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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

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22 juillet 2015

Clark Gable, Parbunkells, l’Argentine et Kendall Jenner

Ok, là, j’en ai marre, je veux des vacances. A la place, je dois bosser et prendre des forces pour précisément partir en vacances avec ma progéniture.


En parlant de progéniture, depuis quelques semaines, Têtard lève brusquement la tête. Il a une expression étrange, comme si les aliens lui avaient implanté une puce qui réagit à leur signal silencieux. Et il dit d’un ton hyper inspiré “Maman! Une patate!” Comme ça arrive dans la rue ou dans le métro, 20 fois par jour, j’ai commencé à me dire qu’il souffrait d’une légère psychose. Jusqu’au jour où j’ai compris que les patates en question ce sont les Minions. Et qu’ils sont putain de partout. C’est pire que les crottes de chien ces trucs. Je fais une overdose. Comme elle dit…

Sinon, sachez que mon navigateur est ouvert sur cette page depuis plus d’une semaine.

angoisse-mort 

Ouais. Je sais pas trop pourquoi. J’ai des angoisses de mort. Dans la vie quotidienne, c’est passablement relou. Mais bon, je me soigne. (Me soigner = contempler longuement la page wikipédia dédiée.) J’en ai parlé au chef, il m’a tapoté la cuisse en grognant “mais non, touvabien”, puis “et si on regardait un film ?” et on a maté Hunger. Le film de Steve McQueen sur la grève de la faim de Bobby Sands, le militant de l’IRA. Argh…

Ne vous méprenez pas, ce film est extra-ordinaire. La claque. La même semaine, j’ai eu une autre claque cinématographique avec le film le plus mauvais que j’avais vu depuis trèèès longtemps : The Attack of the 50 foot cheerleader.

Bref, revenons à Hunger. Sachant que la dernière demi-heure consiste à regarder l’agonie d’un homme, en passant par les stades abcès, vidanges en tout genre, puis corps tellement fragile qu’il ne supporte plus le poids d’un drap sur lui, jusqu’à ce qu’il meurt. Ca ne m’a pas vraiment fait du bien à mon angoisse.

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Ca a aussi été l’occasion de regarder s’ouvrir un petit fossé entre le Chef et moi puisqu’après le film, j’ai dit “c’est ouf cette histoire quand même…” (je ne la connaissais pas) (non, je n’ai pas vraiment tout le savoir du monde dans mon cerveau) et il m’a répondu “je me souviens parfaitement de l’annonce de sa mort”. :/ Ah… Perso, j’avais un an quand Bobby Sands est mort.

Sinon, j’ai pas mal de trucs en stock que je voulais poster et puis finalement, j’ai pas eu le temps. Alors, c’est parti.

En préparant un article pour Grazia sur la drague en ligne, je suis tombée sur cette géniale (vieille) vidéo. Une meuf qui a hacké les sites de rencontre. La meuf est dingue, et son histoire aussi. C’est sous-titré en français et ça réjouira tous les adeptes de listes et de classements. Allez-y voir et écouter.

Pour ceux qui lisent bien l’anglais, il y a aussi cette story. En Argentine, pendant la dictature, il y a pas mal de jeunes qui ont “disparu”. Clairement, ils ont été tués par les militaires. Les mères et les grand-mères des disparus continuent de se retrouver toutes les semaines sur la Plaza de Mayo, elles réclament la vérité, l’ouverture des dossiers etc. Quand j’étais là-bas avec ma copine Carmela, on est quand même tombées sur un chauffeur qui nous a dit “pfff… c’est des conneries, c’est juste des jeunes hippies qui ont fugué.” Bref, voilà l’histoire d’un mec de 36 ans qui découvre qu’il est le bébé de disparus que l’Argentine cherchait depuis sa naissance mais qui, en même temps, n’a pas l’impression que c’est vraiment son histoire.  

Autre histoire un peu dingo : comment Clark Gable a violé l’actrice Loretta Young. Je vous le fais en version courte. Ils se rencontrent sur un tournage en 1935. Ils se draguent.

LorettaYoung2c 

Elle est sublime non ?

Mais Young est très catho donc hors de question d’aller plus loin hors des liens sacrés bénis par dieu et un curé. Mais c’est pas bien grave vu qu’à l’époque, le sexe d’une femme on a un peu tendance à considérer que c’est en libre-service, sur place ou à emporter, donc Gable va la retrouver un soir et la prend sur place. Elle se sent mal mais ne dit rien. Après tout, ils ont flirté ensemble, et puis c’est Clark Gable, pas un inconnu avec un masque de clown (référence subtile à un épisode la Petite Maison dans la Prairie que j’ai revu pour écrire ce texte). A l’époque, l’idée de viol ne se rapportait qu’à des inconnus qui vous agressaient dans une ruelle obscure. Ce n’est que 60 ans plus tard que Loretta Young mettra ce mot sur ce qui lui est arrivé. Bref, comme elle a pas trop de chance, elle tombe enceinte. Evidemment, hors de question d’avorter. Donc elle cache sa grossesse à tout le monde. Quand elle commence le travail, on la drogue au chloroforme pour que les voisins n’entendent rien. Et puis, le bébé, une fille, est déclarée sous un autre nom. Un an et demi plus tard, Young annonce qu’elle va adopter un enfant. (Le sien donc.) Problème : sa fille avait hérité des oreilles de Dumbo de Clark Gable. Du coup, pour éviter les commérages, elle fait opérer sa fille à l’âge de six ans pour lui recoller les oreilles.

Je vous spoile la fin : elle a pas eu des super rapports avec sa fille. Mais allez lire.

Sinon, je vous parlais récemment de mon amour certes déçu mais toujours présent pour Grey’s anatomy. Sa créatrice, Shonda Rimes, s’est lancée un défi particulier. (Un peu comme Zuckerberg qui se lance un défi par an.) Elle a décidé de dire oui à tout pendant un an. Elle explique que c’est l’expérience la plus incroyable qu’elle ait vécue. Et comme un éditeur lui a proposé d’en faire un livre, elle a dû accepter. J’attends d’avoir plus de détails mais dans l’idée, ça me plait assez.

Il se trouve qu’en ce moment, il m’arrive de bosser avec des gens “de le milieu de le cinéma”. Je vous raconterai. Et puis, comme 75% des individus croisés en soirée ces derniers temps, j’ai “un projet de scénario oui, je suis assez avancée mais j’attends un peu avant de le proposer à des prods tu vois”. (Ca me rappelle l’époque où je vivais Chez Jeannette, le bar oui, et où tous les mecs qui y trainaient rentraient systématiquement de New-York où y’avait une énergie dingue tu vois et bossaient sur un documentaire à la Chris Marker tu vois.) Bref, un lecteur de scénar français a fait des statistiques sur ce qu’il reçoit. Il en conclut que : « s’il fallait faire un gloubiboulga de tout ça pour en sortir un scénario représentatif, ce serait l’histoire d’un parisien de 32 ans obligé de se faire passer pour quelqu’un d’autre dans un milieu qui n’est pas le sien, qui se lierait d’une amitié improbable avec son opposé (en l’occurence un vieux qu’il faut faire sortir de la maison de retraite) et partirait en road trip avec lui ».

Il y a aussi ce super site. J’ai pas bien pigé l’idée mais ça m’a quand même vachement plu, les animations sont très belles et c’est l’occasion d’écouter des musiques de toutes les époques. (Si vous voulez m’expliquer en commentaire, allez-y.) (Vérifiez juste que vous êtes pas 53 à l’avoir déjà fait hein.) Et je l’ai découvert grâce à reader, un site que vous devriez aller voir plus souvent.

Dans le genre “la bonne idée qui me plait et tiens, j’aurais pu l’avoir mais pfff… en fait, soyons réaliste, même si je l’avais conceptualisée, je ne l’aurais jamais concrètement menée à terme alors tant pis”, une artiste de Brooklyn a récupéré un vieux mot du 17ème siècle. Le mot “parbunkells” (qui semblerait signifier : coming together through the binding of two ropes, soit… bah voilà quoi…). Ce mot était complètement tombé dans l’oubli. Conséquemment, il n’existait pas sur l’Internet. Elle a fabriqué un énorme panneau et l’a affiché sur un immeuble abandonné dans le Queens.

parbunkells 

Comme elle savait que des curieux chercheraient sur Internet, elle a écrit un texte qui était donc la seule occurrence (et résultat google forcément) de parbunkells. Elle a demandé aux gens de ne rien publier d’autre avec ce mot pour que tout le monde puisse expérimenter ce « silence numérique ». Cet unique résultat, lieu de rencontre entre le chercheur et l’artiste.

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Bien sûr, depuis, il y a eu nombre d’articles sur cette histoire, et donc de résultats sur les moteurs de recherche. Et un mot qui n’intéressait plus personne depuis 400 ans a fait le « buzz ». Ce qui me plait dans cette histoire, qui pourrait quasi être une nouvelle imaginée par le fils caché de David Foster Wallace et Borges, c’est qu’elle montre à quel point le langage relève de conventions. « Parbunkells » ne renvoie plus à sa définition originale, et ne la retrouvera jamais. L’artiste a réussi à le vider de son sens pour qu’il ne désigne plus que l’agitation autour de, précisément, son absence de définition. C’est exactement le même mot mais un individu a réussi à le transformer entièrement et il renvoie désormais, en gros, à la fabrication de signification et de contenu sur Internet.

Qu’un mot change de définition avec le temps, c’est un processus linguistique classique. A force d’être utilisé, son sens dérive. Ce qui est original ici, c’est que c’est précisément le fait que plus personne ne l’employait qui a permis de modifier son référent, et aussi que ce processus est le fait d’un individu seul. Ca va à l’encontre des règles linguistiques habituelles. L’artiste s’est appropriée un mot et l’a entièrement modifié, renouvelé, lui a donné par la force (humaine et algorithmique) d’Internet son empreinte – ce qui est peu ou proue le programme poétique de Rimbaud ou Mallarmé.

Dans un genre légèrement moins poétique, apprenez que le record de like sur Instagram a été remporté par Kendall Jenner (la demi-soeur de Kim Kardashian) pour cette photo. Mouais… Bof quoi. Moi aussi j’ai eu 14 ans et j’ai pensé à faire des trucs niais avec mes cheveux, est-ce que ça méritait vraiment de remporter un record mondial ? Nein.

jenner

Et évidemment, au cas où une personne au monde ne l’aurait pas vu, je ne pouvais pas vous laisser sans cette vidéo d’une femme qui accouche dans sa voiture en 32 secondes. Précisons qu’il s’agit de son 3ème enfant (ceci expliquant la rapidité du « travail »).

Bonnes vacances!

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14 juillet 2015

Mais que font les adolescents sur Internet ?

A mes heures perdues, il m’arrive de regretter l’Internet d’avant, quand il s’agissait d’un cénacle d’afficionados. Mais la démocratisation du web a permis au moins une chose : découvrir les autres. (Les autres : qui sont-ils ? Que pensent-ils ?) Prenons par exemples les jeunes. Chaque catégorie de jeunes a son Twitter – en général en fonction du milieu social parce que non, on ne se mélange pas plus sur Internet que IRL. Ce sont des bulles qui croisent rarement la nôtre. Tapie derrière l’écran de mon ordinateur, telle la version 2.0 de la concierge, j’aime bien voir ce qu’ils racontent. C’est effrayant et ça me donne l’impression d’avoir 134 ans mais c’est comme les accidents de train, je peux pas m’empêcher de regarder. C’est comme ça que je me suis retrouvée à suivre une histoire un peu dingue, qui vous rappellera sans doute les pires années de votre adolescence mais passées par un multiple de 100.

Je vous propose donc une plongée dans les abîmes des réactionnaires homophobes jeunes qui, en apparence, n’ont aucun point commun avec les serre-têtes de la manif pour tous et pourtant…

Le héros de cette histoire s’appelle Yanis, à l’époque il a 14 ans et plusieurs particularités. D’abord, physiquement, il a le visage d’un garçon de 12 ans mais un corps agrémenté de petits seins et d’une paire de fesses kardashianesques qu’il aime exhiber sur Internet.

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Ce qui est intéressant chez lui, c’est sa manière de manier la provoc dans un milieu finalement hyper normé. Il a un physique atypique qu’il devrait – selon la logique de son milieu – cacher, il décide au contraire de le montrer à tous. De même, alors que dans son univers « pédé » est l’insulte absolue, il revendique son homosexualité et surjoue la folle (aidé par un physique qui trouble le rapport au genre). Et en prime, il se revendique comme musulman – ce qui vous allez voir est sans doute ce qui choque le plus.

Bref, grâce à toutes ces provocations et sa manière de bousculer les normes, il devient une petite star dans l’internet des ados. (Sur Facebook, il était suivi par 13 000 personnes.) Il est un peu l’enfant caché de Perez Hilton et Kim Kardashian version .fr – mais son cerveau semble piloté par un scénariste d’AB Production.

Tout part d’une vidéo de cul balancée sur Internet il y a quelques mois. On y voit deux mecs en train de niquer. Evidemment, tout le monde veut savoir qui ils sont.

sextape

Le nom de Yanis commence à circuler. Alors il décide de couper court aux spéculations et fait un truc étonnant : il assume. Il dit oui, c’est moi. Mais par contre, il est un peu véner que son camarade de jeux le laisse seul face à la meute. Alors il balance son nom. Le camarade dément. Ca agace vraiment Yanis. Du coup, il se lance dans une narration détaillée de leur histoire sur Twitter.

Ame sensible s’abstenir, le contenu qui suit ferait passer mes posts du vendredi pour les nouvelles aventures de Candy.

Rappelons que le sens de lecture est de bas en haut.

recit-1

DONC il faut commencer par lire le tweet ci-dessus et remonter.

Mais comme je ne suis pas certaine que vous parliez tous couramment cette langue, je me permets de vous proposer une traduction :

« Au commencement de cette aventure, je m’en étais allé à l’auberge Châtelet avec mon fidèle compagnon Presley. Brusquement un homme rentre dans la taverne. #1

De prime abord, son physique ne nous sied guère. #2 (il semble qu’une négation est été omise dans la version originale) (ou alors ça donne : son physique nous charme d’emblée.) (je laisse le lecteur juge)

Il était en compagnie d’une dame. Presley et moi partîmes aux lieux d’aisance. #3

Ignorant notre présence dans cet espace intime, l’homme y pénétra également. #4

Presley et mois nous lavâmes les mains en nous admirant dans le miroir quand je vis que l’homme #4″

recit-2

« S’intéressait à ma partie postérieure #6

Puis il frotta son petit vît et nous dit « seriez-vous des pédérastes à la recherche de satisfaction immédiate ? »

Nous étions décontenancés mais nous réfugiâmes dans le rire. Il nous demanda ensuite de goûter son organe.

Mes amis ! Sur dieu, je jure que telles furent ses paroles ! Nous nous exécutâmes et il s’en réjouit. #9″

recit-3

« Bien que Presley fut réticent, il m’imita.

Mais le vît de l’homme restait timoré. Je m’appliquais donc.

Et j’en suis fier, je ne suis pas là pour vous plaire. Je travaillais donc avec acharnement et il en semblait comblé.

Malheureusement, l’aventure fut interrompue par l’arrivée impromptue d’un autre gentilhomme. Presley et moi étions tremblants. »

recit-4

« Je tiens à porter à l’attention du lecteur que le vît de l’homme humait le fromage

Et sa substance vitale rappelait le lait fermenté. »

#16 intraduisible.

Je vous le dis tout de suite, avec ce récit pimenté, Yanis n’élargit pas vraiment le cercle de ses amis. Premier problème : comment peut-il raconter ça et être musulman ? Exemples soft de ce qu’on lui envoie :

allah-regarde

imam

Deuxième problème : comment le croire ? En effet, comment imaginer que des hommes puissent se livrer à de tels actes ? Surtout que le camarade de jeux de Yanis se pose comme le prototype de l’hétéro viril. Et quant à ceux qui ne le traitent pas de mytho, ils ne comprennent simplement pas pourquoi il raconte cela alors qu’évidemment, il devrait être pétri de honte et se flageller avec des orties :

gay

Yanis répond laconiquement et continue d’assumer.

Assez vite, l’attention générale se concentre sur une question : de quelle origine est le camarade de jeux ? Parce que vous devez comprendre que s’il est camerounais, c’est la honte pour tous les Camerounais. Tout le monde veut donc savoir sur quelle population est tombée l’infâmie.

Quand on voit les réactions, on comprend que le mec en question ait eu moyen envie d’assumer :

« Le renoi qui a baisé Yanis la Légende même Satan ne voudra pas de lui en enfer »

« Le renoi qui a baisé Yanis la légende il vient de prendre son aller simple pour les ténèbres »

« Donc cest lui qui a plonger son kiki dans le caca de yanis la légende ? Mais qui sont ces parents cest une HONTE. »

« Le mec qui a baisé « Yanis la legende » il fait honte aux noirs ce gros Fdp faut le tué. »

(Est-ce que je vous traduis l’abréviation FDP ?)

C’est le festival des propos homophobes. Un déluge délirant. En gros, pour vous situer le niveau, pendant l’espace de quelques minutes j’ai eu la sensation que Christine Boutin était saine d’esprit. Et pendant ce temps, les menaces contre Yanis se font de plus en plus précises. Honnêtement, à ce stade, j’ai commencé à flipper pour lui.

menace-1

 

menace-2

 

Et encore, ça, c’est la partie visible de l’iceberg. Il faut y ajouter ce qui lui est envoyé en privé et les remarques IRL puisqu’il a affiché sa tête partout et que tout le monde peut facilement le reconnaitre dans la rue.

Quelques jours plus tard, sur un des ses multiples comptes Twitter (à mon époque, les jeunes ouvraient plein de blogs différents, désormais ils font ça avec Twitter, ils en changent constamment, adolescence = trouble de l’identité, besoin permanent de prendre un nouveau départ), il poste ceci :

testament

Suivi quelques heures plus tard par des messages rédigés par un de ses cousins qui aurait récupéré son portable et son compte Twitter. Il annonce que Yanis s’est pendu pendant la nuit, il est mort.

suicide

Wohou… (470 retweets oui, quand je vous dis qu’il s’agit d’un autre Internet…) Tout de suite, on pense « victime d’homophobie et de harcèlement, un adolescent se suicide ». Au passage, ça me vaut de tomber sur des tweets bien gerbants.

homophobe

 

Sauf qu’en fait, assez vite, certains se montrent sceptiques.

BFM

(Cet univers où BFM est l’alpha et l’omega de l’information vérifiée.)

Des petits malins cherchent sur google image et hop :

fake1

C’est à partir de là que nous avons la confirmation qu’un scénariste d’AB Production a pris le contrôle de l’esprit de Yanis. Parce qu’il ne s’avoue pas vaincu, il récidive avec une photo supposée de sa mère pleurant devant sa tombe et rebelote :

fake-2

 

fake-22

Le mec est pas doué quand même. En tout cas, cette fois, c’est foutu, il est démasqué. Quand tu te fais griller de façon aussi évidente, tu fais quoi ? D’abord, tu continues de faire le mort pendant quelques jours et ensuite… Bah ensuite, il a posté sur un autre compte : Bah non, j’étais à Marseille, c’est quoi cette histoire de suicide ?

marseille

Finalement, il a avoué la mystification. Mais il a surtout fait un retour sur lui-même, une réflexion sur ce qui lui est arrivé ces derniers mois. (Attention, je vous conseille de lire à haute voix parce que c’est assez phonétique comme style.)

regret

 

Et pour conclure :

privé

 

Quelle morale tirer de cette histoire ?

Il y a l’aspect Attention whore (= les personnes prêtes à tout pour attirer l’attention en ligne). Nous assistons donc au mea culpa d’un ancien attention whore qui pouvait certes être exaspérant. Et c’est sans aucun doute une bonne chose qu’il ait compris que chercher à attirer l’attention à tout prix, c’est dangereux. Mais ce qui me chiffonne, c’est l’aspect « pédé extravagant ». Parce que là, en gros, sous la pression collective, Yanis décide de rentrer dans le rang. Devenir un garçon « normal ». Il s’est servi de la provoc pour devenir une « star » d’internet, mais il n’empêche que voir un jeune musulman surjouer la pédale, ça dérangeait vraiment pas mal de gens. Et finalement, ce sont eux qui ont gagné.

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19 mai 2015

Philosophie du ras-la-moule

Annonce le bon coin de la promo : je serai en dédicace à la Fnac de Lyon Bellecour vendredi de 17h45 à 19h30.

 

Comme je suis éternellement bloquée dans le rythme scolaire, pour moi, là, ça fleure bon la fin d’année. Je me sens comme une élève de seconde dans une établissement scolaire qui fait centre d’examen et pour qui le troisième trimestre est une vague litanie rabâchée par les adultes et dont on ne voit concrètement aucune réalité. “C’est pas les vacances là, c’est le troisième trimestre!” Ah bon ? Vous êtes sûrs ? Parce que mon corps et mon esprit me disent le contraire – et pour une fois qu’ils sont d’accord sur quelque chose, je me dis qu’ils ne peuvent pas se planter.

Donc je suis off, je suis fatiguée mais à la différence de d’habitude, je ne paye pas l’année passée. Je suis fatiguée en mode ras-la-moule. La seule chose que j’ai envie de faire, c’est de m’affaler en t-shirt, avec un caleçon d’homme devant MTV, comme quand on était gamin. Nan, je plaisante. Pas devant MTV. (Maintenant, quand tu parles de MTV à un jeune, il te regarde comme si t’avais 75 ans. C’est terrible parce que y’a pas si longtemps, MTV représentait la modernité absolue.) Donc on dira plutôt m’affaler le mercredi soir devant Grey’s Anatomy. Ne me jugez pas. Rappelez-vous que ça a été une bonne série, même si elle a sauté le requin depuis un moment, sans doute à partir du troisième attentat. Aucun cimetière indien ne peut justifier la somme de malheurs qui s’abat quotidiennement sur cet hôpital. J’aurais un accident là-bas, les deux bras coupés, je hurlerais pour qu’on m’opère sur le bitume plutôt que d’être transférée dans cet hosto.

Et donc pourquoi devant Grey’s Anatomy ? Parce qu’il se passe un truc assez singulier entre cette série et moi. Malgré toutes ses incongruités, elle est toujours raccord avec ma vie. C’est-à-dire que les préoccupations des persos rejoignent les miennes. Avant, ce qui intéressait Meredith et Yang c’était de réussir leur internat (comprendre : publier un roman) et niquer et boire (comprendre : bah niquer et boire).

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Mais dix ans plus tard, elles sont dans d’autres problématiques qui se résument par faire ou ne pas faire de compromis entre leur vie familiale et leur carrière.

Moi, non. Moi j’ai dit : je ne ferai pas de compromis.

Il y a 8 ans, j’ai signé un deal avec la Vie. La Vie m’a dit “ok, tu veux pas faire de compromis ? On peut s’arranger, je vais te faire un crédit.”. Chic alors! Mais récemment, la Vie m’a rappelée “Allô ? Ici la Vie. Ton crédit est venu à terme, maintenant il faut payer. A l’époque, on n’avait pas trop parlé des intérêts, mais là, je te préviens, ça en fait un bon petit paquet.” Alors je passe à la caisse et je paye. Notamment parce que le mode de vie qui fonctionnait déjà pas très bien quand j’étais seule, bah il marche vraiment pas mieux avec deux enfants.

Avant, il m’arrivait de finir ma journée en m’effondrant en larmes d’épuisement parce que j’avais bossé non-stop depuis quinze jours sans déconnecter une journée, parce que j’avais accepté trop de choses et que pour respecter les délais je me faisais violence.

Bah là, pareil mais avec en prime deux enfants en bas âge. Je vis un cas classique de sur-sollicitations. L’impression qu’on me passe dans une machine à laver, qu’on m’essore, qu’on me tire dans tous les sens “Hey maman, pourquoi il fait noir dans le tunnel ?”, “Bonjour, pouvez-vous nous donner une date ?” “Maman, j’ai fait caca une fusée” “Bonjour, vous pouvez penser à apporter un chèque ?”, “Gaaaaa”, “Bonjour, tu peux me rappeler pour qu’on fasse une réunion ?”, “Bonjour, tu ne m’as pas répondu finalement”, “Maman, Curly il a dit Gaaa”, “Chérie, je trouve pas ma déclaration d’impôts”.

Et là, malheureusement, c’est souvent le dernier qui prend pour tout le monde. Va te faire cuire le cul avec ta déclaration, TOUS tes papiers sont dans la même boîte MERDE.

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Mais si je me retrouve dans cette situation, c’est aussi parce que j’ai décidé de consacrer pas mal de temps aux enfants. C’est un choix que j’ai fait. (Si on peut appeler “choix” un truc qui relève davantage du besoin viscéral de les renifler à longueur de temps.) Le mercredi, je garde Curly avec moi parce qu’il est tout petit et que je veux le renifler en profiter, les quatre jours restants de boulot, je vais les chercher pas trop tard. Ca me fait arrêter de bosser à 17h. Evidemment, j’essaie de rattraper comme je l’ai toujours fait, retourner bosser dans mon bureau à 20h30 quand je les ai couchés, gratter du temps le samedi et le dimanche. Mais dès que vous ajoutez dans l’équation un mois de mai avec des jours fériés, tout se casse la gueule. BADABOUM.

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Et puis, parfois, t’as pas envie. T’as pas envie de penser à rapporter des fringues propres à la crèche. T’as pas envie de contacter la CAF. T’as pas envie de t’occuper des vaccins. T’as pas envie d’étendre le linge. T’as pas envie de nettoyer les chiottes. T’as pas envie de ranger les courses. Et surtout, surtout, t’as pas envie de lui filer sa putain de vitamine D. (Dans ce genre de situation, tu vas te focaliser sur un truc à la con, un truc qui va symboliser ton ras-la-moule, et dans mon cas c’est d’administrer tous les jours que dieu fait ou ne fait pas une dose de vitamine D à Curly.)

Les week-ends, qui étaient déjà pour toi free-lance un concept vraiment très conceptuel, deviennent plus fatigants que le reste de la semaine et t’attends avec impatience le lundi matin parce que le lundi matin, il va se passer un truc dingue : tu vas pouvoir boire ton café tranquille, sans l’oublier sur le bord de la table dix fois dans la journée et le refaire chauffer douze fois parce que tu es interrompue, parce que Curly est tombé, parce que Têtard a eu envie de faire caca et qu’il faut lui essuyer les fesses, parce que le chat demande ses croquettes, parce que sur le trajet jusqu’à la salle de bain, t’as croisé un emballage de coton vide qu’il faut aller mettre dans la poubelle de tri et qu’ensuite, tu as buté sur le panier de linge propre qu’il faudrait trier et ranger. Parce que la sieste de l’un ne colle jamais avec la sieste de l’autre. (Bref, toutes ces choses qu’elle racontait très justement.)

Et à côté de ça, il y a ton travail. Ton travail parce qu’il faut gagner des sous et puis ton travail parce que t’aimes ça, parce qu’on te propose des trucs intéressants, que tu as envie de les faire et que tu as toujours dit que dans la vie, tu ne serais pas comme ces gens qui renoncent à des choses cools. Alors tu dis oui, mais il y a une mécanique derrière. Plus tu fais de choses, plus on t’en propose. Alors plus tu en acceptes. Et c’est génial. Jusqu’au jour où tu passes à la caisse. Où tu te rends compte que ce n’est plus possible.

Et puis, au milieu de tout ça, tu te dis aussi que tu n’as pas envie de n’être qu’une maman free-lance en jogging avec des cernes qui se creusent un peu plus chaque jour et des cheveux applatis par des élastiques bon marché. Il faudrait te remuer un peu, allez bordel, fais un effort, va chez le coiffeur, chez la manucure, épile-toi, fais-toi un masque etc – parce que les femmes sont les meilleures tyrans d’elles-mêmes. Alors tu fais un effort, encore un.

(Dis comme ça, on dirait une mère célibataire alors que pas du tout. Le Chef est là, il s’occupe aussi des enfants.)

Bref, arrivé à ce stade, normalement, une seule conclusion s’impose : on ne peut pas tout avoir. On a bercé ma génération de l’illusion qu’une femme pouvait tout avoir, illusion qui finit écrabouillée par le principe de réalité.

Mais c’est faux. La vie, c’est plus compliqué que ça. D’abord, il y a des périodes. Il y a des périodes où je consacre plus de temps au boulot, d’autres plus à mes enfants, des semaines où je vis en jogging et puis un jour, magie, je m’habille en dame. Rien n’est fixé. Et puis, il y a des moments. Il y a des moments où on y arrive, où on gère tout. Et d’autres non, d’autres où on se dit qu’on est nulle et qu’on ne mérite même pas le compost dans lequel on finira. Mais si vous partez avec l’idée que vous ne pourrez pas tout avoir, alors c’est foutu d’avance.

Oui, vous pouvez tout avoir. Vous ne devez pas hein. Faites vos choix, faites ce qui vous plait vraiment. Vous n’avez pas à être Wonder Woman, sauf si vous voulez être Wonder Woman. Et si vous voulez tout, alors prenez-le. Mais mon conseil, mes jeunes ami(e)s, ça serait de le faire maintenant. Si vous avez des projets professionnels ou pas professionnels, si vous voulez tenter des choses, devenir champion de macramé ou partir à l’autre bout du monde, faites le maintenant. Faites-en le plus possible dès maintenant. N’attendez pas je ne sais quel signe du ciel, parce qu’il ne viendra pas et qu’il sera trop tard. En règle générale, il est toujours trop tard, surtout pour attendre. Donnez-vous les moyens dès aujourd’hui. Parce qu’ensuite, si vous décidez d’avoir des enfants, pendant au moins quelques années, vous ne pourrez plus tout avoir, tout faire, vous serez prises dans un quotidien de gestion qui parait sans fin. Mais vous capitaliserez aussi sur ce que vous avez fait avant.

Moi, j’ai continué comme avant. Et c’était bien. Ce qui est bien aussi, c’est d’accepter qu’à un moment, ce n’est plus possible et qu’il faut modifier un peu son mode de fonctionnement, au moins pour quelque temps. Qu’il faut commencer à dire non à certaines propositions. Qu’il faut réussir à se dire que tiens, le week-end prochain, je ne bosserai pas. Peut-être même envisager de prendre de vraies vacances. Aménager un peu sa vie pour ne pas qu’elle vous déborde. Je sais aussi que l’année prochaine, Curly sera plus grand, je le laisserai plus longtemps à la crèche. Je suis contente de passer à la caisse maintenant, et d’avoir vécu pas mal à crédit avant, parce que c’est dangereux et néfaste de s’interdire des choses en amont.

Je crois que c’est Sheryl Sandberg dans une conférence TED qui racontait comment elle avait fait passer un entretien pour une promotion à une jeune femme qui lui avait dit qu’elle n’était pas certaine de pouvoir accepter parce que d’ici quelques années elle comptait avoir un enfant. Il ne faut jamais faire ça. Il ne faut jamais s’interdire quoique ce soit à l’avance. Partez du principe que la Vie, et accessoirement notre système économique tout pourri + une société française ultra-hiérarchisée, vont déjà passer un certain temps à vous mettre des batons dans les roues, alors ça ne sert à rien d’être votre propre obstacle. Si vous êtes un(e) schizophrène sain(e), vous devez être votre meilleur allié(e). Ne commencez pas à vous saborder.

baston

Bonus

Quand j’ai commencé mon ras-la-moule, j’ai tout de suite pensé à la polémique d’il y a trois ans aux Etats-Unis. Elle avait porté sur le “have it all”. Tout était parti d’Anne-Marie Slaughter. Elle avait un poste de directrice au département d’Etat des Affaires Etrangères. En 2011, elle abandonne son job et retourne à Princetown pour s’occuper de ses enfants, l’aîné étant en pleine crise d’adolescence. Et elle écrit alors un article pour expliquer qu’on ne peut pas tout avoir, et qu’il faut oser le dire pour que la société adapte ses normes et aide les femmes.

Vous pouvez lire l’article de Madmoizelle sur le sujet, qui est très bien, comme à leur habitude.

Mais ce que j’évoque ici est un peu différent. D’abord parce que dans cette polémique (qui l’avait justement opposée à Sheryl Sandberg), elles parlaient avant tout de travail. Et là, il faut faire attention parce que très vite, le mythe de “tout avoir” ou de la Wonder Woman peut servir essentiellement à nous transformer en bons petits soldats d’un régime économique et social qui nous demande d’être toujours plus productif. Ce que j’évoque, c’est plus large, c’est réfléchir à ce que vous avez vraiment envie de faire, ce dont vous avez besoin, ce qui vous passionne. Dans mon cas, les trois se mêlent dans mon travail. Mais ça peut s’appliquer à plein de choses. Le rêve de “tout avoir” ce n’est pas forcément d’être PDG ou politique. Ca peut être de voyager, de faire du macramé, du rodéo, n’importe quelle passion, n’importe quelle opportunité. Ca n’est absolument pas d’essayer de copier la connasse qu’on voit dans les pubs jongler savamment entre ses réunions de travail et l’organisation de la kermesse de l’école. Ne vous trompez pas, cette connasse ne veut pas seulement vous faire cracher votre fric, elle veut votre mort. Elle est là pour vous écraser.

Un dernier bémol : c’est difficile d’écrire sur ce sujet. Outre que ça ressemble très vite à des platitudes bien connes sur la vie, c’est difficile de donner une vision juste de la situation. Sheryl Sandberg a trop tendance à laisser penser que c’est facile de tout avoir. Ca ne l’est pas. En tant que maman de deux jeunes enfants, j’en chie. Mais parfois, on a aussi tendance à présenter les choses comme trop difficiles, décourageantes, comme si avoir des enfants c’était forcément renoncer à toute vie. C’est également faux. Ou les deux sont vrais. Ca dépend des moments donc.

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4 mai 2015

Les gens qui parlent, Sandro, Amy Schumer, Laurence Pernoud

Ces derniers jours, je trainais chez moi, me languissant dans mon jogging, et soupirant “ohalala… j’ai telleeeemeeeent envie d’écrire, ça me maaannnnnque”. Mais j’avais pas trop le temps, et puis pas des masses de sujets sous la main. Alors je me suis dit “bah, et si je faisais comme tout le monde partout en ce moment ? Et si je donnais mon avis hyper tranché sur la République, l’Islam, la Laïcité, le Voile, le Blasphème, Charlie Hebdo ? J’ai qu’à écrire que j’en ai ras le cul d’entendre tout le monde donner son avis péremptoire et définitif.” (Je sais pas si vous avez remarqué, mais les gens qui parlent sur le sujet, on a l’impression qu’ils sont l’incarnation de l’oméga du langage, qu’après eux, plus personne n’aura rien à ajouter, que toute parole s’abolira d’elle-même devant la pertinence de leurs propos. Le problème, c’est que derrière y’en a toujours une dizaine pour répondre et ça n’en finit pas.) Bref, j’allais donc adopter ce même ton péremptoire pour dire “en fait, vous commencez tous un peu à me faire chier”. Et puis, comme parfois il m’arrive d’avoir une fulgurances entre mes deux oreilles, je me suis rendue compte que c’était un tantinet contradictoire.

Alors, je précise le “ça me fait chier”. J’adore les discussions théoriques où on se branle mutuellement les neurones, la preuve, j’ai fait des études à la Sorbonne, mais en ce moment, le problème c’est que je n’y comprends plus rien. C’est comme un diner entre amis qui dégénère, tout le monde s’engueule tellement fort que t’entends plus personne. Le deuxième aspect pète-burnes, c’est tous ces spécialistes qui non seulement savent ce que les gens pensent mais également pourquoi ils le pensent et ce qu’ils devraient penser. Et enfin le fait qu’il faille choisir son camp. En soi, j’aime assez prendre parti et traiter les autres d’abrutis. (6 années en Sorbonne les gars, ça vous forge un cerveau.) Par exemple, vraiment tiré au hasard : le mariage pour tous VS la manif pour tous. Mais en ce moment… Comment dire… Je vois pas très bien pourquoi on devrait choisir, d’ailleurs, je vois même pas entre quoi on doit choisir.

Bref, du coup, j’ai quand même commencé un texte sur le sujet mais – vous vous en doutez bien – il a suivi le débat actuel et il est parti dans tous les sens.

gens-fous

Heureusement, sur Internet, il se passe d’autres choses. Ainsi, mon ami Sandro a ouvert un blog. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien mais situons le contexte. Sandro est mon ami qui me disait “T’as un ordinateur ? T’es sur Internet ? T’as ouvert un blog ? C’est marrant, au début, je pensais que t’étais un peu brillante comme meuf”. Donc le voir débarquer en ligne est doublement réjouissant. Outre une revanche personnelle aussi douce qu’une nuit étoilée aux senteurs nutella, il se trouve que Sandro m’a toujours fait rire. Donc allez voir son blog, je vous préviens il y parle de BD (oui ICI), de drogue (ICI donc), de cinéma (LA) et pas mal d’animaux (parce que Sandro aime les animaux, mais pas exactement de la même manière que vous et moi, autrement dit, son amour du monde animalier ne s’exprime pas par le fait d’envoyer un gif de chat avec un chapeau pour l’anniversaire de ses potes). (Mais c’est sans doute parce qu’il ignore l’existence même des gifs.)

Ensuite, je trouve que nous n’avons pas assez parlé d’Amy Schumer. Vous en pensez quoi ? “Je trouve qu’elle a tendance à victimiser son statut de femme blanche dominante dans la société”, “Ah mais TA GUEULE Emmanuel Todd”. (Désolée, cette blague est gratuite.) (En plus, j’ai rien contre lui en particulier, c’est juste que j’ai un sérieux doute sur la validité de la sociologie démographique territoriale.) (Oh mais TA GUEULE Titiou.)

Je ne vais pas vous présenter Amy Schumer parce qu’ici, on n’est pas chez Google. Mettons juste sa dernière vidéo – sans doute la remarque la plus pertinente sur l’obsession des fesses rebondies qui s’agitent dans les clips:

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Oui, grâce à un rappel simple : ça te fait bander, mais moi, ça me sert avant tout à faire caca.
Mais j’aime bien aussi cette parodie sur le football américain et le viol. “Le football, ce n’est pas le viol, c’est juste dominer et écraser tout ce qui se trouve entre vous et votre objectif”. (Et pourtant, je kiffe le foot américain. Même si j’ai jamais réussi à regarder un match en entier.)

Inside Amy Schumer
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Et puis, bien sûr, il y a cette vidéo sur le dernier jour où une actrice est considérée comme crédiblement baisable, avec cette vieille histoire que j’adore sur Sally Field qui, incroyable mais vrai, a eu une carrière avant de jouer la mère bipolaire dans Urgences.

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Donc en 1988, dans Le Mot de la fin, elle joue la meuf de Tom Hanks. Il se retrouvent en 1994 pour Forrest Gump, sauf que Sally a passé sa date de péremption et qu’elle interprète la mère de Tom Hanks.

Inside Amy Schumer
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Pour finir, faisons un point (o)(o) MILF. Têtard m’a gratifiée de son plus beau mot d’enfant. Un gamin me balance un ballon dans la gueule et Têtard se retourne en lui disant “tu m’as fait mal à ma maman!”. (Quoi le cordon faut le couper ? Mais TA GUEULE Laurence Pernoud.)

Sinon, mes réflexions pédagogiques se heurtent à un problème : comment faire pour qu’il n’apprenne jamais à lire l’heure ? Parce que là, c’est le bonheur de l’embrouiller “mais oui, il est 8h, c’est l’heure d’aller dormir. Mais si. Je t’assure. Tu vois bien.” Il lance un regard perplexe à l’horloge. Comme il est un peu méfiant, il insiste “Il est huit heures ?”. “Tout à fait.”

J’espère qu’ils n’apprennent pas en première année de maternelle.

Et pour finir, ce récent week-end de trois jours a été l’occasion de valider ma théorie selon laquelle la maternité, ça ne te change pas tant que ça. Rappelez-vous, il y a moultes années, j’avais fait un post pour expliquer que j’avais horreur de parler le matin, voire plus généralement d’entretenir n’importe quel contact avec une chose vivante qui ne serait pas mon chat. Et bien, ça n’a pas changer d’un iota. Sauf qu’avant, je pouvais prévenir le mec “ok, je viens passer la nuit chez toi, mais sache que demain matin, je vais m’enfuir sans t’adresser la parole, no offense”. Ce week-end, je me suis donc aperçue que :

1°) mon fils ne fait absolument pas exception, le son de sa voix le matin me gonfle.

2°) il est dans une phase d’apprentissage du langage où il commence à maitriser suffisamment de mots et de structures syntaxiques pour se transformer en mec vraiment très lourd qui t’agresse dès le réveil. Ivre de pouvoir entretenir une discussion, d’avoir le pouvoir magique d’enchainer des mots à la suite les uns des autres sans jamais s’arrêter, il a décidé de parler non-stop.

3°) ma stratégie d’évitement habituelle ne fonctionne pas. D’abord, parce qu’on vit ensemble. Ensuite, parce qu’il ne me comprend pas. “Têtard, doucement, je me réveille.” “Oui maman. Tu te réveilles maman ? Maman ? Tu vas boire un thé ? Un café ? Maman, on va manger un gâteau ? Regarde maman, je me suis assis à ta place hihihi.” LOURD. Gentil hein. Mais lourd. (Et oui, 75% de ses phrases commencent par “maman”.)(Du coup, l’autre soir, alors qu’il me demandait “maman ?” je lui ai dit “ouiiii têtard, je suis ta maman” un peu excédée, il s’est tu.) (Spoiler, c’était trop beau pour être vrai. Il a reparlé cinq secondes plus tard pour m’appeler “hey cheval, je peux avoir un yaourt ?) (Lourd mais drôle, tout n’est pas perdu.) Et en même temps, le jour où il s’en foutra de ma gueule, je me pends. Dans sa chambre. Avec ses caleçons. Et j’aurai préalablement ingéré ses préservatifs usagés. Je vous le dis tout de go. D’ailleurs, je lui dirai aussi. (TA GUEULE PERNOUD.) L’autre jour, j’ai vu Mommy. (Salut, j’ai des enfants, j’ai pas croisé une salle de cinéma depuis 2012.) Et donc, à un moment, elle dit à son fils “Tu sais, ce qui va se passer, c’est que je vais t’aimer de plus en plus, et toi, tu vas m’aimer de moins en moins, et c’est normal”.

J’ai fait une crise de tachycardie. Je n’ai aucune envie qu’ils m’aiment moins. Je n’ai aucune envie de ne plus être le centre de leur vie.

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18 avril 2015

Une liste qui va de Kuku à Jennifer Lopez en passant par des mouches

Comme je suis fatiguée et vaguement déprimée, on va faire simple. Or la forme d’écriture la plus épurée reste la liste.

1°) Dans la catégorie auto-promo, amis parisiens, mardi soir je fais une séance de dédicaces. Enfin, je crois que d’abord je dois parler et après dédicacer, et entre les deux boire. Ca se passe au Silencio. Oui, je sais. Ca fait peur. Mais ne vous inquiétiez pas, on m’a assuré que vous pourriez venir “comme vous êtes” (en pyjama et baskets donc). C’est à partir de 19h jusqu’à genre 20h30. Le seul inconvénient : si ça vous intéresse, il faut me prévenir parce qu’il y a une liste. Je peux mettre 50 personnes. Donc dites-moi en commentaire si je vous inscris (et laissez une adresse mail valide s’il faut que je donne des infos supplémentaires).

2°) Dans la catégorie le jeu qui te nique les yeux et te donne envie de bouffer les touches de ton clavier, je nomme Kuku Kube. C’est très simple, il faut trouver et cliquer sur le carré qui n’est pas de la même couleur que les autres. Allez, bon courage!

3°) Dans la catégorie je te jure que cette robe je la vois blanche avec des rayures bleu, la nouvelle polémique c’est de savoir si le chat monte ou descend l’escalier.

chat

4°) Dans la catégorie la vidéo qui te prouve que le système démocratique qui accorde le droit de vote à tout le monde c’est peut-être pas la meilleure idée du monde vu ce que certaines personnes ont dans la tête, voici celle de questions posées pendant une conférence scientifique. (“Est-ce qu’il a été mis au point un robot qui détecte une mouche qui a été sur un cadavre en campagne et qui rentre dans les maisons et se pose sur du pain ou du beurre ?”) Priceless.

 
Questions étranges lors d’une conférence par Spi0n

5°) Dans la catégorie oh bah dis donc je savais pas c’est marrant ça, cette semaine on a appris que Google Images a été créée à cause de Jennifer Lopez. A la 42ème cérémonie des Grammy Award, elle avait en effet oublié de mettre une robe.

j-lo

Du coup, tout le monde cherchait sur Google “Jennifer Lopez robe”, Eric Schmidt explique A l’époque, c’était la requête de recherche la plus populaire que nous ayons jamais vue.” Et assez vite, les mecs de Google comprennent que les gens n’ont pas envie d’aller lire un article, ils veulent juste voir la robe (ou plutôt son absence). D’où l’idée d’une recherche par images.

6°) dans la catégorie titre qui ressemble à un oxymore, la Théorie de la Tartine a été chroniquée dans un journal nommé “Essor Bigourdan”.

7°) dans la catégorie et la promo alors, comment ça se passe ? être en promo c’est tester un spectre médiatique assez vaste. Prenons deux expériences télévisuelles.

D’un côté, j’étais invitée à C à vous. Vous savez l’émission où les gens mangent élégamment des mets raffinés pendant que vous finissez la cuisson de vos bolos (dans les bons jours parce que dans les mauvais jours vous vous contentez de racler le fond du blédichef de votre gamin). Comme c’était l’émission du vendredi, c’était enregistré le jeudi aprèm. Grosso modo, vous êtes à table en train de bâfrer (et dans mon cas de picoler parce que les convives ont assez vite compris que mon alimentation était essentiellement liquide, genre Pierre Lescure m’a filé son verre de vin et JoeyStarr un ti-punch). Donc je picole, pendant que Anne-Elisabeth Lemoine dit du bien de mon livre, après j’essaie de parler un peu mais malheureusement, je dis le mot « placenta » (un jour il faudra que j’arrête de parler de mon placenta) donc je dis ce mot sans imaginer une seconde que ça va déclencher une réaction enflammée de JoeyStarr. Parce que Didier, figurez-vous qu’il a des trucs à dire sur le placenta. C’est cool (à part que tu sais que tu as 7 minutes pour faire la promo de ton bouquin et que là, ça en fait déjà 4 de perdues mais bon). Et cela m’a valu d’avoir un bout de mes cheveux en photo dans Closer.

closer

Après, je vais dans les loges récupérer mon blouson et je découvre un sac à mon nom avec à l’intérieur… UNE CREME. Juste le truc le mieux du monde avec le sexe, mes enfants et internet. En prime, la prod me rattrape parce que j’allais oublier de partir avec une paire de converses offertes. Et je finis au café avec elle.

De l’autre côté du spectre télévisuel, tu as l’expérience de crucifixion publique. J’ai donc testé fais-toi-défoncer-la-gueule, également nommée Ca balance à Paris, et pas qu’à Paris. Ambiance légèrement différente. On te fait entrer dans le studio par une porte dérobée pour pas que les chroniqueurs qui vont te pendre t’aperçoivent trop tôt. Ensuite, t’es cachée derrière un rideau rouge pendant qu’ils disent tout le mal qu’ils pensent de ton livre. (Et autant vous dire qu’il y avait matière.) Et quand ils ont enfoncé le dernier clou, Eric Naulleau annonce avec enthousiasme “et maintenant, Titiou Lecoq va nous rejoindre pour vous répondre”. Suivi des applaudissements du public. Là, j’arrive. Je souris. Et je… bah en fait, j’ai aucun souvenir de ce que j’ai raconté. Mais on m’a dit que j’étais pleine de dignité.

8°) dans la catégorie ce qu’elle a dit ça fait rêver mais c’est pas très sympa pour Sean Penn, Robin Wright a déclaré au sujet de son nouveau mec “je n’ai jamais autant ri, autant lu ou autant joui qu’avec Ben”.

9°) dans la catégorie conseil culturel, je suis allée voir le spectacle d’Océane Rose Marie et j’ai énormément ri. (Et pourtant, j’y suis allée, j’étais à peu près dans le même état de bonne humeur que Hitler le 22 avril 1945.) Mais je préfère vous prévenir parce que ça pourrait en déstabiliser certains : la première partie, c’est un spectacle comique classique à hurler de rire sur la vie de couple, les chats et Marseille, la seconde est complètement politique, sur le thème des privilèges des classes dominantes blanches.

10°) Bon week-end les amis. Bisous.

 

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