11 septembre 2019

La bibliothèque idéale (des petits)

Préambule : je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur parce que quiconque touchera à WordPress sera prémuni à jamais contre le désir d’écriture. Bloguer est devenu une expérience cauchemardesque à cause des mises à jour de WordPress. Le backoffice est conçu comme si on allait écrire un scénario. Tout fonctionne par bloc. Tout est contre-intuitif. Tout est à chier dans la mélasse. En plus, je ne peux pas faire la dernière mise à jour parce que j’ai un truc trop vieux, et je suis en « non sécurisé ». (Et vous verrez que la qualité des images est dégueu, j’en suis désolée.) C’est véritablement décourageant. Alors pourquoi me voici ici ? J’avais abandonné toute idée de blog mais franchement, j’ai passé des vacances tellement formidables que je ferais n’importe quoi plutôt que de me remettre à travailler. Et puis, de toute façon, j’attends mon Balzac. (D’ailleurs saviez-vous qu’avant Beckett, Balzac avait écrit une pièce de théâtre, le Faiseur, dans laquelle les personnages attendent tout du long un certain Godeau ? Beckett a toujours affirmé que c’était pure coïncidence, qu’il n’avait lu la pièce de Honoré qu’après avoir écrit la sienne. Je dis « mouais »…)

Bref. J’ai donc décidé de me lancer dans un projet que je traine depuis longtemps dans une case embrumée de mon cerveau. Lister (UNE LISTE ouiii) les livres que mes enfants ont vraiment aimés. D’abord, ça me permet d’en garder une trace. Ensuite, on ne va pas se mentir : j’ai consacré outrageusement trop de temps à chercher les livres qui pourraient leur plaire (et cramer une thune dingue) pour que tout ce labeur disparaisse et ne revienne que dans trente ans, à l’occasion de discussions du genre « et c’était quoi le livre que j’aimais petit, celui avec un loup là… ». Et puis, comme il semblerait que les gens continuent à procréer, ça pourra toujours être utile à certain·es.

Vous allez constater qu’il manque plein d’incontournables. C’est soit parce que Têtard et Curly ne les ont jamais vraiment kiffés (RIP Petit Bleu et petit jaune), soit parce que vos enfants les entendront cinquante fois ailleurs qu’à la maison (Roule galette, La tétine de Nina, ces deux là je pense qu’ils sont fournis par la mairie en même temps que l’autorisation d’ouvrir une crèche), soit parce que ce fut un échec cuisant (Grosse colère a plongé Têtard dans un abyme d’angoisse parce qu’il avait peur qu’un monstre rouge sorte pour de vrai de sa bouche et ravage la maison), soit parce qu’il faut arrêter de déconner et qu’en vrai ce n’est pas pour les petits (non, on ne lit pas Otto à un enfant de quatre ans parce qu’il va vous regarder sangloter sans comprendre ce qui vous arrive).

A mon grand regret, j’exclus également de notre corpus les tonnes de livres que j’ai personnellement trouvés merveilleux et qui n’ont pas déclenché un clignement d’yeux chez les intéressés.

Cette liste est un peu biaisée dans la mesure où je n’ai pas mis les documentaires qui ont été la base de nos lectures pendant longtemps. Mais ça, ça dépend tellement de l’obsession qui va saisir votre progéniture… Ceci étant, je pourrais faire une sélection de quelques ouvrages par thématique si certain·es le souhaitent. Signalons tout de même deux indispensables :

Parce qu’avant de s’enchainer dans le désordre un livre sur les pirates, et un autre sur les Egyptiens et un sur les chevaliers, c’est pas mal de prendre un peu de recul et de leur montrer grosso modo l’évolution de la vie depuis l’origine. (Mon rêve secret aurait été de n’aborder les thèmes qu’en suivant la chronologie. Par exemple, on n’aurait pas lu de livre sur les pirates AVANT un livre sur l’Egypte antique. Ah… Cela aurait été merveilleux… Malheureusement, le réel s’est opposé à mon éducation fascisante.)

J’ai commencé à faire la lecture du soir vers les 9 mois de Têtard, avec la collection Mes petits imagiers sonores. (Je me souviens très bien d’être entrée dans une librairie pour demander un livre pour « petit » dis-je pudiquement. Quand la libraire m’a demandé son âge, je me suis sentie monstrueusement honteuse de répondre « 9 mois », j’ai ajouté des blagues sur la caricature de mère qui veut déjà foutre son rejeton à la lecture, ah ah… ces parents déglingos… mais la libraire n’a pas du tout eu l’air de trouver que c’était trop tôt, voire limite j’étais un peu à la bourre.) On en avait quatre, et à chaque lecture je répétais exactement les mêmes phrases. (Oui, c’est fastidieux mais ça crée un rituel de sommeil.) (Y compris pour l’adulte.) Et depuis, on a gardé ce rituel de lecture. Alors je comprends bien les parents que ça emmerde et loin de moi l’idée de les culpabiliser, faites comme vous voulez. Il y a des soirs où je n’ai vraiment, vraiment pas envie. Et il y a des livres que je n’ai vraiment, vraiment pas envie de lire. Mais pour nous, c’est quand même le Grand Moment où on s’installe ensemble au calme et où on peut se parler. Tous les écrans sont éteints, la radio est coupée, les enfants ont fait semblant de se laver les dents, ils sont en pyjama, ils s’enroulent dans les couvertures qui trainent, et ils s’avachissent aux quatre coins du canapé avec le chat. Parfois, je lis quelques pages et c’est fini. D’autres soirs, ils ont une multitude de questions à poser, et à partir de « pourquoi c’est toujours le loup le méchant ? » on aboutit à « il y a quoi au centre de la terre ? » C’est également le moment qu’ils préfèrent pour raconter quelque chose qui leur est arrivée. (Je le sais parfois à l’avance, quand leur choix de livres indique déjà une thématique. Par exemple, si Têtard choisit Max se trouve trop petit, de la collection Max et Lili…) Ce n’est donc pas simplement un moment de lecture, c’est un peu la pierre angulaire de notre communication. A noter également : je ne me prive pas de commenter les livres et de les critiquer le cas échéant. (Beaucoup sur le sexisme des histoires.) Voire de modifier le texte (je change les « hommes préhistoriques » en les « humains préhistoriques » par exemple).

Lectures vers 2 ans (les âges sont purement informatifs, ça dépend de chaque enfant, et de la lecture que vous en faites)

A part les imagiers et les cherche et trouve :

Les doudous de Didou 

Où est notre maman (alors ça… j’ai dû leur lire 200 fois chacun) 

10 petits pingouins (vraiment très bien)

J’y vais 

Va-t’en grand monstre vert

Bonjour docteur (énorme succès, la preuve qu’une histoire drôle et intelligente pour les petit·es c’est possible) 

Voilà le loup d’Alex Sanders (je n’ai jamais compris pourquoi mais Curly adorait ce livre, il le trainait partout)

Au secours voilà le loup 

Moi pas moi aussi 

Vers 3 ans :

Les livres des saisons évidemment. Inusables. Un investissement sur plusieurs années.

Le petit collectionneur de couleurs (pas assez connu, c’est un grand oui, peut-être à partir de 2 ans et demi)

On a une édition particulière du petit chaperon rouge (je modifiais la fin parce que là le loup les bouffait et point barre). Mais je vous conseille ce format. C’est chez hélium, ils font des livres accordéons, avec des découpes (ils ont aussi le chat botté et barbe bleue). On se met dans le noir pour la lecture, et on projette les images avec une lampe de poche. Enorme succès.

La petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête 

Peut-on faire confiance à un crocodile affamé 

Paco et la musique 

Le magicien des couleurs (un gros oui) 

Chhht 

Mon amour 

Le machin 

La chenille qui fait des trous

Les trois brigands 

La couleur des émotions

Papa ne veut pas (fonctionne pendant longtemps) (malheureusement) (perso j’expliquais quand j’étais en désaccord avec le livre)

La série des Simon le lapin bien sûr mais était-ce la peine de le dire ?

On a volé Jeannot lapin 

La coccinelle mal lunée 

La provision de bisous de Zou 

Le plus gros cadeau du monde

Je compte jusqu’à trois 

Les Crocolous (je ne sais pas pourquoi mais ça leur plait)

Quand j’avais peur du noir (problème : il fait peur. Dans le même genre : Bouh monstridoux fait moins peur)

Vers 4 ans

Un méli-mélo des animaux, indispensable. (Surtout si on peut aussi mélanger les mots.)

Cornebidouille 

La sorcière de la rue Mouffetard

Ana Ana 

Crotte de nez 

C’est moi le plus fort 

Voilà le facteur  (peut-être vers 3 ans)

Le gruffalo 

La sorcière dans les airs 

Le loup est revenu 

Monsieur sale (de manière générale j’ai du mal à trouver l’âge idéal pour les Monsieur/Madame mais celui-là c’est sans risque.)

On peut commencer à leur lire Mes premiers j’aime lire

Chien bleu

La sorcière tambouille (qui, à mon avis, est une grosse bouse mais les enfants aiment) 

L’abominable sac à main (ça fera rire les propriétaires de sacs à main) 

L’envol d’Osvaldo (très beau livre, avec un effet wahou quand on le sort)

Vers 5 ans

Lecture longue d’un Roald Dahl (j’avais choisi Sacrées sorcières)   

Tarzan à la gomme 

Le loup en slip 

Rébellion chez les crayons 

Martine (chez nous Martine et les fantômes) (vous sentez la mère qui voulait que ses garçons aient lu des Martine ?)

Clément et le rangement 

A calicochon (le classique pour entamer une discussion sur le ménage, en plus cette couv est magnifique, et en général on peut prendre tout Anthony Brown)

Le prince de motordus 

Le doudou méchant (Têtard n’a jamais aimé Claude Ponti parce que ce n’était pas logique et qu’il ne comprenait pas alors que Curly kiffe)

Clown de Quentin Blake. C’est une histoire sans texte, donc les non lecteurs apprécient. Ils peuvent le prendre et le « lire » en racontant ce qui se passe. On peut leur poser plein de questions « et là ? Qu’est-ce qui se passe ? Et pourquoi il fait ça ? » etc. Et puis c’est Blake, donc c’est beau.

De manière générale, on peut leur lire des J’aime lire. C’est quand même un gage de qualité des histoires et ça se trouve à 50 centimes dans toutes les brocantes de France.

Un beau livre de contes classiques, avec du sang, de l’alcool et des enfants abandonnés. (Dans le notre, il y a la véritable histoire de Cendrillon dans laquelle les belles-soeurs se tranchent les doigts de pieds pour essayer la pantoufle. Gros succès auprès des enfants.) J’ai également lu Le Petit prince à Têtard en grande section de maternelle. J’étais contre (je trouvais que c’était trop tôt) mais il l’avait entendu en disque au centre de loisirs et il voulait qu’on le lise ensemble. Finalement, il a aimé, il a même appris par coeur le dialogue avec l’ivrogne.

CP L’année la plus compliquée je trouve. Après la lecture plutôt à destination de Curly mais que Têtard écoute aussi, il se met au lit et il a une demi-heure de lecture seul. Je l’ai donc laissé faire sa sélection des livres qu’il a préférés l’an dernier.

La balade de Yaya

Les sardines de l’espace 

Jack le téméraire 

Chien pourri 

Verte (de Marie Desplechin)

Moi et ma super bande 

Tout pour devenir une sorcière

Un yéti dans ma classe 

Emilie et le crayon magique 

Et des Roald Dalh courts (je ne suis pas obsédée par Dahl, c’est juste l’un des meilleurs auteurs) comme La potion magique de Georges Bouillon ou Le doigt magique.

Mais on peut être en CP et vouloir tout de même qu’on nous lise des histoires. Je conseille alors Le feuilleton d’Hermès, absolument génial en lecture à haute voix (il a été écrit dans ce but là et ça sent). J’ajouterais comme lecture à faire ensemble, les livres d’énigmes. C’est difficile même pour Têtard, mais allez savoir pourquoi Curly les adore. (Enfin… il adore refaire sans cesse les mêmes dont il connait la réponse par coeur.)

CE1, c’est là où nous en sommes. Je pourrais donc faire des ajouts en cours d’année.

Prince Koo 

L’omelette au sucre  

Comment fabriquer un grand frère (qui contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre n’est pas un livre pour petit, c’est plutôt SVT niveau seconde mais c’est très bien fait).

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27 mars 2019

Méthode ménagère part 1

Je suis programmée comme une petite marmotte. Cette semaine, j’ai commencé à m’agacer en pensant au bordel dans la buanderie.

J’ai trié les livres des enfants. (Oui, comme les fringues, leurs livres deviennent trop petits.) J’ai nettoyé le tiroir à biscuit.

En un mot : c’est le printemps.

Ma capacité à sentir le besoin de ménage de printemps est quand même impressionnante. Et ce n’est pas du tout intellectuel, genre je regarde le calendrier et je programme que le week-end prochain il faut fait un grand ménage. Le grand ménage bout dans mes tripes. (C’est aussi le moment où je me dis que j’ai passé l’hiver à bosser seule chez moi, et que tiens, je pourrais sortir redécouvrir mes congénères.)

Or concernant le ménage, qui en tant qu’objet d’étude politique, reste une de mes grandes passions, j’ai encore découvert de nouveaux trucs. J’ai notamment eu une révélation ménagère. Nous voici donc en route pour une série de posts sur le ménage, en complément de Libérées.

La hausse des normes ménagères. J’avais bien l’intuition qu’il y avait eu un bond en avant dans ces normes, mais ça se confirme. Et bien évidemment ça participe de l’épuisement actuel des femmes. On leur en demande davantage niveau ménage qu’à d’autres époques. Et cette hausse de la norme est renforcée par l’esthétique à la mode.

Ca, c’est une reconstitution de la salle à manger de Victor Hugo dans son appart de la place des Vosges.

Ca, c’est tiré du nouveau catalogue Ikéa.

Deux salles à manger, deux ambiances. Dans une pièce sombre et encombrée, on voit moins le bordel ou la saleté. Le fait que nous souhaitions vivre dans des annexes de salles opératoires implique forcément un ménage impeccable. Du blanc partout, de la lumière partout.

Même plus récemment, rappelez-vous la passion des années 80 pour les intérieurs marron. Pensez aux décors du type Madame est servie. (Je cite cette série en particulier parce que c’est l’occasion de rendre un micro hommage à Katherine Helmond, qui jouait la géniale Mona et qui est récemment décédée.)

Ce qui nous tue en terme de ménage, c’est la mode du blanc chirurgical, aseptisé – cette dernière qualité étant à prendre au sens littéral puisqu’on ne se contente pas de nettoyer sa maison, il faut également la désinfecter.

Note au passage : sur Instagram, je suis étonnée par un paradoxe. Les intérieurs sont épurés. (Genre pas la maison de Gustave Moreau.) Et pourtant, leurs propriétaires semblent acheter toutes les semaines un nouveau truc pour la déco. Mais alors, elles remplacent ? Elles font quoi des vieux trucs ? C’est épuré mais sans cesse renouvelé. On ne voit pas l’accumulation d’achats et pourtant, il y a accumulation d’achats. C’est donc une esthétique de l’épure au service de la sur-consommation. Ce qui est grosso modo une aberration.

Or nous, quidam du ménage, pour atteindre cet idéal esthétique, nous sommes confrontées à un ennemi qu’on n’identifie pas toujours clairement, un opposant qui n’a l’air de rien mais qui vient niquer toute notion de rangement : les choses. Elles sont partout autour de nous. Des objets. Des objets qui sont la base du bordel. Des objets qui trainent et qui foutent en l’air l’instagrammabilité de votre logement.

Dans tous les manuels ménagers récents que j’ai pu lire, la première recommandation, c’est donc logiquement d’éliminer les objets – une préconisation qui n’existait pas du temps de Paulette Bernège (la première Française a avoir publié une méthode ménagère au début du 20ème siècle). Parce que les objets se sont multipliés. Et cela, en partie à cause de mon ennemi personnel : le plastique. (Et paf, voilà comment deux de mes obsessions : la lutte contre le plastique et l’inégale répartition des tâches ménagères se rejoignent.) Le plastique c’est pas cher et facile à fabriquer. Le plastique multiplie le nombre d’objets qui peuvent potentiellement envahir une maison.

Le plastique, surtout, surtout, est l’ami préféré des enfants. N’importe quelle merde de trois centimètres en plastique coloré est un trésor à leurs yeux émerveillés.

Si je prends trois grandes prêtresses du rangement, à savoir Marie Kondo, Béa Johnson et FlyLady, ce n’est pas un hasard si leur étape n°1 consiste à nous convaincre que nous possédons trop de choses. Pour Marie Kondo c’est même l’essentiel de sa méthode. Après, elles ont chacune leur « truc ». Pour Kondo, il faut poser une semaine de congé, mettre une robe de soirée, tout rassembler au centre d’une pièce par catégorie d’objets, constater ce que l’on possède. Ensuite, la chose passe le test dit de l’étincelle de joie.

Pour FlyLady, la méthode est opposée. On n’y consacre que 15 minutes par jour. On enfile des chaussures, on lance un minuteur pour 15 minutes, et on traverse la pièce un sac plastique (argh) à la main et on y met 27 objets sans réfléchir. Ensuite, on donne, jette ou vend son contenu sans revenir sur sa première impulsion. Pour Béa Johnson, encore une autre méthode. Elle, elle part de ce dont on a besoin. En vrai, vous avez besoin de sept t-shirts dans votre placard. Et bah vous vous débarrassez de tous les autres. (Béa Johnson a peu de problème de ménage vu qu’elle ne possède quasiment plus rien.)

Elles ont tout de même un point commun : si ça n’a pas servi au cours du mois passé, c’est qu’on peut s’en débarrasser. Parce qu’alors ce qui était un outil est devenu une chose. Un truc sans finalité, dont le poids mort étouffe notre horizon. Le garder parce qu’il est en bon état, voire carrément neuf, n’est pas un critère efficient. On s’en sert ou on ne s’en sert pas. (Et il fait jaillir de la joie dans votre petit cœur ou pas.)  

Elles vantent toutes les trois les bienfaits de ce désencombrement. Nous serions asphyxié, y compris physiquement, par les objets qui nous entourent. (Ajouter ici une dose de feng-shui.)

Le fait que ces femmes soient devenues des cheffes à la tête d’entreprises florissantes n’est pas anodin. Nous avons besoin de stages pour apprendre à nous débarrasser de tonnes d’objets qui ne nous sont d’aucune utilité. Si ça, c’est pas le signe d’une civilisation malade et dégénérée…

En essayant de nous faire prendre conscience que nous possédons trop, ce qui pouvait passer pour des guides ménagers gnangnans devient politique. Le ménage devient politique pas seulement parce qu’il pose des enjeux de rapport de force au sein du couple ou entre parent et enfant, mais parce qu’il s’agit de remettre en question nos habitus de possession. Et donc, d’une certaine manière, la société.

La première étape pour adopter une méthode ménagère c’est donc de se débarrasser de ce que l’on possède en trop, mais cela a un corolaire. Il faut cesser d’acheter. Béah Johnson raconte bien comment à une époque, son activité du samedi avec son mec c’était d’aller faire du shopping. Ne plus acheter, c’est donc aussi réorganiser son temps de loisir, et l’espace géographique de ses sorties.

On ne doit pas négliger, par pur snobisme et sexisme, l’écho que trouvent ces ouvrages. (En plus, le livre de Béa Johnson est vraiment super. Par contre, FlyLady, malgré la qualité de sa méthode, on y reviendra, c’est tellement réactionnaire que ça ferait passer Christine Boutin pour Rosa Luxembourg.) Ils traduisent, à leur manière, un début de dégoût face à la société de consommation. S’ils plaisent autant c’est aussi parce qu’ils promettent une nouvelle vie, une vie qui ne se résumerait pas à acheter des choses et les entasser chez nous.

La révolution commencera peut-être par le ménage.

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21 mars 2019

KOI29

Alors ? Koi29 ?

Rien. Ma vie est d’une banalité totale. Mettez ici une voix en auto-tune. « ma-vie-est-dune-banalité-totale-ouais ».

D’où l’inaction de ce blog. Mais je suis également animée d’un souci d’archiviste qui me pousse à faire plus ou moins régulièrement un post récapitulatif de ma vie. Soyons thématiques.

D’abord, la drogue.

De son temps, mon père a battu des records malheureusement non homologués de plus gros consommateur de drogues en quantité et en diversification. (Fut une époque où il faisait infuser des plantes hallucinogènes dans un alcool local en plein soleil en Inde pendant plusieurs jours. Après il le buvait. Bien plus tard il se réveillait et le jeu consistait à retrouver où il était.) Bref, cela explique que je sois totalement immunisée face aux séductions des drogues. Mais voilà, ces derniers mois m’ont permis de découvrir que nombre de mes proches ou moins proches prenaient de la drogue. Rien d’étonnant me direz-vous. Non mais attendez, moi, comme une vieille pintade blanche, j’ai eu le cul transpercé de découvrir qu’ils parlaient de leur sevrage comme des… bah comme des toxicos en fait. (Ceci étant, j’ai aussi dû faire un sevrage, mais d’autre chose, mais ça sera un autre sujet, d’un prochain post, parce que prochain post il y aura.) Donc ils se sont sevrés. Parce qu’ils consommaient quasi tous les jours. Boudiou ! Et moi je n’ai jamais rien vu. Enfin… J’ai bien vu le moment en soirée où les gens ont commencé à prendre des drogues. Mais j’ai complètement loupé le virage, dix ans plus tard, où ils en prenaient aussi le matin avant d’aller bosser. Ce qui m’a également amenée à m’interroger sur la nature de la différence d’un même comportement à deux âges différents. Ce qui à 25 ans passe pour un yolo-déglingos et qui à 35 ans devient un vrai problème. Ca commence son blog avec des photos de soirées hype, et ça finit avec des potes toxicos… (De manière inexplicable, ou alors par la culture française, j’ai l’impression qu’il se produit le schéma inverse avec l’alcool. Quand vous êtes jeune, on vous dit de faire attention à ne pas trop boire, par contre, à quarante ans, plus de souci pour vous siffler tranquille votre boutanche.)

De là, nous pouvons ajouter à la longue liste des ‘tu sais que t’es vieux quand’, « tu sais que t’es vieux quand l’usage des drogues n’est plus récréatif ».

Puisque nous parlons de vieillesse, j’ai découvert un nouveau signe de décatissement inattendu : à un moment, ramollissement généralisé du ventre + perte d’élasticité de la peau = ton nombril ressemble de plus en plus à un petit anus.

Si si.

Rentrez votre ventre au maximum et regardez. Si vous êtes vieux ou vieille, vous n’avez plus un délicat nombril mais un trou vers lequel tendent des dizaines de petits plis mous. Moi, j’appelle ça un anus.  

Tu sais aussi que t’es vieille quand ton plus grand lieu de découvertes musicales ce sont les pubs pour voitures.

De là, je dois m’interroger : la grosse grosse obsession Balzac que j’ai développée depuis un moment est-elle un autre signe du temps qui passe ?

Moi à Saché, devant le lit de Honoré. BALZAC A DORMI LÀ, PUTAIN.

Moi devant son ancienne imprimerie. BALZAC A VECU LÀ!

Moi et sa meuf Eve Hanska

HONORE PRENDS-MOI COMME LA PRUSSE.

Donc en fait, dans la vie, je veux devenir une spécialiste de Balzac mais en version lol. Une spécialol. Ce qui évidemment a donné lieu à… l’écriture d’un livre.

Ouais.

J’ai écrit une biographie de Balzac.

Pour de vrai. (Sinon, cette blague serait nulle.)

Elle sort en octobre prochain.

Attendez, on m’appelle.

– Allô ?

– Bonjour, Monsieur Damien à l’appareil, du CIC Parmentier. Mon logiciel vient de m’envoyer une alerte concernant un message publié sur votre blog et qui pourrait impacter sérieusement votre situation financière. Ce n’est pas sérieux cette histoire de spécialol de Balzac ?

– Bah non, bien sûr. C’est une vraie biographie de Balzac, agrémentée d’un style moderne et caustique.

– Mais c’est à l’occasion d’une date anniversaire particulière pour lui ?

– Heu… non. Enfin… C’est les 120 ans de sa naissance mais tout le monde s’en branle.

– Alors au moins, il est au programme du bac l’an prochain ?

– Non plus. Ils nous ont encore collé du Hugo.

– Ah.

– Ouais. Je sais. Mais le plus important, n’oubliez pas Monsieur Damien, c’est que mon livre est génial. Un pur plaisir de lecture.

Ma vie s’est donc récemment résumée à : les enfants et Balzac. (Les enfants et Balzac, à table! ça serait un chouette titre, non ? Ça serait l’histoire d’une meuf qui raconte qu’elle écrit une bio de Balzac mais qu’en même temps, elle prépare des petits pois pour ses gamins.) (J’incarnerais évidemment la meuf, les enfants et Balzac.) (Gens du cinéma, contactez-moi ainsi que Monsieur Damien, CIC Parmentier.) Niveau enfants, bah comme c’était prévu et prévisible, ils ont désespérément grandi. Et là, encore une fois, la vie est servie avec un mode d’emploi et une carte qui t’indiquent très clairement où tu en es. Par exemple, tu sais que ton enfant a grandi quand tu ne peux plus faire tranquillement tes trucs de mère folle d’amour. En situation, ça donne : l’autre jour, Têtard et Curly regardaient les photos de mon téléphone.

Têtard me demande « c’est quoi ça ? »

– Et bien… et bien… Tu vois bien… Ce sont des photos de vous en train de dormir, réponds-je un peu gênée. (C’est l’autre signe que le temps a passé, tu sens qu’il va te juger.)

– T’es venue, dans notre chambre, nous prendre en photo, la nuit, quand on dort ?

– Oui…

Gros soupir de l’enfant. J’ai senti le “j’ai pas le courage de lui expliquer qu’elle ne doit pas faire ça, que c’est putain de flippant d’avoir une mère qui fait ça”. Depuis, je continue d’aller les regarder dormir mais je ne prends plus de photo.

Je n’ai jamais parlé écriture inclusive avec Têtard mais j’ai très tôt remarqué qu’il en employait de lui-même certaines formes. Et qu’il me reprend. Par exemple, un soir où il me disait « toi, ton travail c’est d’écrire des livres » j’étais occupée à boire mon verre de vin rouge (je vais avoir quarante ans) et je marmonne en mode automatique « oui, c’est ça, moi je suis écrivain ». Paf ! Il m’a corrigée « non, toi tu es écrivaine ! ». Souvent, il invente (ou plutôt réinvente) spontanément des formes féminines.

Evidemment, je fais attention quand je lui lis un livre sur la préhistoire de remplacer les hommes préhistoriques par les humains préhistoriques (ce qui me faisait bizarre au début pour une simple question d’habitude alors que lui, ça ne lui écorche pas du tout les oreilles.) D’ailleurs, si les maisons d’édition pouvaient d’elles-mêmes faire gaffe hein… (Les enfants, Balzac, et les humains préhistoriques, à table!) (C’est pour le second volet de la saga.)

Quand je lui ai lu Harry Potter, dedans il y a une femme que la traduction présente comme « le professeur McGonagall ». Je lis comme c’est écrit. Et il m’a corrigé « non c’est la professeuse McGonagall ». Je lui dis « oui, tu as raison ». On continue, je lis encore « le professeur McGonagall ». Il s’énerve « non ! C’est la professeuse ! ». Je lui explique que je n’y suis pour rien, que c’est écrit comme ça dans le livre. Il m’a répondu « et bien tu corriges quand tu le lis. Sinon ça me dérange, je ne vois pas une dame. » Ok.

On a tous remarqué que la plupart des « fautes » que font les enfants en parlant n’en sont pas. Ils appliquent la logique linguistique la plus pure. Je crois que c’est pareil là.

Sinon, Têtard, qui n’a jamais été un modèle de sérénité, s’est totalement radicalisé. Pas sur une religion classique, il est radicalisé d’Olive et Tom. Le dessin animé. Il y avait eu une première phase. Puis un sevrage. Et là, il est totalement retombé. Et en revoyant les épisodes, je comprends. Olive et Tom c’est le Bollywood du foot. Rien n’est jamais too much.

Donc j’entends Têtard qui grommelle devant l’écran “mais c’est qui ce Marc Landers…” Et un jour, à la fin de l’épisode, il pète un plomb. Il tape du poing sur la table, secoue la tête nerveusement. Je lui demande ce qui se passe « Ils disent que c’était match nul. Comment ils peuvent dire ça ?? Olivier est le meilleur joueur du monde, il a fait un match incroyable. Pas un match nul ! »

J’ai ri, mais ri.

Quant à Curly. C’est un amour absolu (comprendre : il est en plein Œdipe). Mais je ne le connais pas très bien. Il est assez mystérieux. Ce que je sais avec certitude c’est qu’il m’aime, qu’il ne dort jamais et qu’il fait caca aux toilettes.

6 années et quatre mois. C’est le temps que j’ai passé les mains dans la merde.

Avant, quand j’étais jeune, je disais souvent que j’étais dans la merde. Quand j’ai eu des enfants, l’expression a pris un tout autre sens. J’étais concrètement dans la merde. J’en avais régulièrement sur les mains, sur mes fringues. J’en essuyais. J’en nettoyais. J’en jetais.

J’ai même eu une poubelle à merde. Une poubelle qui emballe les couches pleines de merde pour que l’odeur ne se répande pas partout. (Parce que le passage à la diversification alimentaire, c’est olfactivement assez violent. Votre petit bébé qui faisait des cacas trop mignons se met à chier des bouses comme une grosse vache normande.)

Cet hiver, je devais rejoindre Romain et Rosie à l’inauguration du salon du livre de Montreuil. Juste avant, j’essuie les fesses pleines de merde liquide de Curly. Je suis hyper pressée, je fais vite, je fais attention de ne pas m’en mettre partout. Je suis fatiguée, je me frotte les yeux, je me lave les mains, je pars. Deux heures plus tard, mes yeux sont purulents.

Parce que j’avais introduit du caca dedans. Dans mon oeil.

6 années et quatre mois de relation intime avec des matières fécales étrangères.

C’est un truc dont on n’a pas conscience quand on est adulte. Quand on s’engueule avec notre parent, on oublie que cette personne a sûrement vu de la merde sortir de notre anus. Nous, on a oublié mais cette personne s’en souvient. Je pense que cette dissymétrie du souvenir fécal explique une bonne partie des incompréhensions enfants/parents.

Et pour conclure, tant qu’à parler de truc de parents, j’ai fait une activité coolas avec les enfants, et qui s’aménage à mon avis bien pour plein d’âges différents. Je leur ai imprimé à chacun un plan du quartier. En expliquant comment ça fonctionne (genre c’est vu d’en haut). J’ai ajouté des abscisses et ordonnées. On a noté la maison et on a cherché dessus les autres endroits où on va et puis on l’a emportée pour se déplacer et comparer la vraie rue et le plan pour mieux comprendre. (Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais les enfants adorent les cartes.) Après, j’ai fait découvrir Google Earth à Têtard, on a dézoomé depuis la maison jusqu’à l’univers et c’était wahou. Je vous conseille si vous avez le temps. Surtout que les enfants et la compréhension de l’espace ce n’est pas toujours hyper évident.

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1 août 2018

Déambulatrice

Ah, coucou, non, ne faites pas attention, je ne suis pas vraiment là. En fait, je voulais juste raconter un truc pas intéressant sur Twitter mais c’était trop long alors je suis passée par ici mais c’est quasi accidentel. De toute façon je suis trop fatiguée pour quoique que ce soit.

Comme d’habitude vous allez me dire. Ouais, je sais. Mais franchement, cette année passée à organiser des chasses à l’homme qu’on poursuit avec des coupes menstruelles lestées de pierres…

Ce qu’il y a de nouveau c’est que j’ai compris qu’être fatiguée ce n’était pas grave. Avant je fonctionnais comme Têtard avec la nourriture. L’autre jour, on a fait une sortie, et comme il avait anéantisé 12 hot-dogs au déjeuner à l’aide du trou noir qui lui sert d’estomac, j’ai pensé que c’était pas très grave s’il sautait le goûter.

Il n’a PAS DU TOUT partagé ce point de vue. Quand je lui ai annoncé que c’était l’heure de dîner, il a levé un visage défait :

– Mais… on n’a pas goûté…

– Oui, c’est pas grave, là c’est l’heure de dîner.

Il a brusquement explosé dans un mélange de frustration et d’exaspération.

– Et bah super ! Merci bien ! Maintenant je vais avoir mal au ventre toute la nuit et ce sera ta faute !

– Pourquoi t’aurais mal au ventre ?

Il s’est calmé pour m’expliquer avec une pointe de fatalisme ce qui lui semblait être l’évidence.

– On n’a pas goûté, résultat va falloir que je mange deux fois plus au diner et donc je vais avoir mal au ventre.

Evidemment, toute tentative de lui expliquer que ça ne fonctionnait pas comme ça s’est révélée inutile.

Et puis, j’ai le même genre de raisonnement-ressenti foireux sur le sommeil.

Revenons-en à nos affaires. (Comme vous pouvez le constater, cette non-histoire ne tenait déjà pas dans un tweet.) J’ai donc décidé de prendre des vacances.

Le problème, c’est que je ne peux pas partir en vacances. Alors, j’ai inventé un autre truc. J’ai remplacé les vacances géographiques par des vacances temporelles.

Pendant que certains partent à Mimizan ou en Croatie, bah moi, je suis partie au 19ème siècle.

 

So 2018 le 19ème siècle.

 

C’est mon tropisme du moment. Normalement, mes périodes obsessionnelles sont plutôt délimitées par un thème ou un individu. Là, c’est une période. Bref. Tout ceci pour expliquer que je suis d’abord aller au musée Delacroix. C’est à côté de Saint-Germain-des-prés.

D’ailleurs, vous devriez aller voir l’église Saint-Germain, elle est en cours de rénovation et c’est tout bonnement sublime.

Revenons à Delacroix. Ca coûte 7 euros l’entrée pour un intérêt que je qualifierais pudiquement de faible. Peut-être que c’est à cause de l’exposition actuelle qui porte uniquement sur les travaux préparatoires à la peinture de la lutte de Jacob avec l’ange.

Cette peinture-là, qui se trouve à l’église Saint-Sulpice.

Le musée est découpé physiquement en deux parties. Dans l’appartement lui-même, il n’y avait vraiment pas grand chose à voir, à part des oeuvres d’autres peintres qui l’avaient inspiré. (Je suis triste de dire ça alors que les gens qui y travaillent ont l’air hyper sympa.) L’atelier est plus chouette, mais encore une fois très peu d’informations sur son travail et sa vie. En fait, le truc le plus beau c’est ça :

La photo ne lui rend pas hommage. Une toile de Gustave Moreau (aka Moreaud’amour) sur le même thème.

Au final, j’étais déçue. Mais pas découragée. Quitte à avoir traversé Paris et deux siècles, autant aller voir pour de vrai les Delacroix. Je suis donc partie à Saint Sulpice. Je pensais que ça serait comme dans toutes les églises parisiennes, un lieu de tourisme. Bah en fait, c’est encore une église fréquentée par des croyants. Il y avait une messe avec plein de monde qui tendait les bras en répétant amen. J’ai aussi vu une espèce de grande boite en verre totalement transparente. A l’intérieur, un prêtre assis à son bureau, en face de lui, une femme sur un prie-dieu, les mains jointes, lui parlait. On était vendredi après-midi et cette femme était en pleine confession. Ce qui est étrange c’est qu’avant, les confessionnaux cachaient les confessions, on pouvait juste entendre un murmure. Maintenant, on n’entend plus rien mais on voit tout #transparence.

L’occasion de me rappeler que clairement le catholicisme this is not my philosophie. Y’avait des inscriptions géantes comme « LA RELIGION ENCOURAGE LE CHRETIEN A SOUFFRIR EN CETTE VIE POUR EVITER LE PURGATOIRE ». Comment cette religion a pu prospérer avec un programme aussi pourri ?

Et puis il y a des citations de la bible sur chaque pilier. Par exemple :

L’occasion de constater qu’il y a citation et citation :

Je ne maitrise pas hyper bien le nouveau testament mais bon, j’imagine que dans sa vie, Jésus a dit d’autres trucs plus forts que ça.

Et puis, il y a un truc trop mignon. Le Gnomon. En vrai, c’est pas mignon, c’est un instrument scientifique moche. Mais franchement, gros plaisir de pouvoir dire « aujourd’hui, j’ai vu le gnomon ».

J’ai décidé de poursuivre mes vacances temporelles avec le musée de la vie romantique qui a rouvert récemment. On ne va pas se mentir : son gros point fort, c’est le salon de thé dans le jardin totalement instagram compatible.

Comparatif avec Delacroix : ce musée-là est gratuit et il y a des choses à voir dans la maison, dont des Delacroix. Mais c’est le musée à l’ancienne. On est dans la maison/musée/reliquaire typique, le fétichisme littéraire absolu, ce qui ne me déplait pas. Pendant que les gens prennent en photos leurs scones, on peut mater les cheveux de George Sand (coupés à sa mort) :

comparer la main droite de Sand avec la main gauche de Chopin

(beaucoup d’amour pour cette main) (offrez-la moi pour que je me caresse avec.)

(Evidemment, si vous devez ouvrir un musée/reliquaire pour ma gloire posthume, j’exige un moulage de ma vulve, mais est-ce vraiment utile de vous le préciser) (moulage fait post-mortem of course).

Et puis, il y a ce salon

pour ne jamais oublier ceci

Pour l’instant, dans la battle des maisons-musées, c’est donc la vie romantique qui l’emporterait. Mais il ne faut pas oublier la maison de Hugo qui a mes faveurs. J’y suis déjà allée cette année donc je ne vais pas y retourner. D’ailleurs, point anecdote : c’était un mardi à l’heure du déjeuner. (On a les pauses déjeuner qu’on mérite.) J’avais même pris l’audioguide. Quelqu’un d’autre a pris l’audioguide en même temps que moi, du coup, je me suis retrouvée à côté de lui en silence pendant toute la visite. Lui aussi était seul. C’était François-Xavier Demaison, ce qui a nourri certaines inquiétudes en moi quant à un possible téléfilm sur Hugo avec Demaison dans le rôle-titre.

 Contrairement au musée de la vie romantique, au musée Hugo on apprend des choses mais il n’y a pas de scones.

La battle va donc se poursuivre entre… la maison de Victor Hugo et celle de Gustave Moreau. Moreau part avec un avantage évident : quand on visite son musée, on en sort en ayant vu ses oeuvres, quand on sort de celui de Hugo, on n’en sort pas en ayant lu les Misérables.

Autre avantage : c’est Gustave Moreau lui-même, peu de temps avant sa mort, qui a décidé de transformer sa maison atelier, dont il était propriétaire, en futur musée. Il ne s’était pas marié, il n’avait pas d’enfant, il a décidé de gérer seul sa postérité. Il a fait faire des travaux importants dans l’architecture intérieure pour que ses oeuvres puissent y être exposées. Il les a classées, il en a retravaillé certaines pour qu’elles soient aux dimensions du lieu. Le musée fait partie de son oeuvre, il donne la cohérence à tout son travail. Il a légué sa maison et son contenu à l’Etat.

Et il a bien fait parce que sans ce musée si particulier, je ne suis pas certaine qu’on se souviendrait de son travail. Pourtant, il y a des oeuvres magnifiques mais clairement l’endroit crée une ambiance propice à comprendre ces tableaux, ou en tout cas à les regarder avec le parfait degré d’ouverture des chakras.

En bref, je kiffe. Mais tout le monde ne partage pas mon enthousiasme. J’ai lu des commentaires en ligne qui se plaignaient que le directeur du musée ne faisait pas son job (en même temps, il n’a pas le droit de toucher à quoique ce soit), que l’éclairage était désastreux et surtout, surtout qu’il y a trop d’oeuvres, partout, en haut, en bas, dans les escaliers, les unes collées aux autres. Bien sûr, la scénographie de Moreau ne correspond pas exactement à nos critères modernes d’exposition. Mais précisément, c’est aussi une sorte de musée de musée.

Et puis franchement, quoi trop de tableaux ?

Je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire.

Je ne vous mets pas toutes les photos de l’atelier pour vous garder la surprise esthétique quand on entre. Au premier étage, il y a l’appartement de Moreau dont il avait fait une partie intégrante du musée.

Avec deux détails délicieux : la tasse de café et le coquillage. Je me suis demandée si c’était vraiment lui qui les avait installés là. Ce coquillage quand même… J’ai le même chez moi. J’imagine que ça pourrait être un touriste qui l’a discrètement posé et depuis plus personne n’ose y toucher… (J’ai très envie de faire pareil.) (Si un jour vous y allez et que vous voyez deux coquillages, vous saurez…)

 

Après Moreau, j’ai pensé : Proust. Pendant longtemps, on a pu visiter sa chambre. Enfin… il fallait être motivé. C’est au 102 boulevard Haussmann, et le lieu appartient à une banque. Il fallait venir le jeudi après-midi et passer par la banque pour demander l’autorisation d’avoir accès à la chambre où il écrivit La Recherche. Mais il y a plusieurs années, le CIC en a eu marre et a décidé de stopper ces visites. Heureusement, le musée Carnavalet a reconstitué la chambre proustienne (ainsi que celle d’Anna de Noailles). Direction le Carnavalet donc. Ca tombe parfaitement bien puisque Mme de Sévigné y vivait. Sauf que… Et bah Carnavalet est fermé jusqu’au début de l’an 2020. Fucking god… Mais le musée a lancé une appli gratuite qui est bien faite, si vous aimez Paris et l’histoire. (Du coup, occupée à jongler entre mon appli pour flasher des space invaders et celle du Carnavalet, si je ne finis pas sous les roues d’une voiture, j’aurais vraiment une chance de couillarde.)

Ado, j’avais également adoré la maison de Boris Vian, derrière le Moulin rouge. Sauf qu’elle n’est pas ouverte en permanence. J’ai envoyé un mail, et je suis inscrite sur une liste d’attente pour la prochaine visite on ne sait pas quand.

Mais mon vrai nom étant Tenacité Lecoq, j’ai fini par trouver une autre maison des illustres à visiter. Pas Balzac non, celle-là j’en reparlerai une autre fois. La maison de… Clemenceau.

Mon degré de connaissance de Clemenceau avant la visite = 0. Autant dire que j’étais circonspecte face à ma propre idée. J’y suis allée en trainant un peu les pieds (ce qui est vraiment merveilleux quand on pense que je n’avais absolument aucune obligation d’y aller sinon le simple fait que quand une idée traverse mon cerveau je supporte mal de ne pas la voir se concrétiser). J’étais donc un peu fâchée contre moi-même de me forcer à me trainer à Passy. L’appart de Clemenceau, c’est vraiment un appart. On arrive devant un immeuble, il faut sonner.

La porte s’ouvre, on traverse la cour, et là il faut sonner à un autre interphone. Il y a des gens qui habitent au-dessus du musée.

On nous conseille de commencer par visiter la « galerie documentaire » située un étage au-dessus (du coup, on croise les autres visiteurs dans l’escalier de l’immeuble) (oui il y avait d’autres visiteurs, c’est même le musée où j’en ai croisés le plus). J’avais vraiment pas envie de voir la galerie mais bon. J’entre dans l’espace et là, paf

Le mec est partout. Je m’enfuis un siècle plus tôt et il est encore là. Bon, on pourrait développer l’intérêt pour lui de s’associer à la figure de Clemenceau mais on a dit qu’on était en vacances. Revenons à la galerie, très bien foutue. Clemenceau vendéen, médecin, maire de Montmartre, journaliste et directeur de journal, dreyfusard (il écrit 665 articles pour défendre Dreyfus) (je mets cette information pour consoler les amis journalistes qui ont l’impression de devoir réécrire sans cesse les mêmes articles), pote de Monnet, mariée à une Américaine, saviez-vous qu’il avait fait chuter Jules Ferry ministre en s’opposant à lui au sujet de la colonisation ?, puis Clemenceau ministre de l’Intérieur qui se déclare « premier flic de France », la création des brigades du tigre (le tigre, c’est lui), quelques grèves réprimées avec violence mais on ne s’attarde pas dessus, et puis le Père la victoire de 1918. (On n’insiste pas du tout sur les grévistes tués par la police. On est clairement dans le registre du panégyrique.)

Mon moment d’émotion, parce qu’il y en a eu un oui, ça a été de me pencher sur une vitrine pour regarder ça :

ce croquis et cette lettre sont de Louise Michel. Elle correspondait avec Clemenceau (avec le « citoyen Clemenceau » comme elle l’écrit) pendant sa déportation en Nouvelle-Calédonie. (Il avait milité pour l’amnistie des communards.)

Etonnement en découvrant que suite au scandale de Panama, Déroulède avait accusé Clemenceau de corruption et que ça s’est fini en duel au pistolet devant 300 personnes à Saint-Ouen. Sérieusement les mecs ? (On ignore si Dieudonné faisait payer les spectateurs.) (Si vous ne comprenez pas cette remarque : aller lire ceci.) Bref, j’ai appris plein de trucs. Mon niveau de connaissance en Clemenceau atteint désormais 1,75.

Ensuite, il y a la visite de l’appartement proprement dit, avec audioguide s’il vous plait (compris dans le prix du billet, 6 euros). Prenez-le. Clemenceau était locataire, il habitait un modeste quatre pièces + jardin. Et c’est très chouette. Tout est en l’état.

Y compris la salle de bain.

La chambre (où il est mort). Quand on dit que tout est resté en l’état depuis sa mort, sur son bureau, il y a le journal qu’il n’a pas eu le temps de lire.

Et, attention les mirettes, crevaison d’envie : son bureau.

Il l’a fait faire sur mesure, en s’inspirant du bureau d’un mec de Sainte-Geneviève. Merveille! Enchantement! Bien sûr, vous vous posez la même question que moi et bien oui, rassurez-vous, le siège est tournant pour pouvoir pleinement profiter de ce bureau.

A ce stade, j’imagine l’énorme soupire de soulagement du Chef (mais il n’est plus mon Chef, il faut que je trouve un autre nom. Je ne vais pas non plus l’appeler Chaussette, c’est pourri. Si je mélange les deux, ça donne le Chauf, mais ça ressemble à Chauve, il va mal le prendre. Le Chuf ? Je ne sais pas. Si vous avez des suggestions.) Bon, disons du mec qui vit avec moi. Son énorme soulagement donc, parce que publier tout ça sur le blog lui aura épargné que je lui montre mes photos une par une avec force commentaires. Lui m’épargne ses photos de bouffe quand il va dans des super restaus. (Il photographie de la nourriture, je photographie des bureaux de gens morts. On est hyper attachants.)

Faisons le point, il nous reste le Carnavalet à voir en 2020, l’appartement d’Auguste Comte (les horaires sont impraticables), et la maison de Victor Hugo à Guernesey qui rouvre en avril 2019. (Un jour, j’irai aussi à Nohant.) Il y a l’appart du Corbusier aussi qui vient de rouvrir aux visites je crois. Poulala…

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4 janvier 2018

Comment j’ai essayé le sport, partie 4

Les plus anciens se souviennent que le sport that’s not for me. Ou plutôt comment les cours d’EPS dès l’école primaire m’ont fait découvrir un forme de ségrégation sociale, (paf, auto-link en toute décontraction) où le bel égalitarisme enfantin s’est arrêté pour diviser à jamais l’humanité en deux : les gens qui savent faire la roue et les nazes. 

Malgré ça, j’ai pratiqué pendant des années des activités sportives. Et là, les plus subtils auront bien saisi que si je dis “activités sportives” et pas “sport” ce n’est pas pour rien. Une activité sportive, quand j’étais adolescente, ça a beaucoup consisté à faire de la gym devant la télé. Je regardais une série et en même temps je faisais des abdos.

Ne nous voilons pas la face : c’était uniquement à but esthétique. La fermeté avant tout.

Et puis j’ai fait du jogging, de l’aquagym, de l’aquabike (souvenez-vous), et j’ai enfin trouvé le sport qu’il me fallait : un sport pas en équipe, avec de la musique de merde, un prof qui ne me jetait pas un regard, personne pour corriger mes gestes, un sport con, bête, idiot, efficace, qui me défoulait et qui rendait mes fesses fermes comme du béton.

La gym suédoise!

Sauf que, le dieu de l’activité sportive s’acharnant contre moi, il se trouve que dans mon nouvel appart de y’a deux ans, des cours y’en a moins et des horaires ils sont à chier. Genre 20h en semaine. Exactement l’heure où, à la douce lumière d’une lampe de chevet, je lis d’une voix marlènejoberesque à mes enfants émerveillés des livres comme Petit Ours Brun mange son vomi.

Ou alors 11h le samedi matin. L’heure où moi-même je mange mon vomi.

That’s not possible man.

Evacuons d’emblée un sujet hautement polémique. Je sais que certaines d’entre vous vont me dire « mais pourquoi tu fais pas du yoga ? Je t’assure, c’est vraiment super. » Oui mais non. Je veux dire politiquement je n’ai pas de problème avec le yoga. Mais 1°) je déteste les trucs à base de méditation. Le simple fait de me concentrer sur ma respiration est dans le top 3 des trucs les plus angoissants dans ma vie. Grosso modo, ça arrive juste après « faire une tétanie du sommeil ». Tu me dis « concentre-toi sur ta respiration » je pense « et si d’un coup mon corps arrêtait de respirer ? » et là, c’est la crise d’angoisse morbide assurée. 2°) j’ai besoin de me défouler, que ça bouge sinon je m’ennuie.

Et puis, il y a quelques semaines, je regardais Etienne Carbonnier dans Quotidien, chacun ses petits plaisirs. J’étais avachie sur le canapé en train de m’enfiler un fromage de chèvre en croquant directement dans la bûche que je tenais d’une main ferme et élégante, quand Etienne commence à se foutre de la gueule d’un truc de gym à la télé. Gym direct que ça s’appelle. Avec des profs faussement enthousiastes, dont clairement certains ont loupé leur véritable vocation de surveillant pénitentiaire. Donc je rigole avec les gens de la télé. (Comprendre je ris en même temps qu’eux, ce qui me donne l’illusion de rire avec eux.)

Et puis, alors que j’essaie de déloger du bout de la langue un morceau de chèvre coïncé entre mes molaires, je réalise que finalement, ça ressemble vachement à de la gym suédoise.

De la gym suédoise que je pourrais faire chez moi… En pyjama. A l’heure que je veux.

Wait…

Mais c’est génial!

Et en plus, ça me permettrait de me défouler. (J’ai besoin de me défouler, de faire de grands gestes et de transpirer. C’est comme si mon corps exsudait toutes mes rages et mes aigreurs sous forme liquide. Je pense qu’à partir de ma sueur on pourrait recréer Hitler, Staline et Caligula.)

Et c’est comme ça que je suis devenue la plus grosse consommatrice nationale de la chaine youtube Gym direct. (C’était ça ou conquérir un territoire pour installer ma dictature donc rigolez pas trop. On est passé pas loin de la catastrophe.) Comme dans un cours IRL, j’ai des profs préférés. Des séances favorites. (J’ai bouffé celle-là pendant deux semaines, quatre jours par semaine. Sachant que la fin se déroule avec en fond sonore Hakouna matata vous visualisez mon degré de motivation.) Ca dure 25 minutes. J’ai vaguement le souvenir d’avoir entendu un jour un médecin dire que le plus important pour la santé c’est que la pratique sportive soit régulière. Genre il vaut mieux faire 20 minutes tous les jours, que 2 heures une fois par semaine.

Ah oui, parce que ma motivation est désormais moins l’esthétique que le fait d’essayer de repousser un peu la date de mon décès. A chaque âge ses priorités. 

D’ailleurs, je suis en train de lire l’excellent On a retrouvé l’histoire de France (de Jean-Paul Demoule – mais bon, je m’appelle Lecoq, je ne vais pas commenter ce patronyme.) Et dedans, je lis ça :

Putain… Ca voudrait dire que mon corps n’a pas été programmé pour vivre allongé avec un ordi posé sur le bide et une bûche de fromage de chèvre dans la main ?

Remarquez bien qu’à l’échelle de l’histoire des hominidés, (source)

avoir le cul posé sur une chaise toute la journée c’est assez neuf. Et que possiblement, nos organismes n’ont pas encore suivi cette révolution du cul plat avec de l’huile de palme en intraveineuse.

(Rien à voir quoique, ça a avoir avec l’énergie dépensée qu’on ne dépense plus. Je suis tombée sur un texte de Jean-Marc Jancovici, un ingénieur écologiste spécialiste des énergies qui avait bossé sur le principe du bilan carbone. Il s’est livré à un calcul dingue. En gros, il a converti toute l’énergie que notre vie quotidienne, à chacun, individuellement, nécessitait actuellement. Et puis il a estimé combien d’énergie un esclave pouvait produire. Et il en a tiré que nos vies actuelle, chauffage, transport, alimentation etc, nécessiterait 500 esclaves pour chacun d’entre nous.) (Vous pouvez aller lire le détail si vous êtes un peu toqués et que vous aimez les calculs.) (Coucou Romain.)

Tout ça pour dire que j’aime toujours pas le sport mais j’aime encore moins l’idée de mourir. (Et vous voyez comme je suis cohérente puisque la raison qui m’empêche de faire du yoga est précisément celle qui me motive à faire du sport.)

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