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5 février 2009

Du Tigre au Monstre

Après le détour par l’enthymème, on revient au Tigre.(Je mets le lien sur la page d’accueil du site et pas juste sur l’article en question parce qu’ils en ont un peu marre qu’on oublie qu’ils font des textes sur plein d’autres sujets.)
Dans la plupart des articles qui relayaient l’histoire, on retrouvait des expressions du type « le danger de la toile par rapport à la vie privée ». Analyse qui, en l’occurrence, semblait non seulement disproportionnée mais même carrément hors de propos. En effet, on peut se demander ce qu’il y a de vraiment inquiétant dans les infos que le journaliste a dénichées. D’après ce que j’ai lu, pas grand chose. Pas de grande révélation sur la vie de Marc L. Le seul véritable problème de ce type, c’est de s’être retrouvé médiatisé un jour, sans prévenir, sans le vouloir, d’avoir été la proie malchanceuse d’un emballement sur le sujet.

Qu’il n’y ait pas eu de scoop sur la vie de Marc L. n’est que l’expression d’une réalité commune, à savoir que les internautes contrôlent au maximum leur identité numérique. Même chez les plus exhibitionnistes, il y a l’idée sous-jacente de construire une image de soi. Et si l’article du Tigre trace un portrait au final plutôt positif de Marc, un jeune homme qui est à la fois travailleur mais sait s’amuser, ce n’est pas un hasard. Il n’allait pas mettre sur son Flickr des images de fêtes ratées (ou s’étendre sur ses ruptures amoureuses dans un blog). Au fond, la chose la plus impressionnante dans cette enquête, c’est le croisement d’informations disséminées.

Et là, on touche le vrai problème. Si le choix des informations que chacun décide de mettre en ligne est très contrôlé et que tout le monde y apporte un soin particulier, par contre au niveau du contrôle de l’accès à ces informations, c’est la débandade les amis. Minoritaires sont ceux qui ont compris les différentes options de confidentialité. Et pourtant, tout y est pour bloquer les accès. Sur Facebook, la plupart des utilisateurs laissent les paramètres par défaut. L’exemple le plus flagrant concerne les photos. Si un ami à vous est taggé sur une photo, vous avez accès à toute la série – y compris celles sur lesquelles votre pote ne figure pas. Et c’est comme ça qu’on tombe sur des photos d’un dénommé Bernard le cul à l’air, une bouteille de bière coincée dans l’anus.
Cette histoire de photo est une espèce de mythe urbain. En réalité, il ne s’agit pas d’un bug, d’une défaillance du site, de la preuve qu’il n’existe pas de vie privée sur internet. C’est juste la démonstration que les utilisateurs ne vont pas fouiner dans les options et laissent les paramètres par défaut (en l’occurrence, le choix « mes photos peuvent être vues par les amis de mes amis » alors qu’il suffit d’un clic pour arriver à « seulement mes amis »).

L’erreur du Tigre est résumée dans une phrase de l’article : « Je pense à l’année 1998, il y a dix ans quand tout le monde fantasmait déjà sur la puissance d’internet. Le Marc L. de l’époque, je n’aurais sans doute rien ou presque rien trouvé sur lui. Là, Marc, j’ai trouvé tout ce que je voulais sur toi. »

C’est éminemment faux. On ne trouve pas tout ce qu’on veut sur quelqu’un. Vous pensez bien… Ca serait tellement plus simple… Pour avoir traqué pas mal de gens sur internet, j’avoue que c’est un passe-temps de voyeuriste assez agréable, je peux vous assurer qu’on trouve ce que la personne veut bien laisser transpercer et parfois quelques infos supplémentaires mais rarement de l’extra-ordinaire. Au mieux, on arrive à identifier quelqu’un. Mais ce qu’on découvre surtout c’est l’ignorance des gens. (Ainsi d’une certaine Ophélie Rondeau qui m’a requestée sur Facebook sans que je la connaisse. Je lui ai poliment demandé pourquoi et comme elle ne m’a jamais répondu, je suis allée chercher -en hommage à feu Lycos. L’ignorance d’Ophélie est simple : elle crée régulièrement des blogs qu’elle ferme au bout d’un post et visiblement elle ne connait pas l’option « en cache » dans Google. Mais ces blogs qui ne m’apprenaient pas grand chose, si ce n’est sa manière de se mettre en scène – comme je le fais moi-même ici.)

Internet n’est évidemment pas dangereux en soi, par nature, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire avaler à longueur de reportages sur le sujet. Pour autant, des usages néfastes peuvent en être faits – je l’admets sans peine. Mais plutôt que les photos de vacances d’un mec qui ne sait pas encore mettre son Flickr en privé (parce que tout ça, c’est aussi lié à la nouveauté, au temps d’apprentissage nécessaire), je trouve nettement plus inquiétant que 4,5 millions de comptes Monsters aient été récemment piratés.
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