euros à chaque tour de manège, je pouvais me faire sodomiser de 1 euro par tour si j’achetais un carnet de 10 tours. (Pour 10 euros donc, oui, vous suivez bien). Parfait!

Et bien du jour où j’ai acheté ce putain de carnet, Têtard n’a plus jamais voulu faire du manège.

True story.

Têtard, l’autre nom du troll…

Mais surtout, il est passé à une autre passion : le… heu… le… l’espace avec un sol mou et un “collodent” (= toboggan en langage-têtard) et des poubelles éventrées et des seringues et des bastons à coup de machette. En bref, le square de Bagnolet le plus proche de chez nous.

Le truc est pas installé sur une bouche de l’enfer, il EST la bouche de l’enfer. J’ai pas collé de filtre instagram. J’ai cherché, et ils n’ont pas “filtre qui rend ta photo encore plus déprimante”.

Faisons un tour à 360 degrés.

L’entrée du “square”

entree-square

A droite

droite

Jeu n°1 : le toboggan

toboggan

Jeu n°2 : le tourniquet (avec, en exclusivité mondiale, têtard de dos)

tourniquet

Mais l’autre jour, c’était au-delà de tout. Je sais pas comment vous décrire le truc.

Tout y était.

Une petite de 4 ans en obésité morbide qui buvait une cannette de boisson sucrée. Une noire de 5 ans qui jouait avec des aérosols récupérés dans la poubelle pendant que sa petite soeur rampait et léchait un pot de yaourt trouvé par terre (leur grand mère était occupée à téléphoner). Quand des enfants roms se sont approchés pour faire du toboggan, elle leur en a interdit l’accès en criant « vous, vous avez pas le droit! » (alors que Têtard avait été autorisé à monter dessus. Il ne faut pas négliger le racisme entre gamins de moins de 10 ans.) Les adultes affalés sur les côtés qui n’en avaient rien à foutre. J’étais la seule conne debout devant le toboggan pour surveiller mon gamin.

Mais j’ai décidé de trouver un avantage à cette situation à chialer. (J’ai arrêté de lire Cioran depuis 10 ans, désormais je me concentre sur les aspects positifs de la vie.) Donc je me suis dit “au moins, je vais pouvoir me fumer une clope tranquille, sans me faire zyeuter par les autres parents comme si j’étais en train d’asperger le square au napalm”. (Ce qui m’arrivait régulièrement dans notre ancien quartier.)

Je m’allume donc une clope.

Personne ne me regarde.

On tire sur ma manche. Je baisse les yeux, la petite noire avec son aérosol de la poubelle me regarde et me dit “Tu ne devrais pas fumer.”

Rhaaaa… mais putain, c’est pas vrai!

– Oui, merci, je sais.

(Un jour, je vous parlerai de ma difficulté à communiquer avec les enfants.)

– T’es une fille. Les filles, elles ont pas le droit de fumer.

Je m’attendais à un cours sur l’état de mes poumons et je me retrouve face à une accusation quant à mon sexe. Une fucking discrimination en somme.

– What ? Mais qui t’a dit cette bêtise ?

– Ma maman. Elle a pas le droit de fumer parce que c’est une fille.

– Heu… Alors en fait si. Ici, en France, les filles et les garçons ont les mêmes droits.

– Nan. C’est pas vrai.

– Bah si. Les filles ont le droit de voter, de travailler, d’avoir un compte en banque et de fumer.

– Non. Les filles n’ont PAS le droit de FUMER.

Voilà pourquoi j’aime pas la plupart des enfants. Ils sont débiles. C’est impossible d’avoir une discussion correctement argumentée avec eux. Ce qui ne me dérangerait pas si au moins ils en avaient conscience et qu’ils s’écrasaient un peu. Mais les enfants qui se la ramènent genre on parle sur un pied d’égalité, voire qui te prennent de haut, ça me rend DINGUE. Ce qui explique la suite de la discussion :

– T’en sais rien. T’es trop petite pour savoir.

– Non, je suis pas petite.

– Ah ouais ? Tu sais compter jusqu’à combien ?

– Un, deux, cinq, partez.

– Ah! FAUX! TU VOIS!

Non, je ne suis pas un monstre. Elle m’avait cherchée. D’ailleurs, ça a parfaitement fonctionné comme technique parce qu’elle a immédiatement repris son statut d’enfant en quête de savoir s’adressant à une adulte qui SAIT MIEUX QU’ELLE, MERDE et elle m’a demandé :

– On compte comment ?

– Un, deux, trois, quatre, cinq.

– Ah…

L’ordre naturel des choses était revenu. J’ai fini ma cigarette avec la sensation d’enfreindre toutes les lois.

Sauf qu’après, j’ai regardé autour de moi. Elle a recommencé à jouer avec son aérosol.(= elle a essayé d’asperger Têtard avec). Sa soeur léchait le sol. Les enfants roms s’étaient regroupés entre eux, à l’extrémité du square.

Et je me suis sentie complètement déprimée. J’ai dit à Têtard “viens, on s’en va”. Mais lui, il ne voyait pas toute la misère du monde qui nous entourait. Il ne pouvait pas lire le tag “suce ta mère pd” qui est sur le tobogan. C’est chouette d’avoir deux ans et demi et de ne rien comprendre.

Après, je me suis demandée très sérieusement comment faire pour échapper à ce square. Têtard va vouloir y retourner. Et en même temps, le priver de ce square est-ce que ça ne revient pas à l’inscrire dans une école privée pour échapper à la sectorisation – tout en profitant du fait que ledit quartier offre des loyers extrèmement concurrentiels ?

Et puis, le lendemain, j’en parle avec un père de famille du quartier qui me dit “le square à côté ? C’est celui où il y a eu le règlement de compte.

– Oui, je sais. La bataille à coup de machettes.

– Non. Ca c’était la semaine dernière. Cette semaine, il y a eu des coups de feu tirés dans le square.

Ok… Ca a réglé mes problèmes moraux quant à la fréquentation de cet endroit.

Quelques jours plus tard, je repasse devant le square et là, je ne reconnais même plus l’endroit. Une centaine de personnes y squattent avec des caddies et des valises. En fait, il est devenu la place centrale du marché à la sauvette.

Parce que depuis quelques semaine, sans qu’on comprenne ce qui se passait, plus de milles personnes ont débarqué dans notre pâté de maisons. Elles s’entassent sur les trottoirs, débordent sur la chaussée au risque de se faire écraser, elles n’ont pas de toilettes, elles ont l’air fatiguées.

C’est Catherine Dufour, ma voisine, copine et auteur, qui a commencé à se renseigner sur cette situation et à interpeller absolument tout le monde. Elle est du genre tenace. (Et au passage, même si ça n’a rien à voir, elle a écrit un génial texte sur la vie sexuelle d’Alfred de Musset ici.)

Du coup, je suis allée “sur le terrain” comme une journaliste. Avec Curly dans le porte-bébé.

(J’ai même rencontré M. le député, avec donc Têtard à la main “maman, veux faire pipi” et Curly dans le porte-bébé ventral “aheeeuuuu” pendant que je me présentais “Bonjour, Titiou Lecoq, utérus heu… non, journaliste”.) Tout cela a donc donné un article que vous trouverez au bout de ce lien. (Je suis tellement heureuse d’avoir recommencé à écrire et à faire des articles.)

Pour en revenir au square… enfin, à l’espace au sol mou quoi. La mairie a envoyé des mecs d’une société de sécurité pour évacuer l’espace (évacuation ayant des limites temporelles, genre 13h/18h parce que Bagnolet est ruiné) et des camions de nettoyage. Sauf que, pas de bol, les multiples passages des camions ont niqué les structures des jeux pour enfants qui ont dû être retirés. (Ce qui a encore coûté de la thune que la ville n’a pas.) Du coup, maintenant, ça ressemble à ça :

square

 

Vous me direz, l’avantage, c’est que le jour où Têtard a découvert que « maman… Le collodent il a disparu… » (prononcé dans un souffle stupéfait, t’imagines la révolution intellectuelle que c’est pour lui, la découverte que les toboggans peuvent s’évaporer), l’endroit a perdu tout intérêt à ses yeux.

 

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