21 avril 2020

Confinement, part 2

N’est-ce pas que vous avez cru qu’il n’y aurait jamais la suite de ce post de confinement ?

En même temps, j’ai envie de crier « à quoi bon ??? ». J’aimerais vraiment beaucoup me convaincre que je vis une expérience (mystique, intellectuelle, émotionnelle, astrologique ou autre) avec ce confinement mais je ne crois pas.

Bref, revenons-en aux enfants. On va dire que Têtard ne vit pas exceptionnellement bien ce confinement. Il a envoyé un mail à sa maîtresse pour lui dire « l’école à la maison, c’est nul. Ma mère est beaucoup moins bien que vous ». (Il l’a envoyé de mon adresse mail.) (En me demandant de ne pas le lire.) (Voilà. Brûle-moi les poils de nez Maria Montessori.)

Dès qu’il ouvre un cahier, il a le visage qui se déforme, c’est assez impressionnant, il a la bouche qui se tord, la voix qui gonfle (ça commence en général par des râles, puis des gémissements, puis des cris, ça fait un peu bande-son d’un film de cul de fachos). Ses mains se crispent. Sa colonne vertébrale se plie en deux. Au bout de vingt minutes, il finit par ressembler à ça.

Quant à Curly… Bah on ne va pas se mentir, comme l’avait deviné une commentatrice : il vit sa meilleure vie. Enfermé avec sa mère à la maison. Et son frère aussi. Son frère qui, privé de ses copains, est obligé de jouer avec lui. Et sa mère qui a interdiction formelle de quitter la maison. Quelle satisfaction… Parfois, sa mère lui manque, il n’a qu’à lever la tête et elle est là. Il sourit de contentement.

L’autre jour, il m’a vu poser la main sur la poignée de la porte d’entrée et il a hurlé « TU VAS OÙ ? » « Je vais à la boite aux lettres. » « Ah. Ok. » Il était à deux doigts de hululer de bonheur. Un soir, il a passé dix minutes à tourner autour de moi en regardant son père et en chantonnant « maman est à moi, maman est à moi ». (Bien sûr, je me suis penchée vers lui pour l’embrasser en lui murmurant « je suis à toi et jamais dans toute ta vie tu ne trouveras une femme ou un homme qui t’aimera autant que moi, ce qui donnera au reste de ton existence un goût d’inachèvement et d’amertume ».)

Bref, mon avis c’est qu’Œdipe, ça ressemble quand même vachement à une relation avec un mec abusif… Je suis à deux doigts d’envisager qu’il a hacké son talkie walkie playskool pour contacter un mafieux chinois afin de capturer un pangolin malade… Non mais imaginez… Souvenez-vous qu’on parle de cet enfant qui n’aimait pas l’école mais qui aimait tellement fort sa maman. Cet enfant qui me parle régulièrement de faire l’école à la maison. Un enfant de cinq ans qui a dû prier de toutes ses forces la nuit, au fond de son lit : « dieu je sais pas si t’existes mais je t’en supplie je ferai tout ce que tu veux je te promets si jamais tu fais disparaître l’école et que je peux rester tout le temps avec maman à la maison ».

Une prière que des milliers d’enfants ont dû murmurer.

Sauf qu’il y a une différence.

Curly, lui, a été entendu.

Un jour, ses parents lui ont annoncé qu’il n’y avait plus école. Pas une absence d’un jour ou deux. Suppression de l’école.

Non mais vous imaginez le bordel que ça doit être dans sa tête ? Vous visualisez une seconde l’impression de super-puissance qu’il doit éprouver ?

Seulement voilà. Comment va-t-on lui annoncer qu’il reprend l’école le 11 mai (grande section oblige) – alors que son frère va rester à la maison avec môman jusqu’au 25 (CE1 oblige) ?

D’ailleurs, j’avais compté sur cette quarantaine pour upgrader la relation entre mes enfants. Une relation que nous qualifierons de « régulièrement contrariante ». Je m’étais dit qu’enfermés ensemble, ils devraient affronter leurs différents et les régler. Que ce serait comme une thérapie de frères qui ouvrirait une ère nouvelle de notre vie familiale, une ère faite de bienveillance. Evidemment, au début, parce qu’ils aiment me dérouter, ils se sont parfaitement entendus. Je guettais le premier signe de crispation avec à la main un guide pour une relation fraternelle heureuse et épanouie.

Et puis voilà, ça a recommencé. La guerre des roses. Un matin, très tôt, un tournant a été franchi quand Curly a pris le dessin préféré de Têtard, et a soigneusement découpé avec des ciseaux la tête de Yu Gi Oh. (Franchement, quel intérêt à être confiné si on ne peut pas torturer un peu son frère ?) Ca, c’était une putain de déclaration de guerre. D’ailleurs, Têtard était dévasté. Après avoir gémi de souffrance pendant une heure, il a trainé le visage défait dans la maison en essayant de ne pas croiser l’être obscur et malfaisant qui se fait passer pour son petit frère.

L’autre soir, j’ai dit à leur père, mon compagnon, mon co-endetté à la banque, mon co-confiné, « je crois qu’on est une famille totalement dysfonctionnelle. Moi je rêvais d’une famille arc-en-ciel, dont l’atmosphère serait baignée de sourires, de caresses et d’éclats de rire qui résonneraient comme des rayons de soleil sur les murs en pierres d’une vieille maison de campagne avec un portail en fer forgé. A la place, on dirait qu’on dirige un asile d’aliénés dont on serait les tortionnaires en chef, totalement contaminés par la folie ambiante. »

Il m’a répondu que le confinement, ce n’était pas le bon moment pour émettre des jugements définitifs sur nos vies.

15 commentaire(s)

22 mars 2020

Confinement, part 1

Mais quelle angoisse… Quelle putain d’angoisse.

Vous voyez votre pote défoncé en soirée ? Celui qui est toujours affalé sur le canapé, en train de rouler un joint, vous n’êtes même pas certaine de l’avoir déjà vu debout ? A chaque soirée, quand vous êtes trop bourré·e, vous finissez par vous asseoir à côté de lui un moment, et il vous sourit, et il recommence pour la énième fois son délire, il vous explique que d’après des chercheurs on vivrait dans une simulation informatique. Et vous hochez la tête d’un air saoûlé.

Et bah je suis à deux doigts de me dire que c’était lui qui avait raison. Jamais été aussi proche de me convertir à la théorie de la simulation informatique alors j’ai pas touché de psychotropes depuis 15 ans.

Quand on pense que nous sommes confiné·es chez nous à cause d’une pandémie déclenchée par un type qui a bouffé un pangolin… Franchement, y’a des mecs, ils croiseraient Pikachu, ils en feraient un pot-au-feu.

Bon, mais essayons de revenir au début. Il y a un siècle, la semaine dernière. Comme d’habitude, j’ai fait partie des pessimistes et j’ai interdit à ma mère de sortir il y a 15 jours.

Quand Emmanuel Macron a annoncé le confinement (le jeudi soir hein, parce qu’on est d’accord que quand on ferme les écoles c’est pour le confinement, pas pour des vacances improvisées), une case obscure de mon cerveau s’est mise en branle et j’ai fait la seule chose à faire dans ce genre de cas. Je ne suis pas allée faire des stocks de pq au supermarché non.

J’ai fait une liste. Un moyen comme un autre de contrer l’angoisse. Je me suis dit que si je voulais vivre pas trop mal la situation il fallait que je la réinterprète en termes acceptables pour moi. (Oui, c’est la base d’un certain nombre de maladies mentales, je sais.) Nous n’allions donc pas être enfermés chez nous. Nous allions enfin nous accorder la pause dont nous rêvions depuis longtemps. Nous n’allions pas rester à la maison comme des merdes inutiles pendant que des gens risquaient leur peau à bosser dehors pour nous. Non. Nous allions mettre à profit ce reset de nos vies pour nous recentrer. A la fin de la quarantaine, mes enfants devaient parler couramment le chinois, maitriser toutes les techniques de peinture de Klimt, savoir coder un programme simple, réciter n’importe quel poème saturnien de Verlaine. Je pensais à tous ces cahiers d’activité que j’avais achetés et jamais utilisés. Je visualisais toutes les poignées de porte que je pourrais astiquer. On ferait le grand ménage de printemps tous ensemble. Les enfants trieraient eux-mêmes leurs affaires. Peut-être même qu’à la fin du confinement, on arriverait à la conclusion qu’il fallait changer nos vies et le capitalisme.

De mon côté, je devais enfin venir à bout de la liste d’articles inachevés que je me traine depuis dix ans. (Parmi lesquels un article intitulé Pourquoi Nadine Morano est-elle ministre.) Je devais écrire un nouveau livre. Je devais également métamorphoser mon corps grâce à un programme de gym à la maison que j’avais trouvé.

Tout cela étant évidemment facilité par le fait que 1°) notre appart est grand, 2°) notre copro est dotée d’un parking extérieur où les enfants pourraient s’ébrouer.

Et puis, la tuile. Il m’est arrivé le truc le plus con qui puisse vous arriver au début d’une quarantaine.

Je suis tombée malade.

Mais bordel… Quelle poisse de poissarde…

On commençait notre confinement total le samedi (puisque le vendredi Têtard était à l’école. Mais pas Curly parce qu’il toussait un peu. Indice qui eut dû me mettre la puce à l’oreille.) Bref. Le samedi matin, je me lève prête à changer ma vie et… je tousse. J’ai de la fièvre.

Pendant cinq jours, je n’ai pas quitté mon pyjama et mon peignoir de bain (parce que j’avais froid parce que j’avais des frissons). Et je toussais comme si on avait foutu du poivre dans mes alvéoles pulmonaires. Je ne sais pas trop si les enfants ont croisé une brosse à dents ces jours-là. En tout cas, je peux vous affirmer qu’ils ne sont toujours pas bilingues. Je suis fatiguée alors que je ne fous rien. Enfin, surtout le soir, à partir de 13h. Et je ne peux même pas dire que j’ai le covid-19, une annonce qui ferait sa petite sensation sur mon Facebook, vu que je n’en sais rien.

J’en étais là de ma lose, quand, lundi soir, se déclenche sous mon crâne une… migraine.

Génial. Merdeveilleux. Le premier médoc pour une migraine c’est l’ibuprofène.

Il faut savoir que l’ibuprofène est à la base de mon régime alimentaire.

Or il est déconseillé d’en prendre en cas de suspicion de covid-19. Par la grâce de Zeus et de Ishtar la toute-puissante, les triptans étaient autorisés. Mais bon, j’ai calculé que le début de mes règles (qui équivalent à une migraine d’enfer) tomberaient en même temps que mon 7ème jour de maladie, or « le septième jour guérira ou aggravera les symptômes » (bible de Pikachu, livre 3). Et que donc, au cas où il faudrait m’hospitaliser pour une détresse respiratoire avec des constantes qui auraient plongé, je préférais m’éviter règles et migraines en enchainant deux plaquettes de pilules (un des rares avantages du bouzin quand même).  

Et puis, l’autre nuit, je suis prise par un mal de bide terrible. Un truc où je me tordais de douleur. Ca ressemblait assez à mes crises nerveuses liées au stress. Et donc j’ai pensé « putain… ça y est, je fais une crise de panique liée à l’enfermement, c’est à cause de France Inter parce qu’ils ont dit que le confinement c’était pas bon pour les gens à la santé mentale fragile comme moi, il faut que je trouve un psy en ligne d’urgence, je vais crever ».

Bon, en fait, c’était pas psy.

C’était une crise de diarrhée.

Je suis donc la masse informe qui dégouline du canapé, loin de l’image du corps d’athlète des JO que j’avais prévu de me sculpter.

Etre malade pendant la quarantaine… S’tironie.

Mais heureusement, je vois le bout du tunnel de la maladie.

Et j’aperçois l’autre tunnel. Celui peuplé par… les enfants.

« MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE PUTAIN DE BORDEL LES ENFANTS ? »

Ce qui nous amène à : comment les enfants vivent-ils le confinement ? Question complexe, qui mérite un post à part entière.

16 commentaire(s)

7 novembre 2019

L’enfant qui n’aimait pas l’école

Il est 8h35. L’école ouvre ses portes à 8h50. On doit partir à 8h45. Je finis d’avaler mon café, Têtard parle parle parle. Curly est dans la chambre. Je lui lance un « on va bientôt partir ». Et la réponse arrive « non ».

« Non, je ne veux pas aller à l’école. L’école, c’est nul. »

Il est 8h36. On est vraiment ricrac pour tomber dans une crise. Je vais dans sa chambre et je découvre qu’il est encore en pyjama. C’est chaud.

« Tu n’as pas envie d’y aller. Pourquoi ?

– C’est nul.

– Tu veux mettre quoi alors ? Ce sweat ou celui-là ?

– Je veux pas y aller.

– Mais tu vas apprendre des choses.

– J’aime pas travailler.

– Le pull avec le requin, alors ? Ok ? Très bien. Et puis il y a la récré.

– Avant il y a la classe. Je veux pas aller en classe… je… veux… sniff… paaaas ». Enfant qui fond en larmes.

8h38. Gérer les larmes. On lâche les manteaux, les sacs, on s’agenouille et on fait un câlin.

« Je vois que tu es très malheureux. Tu veux apporter une peluche avec toi à l’école ? »

– Je veux ma boite à souvenirs.

Il a une boite à souvenirs rangée en hauteur dans sa chambre. Il est 8h40. A priori, c’est pas l’heure de la sortir. Mais je sens qu’il en a besoin. Il en a besoin peut-être pour se replonger dans l’époque heureuse de la crèche, l’époque du bébé. Ou simplement parce que ce qu’il ne supporte pas, c’est que ce soit obligatoire l’école. Ce n’est pas un choix qui vient de lui. Et Curly, il aime bien avoir la sensation qu’il décide. Mais comme il sait qu’il ne choisira pas d’aller à l’école aujourd’hui, qu’il a compris que cette bataille était perdue d’avance, il a besoin, avant, de faire un choix. De décider un truc. Il a décidé de regarder sa boite.

Je la sors. Il fouille dedans.

Je le laisse.

Deux minutes plus tard, je reviens « il faut y aller chéri ». Il emporte dans son petit poing serré un morceau d’une sculpture en pâte à sel qu’il avait faite à la crèche. Il met son manteau et on part. Il ne parle pas.

Il ne parle jamais sur les trajets.

Quand on marche, on ne parle pas pour Curly.

Têtard parle parle parle. Sa poésie. Son exposé. Les pokémons. Les SDF. Donald Trump.  

Je jette un regard à Curly mais il a la tête baissée. J’aperçois une larme au coin d’un œil.

On laisse Têtard à l’école élémentaire et on continue jusqu’à la maternelle.

Curly est en grande section de maternelle. A priori, l’année la plus cool de la scolarité. Pas de devoirs, pas de contrôle, et t’es le plus grand de l’école.

J’essaie de lui parler mais tout ce que je lui dis, l’école, l’instruction, devenir un adulte qui saura plein de choses, les amitiés, le besoin d’être hors de la maison, tout ça sonne terriblement faux face à son petit visage chiffonné de peine.

On fait la queue devant la classe. (L’accueil est individuel. La maitresse dit bonjour à chaque élève et lui demande s’il mange à la cantine et au centre.) (Tous les matins.) C’est notre tour. Sa maitresse, qui est la douceur incarnée, qui fait toujours attention à lui, à ses besoins, à le faire participer, voit tout de suite qu’il y a un problème. Elle s’agenouille, lui demande pourquoi il est triste.

Et là, Curly fait le pire truc. Il met ses yeux dans le vague. Comme s’il était enfermé en lui-même, hors d’atteinte. Il ne répond rien. Il ne bouge pas. Il est ailleurs. Momifié. Elle lui assure que ça va aller mais il n’est pas là, pas avec nous. Il attend que ça passe puis avance comme un robot dans la classe. Il ne me demande pas un câlin, pas un bisou, il n’essaie pas de s’agripper à moi pour grapiller quelques secondes hors de la classe. Il est renoncement.

Il renonce à sa liberté.

J’ai l’impression de l’emmener en prison. 

L’enfant qui n’aimait pas aller à l’école. Il n’est pas le seul. J’en parlais avec la mère d’un copain à lui. Mais qu’est-ce qu’on fait avec cette peine ? Cette douleur ? Franchement, je n’en sais rien. Au début, j’ai pensé que c’était… bah le début. Mais là, ça fait trois ans et son jugement négatif sur l’école ne va qu’en se renforçant.

Évidemment, on a envisagé la possibilité toute simple qu’il s’ennuyait. Peut-être qu’il lui fallait des activités plus stimulantes. Mais là, sa maitresse et nous, nous sommes retrouvés face à une difficulté : il n’aime pas « travailler ». L’an dernier, clairement, entre jouer avec des figurines de dinosaures et faire un travail d’écriture, il choisissait les dinos. (A quoi j’avais suggéré à la maitresse d’enlever les dinosaures mais bon…)

Cette année, la situation a empiré puisqu’il n’a aucun ami dans sa classe. On ne peut même pas actionner le « tu vas retrouver tes amis ». Il est dans une classe double niveau grande/moyenne section mais il n’est pas du tout du genre à s’investir auprès des plus petits.  

J’ai envisagé le harcèlement scolaire.

J’ai envisagé un problème relationnel.

Mais parfois, j’ai l’impression qu’il est simplement lucide. Il a compris que le premier enseignement de l’école actuelle traditionnelle, c’est l’obéissance. On vous apprend à obéir. On vous apprend à vous plier à des règles et des horaires. On vous apprend que vous n’avez pas le choix. Que c’est « comme ça » et pas autrement. Je pense à ces écoles alternatives où les enfants peuvent rester dans la cour jusqu’au moment où ils décident de monter d’eux-mêmes en classe. Je suis certaine que si on offrait ce choix à Curly, il monterait deux minutes plus tard. Ca ne changerait rien à part une chose essentielle : ce serait sa décision.

Ou alors, le problème c’est de voir que son grand frère aime l’école, il s’est dit ok, l’école c’est son truc, pas le mien. (En même temps, ça ne lui a pas fait ça avec le judo.)

Bref, je suis devant mon enfant de cinq ans et je ne sais pas quoi lui dire.

Et il me regarde comme s’il n’y avait rien à dire.

Et je pense « l’an prochain, c’est le CP. » Têtard adorait l’école, il était très excité d’entrer en CP, mais les deux premiers mois quand il a découvert qu’il devrait rester assis sur sa chaise toute la journée, ça a été la douche froide. Il ne pouvait plus se lever et circuler dans la classe. Bon, il s’y est fait. Mais Curly ? Remarquez… s’il est en mode momie, ça ne posera pas trop de problème…

Il y a une personne dans mon entourage qui compatit à 100% aux malheurs de Curly. C’est meilleur ami. Lui, il avait une grande sœur qui aimait l’école. Et il a détesté ça. Depuis la maternelle jusqu’au lycée, chaque année, sans exception. Se retrouver dans une salle de classe ressemblait à une torture.

L’ironie de la chose c’est que meilleur ami est devenu… prof.

Bref, si vous avez des astuces de fou, je suis preneuse.

26 commentaire(s)

11 septembre 2019

La bibliothèque idéale (des petits)

Préambule : je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur parce que quiconque touchera à WordPress sera prémuni à jamais contre le désir d’écriture. Bloguer est devenu une expérience cauchemardesque à cause des mises à jour de WordPress. Le backoffice est conçu comme si on allait écrire un scénario. Tout fonctionne par bloc. Tout est contre-intuitif. Tout est à chier dans la mélasse. En plus, je ne peux pas faire la dernière mise à jour parce que j’ai un truc trop vieux, et je suis en « non sécurisé ». (Et vous verrez que la qualité des images est dégueu, j’en suis désolée.) C’est véritablement décourageant. Alors pourquoi me voici ici ? J’avais abandonné toute idée de blog mais franchement, j’ai passé des vacances tellement formidables que je ferais n’importe quoi plutôt que de me remettre à travailler. Et puis, de toute façon, j’attends mon Balzac. (D’ailleurs saviez-vous qu’avant Beckett, Balzac avait écrit une pièce de théâtre, le Faiseur, dans laquelle les personnages attendent tout du long un certain Godeau ? Beckett a toujours affirmé que c’était pure coïncidence, qu’il n’avait lu la pièce de Honoré qu’après avoir écrit la sienne. Je dis « mouais »…)

Bref. J’ai donc décidé de me lancer dans un projet que je traine depuis longtemps dans une case embrumée de mon cerveau. Lister (UNE LISTE ouiii) les livres que mes enfants ont vraiment aimés. D’abord, ça me permet d’en garder une trace. Ensuite, on ne va pas se mentir : j’ai consacré outrageusement trop de temps à chercher les livres qui pourraient leur plaire (et cramer une thune dingue) pour que tout ce labeur disparaisse et ne revienne que dans trente ans, à l’occasion de discussions du genre « et c’était quoi le livre que j’aimais petit, celui avec un loup là… ». Et puis, comme il semblerait que les gens continuent à procréer, ça pourra toujours être utile à certain·es.

Vous allez constater qu’il manque plein d’incontournables. C’est soit parce que Têtard et Curly ne les ont jamais vraiment kiffés (RIP Petit Bleu et petit jaune), soit parce que vos enfants les entendront cinquante fois ailleurs qu’à la maison (Roule galette, La tétine de Nina, ces deux là je pense qu’ils sont fournis par la mairie en même temps que l’autorisation d’ouvrir une crèche), soit parce que ce fut un échec cuisant (Grosse colère a plongé Têtard dans un abyme d’angoisse parce qu’il avait peur qu’un monstre rouge sorte pour de vrai de sa bouche et ravage la maison), soit parce qu’il faut arrêter de déconner et qu’en vrai ce n’est pas pour les petits (non, on ne lit pas Otto à un enfant de quatre ans parce qu’il va vous regarder sangloter sans comprendre ce qui vous arrive).

A mon grand regret, j’exclus également de notre corpus les tonnes de livres que j’ai personnellement trouvés merveilleux et qui n’ont pas déclenché un clignement d’yeux chez les intéressés.

Cette liste est un peu biaisée dans la mesure où je n’ai pas mis les documentaires qui ont été la base de nos lectures pendant longtemps. Mais ça, ça dépend tellement de l’obsession qui va saisir votre progéniture… Ceci étant, je pourrais faire une sélection de quelques ouvrages par thématique si certain·es le souhaitent. Signalons tout de même deux indispensables :

Parce qu’avant de s’enchainer dans le désordre un livre sur les pirates, et un autre sur les Egyptiens et un sur les chevaliers, c’est pas mal de prendre un peu de recul et de leur montrer grosso modo l’évolution de la vie depuis l’origine. (Mon rêve secret aurait été de n’aborder les thèmes qu’en suivant la chronologie. Par exemple, on n’aurait pas lu de livre sur les pirates AVANT un livre sur l’Egypte antique. Ah… Cela aurait été merveilleux… Malheureusement, le réel s’est opposé à mon éducation fascisante.)

J’ai commencé à faire la lecture du soir vers les 9 mois de Têtard, avec la collection Mes petits imagiers sonores. (Je me souviens très bien d’être entrée dans une librairie pour demander un livre pour « petit » dis-je pudiquement. Quand la libraire m’a demandé son âge, je me suis sentie monstrueusement honteuse de répondre « 9 mois », j’ai ajouté des blagues sur la caricature de mère qui veut déjà foutre son rejeton à la lecture, ah ah… ces parents déglingos… mais la libraire n’a pas du tout eu l’air de trouver que c’était trop tôt, voire limite j’étais un peu à la bourre.) On en avait quatre, et à chaque lecture je répétais exactement les mêmes phrases. (Oui, c’est fastidieux mais ça crée un rituel de sommeil.) (Y compris pour l’adulte.) Et depuis, on a gardé ce rituel de lecture. Alors je comprends bien les parents que ça emmerde et loin de moi l’idée de les culpabiliser, faites comme vous voulez. Il y a des soirs où je n’ai vraiment, vraiment pas envie. Et il y a des livres que je n’ai vraiment, vraiment pas envie de lire. Mais pour nous, c’est quand même le Grand Moment où on s’installe ensemble au calme et où on peut se parler. Tous les écrans sont éteints, la radio est coupée, les enfants ont fait semblant de se laver les dents, ils sont en pyjama, ils s’enroulent dans les couvertures qui trainent, et ils s’avachissent aux quatre coins du canapé avec le chat. Parfois, je lis quelques pages et c’est fini. D’autres soirs, ils ont une multitude de questions à poser, et à partir de « pourquoi c’est toujours le loup le méchant ? » on aboutit à « il y a quoi au centre de la terre ? » C’est également le moment qu’ils préfèrent pour raconter quelque chose qui leur est arrivée. (Je le sais parfois à l’avance, quand leur choix de livres indique déjà une thématique. Par exemple, si Têtard choisit Max se trouve trop petit, de la collection Max et Lili…) Ce n’est donc pas simplement un moment de lecture, c’est un peu la pierre angulaire de notre communication. A noter également : je ne me prive pas de commenter les livres et de les critiquer le cas échéant. (Beaucoup sur le sexisme des histoires.) Voire de modifier le texte (je change les « hommes préhistoriques » en les « humains préhistoriques » par exemple).

Lectures vers 2 ans (les âges sont purement informatifs, ça dépend de chaque enfant, et de la lecture que vous en faites)

A part les imagiers et les cherche et trouve :

Les doudous de Didou 

Où est notre maman (alors ça… j’ai dû leur lire 200 fois chacun) 

10 petits pingouins (vraiment très bien)

J’y vais 

Va-t’en grand monstre vert

Bonjour docteur (énorme succès, la preuve qu’une histoire drôle et intelligente pour les petit·es c’est possible) 

Voilà le loup d’Alex Sanders (je n’ai jamais compris pourquoi mais Curly adorait ce livre, il le trainait partout)

Au secours voilà le loup 

Moi pas moi aussi 

Vers 3 ans :

Les livres des saisons évidemment. Inusables. Un investissement sur plusieurs années.

Le petit collectionneur de couleurs (pas assez connu, c’est un grand oui, peut-être à partir de 2 ans et demi)

On a une édition particulière du petit chaperon rouge (je modifiais la fin parce que là le loup les bouffait et point barre). Mais je vous conseille ce format. C’est chez hélium, ils font des livres accordéons, avec des découpes (ils ont aussi le chat botté et barbe bleue). On se met dans le noir pour la lecture, et on projette les images avec une lampe de poche. Enorme succès.

La petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête 

Peut-on faire confiance à un crocodile affamé 

Paco et la musique 

Le magicien des couleurs (un gros oui) 

Chhht 

Mon amour 

Le machin 

La chenille qui fait des trous

Les trois brigands 

La couleur des émotions

Papa ne veut pas (fonctionne pendant longtemps) (malheureusement) (perso j’expliquais quand j’étais en désaccord avec le livre)

La série des Simon le lapin bien sûr mais était-ce la peine de le dire ?

On a volé Jeannot lapin 

La coccinelle mal lunée 

La provision de bisous de Zou 

Le plus gros cadeau du monde

Je compte jusqu’à trois 

Les Crocolous (je ne sais pas pourquoi mais ça leur plait)

Quand j’avais peur du noir (problème : il fait peur. Dans le même genre : Bouh monstridoux fait moins peur)

Vers 4 ans

Un méli-mélo des animaux, indispensable. (Surtout si on peut aussi mélanger les mots.)

Cornebidouille 

La sorcière de la rue Mouffetard

Ana Ana 

Crotte de nez 

C’est moi le plus fort 

Voilà le facteur  (peut-être vers 3 ans)

Le gruffalo 

La sorcière dans les airs 

Le loup est revenu 

Monsieur sale (de manière générale j’ai du mal à trouver l’âge idéal pour les Monsieur/Madame mais celui-là c’est sans risque.)

On peut commencer à leur lire Mes premiers j’aime lire

Chien bleu

La sorcière tambouille (qui, à mon avis, est une grosse bouse mais les enfants aiment) 

L’abominable sac à main (ça fera rire les propriétaires de sacs à main) 

L’envol d’Osvaldo (très beau livre, avec un effet wahou quand on le sort)

Vers 5 ans

Lecture longue d’un Roald Dahl (j’avais choisi Sacrées sorcières)   

Tarzan à la gomme 

Le loup en slip 

Rébellion chez les crayons 

Martine (chez nous Martine et les fantômes) (vous sentez la mère qui voulait que ses garçons aient lu des Martine ?)

Clément et le rangement 

A calicochon (le classique pour entamer une discussion sur le ménage, en plus cette couv est magnifique, et en général on peut prendre tout Anthony Brown)

Le prince de motordus 

Le doudou méchant (Têtard n’a jamais aimé Claude Ponti parce que ce n’était pas logique et qu’il ne comprenait pas alors que Curly kiffe)

Clown de Quentin Blake. C’est une histoire sans texte, donc les non lecteurs apprécient. Ils peuvent le prendre et le « lire » en racontant ce qui se passe. On peut leur poser plein de questions « et là ? Qu’est-ce qui se passe ? Et pourquoi il fait ça ? » etc. Et puis c’est Blake, donc c’est beau.

De manière générale, on peut leur lire des J’aime lire. C’est quand même un gage de qualité des histoires et ça se trouve à 50 centimes dans toutes les brocantes de France.

Un beau livre de contes classiques, avec du sang, de l’alcool et des enfants abandonnés. (Dans le notre, il y a la véritable histoire de Cendrillon dans laquelle les belles-soeurs se tranchent les doigts de pieds pour essayer la pantoufle. Gros succès auprès des enfants.) J’ai également lu Le Petit prince à Têtard en grande section de maternelle. J’étais contre (je trouvais que c’était trop tôt) mais il l’avait entendu en disque au centre de loisirs et il voulait qu’on le lise ensemble. Finalement, il a aimé, il a même appris par coeur le dialogue avec l’ivrogne.

CP L’année la plus compliquée je trouve. Après la lecture plutôt à destination de Curly mais que Têtard écoute aussi, il se met au lit et il a une demi-heure de lecture seul. Je l’ai donc laissé faire sa sélection des livres qu’il a préférés l’an dernier.

La balade de Yaya

Les sardines de l’espace 

Jack le téméraire 

Chien pourri 

Verte (de Marie Desplechin)

Moi et ma super bande 

Tout pour devenir une sorcière

Un yéti dans ma classe 

Emilie et le crayon magique 

Et des Roald Dalh courts (je ne suis pas obsédée par Dahl, c’est juste l’un des meilleurs auteurs) comme La potion magique de Georges Bouillon ou Le doigt magique.

Mais on peut être en CP et vouloir tout de même qu’on nous lise des histoires. Je conseille alors Le feuilleton d’Hermès, absolument génial en lecture à haute voix (il a été écrit dans ce but là et ça sent). J’ajouterais comme lecture à faire ensemble, les livres d’énigmes. C’est difficile même pour Têtard, mais allez savoir pourquoi Curly les adore. (Enfin… il adore refaire sans cesse les mêmes dont il connait la réponse par coeur.)

CE1, c’est là où nous en sommes. Je pourrais donc faire des ajouts en cours d’année.

Prince Koo 

L’omelette au sucre  

Comment fabriquer un grand frère (qui contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre n’est pas un livre pour petit, c’est plutôt SVT niveau seconde mais c’est très bien fait).

27 commentaire(s)

27 mars 2019

Méthode ménagère part 1

Je suis programmée comme une petite marmotte. Cette semaine, j’ai commencé à m’agacer en pensant au bordel dans la buanderie.

J’ai trié les livres des enfants. (Oui, comme les fringues, leurs livres deviennent trop petits.) J’ai nettoyé le tiroir à biscuit.

En un mot : c’est le printemps.

Ma capacité à sentir le besoin de ménage de printemps est quand même impressionnante. Et ce n’est pas du tout intellectuel, genre je regarde le calendrier et je programme que le week-end prochain il faut fait un grand ménage. Le grand ménage bout dans mes tripes. (C’est aussi le moment où je me dis que j’ai passé l’hiver à bosser seule chez moi, et que tiens, je pourrais sortir redécouvrir mes congénères.)

Or concernant le ménage, qui en tant qu’objet d’étude politique, reste une de mes grandes passions, j’ai encore découvert de nouveaux trucs. J’ai notamment eu une révélation ménagère. Nous voici donc en route pour une série de posts sur le ménage, en complément de Libérées.

La hausse des normes ménagères. J’avais bien l’intuition qu’il y avait eu un bond en avant dans ces normes, mais ça se confirme. Et bien évidemment ça participe de l’épuisement actuel des femmes. On leur en demande davantage niveau ménage qu’à d’autres époques. Et cette hausse de la norme est renforcée par l’esthétique à la mode.

Ca, c’est une reconstitution de la salle à manger de Victor Hugo dans son appart de la place des Vosges.

Ca, c’est tiré du nouveau catalogue Ikéa.

Deux salles à manger, deux ambiances. Dans une pièce sombre et encombrée, on voit moins le bordel ou la saleté. Le fait que nous souhaitions vivre dans des annexes de salles opératoires implique forcément un ménage impeccable. Du blanc partout, de la lumière partout.

Même plus récemment, rappelez-vous la passion des années 80 pour les intérieurs marron. Pensez aux décors du type Madame est servie. (Je cite cette série en particulier parce que c’est l’occasion de rendre un micro hommage à Katherine Helmond, qui jouait la géniale Mona et qui est récemment décédée.)

Ce qui nous tue en terme de ménage, c’est la mode du blanc chirurgical, aseptisé – cette dernière qualité étant à prendre au sens littéral puisqu’on ne se contente pas de nettoyer sa maison, il faut également la désinfecter.

Note au passage : sur Instagram, je suis étonnée par un paradoxe. Les intérieurs sont épurés. (Genre pas la maison de Gustave Moreau.) Et pourtant, leurs propriétaires semblent acheter toutes les semaines un nouveau truc pour la déco. Mais alors, elles remplacent ? Elles font quoi des vieux trucs ? C’est épuré mais sans cesse renouvelé. On ne voit pas l’accumulation d’achats et pourtant, il y a accumulation d’achats. C’est donc une esthétique de l’épure au service de la sur-consommation. Ce qui est grosso modo une aberration.

Or nous, quidam du ménage, pour atteindre cet idéal esthétique, nous sommes confrontées à un ennemi qu’on n’identifie pas toujours clairement, un opposant qui n’a l’air de rien mais qui vient niquer toute notion de rangement : les choses. Elles sont partout autour de nous. Des objets. Des objets qui sont la base du bordel. Des objets qui trainent et qui foutent en l’air l’instagrammabilité de votre logement.

Dans tous les manuels ménagers récents que j’ai pu lire, la première recommandation, c’est donc logiquement d’éliminer les objets – une préconisation qui n’existait pas du temps de Paulette Bernège (la première Française a avoir publié une méthode ménagère au début du 20ème siècle). Parce que les objets se sont multipliés. Et cela, en partie à cause de mon ennemi personnel : le plastique. (Et paf, voilà comment deux de mes obsessions : la lutte contre le plastique et l’inégale répartition des tâches ménagères se rejoignent.) Le plastique c’est pas cher et facile à fabriquer. Le plastique multiplie le nombre d’objets qui peuvent potentiellement envahir une maison.

Le plastique, surtout, surtout, est l’ami préféré des enfants. N’importe quelle merde de trois centimètres en plastique coloré est un trésor à leurs yeux émerveillés.

Si je prends trois grandes prêtresses du rangement, à savoir Marie Kondo, Béa Johnson et FlyLady, ce n’est pas un hasard si leur étape n°1 consiste à nous convaincre que nous possédons trop de choses. Pour Marie Kondo c’est même l’essentiel de sa méthode. Après, elles ont chacune leur « truc ». Pour Kondo, il faut poser une semaine de congé, mettre une robe de soirée, tout rassembler au centre d’une pièce par catégorie d’objets, constater ce que l’on possède. Ensuite, la chose passe le test dit de l’étincelle de joie.

Pour FlyLady, la méthode est opposée. On n’y consacre que 15 minutes par jour. On enfile des chaussures, on lance un minuteur pour 15 minutes, et on traverse la pièce un sac plastique (argh) à la main et on y met 27 objets sans réfléchir. Ensuite, on donne, jette ou vend son contenu sans revenir sur sa première impulsion. Pour Béa Johnson, encore une autre méthode. Elle, elle part de ce dont on a besoin. En vrai, vous avez besoin de sept t-shirts dans votre placard. Et bah vous vous débarrassez de tous les autres. (Béa Johnson a peu de problème de ménage vu qu’elle ne possède quasiment plus rien.)

Elles ont tout de même un point commun : si ça n’a pas servi au cours du mois passé, c’est qu’on peut s’en débarrasser. Parce qu’alors ce qui était un outil est devenu une chose. Un truc sans finalité, dont le poids mort étouffe notre horizon. Le garder parce qu’il est en bon état, voire carrément neuf, n’est pas un critère efficient. On s’en sert ou on ne s’en sert pas. (Et il fait jaillir de la joie dans votre petit cœur ou pas.)  

Elles vantent toutes les trois les bienfaits de ce désencombrement. Nous serions asphyxié, y compris physiquement, par les objets qui nous entourent. (Ajouter ici une dose de feng-shui.)

Le fait que ces femmes soient devenues des cheffes à la tête d’entreprises florissantes n’est pas anodin. Nous avons besoin de stages pour apprendre à nous débarrasser de tonnes d’objets qui ne nous sont d’aucune utilité. Si ça, c’est pas le signe d’une civilisation malade et dégénérée…

En essayant de nous faire prendre conscience que nous possédons trop, ce qui pouvait passer pour des guides ménagers gnangnans devient politique. Le ménage devient politique pas seulement parce qu’il pose des enjeux de rapport de force au sein du couple ou entre parent et enfant, mais parce qu’il s’agit de remettre en question nos habitus de possession. Et donc, d’une certaine manière, la société.

La première étape pour adopter une méthode ménagère c’est donc de se débarrasser de ce que l’on possède en trop, mais cela a un corolaire. Il faut cesser d’acheter. Béah Johnson raconte bien comment à une époque, son activité du samedi avec son mec c’était d’aller faire du shopping. Ne plus acheter, c’est donc aussi réorganiser son temps de loisir, et l’espace géographique de ses sorties.

On ne doit pas négliger, par pur snobisme et sexisme, l’écho que trouvent ces ouvrages. (En plus, le livre de Béa Johnson est vraiment super. Par contre, FlyLady, malgré la qualité de sa méthode, on y reviendra, c’est tellement réactionnaire que ça ferait passer Christine Boutin pour Rosa Luxembourg.) Ils traduisent, à leur manière, un début de dégoût face à la société de consommation. S’ils plaisent autant c’est aussi parce qu’ils promettent une nouvelle vie, une vie qui ne se résumerait pas à acheter des choses et les entasser chez nous.

La révolution commencera peut-être par le ménage.

8 commentaire(s)