22 mars 2020

Confinement, part 1

Mais quelle angoisse… Quelle putain d’angoisse.

Vous voyez votre pote défoncé en soirée ? Celui qui est toujours affalé sur le canapé, en train de rouler un joint, vous n’êtes même pas certaine de l’avoir déjà vu debout ? A chaque soirée, quand vous êtes trop bourré·e, vous finissez par vous asseoir à côté de lui un moment, et il vous sourit, et il recommence pour la énième fois son délire, il vous explique que d’après des chercheurs on vivrait dans une simulation informatique. Et vous hochez la tête d’un air saoûlé.

Et bah je suis à deux doigts de me dire que c’était lui qui avait raison. Jamais été aussi proche de me convertir à la théorie de la simulation informatique alors j’ai pas touché de psychotropes depuis 15 ans.

Quand on pense que nous sommes confiné·es chez nous à cause d’une pandémie déclenchée par un type qui a bouffé un pangolin… Franchement, y’a des mecs, ils croiseraient Pikachu, ils en feraient un pot-au-feu.

Bon, mais essayons de revenir au début. Il y a un siècle, la semaine dernière. Comme d’habitude, j’ai fait partie des pessimistes et j’ai interdit à ma mère de sortir il y a 15 jours.

Quand Emmanuel Macron a annoncé le confinement (le jeudi soir hein, parce qu’on est d’accord que quand on ferme les écoles c’est pour le confinement, pas pour des vacances improvisées), une case obscure de mon cerveau s’est mise en branle et j’ai fait la seule chose à faire dans ce genre de cas. Je ne suis pas allée faire des stocks de pq au supermarché non.

J’ai fait une liste. Un moyen comme un autre de contrer l’angoisse. Je me suis dit que si je voulais vivre pas trop mal la situation il fallait que je la réinterprète en termes acceptables pour moi. (Oui, c’est la base d’un certain nombre de maladies mentales, je sais.) Nous n’allions donc pas être enfermés chez nous. Nous allions enfin nous accorder la pause dont nous rêvions depuis longtemps. Nous n’allions pas rester à la maison comme des merdes inutiles pendant que des gens risquaient leur peau à bosser dehors pour nous. Non. Nous allions mettre à profit ce reset de nos vies pour nous recentrer. A la fin de la quarantaine, mes enfants devaient parler couramment le chinois, maitriser toutes les techniques de peinture de Klimt, savoir coder un programme simple, réciter n’importe quel poème saturnien de Verlaine. Je pensais à tous ces cahiers d’activité que j’avais achetés et jamais utilisés. Je visualisais toutes les poignées de porte que je pourrais astiquer. On ferait le grand ménage de printemps tous ensemble. Les enfants trieraient eux-mêmes leurs affaires. Peut-être même qu’à la fin du confinement, on arriverait à la conclusion qu’il fallait changer nos vies et le capitalisme.

De mon côté, je devais enfin venir à bout de la liste d’articles inachevés que je me traine depuis dix ans. (Parmi lesquels un article intitulé Pourquoi Nadine Morano est-elle ministre.) Je devais écrire un nouveau livre. Je devais également métamorphoser mon corps grâce à un programme de gym à la maison que j’avais trouvé.

Tout cela étant évidemment facilité par le fait que 1°) notre appart est grand, 2°) notre copro est dotée d’un parking extérieur où les enfants pourraient s’ébrouer.

Et puis, la tuile. Il m’est arrivé le truc le plus con qui puisse vous arriver au début d’une quarantaine.

Je suis tombée malade.

Mais bordel… Quelle poisse de poissarde…

On commençait notre confinement total le samedi (puisque le vendredi Têtard était à l’école. Mais pas Curly parce qu’il toussait un peu. Indice qui eut dû me mettre la puce à l’oreille.) Bref. Le samedi matin, je me lève prête à changer ma vie et… je tousse. J’ai de la fièvre.

Pendant cinq jours, je n’ai pas quitté mon pyjama et mon peignoir de bain (parce que j’avais froid parce que j’avais des frissons). Et je toussais comme si on avait foutu du poivre dans mes alvéoles pulmonaires. Je ne sais pas trop si les enfants ont croisé une brosse à dents ces jours-là. En tout cas, je peux vous affirmer qu’ils ne sont toujours pas bilingues. Je suis fatiguée alors que je ne fous rien. Enfin, surtout le soir, à partir de 13h. Et je ne peux même pas dire que j’ai le covid-19, une annonce qui ferait sa petite sensation sur mon Facebook, vu que je n’en sais rien.

J’en étais là de ma lose, quand, lundi soir, se déclenche sous mon crâne une… migraine.

Génial. Merdeveilleux. Le premier médoc pour une migraine c’est l’ibuprofène.

Il faut savoir que l’ibuprofène est à la base de mon régime alimentaire.

Or il est déconseillé d’en prendre en cas de suspicion de covid-19. Par la grâce de Zeus et de Ishtar la toute-puissante, les triptans étaient autorisés. Mais bon, j’ai calculé que le début de mes règles (qui équivalent à une migraine d’enfer) tomberaient en même temps que mon 7ème jour de maladie, or « le septième jour guérira ou aggravera les symptômes » (bible de Pikachu, livre 3). Et que donc, au cas où il faudrait m’hospitaliser pour une détresse respiratoire avec des constantes qui auraient plongé, je préférais m’éviter règles et migraines en enchainant deux plaquettes de pilules (un des rares avantages du bouzin quand même).  

Et puis, l’autre nuit, je suis prise par un mal de bide terrible. Un truc où je me tordais de douleur. Ca ressemblait assez à mes crises nerveuses liées au stress. Et donc j’ai pensé « putain… ça y est, je fais une crise de panique liée à l’enfermement, c’est à cause de France Inter parce qu’ils ont dit que le confinement c’était pas bon pour les gens à la santé mentale fragile comme moi, il faut que je trouve un psy en ligne d’urgence, je vais crever ».

Bon, en fait, c’était pas psy.

C’était une crise de diarrhée.

Je suis donc la masse informe qui dégouline du canapé, loin de l’image du corps d’athlète des JO que j’avais prévu de me sculpter.

Etre malade pendant la quarantaine… S’tironie.

Mais heureusement, je vois le bout du tunnel de la maladie.

Et j’aperçois l’autre tunnel. Celui peuplé par… les enfants.

« MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE PUTAIN DE BORDEL LES ENFANTS ? »

Ce qui nous amène à : comment les enfants vivent-ils le confinement ? Question complexe, qui mérite un post à part entière.

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9 commentaires pour “Confinement, part 1”

  • Il y a du bordel qui fait plaisir à voir, car il est synonyme de vie.

    J’ai flippé, en lisant cet article, mais bon, apparemment, tu vas mieux, ouf ! :-)

    Juste un mot pour te dire merci pour ton dernier bouquin, qui m’a bien diverti. :-)

    Courage, patience, et espoir ! :-)

    Prends soin de toi

    le 22 mars, 2020 à 12 h 09 min
     
  • Vivement l’article « pourquoi Nadine Morano est elle ministre ? ». La question reste en suspens…

    le 22 mars, 2020 à 13 h 32 min
     
  • Oh un post, je suis contente, et je commence à lire et je me reconnais : cette 1ère semaine de quarantaine, je n’ai pas vu le jour, et sans être malade : juste débordée par la logistique, par l’école à la maison pour n°1 (10 ans), accaparée non stop par n°2 (5 ans), déboussolée complètement par l’enseignement à distance pour mes collégiens, avec mon cher et tendre (encore heureux pas mon chef, hein, ça je pourrais pas supporter) en télé-travail chut-faut-pas-déranger.
    Pourtant, à l’annonce de la fermeture des écoles, j’avais des plans moi aussi pour rentabiliser à fond cette merde, et moi aussi j’ai fait une méga liste.
    Bah rien sur cette liste n’est barrée.
    Et au final, j’espère juste qu’on va passer entre les gouttes, nous, et la famille proche, et nos amis, et mes collègues et mes élèves, et tout le monde en fait.
    Alors quand je suis arrivée dans la lecture de votre poste à la bascule, la maladie, ça m’a fait peur. Et j’ai souhaité très fort que ça aille bien pour vous (on est d’accord, mes souhaits n’ont pas d’influence sur la situation. Dommage d’ailleurs).
    Bref, je vous apprécie. Prenez soin de vous.

    le 22 mars, 2020 à 14 h 03 min
     
  • Du génie ! Très bon rétablissement et ménage de printemps (ou survie au confinement, déjà c’est pas mal)

    le 22 mars, 2020 à 21 h 43 min
     
  • C’est un peu bateau mais j’ai l’impression de lire exactement mon histoire de cette semaine, depuis les todo listes jusqu’aux plans megalos, en passant bien sûr par la case maladie bien pourrie sans diagnostic vraiment établi qui vient tout foutre en l’air! Je suis bien d’accord, c’est la poisse, la combo fièvre-toux étant hyper anxiogène en ce moment.
    Mais dès que je vais mieux (dans deux jours donc, si je continue sur vos traces) j’attaque la première ligne de ma premiere liste, a savoir la lecture d’un essai prometteur sur un certain Balzac :-) Confinement oblige ce sera en version électronique j’achèterai la version papier pour le mettre à coté de ses petits frères dans ma bibliothèque dès qu’on sera déconfiné. Bon rétablissement à vous, et merci pour ce post qui permet comme toujours de relativiser et de dédramatiser.
    PS J’espere quand même échapper au mal de bide…et aux règles douloureuses aussi.

    le 22 mars, 2020 à 22 h 41 min
     
  • Silver lining: ce blog est de retour. Ca valait presque le coup d’attendre une pandémie mondiale et une crise économique cataclysmique (en cours et à venir)

    le 22 mars, 2020 à 23 h 29 min
     
  • Hello Titiou,

    Je te lis depuis des années et suis contente d’être passée par ici voir si il y avait du nouveau.
    A la lecture de ce post j’ai clairement été partagée entre le rire et l’effroi et espère vite avoir de tes nouvelles pour savoir que tu vas mieux.
    Et, plus égoïstement, lire tes posts hilarants!

    le 23 mars, 2020 à 18 h 27 min
     
  • Non mais oh!!!! Tu ne vas pas abandonner lâchement tes lecteurs et toute cette infectieuse et pétrifiante macronchie pétainiste pour un petit virus bordel!

    le 26 mars, 2020 à 2 h 22 min
     
  • Il semblerait que le COVID-19 et la fermeture des écoles aient réglé pour un mois le problème de Curly (cf. ton post précédent) (et ça me réjouit pour lui!)!
    N’attends pas 6 mois pour reposter s’il te plait et bon courage à toi!

    le 26 mars, 2020 à 15 h 25 min
     

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