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Je crois que je suis à un tournant de ma vie.
-Moi, une fois par semaine
 

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13 octobre 2008

D’habitude elle est normale

J’aime bien m’entourer de copines résolument folles. Mais j’aime aussi avoir des amies pas folles (penser à arrêter de regarder Carla Bruni aux Guignols de l’Infos). Samedi dernier, c’était shopping avec copine pas folle. Une fille équilibrée, saine, stable, fiable. Mais quand elle m’a dit qu’elle devait passer au BHV, j’aurais dû me méfier. Les parisiennes, elles ne vont pas au BHV parce qu’elles savent que c’est de l’arnaque. C’était quasiment un des principes éducatifs de ma mère, et ma mère c’est la parisienne par excellence (belle, mince et élégante). Bref, cette proposition de BHV, c’était louche. Encore plus louche, le son de sa voix entre exaltation et impatience en me répétant « il faut ab-so-lu-ment que j’aille au BHV au-jour-d’hui« .

Arrivée dans le magasin, elle fait une première chose stupéfiante : elle sort une liste. En même temps, elle fait tout le temps des listes. Mais là, plantée au milieu de la boutique, elle a brandi sa liste avec un regard littéralement illuminé et j’ai assez vite compris que j’allais assister à quelque chose d’aussi extra-ordinaire que la reproduction des tortues de mer : une fille normale en plein épisode névrotique. D’abord, il fallait du déo X. Je me retourne et lui montre que « bah tiens, ça tombe bien, on est au rayon de la marque X ». Son visage s’obscurcit. Et de m’expliquer que ce n’est pas n’importe quel déo X, pas celui avec la bille, ni le stick, ni le grand spray, mais le petit de poche avec un pchitt. Je vois très bien, je me rappelle de la pub en 1999. Evidemment, au milieu des 3 milliards de déos du BHV, il n’y avait pas celui-là puisqu’à mon avis ils ont arrêté la production en 2003.

Ensuite, rayon papeterie. Et là, le massacre. Je sens tout son corps se tendre brusquement et son regard s’aiguiser comme celui d’une tueuse spécialisée en torture psychologique. Une espèce de Aussares de la papeterie. La meuf elle a même pas besoin d’adresser la parole au vendeur, il suffit qu’elle se dirige vers lui pour que, saisi de terreur, il sorte son coupe-papier et se l’enfonce dans le bide.
Pourtant, elle a commencé mollo. Il fallait des posts-it. Mais des posts-it sans motif imprimé. Mais pas les carrés parce que vous comprenez bien C’EST PAS PRATIQUE POUR FAIRE DES LISTES.
Ensuite, un petit carnet. Ca, je sais que le choix d’un petit carnet, c’est hyper important. Elle voulait un petit carnet moleskine. Bien.Mais pas moleskine Madrid, pas moleskine Porto, pas moleskine Barcelone (ils ont décliné un nombre de versions assez dingue). En résumé, elle voulait celui qu’ils n’avaient pas. J’ai cru qu’elle allait sauter à la gorge du vendeur pour lui arracher la carotyde avec les dents mais je la félicite parce qu’elle a fait un gros effort pour prendre sur elle.
C’est donc passablement contrariée qu’elle est passée au rayon stylos. Pratique, ça répondait à une question que je me suis souvent posée le soir en m’endormant : mais qui peut bien encore acheter des stylos ? Une fois le bac en poche, on se vole tous les stylos les uns les autres. C’est un peu comme les briquets. Mais je dois vraiment avoir une sacrée déficience intellectuelle pour ne pas avoir anticiper la raison de cet achat. Parce que ce n’est pas avec n’importe quel stylo qu’on peut faire de bonnes listes. Non. Il faut le BPS-matic fin, encre ultra soft, cône métal résistant. Miracle, ils en avaient. La preuve en image

Cette bonne nouvelle m’a valu un sourire suivi d’un léger gloussement de satisfaction névrotique. J’en ai profité pour lui faire remarquer que son comportement était un peu anormal. Pleine d’aplomb, elle m’a répondu « je sais, j’ai un problème avec ça ». « Ca » étant donc le rayon papeterie du bhv…
Et enfin, le clou, dans la bible ils appellent ça l’apocalypse, l’achat d’un cahier. Là, je commençais à être rodée. J’étais certaine qu’elle avait une prise de position très politique sur spirale ou pas spirale et qu’elle allait nous casser les couilles avec la taille des carreaux. Et bin, je l’avais sous-estimée. J’étais encore en-dessous de la vérité. D’abord, spirale. ok. Ensuite je lui demande « petits ou grands carreaux ? » et là, je la sens bizarrement évasive. Fuyante. Finalement elle me lâche « lignes horizontales ». Ah ouais… Quand même… Le truc dont personne se sert. Par miracle, j’arrive à lui trouver un grand cahier à spirale ligne horizontale. Elle y jette un coup d’oeil d’experte. « Non, ça va pas. » Mon regard ahuri passe alternativement du cahier à la copine en plein épisode névrotique. Bon sang mais c’est bien sûr, le problème c’est qu’il y avait des marges autour des pages. Et il fallait des lignes horizontales qui vont jusqu’au bout de la feuille. On cherche avec l’aide de deux vendeurs. Et ils nous trouvent un grand cahier avec spirale et des lignes horizontales qui vont jusqu’au bout de la feuille sans marge. Impeccable. Du bout des doigts, elle prend le cahier. Le suspens est à son comble. Dans les cinq étages du BHV les clients ont cessé de respirer. D’un air taciturne elle le feuillette, peut-être même avec une pointe de dégoût. Je l’encourage d’un « il est parfait celui-là, non ? » Et là, vous y croirez ou pas mais je vous jure que c’est véridique, elle baisse vers moi un regard super embêté avant de me répondre :
- Il a trop de pages.

CE POST EST DEDIE A JEAN.

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2 octobre 2008

Le mercredi on recycle sur le thème profils myspace.

Pour les gros paresseux qui ne vont pas toutes les semaines sur Brain et qui, conséquemment, risqueraient de rater un article qui a nécessité des heures de travail acharné, d’enquêtes de terrain, d’interview au péril de ma vie, et un peu parce qu’on aura compris que j’ai une légère tendance à recycler jusqu’à l’usure mes textes, le reportage de la semaine sobrement intitulé : AGE ET PROFIL MYSPACE.

L’avantage du blog, c’est de pouvoir expliquer que j’ai beaucoup hésité à mettre ce texte en ligne. La première version était la quintessence du mépris parisien tendance connasse parisienne se paye la tronche des beaufs provinciaux. Ce que je qualifierais de petit côté Technikart. Bref, une horreur. Malheureusement, quelques phrases me faisaient glousser (parfois, je me fais auto-rire et j’assume). Finalement, j’ai tout remanié. En gros, on est passé d’un florilège des profils myspace les plus bêtes à une typologie (ça, c’est un truc de rédac-chef les typologies ;) par âge qui m’a permis de m’en mettre autant plein la gueule qu’aux autres.

Maintenant que les sites communautaires ont largement parasité nos vies et qu’on perd je ne sais combien de temps par jour à consulter nos pages respectives et celles des autres, on peut constater que se dessine une typologie des profils. De même que les fringues marquent une appartenance à un milieu, l’esthétique de votre page myspace (exemple choisi parce que ce sont les plus personnalisables) vous identifie immédiatement. Mais étrangement, ces tribus fonctionnent avant tout en terme d’âge. Le rapport au net, à l’identité « virtuelle » parait être profondément générationnel. La discrimination par l’âge c’est moche mais ça marche.

Evidemment, il y a des permanences. Si on résume l’humanité vue par le prisme des profils sur Murdochspace, on arrive à des conclusions tout à fait édifiantes :
1°) en général, les gens sont curieux de la vie
2°) à une écrasante majorité, ils aiment profiter de la vie
3°) ils apprécient les couchers de soleil, le sable chaud, la gastronomie, les amis
4°) ils ont très envie d’échanger avec des personnes intéressantes qui ont des choses à leur apprendre sur la vie, sur l’expérience ou en général.
5°) ils n’aiment pas la télé. A en croire leurs profils, 40% des Français nous conseillent même de balancer notre poste par la fenêtre.

Est-ce la peine de préciser que la typologie ci-dessous est très légèrement caricaturale ? Prétérition.

Les gens de moins de vingt ans.
Ils sont totalement décomplexés vis-à-vis du côté exhibo, mise en avant de soi. Ils exploitent leur page comme un outil de promotion, mais le produit en question n’est pas un artefact extérieur, il s’agit d’eux-mêmes, leur vie, leur personnalité, ou du moins l’image qu’ils ont envie d’en donner. Une autre caractéristique, ils n’hésitent pas à s’envoyer des commentaires très personnels que les plus âgés auraient passé en message privé. (En même temps, c’est bien pratique pour les hordes de pédophiles dont on sait bien qu’ils guettent nos enfants sur internet « mes parents sont pas là, je crois que je vais descendre au macdo de Vincennes dans vingt minutes ».)
Qui dit moins de vingt ans dit profils de rebelles. Le plus fréquent : chuis trop conne et j’assume – la tendance Emma Daumas. Je commente mes propres photos où je pose avec une copine d’un « Trop graves les meufs! » Dans mes goûts, parce que j’ai confondu avec la rubrique « héros », j’ai mis Kate Moss et Pete Doherty et comme je me sens agressée par la terre entière je rajoute « je sais, c’est po original mais je vous emmerde. LOL » Ma page est de couleur noire. Avec des motifs roses. J’ai posté une fois un blog pour parler d’un truc que j’avais bien aimé.
Niveau photo, les adolescents ne semblent se trouver beaux que sur les photos où ils ne se ressemblent pas. Si possible sur-exposée pour faire disparaître tous les traits du visage, ce qui donne une allure fantomatique non identifiable. En plongée pour avoir l’air mutin – c’est une règle universelle, les filles sont plus jolies vues du dessus, surtout avec un décolleté. Son pendant masculin, c’est le mec qui, après 200 essais, a enfin trouvé son « bon » profil et l’expression de visage qui le rend séduisant. Du coup, il a posté 25 fois la même photo de lui – seul le décor change, on frise le photomontage sur la variation : « je fronce les sourcils pour avoir l’air ténébreux à une soirée, je fronce les sourcils dans un club, je fronce les sourcils dans ma chambre, je fronce les sourcils au camping ».

Les trentenaires.
Ils sont tiraillés entre leur envie de jouer le jeu à fond et la peur du ridicule.
J’ai une page myspace pour essayer de vivre avec mon temps même si je ne me fais pas d’illusion sur ce monde marchand de merde. J’aimerais bien poster de très belles photos de moi (où par exemple je froncerai les sourcils) mais on m’a inculqué très tôt que la vanité était péché. Du coup, je mets des photos genre naturelles mais soigneusement sélectionnées, ou alors arty (c’est pas moi que je mets en avant mais l’art de la photographie – bon… il se trouve que je suis quand même pas mal sur cette photo) ou des paysages. Dans les comments, j’ai laissé des flyers de mes potes mais comme je connais trop de gens, j’ai trop de comments.
Je refuse absolument le premier degré pour marquer une certaine distance critique sauf pour remplir les rubriques « musique, films, livres » – y’a des choses avec lesquelles on ne plaisante pas. (Certes, j’ai peut-être pas fini certains des livres que je cite mais j’avais vraiment aimé le début). J’ai une conception du bon goût sur internet qui m’interdit par exemple de commenter mes propres photos si personne ne l’a fait avant moi – ce qui est dommage parce que j’avais vraiment une bonne vanne pleine d’auto-dérision à faire.
Le cas extrême : chez moi, tout est public. Evidemment, mon profil mais également mon mail professionnel, mon mail perso, mon numéro de téléphone du boulot et mon téléphone portable. Je joue à fond le jeu du net exhibo, ce qui est à la fois un moyen de le dénoncer, de m’en moquer et peut-être de pécho.
Mention spéciale à ma conjointe – femme entre 23 et 30 ans. Son profil est privé. Elle est sur internet OK. Mais elle a une vie privée passionnante et pas envie que des gros cons puissent en profiter. Son profil, c’est un peu sa fleur aux 7 couleurs qu’elle a su préserver.

Les gens qui ont plus de quarante-cinq ans.
Leur profil déborde généralement d’amour pour autrui. Il doit se passer quelque chose de magique vers cet âge-là qui vous adoucit le tempérament.
Ma page est un espace d’amitié ouvert aux autres pour leur procurer bien-être et sérénité. C’est pour ça que j’y ai mis un gif animé d’une fée clochette qui fait un clin d’oeil ou d’un champignon qui sourit. Ce qui prouve que j’ai aussi le sens de l’humour. Le fond décoratif de ma page est un papier peint d’inspiration baroque Damidot que j’aimerais bien avoir pour de vrai dans ma chambre. Je suis « j’aime les gens pour ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent m’apporter et ce que je peux leur apporter ». J’emploie beaucoup d’expressions comme « belles rencontres » ou « aventures humaines ». Je lis Paulo Coelho. De nature docile, j’ai pris la question « qui suis-je » un peu trop au sérieux. Cette interrogation m’a considérablement embarrassé mais rempli de bonne volonté j’ai entrepris un petit résumé de mon enfance, de mon adolescence et de mon parcours professionnel. Je trouve formidable cette technologie qui permet de discuter avec des gens de tous âges, y compris des jeunes filles de 20 ans qui ont sûrement beaucoup à m’apprendre.

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30 septembre 2008

Seconde Chance – part two

Mais tout cela n’est que très anecdotique. Il y a deux points essentiels dans Seconde Chance.

Primo, ça valide ma thèse de la conquête du monde par les MILFS. Après avoir été relativement inexistantes pendant des siècles, ce qui perso m’allait très bien, les MILS sont partout. Evidemment, Sarah Palin, la Nadine Morano américaine. Et désormais donc Alice Lerois avec son air de Sainte-Nitouche qui donne envie d’aller la prostituer à Bogota.


Enfin… Tout le monde ne partage sans doute pas mes tendances sadiques.

Deuxio, j’ai une nouvelle détestation nommée Jonathan Demurger.

Et là, arrêtons-nous une seconde sur ce sujet d’une folle importance. Dans Betty, j’avais été sidérée (positivement) par le personnage de Justin (le neveux de Betty). Mais dans Seconde Chance je suis prête à lancer tout de suite une pétition pour la mort dans d’horribles souffrances du fils de l’héroïne. Jonathan Demurger. (allez jeter un coup d’oeil sur son site officiel, vous remarquerez que le fond bleu n’est pas sans rappeler le bleu des yeux de Jonathan).

Certes il est beau.
Mais c’est pas sous prétexte qu’on a des sourcils très bas près des yeux qui donnent un air pas content que ça dispense de jouer la comédie. Lui, ça va pas être possible.
Je sais, c’est moche de se moquer d’un jeune acteur et il serait plus courageux de s’attaquer à des stars reconnues. SAUF QUE, à l’heure actuelle, je ne vois aucun acteur capable de m’exaspérer autant que ce môme. C’est surement un gentil garçon, peut-être même un être humain comme vous et moi (mais ça j’en doute un peu quand même) mais c’est simple, à chacune de ses apparitions sur mon écran de télé, je fais une crise de psoriasis.
Je pense qu’il pourra remporter haut la main le Gérard du plus mauvais acteur de télé – une catégorie où pourtant la concurrence est rude.

A sa décharge, il est pas aidé par les scénaristes qui, visiblement, ont décidé de ruiner sa carrière – et peut-être même sa vie sociale pour les 20 ans à venir. A la fin du deuxième épisode on pressentait quand même vaguement que ce lycéen en sports-études allait avoir un problème de drogue. Or, depuis l’addiction au crack de Cricri d’amour dans Hélène et les garçons, il me semblait qu’une loi était passée interdisant catégoriquement aux scénaristes télé français de traiter ce genre de thèmes. Le massacre est à suivre.
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30 septembre 2008

Seconde Chance – part one

Cloîtrée chez moi pour des raisons de travail excessif, je me suis accordée une pause pour regarder le nouveau programme de TF1.
Quand TF1 se lance dans la série quotidienne pour remplir la case de 17h30, entre les Frères Scott et la Star’ac, on peut raisonnablement craindre le pire. Comme une invasion de Mimie Mathy déferlant sur le monde pour distribuer des pâquerettes parce que « la vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ». Mais en définitive, le résultat n’est pas aussi atroce qu’on le pensait. C’est presque regardable et comparativement à JoséphineAngegardien on est au top de la modernité scénaristique et visuelle. Rendez-vous compte, dès le premier épisode on nous a balancé du split screen.
Evidemment, ça ressemble beaucoup beaucoup à une resucée de Ugly Betty mais sur-adapté aux ménagères de moins de 50 ans. Les mecs, pris d’un accès de créativité, ont dû se dire « tiens, et si on faisait de notre cible publicitaire l’héroïne du programme qu’elle regarde ». Dans les points communs les plus frappants, citons :
I / le choc de deux univers qui n’aurait pas dû se rencontrer « selon le vilain ordre établi ». Une chicana moche dans un mag de mode VS une femme au foyer dans une entreprise de pub. Soit de gentilles femmes animées par de vraies valeurs et marginalisées par de vilains collègues assoiffés de pouvoir

II/ les locaux de l’entreprise.

III/la plupart des personnages.

Ouais, ça fait beaucoup de ressemblances mais rassurez-vous ils n’ont pas pompé le côté telenovelas déjanté de Ugly Betty. Le grand n’importe quoi, l’excès de tout, le jeu des caricatures qui font tout le charme d’Ugly Betty.

Attention, sous-classement du III.

1°) Le duo Wilhelmina et Marc, son souffre-douleur homo à qui elle fait part de ses terribles stratagèmes, devienne Laetitia et son ami photographe homo (y’a un truc avec le double diabolique homosexuel). Mais j’avoue un petit faible pour Isabelle Vitari l’actrice qui joue Laetitia. Elle me plait.

2°) Le gentil patron beau mec avec qui qu’on se dit qu’il va peut-être se passer un truc. Sauf que justement dans Ugly Betty ils nous ont évité cette corde-là et j’ai comme l’intuition qu’à TF1 ils ont moins de bon goût. Donc de Daniel on est passé à Marc. Mais une mention spéciale pour Sébastien Courivaud de Hélène et les garçons qui fait ici son grand come-back. Lui, je l’aime bien aussi. Direct, il a ma sympathie.

3°) La jeune salope fashion qui veut réussir. Anciennement Amanda (j’adôre Amanda) en France ils l’ont appelée, de manière absolument incompréhensible, du doux nom d’Audrey.

4°) Ok, on n’a pas encore de Christina, la bonne copine de Betty qui l’aide à survivre dans l’univers hostile de l’entreprise. Mais ça va venir – je vous le parie.

5°) une cellule familiale soudée malgré un gros coup dur. Dans Betty, la mort de la mère. Dans Seconde Chance, le mari/père qui se casse.

Bref, du vu, du déjà-vu mais du pas trop mal fait. Mise à part deux éléments… Attention teasing…

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20 septembre 2008

Le Suprême NTM à Bercy

Jeudi jour glorieux. Jour des seigneurs. Jour du Suprême. Comme la vie de pigiste est au-delà de la simple précarité juste une existence misérable, (lui, il en parle avec brio - comme à son habitude) il faut bien aller vendre sa force de travail ailleurs pour arrondir les fins de mois – surtout quand on a un déménagement en vue. Nota Bene : JE CHERCHE TOUJOURS UN APPART…

Elle nous avait trouvé un plan « travaillonspluspourgagnerplusetvoyonsgratuitementleconcertdeNTM ». Le fameux Bercy de reformation du groupe devait être enregistré et le cd du live vendu 10 minutes après la fin du concert. (Excellente idée pour se faire plus de thunes, jouer à mort sur l’émotionnel, l’achat compulsif)

15h : On croise Kool Shen. La journée commence bien. Je feins un air détaché du genre « bah ouais, c’est Kool Shen quoi, normal » et puise dans toutes mes réserves, des heures passées à pratiquer les Exercices Spirituels de Saint-Ignace de Loyola pour ne pas me rouler à ses pieds en hullulant de plaisir.

15h30 : Un rastaman nous explique dans un franglais approximatif que ce concept de cd live instantané est révolutionnaire. Ca doit être ça l’esprit corporate. Il essaie de nous faire croire qu’on va participer à quelque chose d’exceptionnel, une première en France. Je crois qu’il a pas bien saisi que la révolution du jour c’était la reformation du Suprême. Malheureusement pour lui, les gens embauchés pour ce genre d’opération sont généralement des étudiants sur-diplômés. Résultat il se heurte à un mur de scepticisme « mouais, ça a déjà été fait », « au fait, on est payé au black ou y’a un contrat ? », « on est payés quand ? », « on finit à quelle heure ? »

16h07 : on est tous avachis dans un couloir de Bercy (qui ressemble d’ailleurs étrangement à une piscine municipale des années 70). Cette fois impossible de me retenir, je glapis d’excitation en voyant passer le matos de Sefyu – le gardien de mon frère. Entre-temps, j’ai glissé 200 jaquettes dans 200 boîtiers vides. Rappelons que j’ai fait un DEA de sémiotique sur les difficultés d’appréhension du monde via la sémiose verbale.

17h30 : on recroise Kool Shen qui sort tranquille de la cantine. J’ai encore envie de lui sauter au cou mais comme tout le monde je fais semblant que je m’en branle.

17h33 : un remous dans le couloir, brusque agitation. Le vigile (3 mètre sur 2) nous saute dessus et nous plaque violemment contre le mur pour laisser passer Joey Starr.

17h34 : Joey est passé.

18h : on rentre dans la salle pour écouter les balances.

18h01 : on se fait jeter.

18h06 : on se faufile par une autre porte. Moment magique, Bercy vide, immense, les balances de NTM, ils ont pas l’air au point, stressés. Ils balancent du Nirvana.

18h07 : en pleine extase, je m’urine dessus.

18h30 : on retrouve rastaman. Il a l’air dépité et nous annonce que « ça va pas être possible, NTM refuse pour l’instant ». Ils préfèrent écouter le cd avant de le vendre. Bref, on est un peu au chômage technique. Pour nous occuper, nos patrons visiblement assez portés sur l’usage de drogues douces nous envoient harceler les premiers spectateurs pour récupérer leurs adresses mails. Moi, j’ai pas envie d’embêter les gens. Surtout que ceux qui donnent leurs adresses c’est toujours de pauvres gens qui se sentent obligés, qui ne comprennent pas du tout qu’on va leur pourrir leurs adresses avec du spam. Des gens défaitistes qui ont toujours la crainte de ne pas être en règle, de ne pas faire comme il faut. Par contre, nos amis les bourgeois n’ont aucun problème à nous envoyer chier d’un geste de la main comme s’ils chassaient un moucheron de leur vue.
Parmi mes collègues, y’en a qui sont sans pitié. On dirait qu’ils veulent vraiment faire leur boulot ces rats. Je trouve pas ça très solidaire avec moi qui glande mollement.
Toutes façons, j’ai horreur quand les chefs nous donnent à faire des choses absurdes pour justifier nos misérables salaires. Ils doivent se dire qu’ils ont acheté notre force de travail et qu’il est hors de question de ne pas l’utiliser. Quitte à en devenir contre-productif.

20h30 : Sur le planning, on est officiellement en pause. Là, vous vous doutez que le planning est mensonge. En réalité, on est dans les sous-sols de Bercy, au fond d’un local de 9 mètres-carrés. Elle a un ordi sur les genoux et peste contre les claviers qwerty. Je me ronge les ongles à toute vitesse. Putain on va rater Sefyu, on va rater Sefyu, on va rater Sefyu. Quand je suis sûre qu’il ne me reste plus aucun ongle, je mords directement dans la peau. Les murs se mettent à trembler, je lève une tête affolée. Le concert commence. Du sang plein la bouche, j’attaque ma deuxième phalange. Putain je suis en train de rater Sefyu, je suis en train de rater Sefyu.
Seule distraction, l’arrivée triomphale d’une de nos zélées collègues. C’est tout juste si elle a pas sorti le microphone pour annoncer « j’ai rempli 10 pages de mails ». (Au passage, je précise que j’en ai fait deux). On lui balance que maintenant faut qu’elle les tape sur l’ordi et on se barre.

21h30 : Nique Ta Mère. C’est extra-ordinaire. Incroyable. Un truc de dingue.
Evidemment, c’est un peu plus Carnival que Seine Saint-Denis. Autrement dit on privilégie le zouk sur le crâmage de voitures. Mais de nos jours, quand on s’appelle Joey Starr, on peut difficilement dire « on va tout brûler parce que l’Etat nous ignore, nous méprise ». C’était un peu la gageure de ce concert, trouver le bon ton et la bonne attitude.

01H40 : Allongée dans mon lit. Nuit noire. Les yeux écarquillés, je fixe le plafond d’un air ahuri. Putain faut que je dorme, faut que je dorme, faut que je dorme. Mon chat roupille tranquillement sur mon ventre. En apparence tout a l’air calme. Mais dans mes oreilles y’a un putain de vacarme assourdissant à base de pop pop pop pop. Pour le hip-pop. La Seine Saint-Denis bébé. Tintin, tinlintintintin – vous aurez reconnu Nirvana n’est-ce pas ? – Merde, je me lève dans cinq heures. J’arriverai jamais à dormir.

Le lendemain, on apprend que NTM a définitivement refusé l’opération cd live. Nos employeurs y perdent pas mal de thunes et envisagent de les trainer en justice. Ce qui ne manque pas de piquant c’est que nous, on n’a évidemment pas signé de contrat et qu’on s’est tous fait enculer de 10 euros sur la paie du jour. Mais ça, évidemment, c’est pas très grave…
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