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7 août 2008

L’ornithorynque

Pourtant, on m’avait prévenue. J’ai fait des études réservées à une tribu de paranoïaques névrotiques marginaux. J’ai fait de la sémiotique. L’étude des signes. C’est très chouette. Mais ce que personne ne vous dira sur la sémiotique, c’est que ça rend fou. La sémiotique est une matière qui a réussi à éliminer la notion de réel ou de réalité. Un exploit théorique qui, vous l’admettrez, s’apparente assez à un processus névrotique. Le problème de la sémiotique n’est pas de déterminer l’existence de la réalité ou de chercher à la définir, à l’identifier (ce qui est tout de même le but de la plupart des domaines de recherches, peu importe l’angle choisi, historique, sociologique etc…) Pour nous, paranoïaques névrotiques marginaux, la réalité est sûrement mais elle est loin, inaccessible et donc tout à fait secondaire. Notre objet d’étude c’est le décryptage de système de signes que nos congénères, par naïveté totale, prennent pour la réalité alors que nous savons bien nous, qu’il ne s’agit que d’illusions auto-référentielles. Mais chacun, à travers la saturation de signes qui l’entoure, se forge sa « vision » du monde, son monde (en sémiologue, je dirais son « mondain »). Et toute sa vie, il se meut dans cet ensemble plus ou moins cohérent pensant que les signes renvoient à la fameuse réalité alors qu’ils ne renvoient qu’à eux-mêmes.
C’est assez ironiquement cruel pour une apprentie sémiologue de découvrir que l’ensemble de signes qu’elle imaginait être sa vie, avait été mal interprété et donc mal vécu. C’est d’autant plus cruel qu’elle ne peut intellectuellement pas penser « ah, je découvre la vérité » puisque la vérité est la réalité. Je me contente donc de basculer d’un mondain à un autre, d’un système de signes à un autre. Et c’est plus ou moins douloureux selon le degré de compatibilité des deux systèmes.

On va recommencer à parler des trolls, c’est quand même plus sympa.
Et des loutres aussi parce que c’est sacrément cool.

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