Citations

Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

28 novembre 2010

Les dramatic, le sida et Obama

Je suis au regret de vous annoncer que je ne passerai pas l’hiver. Faut se rendre à l’évidence. Entre ma propension à somatiser à la première contrariété et la rigueur d’un hiver en pleine érection, la question c’est qui aura ma peau des migraines ou de la fièvre.

Au milieu de ce calvaire que j’endure avec le courage d’une sainte chrétienne sous l’empire romain, j’ai quand même réussi à faire un papier pour Arte. Pour une soirée sur le Sida, Coach me demande d’écrire un truc sur comment ma génération qui a grandi avec l’épidémie et les campagnes de prévention, envisage le sexe et les capotes. C’est marrant, parce que ça fait longtemps que je voulais écrire un post sur le sujet, comment on vit sa sexualité quand on a été élevé dans la trouille du sida. Du coup, j’ai écrit le texte et en relisant, je me suis dit « jamais ça va passer sur le site d’Arte ». Face à l’équation : Arte + soirée spéciale Sida -> et bah moi je fais un texte pour dire que quand on est rebou, on a beau avoir maté tous les sidactions du monde, brusquement ça parait vachement moins grave de pas mettre de capote, et que ma génération, l’une de ses principales caractéristique, c’est surtout d’avoir la culpabilité au ventre le lendemain matin.

Et puis, en fait, le texte est passé tel quel. C’est LA.

Revenons-en à mon décès imminent. Conséquemment, il me reste assez peu de posts à faire avant de DCD. (Notons ici une déviance de blogueur. Normalement, on te demande « s’il te restait qu’une journée à vivre, tu ferais quoi ? » Le blogueur se demande « S’il me restait qu’une dizaine de posts à faire, je ferai quoi ? ».) Or, je n’ai jamais-jamais parlé des Dramatic. Et pour un blog qui a un tag « cromignons animaux », c’est une faute impardonnable.

Donc les dramatic, vous connaissez sûrement déjà (ces vidéos de quelques secondes où un animal se tourne vers la caméra avec l’air halluciné) mais on se fait le best-of.

Ca a commencé avec la vidéo du Dramatic Chipmunk, il y a trois ans. Tirée d’une émission japonaise, un internaute a pris la séquence pour se concentrer sur le regard de l’animal avec une musique tirée du film Young Frankenstein de Mel Brooks, 1974 (coucou wikipédia).

Ensuite, il y a eu le lémurien :

Et le chat (<3) :

Le Dramatic cupcake dog :

Et le dramatic hamster :

Et la semaine dernière est né le dramatic eagle :

La boucle est bouclée.

Question : pourquoi c’est bien ? Réponse : parce que c’est l’anti-vidéo d’animaux. (Notez bien ce qui suit, c’est le sujet qui tombera au bac L pour la session de 2027.) C’est un peu le renversement des pôles magnétiques appliqué à la vidéo youtube. Le Nord devient le Sud, le regardant devient le regardé, l’arroseur est arrosé et plus personne ne garde les moutons puisque les moutons gardent désormais le berger.

Dans la traditionnelle vidéo animalière, la chose à fourrure est filmée en train de faire des choses mignonnes à son insu. Nous sommes, nous regardant, comme des dieux omniscients observant nos créatures inconscientes.

Dans le dramatic, l’animal se tourne brusquement vers nous, comme s’il avait conscience de la caméra, comme s’il avait un cerveau. La situation est donc brusquement inversée.

Du coup, j’en profite pour caler, ni vu ni connu, une vidéo de moi au réveil d’un écureuil :

Et sinon, ça fait rire que moi mais alors vraiment je me suis gondolée de rigolade. On a trouvé le sosie d’Obama, il est indonésien. De là, deux possibilités :

1°) soit Obama est pas du tout le premier président noir américain mais le premier président asiatico-américain,

2°) soit la théorie des races est fausse et un noir peut avoir un sosie citronné.

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21 novembre 2010

Robert Ménard, la femme, elle t’emmerde

Vous connaissez ma passion pour l’analyse de texte. Et bien aujourd’hui, j’ai l’impression que le dieu de l’analyse des présupposés sexistes dans le discours verbal a décidé de me faire un bien beau cadeau.

Le 19 novembre, débat sur I-télé. Une émission qui s’appelle « tirs croisés ». Robert Ménard, fondateur de Reporters sans frontières, et Claude Askolovitch débattent de la suppression de l’abattement d’impôt pour les employés de maison. A priori, pas un sujet glamour, un débat qui va ronronner doucement en fond sonore pendant qu’on fait autre chose.

Jusqu’à ce que Dieu intervienne et place ces paroles divines dans la bouche de Robert : «Ça pénalise qui ? Ça pénalise les femmes, parce que pour être clair, la plupart de ces emplois, c’est qui, c’est des femmes de ménage qu’on emploie parce que nos épouses travaillent aussi et qu’elles n’ont pas envie de repasser».

Relisez attentivement cette phrase dont la puissance intellectuelle n’a d’égale que le nombre de verbes. Vous pouvez également la visionner ici, puis vous répondrez aux questions suivantes.

1°) Démontrez en quoi Robert Ménard est l’ami des femmes, et pas seulement l’ami des femmes de ménage. Vous chercherez tous les indices qui prouvent que non, ce n’est pas une déclaration misogyne mais bel et bien une défense du droit inaliénable des femmes à repasser.

2°) Vous justifierez à l’aide de trois arguments l’idée selon laquelle le repassage est une affaire de femmes, que jamais il ne sera possiblement envisageable qu’un individu mâle puisse s’approcher d’un outil chauffant. Vous expliquerez que depuis la nuit des temps, le repassage est un secret que les femmes se retransmettent de mère en fille et dont elles ont interdit l’accès aux hommes. (Vous pourrez vous appuyer sur des études des dessins de la grotte de Lascaux qui prouvent que pendant que l’homme chassait le mammouth à mains nues avec sa bite en lasso, sa congénère en profitait pour sournoisement repasser ses culottes en peau à l’aide de pierres chauffées.)

3°) Vous développerez l’idée audacieuse de Robert Ménard selon laquelle le repassage ce n’est pas une question de temps, de corvée, de truc chiant à faire mais bel et bien une affaire « d’envie ». Vous pourrez exploiter au besoin des données génétiques prouvant le plaisir à repasser chez les femelles guenons en Nouvelle-Guinée. Vous développerez ensuite l’idée selon laquelle le travail salarié a cruellement amputé la femme de cette envie fondamentale de repasser et conséquemment en quoi il est une déviance grave de l’ordre naturel des choses.

4°) Vous ferez la liste de toutes les idées modernes sur les rapports hommes/femmes qui n’apparaissent pas dans cette phrase.

5°) Vous essayerez d’expliquer l’absence totale de réaction des autres interlocuteurs.

6°) Vous réagirez à la phrase d’Isabelle Germain : « Robert Ménard, les femmes, elles t’emmerdent ».

N_22 - LE REPASSAGE

Parce qu’il est temps de dire NON à ce genre de spectacle dégradant :

homme_repassage

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19 novembre 2010

Plan à trois et leçon de conjugaison

D’abord, une prise de position hyper politico-importante. On pourrait presque qualifier ça de « coup de gueule mélenchoniste ».

Il faut arrêter de décliner le nom d’un mag ou d’un site à toutes les sauces.

Je suis contre. CONTRE. Par exemple, à Brain, les reportages, on n’a jamais appelé ça des brainportages, ou la page brainpute. On a le droit de faire une déclinaison uniquement quand ça crée un jeu de mot ou un effet réussi. C’est le magazine Be qui a poussé le vice à l’extrème. Sur les blogs ou les sites, c’est souvent le « posté par/le » qui se transforme. Ainsi d’un site qui s’appelle Fricote – j’ai rien contre vous hein les gens de Fricote, je dirais même que je vous aime bien mais je suis contre l’intitulé « article fricotés le + date ».

Ensuite, une vidéo qu’elle est chouette. Je vous ai déjà parlé d’Udner et de son blog génialement absurde. Cette fois il a participé à un concours : 48h pour réaliser un court-métrage. Thème imposé : le documentaire animalier. Comme ils aiment bien se compliquer la vie, ils ont décidé de refaire un zapping de toute la télé. A voir ne serait-ce que pour le titre du livre « Uchronie, qu’aurait été le bleu si Hitler n’avait pas existé ? » Et pour l’estoufette. Et la télé-réalité.

On n’est pas des chiens from Udner on Vimeo.

Ils sont complètement barges.

En dernier lieu, j’eusse aimé que je rebondissasse sur un post de Maïa. (Ouais, j’ai maté le Président à la télé et je me suis dit que moi aussi je pouvais réinventer la conjugaison française.)

J’y rebondissasse parce que j’y souscrivasse totalement à ces propos :

« La probabilité que je choppe un mec en sortant dans un bar ce soir est nettement plus élevée que la probabilité que l’un d’entre vous, lecteurs mâles et hétéro, ramène une fille. En revanche, la probabilité que l’un d’entre vous, lecteurs mâles et hétéro, ramène un jour DEUX FILLES dans son lit, est nettement plus élevée que la probabilité que moi, même en vivant 200 ans, je termine la nuit en sandwich entre deux mecs. »

Voilà enfin un vrai sujet de fond. Déjà, les garçons, quand on leur parlasse d’un plan à 3, ils pensassent systématiquement : deux meufs. Le premier truc qui leur viendrût à l’esprit ne fusse jamais, au grand jamais, que la meuf estoit en train de leur proposer un truc avec un autre individu mâle.

Le premier argument qu’analyse Maïa c’est le «  je vais pas frotter mon spaghetti magique contre celui d’un autre garçon ». Sauf qu’en fait, comme elle l’explique, quand la fille proposasse un plan à 3 avec un autre mec c’est pas pour mater une scène homo. (Contrairement à la proposition du garçon avec une autre fille – ce qui expliquasse sans doute sa méprise.) Malheureusement, il est inutile de rassurer le garçon là-dessus. Parce que le simple fait de se retrouver au lit, poils à poils avec un autre homme estabas généralement inenvisageable.

Mais il y a un autre contre-argument que Maïa omet. En couple, il y a le « j’ai pas envie de te voir avec un autre gars ». Là, vous pouvez toujours tenter la psychologie inversée (également appelée freudisme). « Mais si ! Le fait que tu n’en aies pas envie, que ça t’effraie, que ça te dégoûte, c’est évidemment la marque d’un désir refoulé. Tu n’en as pas envie DONC tu en as envie. C’est merveilleux comme le monde est bien fait. »

En général, ça marche pas.

Mais ça vaut toujours le coup d’essayer.

Si votre dulciné est un homme évolué et attentif, il va vous proposer une alternative qui sera systématiquement : « si tu veux on peut essayer avec un sextoy ». Parce que le garçon est prêt à accepter la présence d’un deuxième phallus à condition qu’il soit en plastique. Pourquoi pas. C’est plutôt mignon de sa part comme attention. Mais là, c’est autre chose. Moi, je me vois pas lui dire « un plan à 3 ? Ok, mais à condition que ce soit avec une poupée gonflable. » C’est un peu comme… je sens que c’est comme un truc absurde mais je trouve pas lequel. Bref.

Evidemment, vous allez me dire, le plus simple c’est de faire ça en-dehors de l’entité couple. Ca simplifie tout.

Et bin faut croire que non parce que j’ai scanné dans mon immense mémoire toutes les histoires de cul qu’on m’a racontées (et y’en a un paquet, bravo les amis obsédés – ils se reconnaîtront) et je n’ai au total que trois exemples de tentatives réussies. Trois. C’est ridiculement peu.

Il est donc temps de le dire à la face du monde : le plan à 3 avec 2 mecs c’est un putain de mythe. Ca n’existe pas. Le porno nous ment – une nouvelle fois.

Ce qui est complètement fou c’est que c’est quand même le principe de… allez à la louche comme ça je dirais 48% des vidéos pornos actuelles, voire plus si on fait les stats avec celles qui sont en home des sites de boules (type « vidéos en train d’être regardées »).

Or le porno influence nos pratiques sexuelles.

Sauf là-dessus donc.

Conséquemment, on peut donc affirmer qu’on a trouvé un truc plus fort que le porno : la peur de comparer son spaghetti magique à celui du pote.

Parce que dans les tentatives foirées, toutes ont un point commun : un des deux mecs n’a pas réussi à bander. Parce qu’il était gêné par la présence de l’autre garçon. (En l’occurrence, ce ne sont que des histoires de gens qui n’étaient pas en couple les uns avec les autres.)

J’ai un peu galéré pour trouver une illustration, finalement il y a ce film SFW :

Threesome

Mais j’aime bien cette photo-là aussi :

acidcow

Et sinon, pour avoir un joli vernis nacré de blog-culture, comme le film de Banksy va sortir, il y a aussi ses sculptures  (ouais, y’a un vague rapport vu qu’il y a 3 personnages) :

sculpt-banksy

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15 novembre 2010

4chan, Tumblr, air, Michel Cymes

Aujourd’hui j’ai pas le temps, alors je fais du vrac (mais sous forme de LISTE).

1°) Michel Cymes a dit que Laurence Ferrari était sa meilleure amie. Je savais pas. Ca m’a laissée songeuse. J’aimerais bien faire un dîner Michel, Laurence, Meilleur ami et moi.

2°) J’aimerais aussi qu’Anne-Sophie Lapix et Olivier Besancenot vivent une belle histoire d’amour.

3°) Le truc de Facebook avec les vieilles photos qui ressortent c’est juste un Epic Fail permanent. Ils ont dit que les gens avec qui vous aviez été « in a relationship », ils les bloquaient. Super. Sauf que d’abord, comme je suis une petite rigolote, j’ai été in a relationship avec des amis. Ensuite, comme on connait un peu le principe de vie privée, on peut avoir été in a relationship avec quelqu’un IRL sans le dire sur Facebook. (Ouais, c’est possible, c’est dingue, je sais.)

4°) La guerre 4chan/ Tumblr ça me pète les ovaires grave. C’est vraiment une attaque à la con avec un fond d’anti-web de la part de 4chan qui est hallucinant.

Je suis d’accord avec tous les anons qui disent que c’est la chose la plus bête qu’ils aient vue.

Capture d’écran 2010-11-15 à 15.47.33

En gros, Tumblr c’est un site de bloguing. (Résumé grossier.) En général, les gens l’utilisent comme un genre de bloc-notes où ils postent ce qu’ils ont trouvé de cool sur l’interweb. Très souvent c’est des photos. Ou des vidéos. Plus rarement du texte. Donc qui dit photos, dit détournements de photos et donc memes. Les channers reprochent donc aux utilisateurs de Tumblr de poster du contenu qui vient de 4chan, en gros tous les memes.

A première vue, ça vous choque peut-être pas mais c’est une remise en question de ce qu’est le web. On reposte tous des trucs, c’est bien comme ça que ça fonctionne. Quelqu’un trouve un truc intéressant ou marrants et on le fait circuler. Je le fais sur mon blog, on le fait par mail, par Facebook, par Tumblr donc. Alors certes, sur Tumblr, très souvent y’a pas la source. Mais quand la source c’est 4chan, à savoir un forum anonyme, je vois pas très bien en quoi ça serait grave. C’est même l’une des caractéristique du meme : oeuvre évolutive, participative et anonyme.

C’est comme si 4chan faisait de l’anti-4chan.

Le truc qui a déclenché la guerre ça serait une blague de troll « What is air ? » qui traîne depuis un moment sur Tumblr et qui contamine 4chan (sauf qu’en vrai, on le voyait déjà sur /b/ depuis quelque temps). C’est aussi simple qu’absurde. Sur le forum, vous demandez « c’est quoi l’air ? ». Ca désarçonne les gens, ça pollue le forum, et ça énerve. (Du vrai trolling donc.)

whatisair2Une réponse trouvée sur 4chan (pour prouver que ça en agace sérieusement certains) :

1289834560482

Donc un conflit a démarré entre 4chan et Tumblr. Ils se sont pollués les uns les autres, qui avec du « what is air », qui avec du porno, et qui avec des photos de chatons. Résultat :

troll

D’autant que souvent, on retrouve les même personnes sur Tumblr et sur 4chan. Tiens, et si je me tirais une balle dans la couille pour voir ? D’ailleurs, sur /b/ y’a pas mal de messages de channers qui parlent de leurs Tumblr qui fonctionnent plus. Bref. Mais dans l’imaginaire sociologique, Tumblr c’est le truc des hispters et 4chan celui des geeks.

Comme le dit un anon : « trolling 4chan is stupid. « pissing in a ocean of piss ». Nobody even won to be honest. Wasn’t even a war, just a bunch of newfags raging and a bunch of hipsterfags thinking they actually trolled when all they could say is what is air. We should just leave everything on neutral ground. »

On voit donc une opposition newfags (les puceaux qui trainent sur 4chan en pensant être les rois du monde) versus hipsterfags (les chemises à carreaux qui ont un Tumblr)(no offense Olivier T.). Et au milieu de tout ça, les oldfags qui secouent la tête de désespoir.

Mais comme 4chan a un honneur à sauver, ils ont décidé de prouver qu’ils étaient les plus forts. Ils ont donc lancé une attaque DOS contre Tumblr. (Et ça, ça m’arrangeait pas du tout aujourd’hui parce que je voulais aller consulter des Tumblr.)

4chan

A l’heure où je poste, sur /b/, ils en sont à se rendre compte que non, y’aura pas de vrais vainqueurs dans ce conflit (VU QUE C’EST ABSURDE LES MECS).

Le monde serait plus simple et beau, si c’était comme ça :

Capture d’écran 2010-11-15 à 17.04.05

5°) Je dois live-bloguer la Maison du bluff ce soir à 23h sur NRJ12. Il parait que malgré la poétique présence de Moundir, c’est nul. Donc je vais galérer grave. Si vous avez rien à foutre de votre lundi soir (de toutes façons, y’a quoi à faire un lundi soir hein ?), vous pouvez venir me soutenir sur Slate, c’est ICI.

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12 novembre 2010

Le Grosplantitiou et son Politburo

J’ai fait un article définitif sur ma grande passion existentielle : la télé-réalité (avec du Qui veut épouser mon fils ? dedans et une url qui vous fera baver de plaisir). Et normalement, ce soir, je vais essayer de live-bloguer Qui veut épouser mon fils ? mais c’est un peu comme le saut en parachute et les bulletins météos, on sait jamais ce qui peut se passer…

EDIT : j’ai fini mon live-bloguing, chuis crevée. C’était ICI. Un peu compliqué à gérer mais bon… je ferai plus mieux la prochaine fois.

« Le Comité Central du PCUS et plus particulièrement son Bureau Politique, donnait les lignes générales de la planification. Le Politburo déterminait la direction générale de l’économie sur la base des indicateurs de contrôle (objectifs préliminaires), des projets d’investissement majeurs, et de la politique économique générale. Ces directives étaient soumises comme rapport du Comité Central au Congrès du PCUS pour y être approuvées. »

J’imagine assez bien que pour la majorité d’entre vous, ça, c’est juste du texte chiant. En fait, non. Je suis incapable de concevoir que ça ne vous fasse pas frétiller de bonheur. Ce texte, extrait de la description de la planification soviétique sur Wikipédia, me procure un sentiment de satisfaction intense, me plonge dans des transes névrotiques. C’est comme du miel au nutella qui coulerait dans ma bouche.

Ce que j’y vois, moi, c’est tout simplement une philosophie de vie. Ma philosophie de vie.

« Titiou et plus particulièrement son Bureau Politique, donnait les lignes générales de la planification. Le Politburo de Titiou déterminait la direction générale de la vie sur la base des indicateurs de contrôle (objectifs préliminaires), des projets d’investissement majeurs, et de la politique existentielle générale. Ces directives étaient soumises comme rapport de Titiou à Titiou pour y être approuvées. »

« Le GosplanTitiou définissait des objectifs et les transmettait aux aires du cerveau concernées, qui détaillaient les parties du plan correspondantes et diffusaient les données à la volonté (besoins en main d’œuvre, en matières premières telles que le sommeil, la nourriture et le sexe, agenda de production, budget moyen, progression possible du budget, besoins émotionnels, respect régulier de la liste des trucs à faire au moins une fois dans sa vie). Les planificateurs effectuent des enquêtes régulières pour connaître les besoins de Titiou. Le plan peut être révisé chaque année, en fonction des résultats. »

*Etudiants en psychiatrie, bonjour! Je serai ravie de répondre à vos questions et me tiens à votre entière disposition*

La planification, ça m’a prise toute petite avec la passion des listes. Plus tard, quand je suis devenue folle intelligente j’ai découvert que je pouvais faire une liste des listes à faire : une méta-liste. Par exemple, sur une liste de choses hyper importantes à faire de toute urgence, je pouvais écrire :

– me remettre au sport [ouais, c’est toujours se remettre, on écrit jamais se mettre au sport]

– réfléchir à ma vie : envie, besoin, où j’en suis, ce que je veux

– manger du jus du carotte.

Ca, c’est donc typiquement une méta-liste. Du coup, au meilleur de ma névrose, je pouvais faire une liste des trucs à faire dans la journée (histoire d’organiser ma glande le travail), une liste des trucs à faire dans la semaine pour avoir une meilleure vie, une liste d’objectifs à remplir à l’année (scolaire s’entend, l’année civile n’ayant aucun sens). Genre en septembre, ma vie elle en est là, à la fin de l’année, en juillet, faut qu’elle en soit là. (Dans mon esprit, je crois que la vie ça ressemble un peu à une partie de jeu de l’oie.) La merveille, c’est que ça marchait avec tout. Boulot, mecs, santé etc…

jeudel'oie

Evidemment, ma meilleure amie du lycée, appelons-la Az, était atteinte du même syndrome. En pire. Comparée à elle, j’étais une grosse guedin complètement wild. Et puis, cet été, elle m’a déclaré très solennement : « il faut qu’on arrête la planification ». Je l’ai regardée et après, j’ai éclaté d’un rire hystérique et des chauves-souris se sont envolées de mes cheveux. Arrêter la planification ? Mais t’es folle ma bonne amie ? Et pourquoi pas vivre au jour le jour aussi ?

Et là, elle m’a démontré que la planification avait failli foutre nosdites vies en l’air plus d’une fois. En l’occurrence, elle m’a dit « cette putain de planification m’a quand même amenée à rencontrer un prêtre italien pour préparer mes voeux pour mon mariage avec un garçon avec lequel je n’étais pas heureuse mais avec lequel j’avais planifié que je passerais ma vie ». J’ai hoché gravement la tête. Il est vrai que le problème de la planification c’est qu’en général, ce qui allait bien sur le papier en mars 2005 bah ça marche plus du tout en vrai en septembre 2006 (cherchez pas, c’est des dates au hasard, c’est pas les prochains numéros gagnants du loto, je suis pas non plus complètement barge, je vais pas vous les donner). Or l’amour de la planification peut vous pousser à refuser de voir une évidence qui vous forcerait à abandonner vos plans initiaux tellement qu’ils étaient beaux et bien prévus dans votre cervelas dégénéré.

Il se trouve que depuis quelques temps, je tente donc une expérience ultime : je vis sans plan. (Evidemment, cette affirmation péremptoire est à prendre avec des pincettes mais dans l’idée générale, c’est quand même ça.)

Et bin, je peux vous dire que c’est pas facile. Le seul avantage, c’est que ça dégage pas mal de temps libre (faire des listes prend un temps fou).

Mais comme je fais ça juste à titre expérimental j’ai évidemment prévu une date de fin. Le 31 décembre, je fais le point. J’ai fait une liste des trucs sur lesquels je ferai le point le 31. Y’a notamment « déterminer si la vie c’est mieux avec des plans ». (Re-coucou les étudiants en psychiatrie ! Ca va ? Vous kiffez bien ?) Bref. L’autre soir, Meilleur ami à qui j’expliquais fièrement ce brusque changement de philosophie m’a répondu (je le soupçonne d’être pas du tout convaincu par ma démonstration) : « en gros, t’es comme quelqu’un qui se promène avec un plan et qui décide de se perdre entre cette rue-là et celle-là ».

PWNED

On finit avec deux vidéos de mains pour amuser ses amis :

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